Impact de l’internet sur le développement et la survie des petites et moyennes entreprises (PME et TPE) en contexte numérique
Le numérique a profondément bouleversé nos sociétés. En témoignent leur intégration dans les techniques de production, leur utilisation au service d'un management plus efficace, ou encore la mise en réseau générale du monde favorisée par la généralisation des échanges électroniques, le développement des réseaux sociaux numériques et l'évolution des modalités de ciculation, de diffusion, de stockage et de traitement de l'information. Si de nombreux travaux traitent de l'impact du numérique sur la structure des systèmes de production, la nature des emplois afférents et les évolutions des compétences requises, la littérature économique est en revanche beaucoup plus rare quant à l'impact du numérique sur le fonctionnement même du marché du travail. Cette problématique, certes plus restreinte, n'en est pas pour autant moins cruciale.
En effet, le Conseil a eu l'occasion ces dernières années de souligner un certain nombre de dysfonctionnements et de rigidités sur la marché du travail qui participent à la hausse du chômage frictionnel comme du chômage structurel. Cette année encore, le digital booste le développement des entreprises françaises, notamment celui des TPE, des PME et des ETI qui se sont lancées à l’assaut de la Toile durant la crise sanitaire. C’est du moins ce qu’affirme le 5ᵉ Baromètre Croissance & Digital de l’Acsel, qui étudie les entreprises du commerce et des services comptant moins de 5000 salariés (TPE, PME, ETI).
Selon Ipsos, 701 entreprises de ce secteur ont été interrogées, avec une prédominance des TPE (qui représentent 92 % du panel). Tous les répondants jouent un rôle clé dans la digitalisation de l’activité de l’entreprise, principalement des PDG, mais aussi des CDO et des responsables Marketing. Premier point important : la transformation digitale est de plus en plus perçue comme une véritable opportunité de booster l’activité. En 2021, 43 % des entreprises étaient pleinement engagées dans leur transformation numérique, contre 41 % encore par obligation, et 50 % considèrent que le passage au digital peut « garantir » ou « sauvegarder » leur activité. 63 % perçoivent le digital comme un atout pour le développement, 28 % le voient comme un passage obligé, et 4 % refusent encore la digitalisation.
Pour 62 % des entreprises possédant un point de vente physique, les ventes en ligne complètent l’activité, et non la concurrencent. En 2020, ce chiffre était de 50 %. 53 % reconnaissent l’utilité du digital dans le développement du commerce local. L’édition 2020 du Baromètre montrait que les TPE, PME et ETI investissaient surtout la Toile pour gagner en visibilité; en 2021, les chiffres montrent une diversification des usages : site vitrine (63 %), présence sur les réseaux sociaux (61 %), site marchand propre (28 %), place locale et marketplace locale (7 %), marketplace internationale (5 %).
En matière de performance économique, 41 % des entreprises indiquent que le digital contribue à leur chiffre d’affaires, et pour 13 %, cette contribution dépasse 25 % du CA. La pandémie a profité à certains secteurs (e-santé, jeux vidéo) et à des ETI, ainsi qu’aux entreprises ayant misé sur l’omnicanalité. Une partie importante des entreprises vise désormais une vraie stratégie omnicanale afin d’harmoniser canaux digitaux et physiques et d’améliorer l’expérience client. Le recours au clic and collect est un exemple concret de cette omnicanalité.
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Parmi les freins à la digitalisation en 2021, on compte le manque de soutien technique, le manque de compétences internes, les risques sécurité des données, le manque de temps et de budget, et le besoin de formation. Cependant, les aides publiques restent une option accessible: selon le Baromètre, 88 % des demandes d’aides publiques ont été approuvées; les régions proposent des soutiens financiers; la garantie de prêt France Num est une autre voie. Des formations en ligne, des MOOC et des solutions externes permettent d’acquérir des compétences numériques sans coût prohibitif, bien que 80 % des entreprises n’aient encore mis en place aucune formation pour leurs collaborateurs.
À retenir: Internet transforme les modes de communication en rendant les échanges instantanés et décentralise l’accès à l’information. Le numérique favorise l’émergence d’un écosystème économique mondial, où l’e-commerce et les plateformes multinationals jouent un rôle central. Cependant, la cybersécurité et la vérification des sources restent des défis majeurs pour les PME et TPE qui s’internationalisent ou qui manipulent des données sensibles.
Transformation du commerce et des métiers
L’émergence de l’économie numérique a transformé le commerce traditionnel: l’achat et la vente se déportent sur des plateformes en ligne, les marketplaces locales et internationales. L’internationalisation des marchés est facilitée par des systèmes de paiement en ligne et par des chaînes logistiques avancées, permettant à des PME et TPE de concurrencer des acteurs plus importants. L’utilisation d’outils d’analyse client et de CRM, souvent accessibles en versions gratuites, aide les entreprises à mieux connaître et fidéliser leur clientèle.
Les TPE et PME investissent dans des compétences numériques et dans des métiers émergents (IA, cybersécurité, data analytics). Les MOOC et la formation en ligne deviennent des vecteurs clés de montée en compétence, soutenus par des initiatives publiques et privées. Cependant, un fossé persiste: 3 actifs sur 5 ne maîtrisent pas le socle de compétences numériques indispensables, ce qui appelle des politiques publiques ciblées et des soutiens opérationnels pour les PME et TPE.
Les technologies comme l’IoT et l’intelligence artificielle promettent d’améliorer la productivité et de réduire les coûts opérationnels, notamment via l’automatisation et l’optimisation des processus. L’IoT et l’IA ouvrent des perspectives pour la santé, l’agriculture et la logistique, et leur adoption peut permettre aux PME et TPE de gagner en compétitivité sur les marchés locaux et mondiaux.
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Cas et dynamiques territoriales des TPE
En France, le paysage des TPE est particulièrement dynamique: plus de 1 million de nouvelles immatriculations annuelles et une part importante des emplois est créée par les TPE locales qui jouent un rôle de « couche protectrice » en période de crise. Les TPE se distinguent par leur agilité, leur proximité avec les dirigeants et une hiérarchie légère, mais souffrent d’un manque de perspectives de carrière et d’un recours limité à des compétences internes spécialisées, ce qui les pousse à recourir à des prestataires externes ou à des réseaux mutualisés.
Les réseaux interentreprises et les clusters régionaux soutiennent les TPE par des prêts d’honneur, des garanties et des instruments de capital-investissement, renforçant l’accompagnement entrepreneurial et facilitant l’accès à la commande publique. Les TPE à croissance rapide (« gazelles ») représentent une minorité mais jouent un rôle crucial dans la création d’emplois et l’innovation; les TPE à croissance lente (« souris ») sont plus nombreuses et mieux réparties spatialement. Les TPE couvrent des activités variées: commerce, transports, hébergement-restauration, artisansat, etc., avec une surreprésentation relative dans certains secteurs et une moindre présence dans l’industrie lourde ou la santé.
La photographie globale montre une transformation continue du système productif: les TPE restent des acteurs clés des dynamiques économiques territoriales, tout en subissant les effets des concentracions et des fusions qui déplacent des emplois vers des structures plus grandes. L’objectif des politiques publiques est de soutenir ces entreprises dans leurs phases post-création et de favoriser leurs capacités à recruter, innover et s’intégrer dans les chaînes de valeur locales et mondiales.
Éléments chiffrés et tendances clefs
- Environ 4,3 millions de micro-entreprises en 2023 en France, représentant 96 % des entreprises et 92 % des sociétés immatriculées.
- En 2022, 3,6 millions de salariés travaillaient dans 1,24 million de TPE.
- Plus de 80 % des entreprises employeuses sont des TPE, mais elles ne représentent qu’environ 18 % des emplois privés.
- Les TPE de 3 à 5 salariés constituent 27,8 % du parc et celles de 6 à 9 salariés 14,5 % ; les répartitions des emplois sont relativement équilibrées entre ces tranches.
- La moitié des TPE grandissent pour atteindre des seuils supérieurs et rejoindre PME/ETI; certaines sont rachetées et continuent leur énergie entrepreneuriale à l’intérieur d’entités plus vastes.
- Les dépenses et aides publiques vont en faveur des TPE pour faciliter la transition numérique et l’accès à la commande publique; environ 88 % des demandes d’aides sont approuvées dans certaines éditions.
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