Introduction aux inégalités hommes‑femmes dans les TPE

Les inégalités de genre sont particulièrement criantes dans la sphère professionnelle où les femmes sont majoritaires dans les emplois précaires et mal rémunérés, notamment dans le secteur du soin - l’éducation, la santé, le travail social, l’aide à la personne ou le nettoyage - alors que ces sont des emplois essentiels. Ce secteur du soin, qui regroupe les métiers de la santé, de l’éducation, de l’aide à la personne, du travail social ou encore de la propreté, est très majoritairement féminin. Dans le monde, 2/3 des personnes qui travaillent dans le secteur du soin sont des femmes. Ce chiffre atteint même 3/4 dans les pays de l’OCDE. Même constat en France !

Les écarts de salaire et leurs formes

Les salariées françaises gagnent en moyenne 22,2% de moins que les salariés français. Cet écart est de 14,2% à équivalent temps plein et de 3,8% à poste comparable. Tous temps de travail confondus, les femmes touchent en moyenne un salaire 23 % moins élevé que celui des hommes, selon les données 2017 de l’Insee. En équivalent temps plein, les femmes cadres touchent en moyenne 18 % de moins que les hommes cadres. À temps de travail égal et poste égal, cet écart de salaire est réduit à 4,3 % en 2024, selon l’observatoire des inégalités.

Plus on s’élève dans la hiérarchie, plus les écarts de salaires sont grands. Les femmes sont aussi moins présentes sur des postes à responsabilités : elle représentent seulement 42% des cadres, et 29% des PDG, selon l’INSEE. Les femmes sont aujourd’hui encore sous-représentées parmi les ingénieur-e-s et les cadres techniques d’entreprise (23,2%), dans la construction et les travaux publics (19%) et dans l’armée, la police, les pompiers (14%).

Concentrations professionnelles et précarité

Ces inégalités s’expliquent principalement par la place des femmes dans le marché de l’emploi : les femmes sont concentrées dans 12 familles professionnelles, dévalorisées financièrement et socialement, où les qualifications et la pénibilité ne sont pas reconnues. Les assistant-e-s maternelles, les employé-e-s de maisons, aides à domicile et aides ménagères, les secrétaires et secrétaires de direction demeurent à plus de 95 % des femmes. Ce sont aussi des secteurs où les emplois sont précaires : les chiffres parlent d’eux-mêmes !

Les femmes sont ainsi particulièrement concernées par le phénomène des « travailleuses pauvres » dont Oxfam France avait mis en lumière la situation dans un rapport en 2018 : « Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne ». En 2018, 8,5 % des femmes vivaient sous le seuil de pauvreté (fixé à 50 % du niveau de vie médian) contre 8,2 % des hommes. On note tout de même que 23,8 % des familles monoparentales (en grande majorité des femmes seules et leurs enfants) sont en situation de pauvreté.

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Temps partiel, emplois subis et trajectoires hachées

26,7 % des femmes occupent un emploi à temps partiel en 2024, ce qui justifie en partie cet écart de salaire. Les femmes occupent plus souvent des emplois de mauvaise qualité à temps partiel, souvent subi, avec de moindres responsabilités. En 2019, un million de femmes qui travaillent à temps partiel voudraient travailler plus. En 2010, parmi les personnes qui ont un emploi, les femmes consacrent en moyenne 3 h 26 par jour aux tâches domestiques, contre 2 h pour les hommes.

L’inégal partage du travail domestique et de soin entre les femmes et les hommes est une cause indirecte de la précarité des femmes car il compromet leur indépendance économique au sein du foyer. Conséquence ? Non seulement ce travail de soin n’est pas partagé équitablement mais il n’est pas valorisé par notre société. S’occuper des enfants, d’une personne malade, des repas, de la maison, des courses, des rendez-vous médicaux… tout ceci a une valeur au sein de notre économie. D’ailleurs l’Organisation internationale du Travail (OIT) a mesuré la valorisation économique de toutes ces tâches réalisées : cela équivaut à 14,8 % du PIB de la France.

Congés parentaux, congé paternité et impact sur la carrière

Malgré l’allongement récent du congé paternité passant de 11 jours à 25 jours calendaires, les congés parentaux restent fortement déséquilibrés. L’allongement du congé de paternité, qui en 2021 est passé de 14 à 28 jours va dans le bon sens. Mais il faut encore encourager les pères à le prendre. En effet, seuls les 4 premiers jours sont obligatoires. Par la suite, on observe que seulement 1% des hommes prennent un congé parental d’éducation, contre 14% des femmes.

L’influence des biais psychologiques est très importante en recrutement. Les employeurs ont tendance percevoir les femmes tout comme « des mères », naturellement douées pour les tâches de soin et in fine cantonnées dans les métiers les moins valorisés et moins rémunérés. Les employeurs vont avoir tendance à privilégier l’embauche des hommes pour des postes à responsabilité, notamment du fait de la plus longue absence des femmes en congé maternité (16 semaines pour les femmes contre 25 jours pour les hommes). Parmi les personnes qui ont un emploi, une femme sur deux réduit ou cesse temporairement son activité, contre un homme sur dix (Insee 2013).

L'impact financier du congé parental

Retraite, parcours de vie et trappes de pauvreté

On retrouve logiquement les mêmes inégalités une fois l’heure de la retraite arrivée. Le système de retraite actuel agit comme miroir grossissant des inégalités qu’ont subies les femmes tout au long de leur vie professionnelle et forme des trappes de pauvreté pour les travailleuses les plus précaires. La réforme des retraites adoptée en 2023 a davantage pénalisé les femmes. En allongeant la durée du travail pour toucher une retraite à taux plein ou en imposant une décote pour carrière incomplète, la réforme pénalise les carrières hachées qui concernent le plus souvent des femmes.

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Éducation, filières et ségrégations précoces

À l’université, les femmes sont plus nombreuses (59 % des étudiants) que les hommes en 2018-2019, alors qu’elles n’étaient que 43 % en 1960-1961. Mais des écarts persistent dans le choix des filières. Les filles représentent 70 % des étudiants en lettres et sciences humaines et 64 % en médecine-pharmacie, mais moins de 30 % dans les écoles d’ingénieurs, qui mènent à des carrières prestigieuses et rémunératrices. Déjà au lycée, les filles sont moins nombreuses en série scientifique au moment du baccalauréat.

Représentation politique et responsabilités publiques

On compte presque quatre femmes députées pour six hommes dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Au niveau local, les femmes peinent à accéder aux positions exécutives. 42,4 % des conseillers municipaux sont des femmes, mais c’est le cas de seulement 20 % des maires. Seules trois des treize régions de France sont présidées par des femmes. À l’échelle européenne, la France ne fait pas non plus office d’exemple. Pourtant, des progrès ont été réalisés ces dernières années notamment en termes de représentation politique puisqu’un parlementaire européen français sur deux est une femme, plaçant ainsi la France au-dessus de la moyenne européenne.

Culture d’entreprise, harcèlement et actions employeur

En matière d’égalité hommes-femmes, les représentations sociales et les idées reçues influencent nos comportements, parfois inconsciemment. On considère encore trop souvent qu’un homme saura faire preuve de plus de fermeté et d’autorité qu’une femme sur des postes à responsabilité. Cela se traduit très clairement sur le terrain, puisque 77% des postes de direction sont occupés par des hommes.

En tant qu’employeur, vous avez l’obligation d’agir pour la santé et la sécurité de l’ensemble des salariés. Il est nécessaire de vous interroger sur la culture de votre entreprise. Un climat qui accepte (voire valorise) certains comportements néfastes comme les plaisanteries ou propos sexistes peut accentuer le risque de voir émerger des comportements de harcèlement sexuel. Le harcèlement peut parfois être invisible. Seulement 30% des femmes victimes de harcèlement sexuel osent en parler. En mettant à disposition des salariés victimes ou témoins, un modèle de lettre pour signaler des faits de harcèlement moral ou sexuel.

Mesures concrètes pour les TPE et PME

En tant qu’employeur, vous devez vous saisir du sujet de l’égalité hommes-femmes à plusieurs titres : tendre vers une égalité entre les hommes et les femmes est un principe fort posé par la loi : principe de non discrimination, égalité de rémunération, protection de la santé-sécurité des salariés… toutes les entreprises sont concernées ! Prendre parti pour l’égalité au sein de votre entreprise peut être un levier efficace pour votre marque employeur, permettant d’attirer des candidats, mais aussi de fidéliser vos collaborateurs. Même si l’entreprise n’est pas la seule responsable des inégalités, en tant que dirigeant, vous avez un rôle sociétal important pour parvenir à les réduire.

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Le calcul et la publication de l’index de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes est obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés. Si votre effectif est inférieur, vous pouvez tout de même vous inspirer des indicateurs de l’index pour établir un diagnostic de vos pratiques : quel écart de rémunération entre les femmes et les hommes ? quel écart dans l’attribution des augmentations individuelles ? quelles pratiques sur l’augmentation des salariées à leur retour de congé maternité ? quelle répartition homme/femme dans les 10 plus hautes rémunérations de l’entreprise ? Vous pouvez consulter le détail des indicateurs et faire des simulations sur le site Egapro. Essayez ensuite d’analyser et d’expliquer les écarts que vous observez.

En tant qu’employeur, mettez en place une grille de rémunération en interne pour limiter les risques de pratiques inégalitaires, à l’embauche mais aussi lors des évolutions. Basez vos pratiques d’augmentation de salaire sur des critères objectifs, comme les évaluations des salariés, pour être plus équitable. Lors de vos réflexions sur les salaires et les augmentations, veillez systématiquement à vérifier que vous ne créez pas d’inégalité entre les hommes et les femmes. En matière d’égalité hommes-femmes, la communication peut être efficace.

Ressources et approfondissements

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, le ministère du travail a publié un guide de l’égalité hommes femmes spécifiquement destinée aux TPE-PME. Pour en savoir plus, téléchargez notre ebook Une société réellement féministe, on commence quand ?

Indicateur Valeur (exemples cités)
Part des femmes aux études supérieures 59 % des étudiants (2018-2019)
Écart de salaire moyen (salariées vs salariés) 22,2% (moyenne), 14,2% à temps plein
Femmes en temps partiel 26,7 % (2024)
Part des femmes dans le secteur du soin 2/3 dans le monde, 3/4 dans l’OCDE

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