Comment favoriser les PME locales dans la commande publique
La commande publique en France représente près de 400 milliards d’euros par an. Pourtant, malgré que les PME génèrent 37,5 % du chiffre d’affaires des entreprises françaises, elles ne détiennent que 25 % des marchés publics. Ce paradoxe s’explique en partie par la difficulté à établir des chiffres fiables, notamment parce que de nombreux marchés inférieurs à 90 000 € ne sont pas comptabilisés à l’échelle nationale. On estime ainsi une sous-déclaration de la commande publique de l’ordre de 100 à 120 milliards d’euros par an.
Au-delà des chiffres, une tension persistante existe entre la volonté de soutenir les PME locales et le respect des règles strictes de la commande publique, notamment pour éviter le délit de favoritisme, sévèrement sanctionné.
Le cadre légal et la lutte contre le favoritisme
Le délit de favoritisme, défini par l’article 432-14 du Code pénal, concerne tout acte qui procure un avantage injustifié à une entreprise, en violation des règles de la commande publique. Ce délit vise notamment les élus locaux et agents publics, avec une forte présomption de connaissance des règles, rendant la défense difficile.
Les situations sanctionnées incluent :
- Attribution de marché sans publicité ni mise en concurrence suffisante
- Fractionnement artificiel du marché pour échapper aux procédures
- Modification du cahier des charges en faveur d’un candidat précis
- Partage d’informations privilégiées avant publication
- Attribution à des candidats non éligibles
Il est donc essentiel de comprendre que favoriser une entreprise locale sans justification objective constitue du favoritisme. En revanche, faciliter leur accès à la commande publique est non seulement possible, mais encouragé par la loi récente.
Lire aussi: Financement auto à taux zéro : Avantages et inconvénients
Les outils légaux pour soutenir les PME locales
1. L’allotissement obligatoire
L’allotissement consiste à diviser un marché en plusieurs lots attribués séparément, permettant aux PME de candidater sur des segments spécifiques adaptés à leur taille et spécialisation. Depuis le Code de la commande publique, cet allotissement est obligatoire sauf exceptions justificatives (impossibilité d’identification distincte, coordination difficile, risque de surcoût).
Le Conseil d’État rappelle que même des prestations identiques peuvent être alloties si un découpage géographique est possible.
L’allotissement renforce la concurrence et ouvre le marché aux PME sans qu’elles aient à répondre à un ensemble de prestations trop volumineux.
2. Le sourcing transparent
Le sourcing est une phase préalable à la consultation qui permet d’identifier les entreprises locales capables de répondre aux besoins, d’adapter le cahier des charges et d’éviter des procédures inutiles. Selon l’article R.2111-1 du Code de la commande publique, cette démarche doit être équilibrée et transparente, sans divulguer d’informations privilégiées.
En pratique, il est recommandé d’organiser des réunions d’information ouvertes à tous les opérateurs économiques, de publier des avis d’information publics, et de documenter soigneusement chaque échange.
Lire aussi: Comprendre Intérêt Débiteur
3. Clauses sociales et environnementales locales
Les marchés publics peuvent intégrer des clauses sociales (intégration de personnes éloignées de l’emploi) ou environnementales (bilan carbone, circuits courts) liées à l’objet du marché, afin de valoriser l’emploi local et les pratiques durables.
La loi Climat et Résilience impose bientôt l’inclusion obligatoire de critères environnementaux. Toutefois, une clause pure de préférence locale (« réserver aux entreprises du département ») reste illégale, car discriminatoire.
4. Procédures adaptées : favoriser la souplesse
Pour les marchés en dessous des seuils européens, la procédure adaptée permet plus de liberté dans la publicité et la mise en concurrence, offrant aux PME plus de possibilités de candidater dans des conditions proportionnées à la taille et nature du marché.
Les mesures récentes en faveur des PME dans la commande publique
Depuis fin 2024, plusieurs textes soutiennent explicitement l’accès des PME :
- Réduction de la retenue de garantie de 5 % à 3 % pour certains acheteurs publics
- Augmentation de la part minimale à confier à des PME ou artisans dans les marchés globaux, passant de 10 % à 20 %
- Maintien du seuil de dispense de publicité à 100 000 € HT pour certains marchés de travaux jusqu’à fin 2025
- L’article L.3-1 du Code de la commande publique reconnait explicitement que la commande publique doit contribuer au développement durable, y compris économique et social
Ces mesures mettent en lumière la volonté politique de promouvoir un « achat responsable » tout en restant dans un cadre légal strict.
Lire aussi: Tout savoir sur le financement voyage sans intérêt
Comment se prémunir contre les accusations de favoritisme ?
La transparence et la rigueur documentaire sont les clés :
- Constituer un dossier complet : analyse du besoin, sourcing, justification de l’allotissement, analyse des offres, preuve de publication
- Publier largement les avis d’appel à la concurrence, même pour les procédures adaptées
- Motiver toutes les décisions aux candidats
- Documenter les échanges et réunions
- En cas d’accusation, bien rassembler les documents, consulter un avis juridique, et ne jamais détruire les preuves
Les leviers complémentaires pour encourager les PME
- Mutualisation des achats : Faciliter le recours aux centrales d’achat et aux commandes groupées permet d’optimiser le pouvoir d’achat tout en profitant à une multiplicité de PME.
- Programmes d’accompagnement : Initiatives comme ETIncelles et formations dédiées (ex. CFC Formations) renforcent les compétences des acheteurs publics pour sécuriser leurs décisions et favoriser concrètement les PME.
- Utilisation des groupements momentanés d’entreprises (GME) : Permettre aux petites entreprises de s’associer temporairement pour répondre à des marchés plus importants.
Concilier développement local et respect des règles
Le véritable enjeu est donc de dépasser le dilemme entre soutien au tissu économique local et impératif légal. Le cadre réglementaire et jurisprudentiel impose la neutralité des critères d’attribution mais autorise l’intégration de critères pertinents liés à l’environnement, la qualité ou la sécurité d’approvisionnement, qui peuvent indirectement favoriser les PME locales.
La formation des acheteurs publics, l’utilisation des outils légaux tels que l’allotissement et le sourcing transparent, ainsi que l’intégration raisonnée de clauses sociales et environnementales font de la commande publique un vecteur puissant pour le développement territorial.
| Mesure | Impact sur PME | Cadre légal |
|---|---|---|
| Allotissement des marchés | Accès facilité grâce à des lots adaptés | Code de la commande publique, art. L.2113-10 |
| Réduction de la retenue de garantie | Améliore la trésorerie des PME | Décret n°2024-1251 |
| Clauses sociales et environnementales | Valorisation d’entreprises engagées localement | Code de la commande publique, loi Climat et Résilience |
| Procédures adaptées | Souplesse dans la passation, meilleure adaptation | Code de la commande publique |
En résumé, promouvoir l’accès des PME locales à la commande publique est une démarche minutieuse qui nécessite maîtrise juridique, rigueur, transparence et formation. Ces efforts transformés en pratiques concrètes et régulières contribuent à doter les territoires d’un tissu économique dynamique et resilient.
balises: #Pme
