Comment lutter contre les chenilles processionnaires : méthodes, risques et bonnes pratiques

La processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa, est un lépidoptère appartenant à la famille des Notodontidae. Ces amas blancs en forme de cocon, visibles en bout de branches, sont en réalité les nids de soie tissés par les chenilles processionnaires du pin. Les chenilles processionnaires mesurent entre 5 et 7 cm. Elles sont velues et disposent de quelques centaines de milliers de poils urticants, pouvant atteindre le million. Ces poils contiennent une protéine toxique, la thaumétopoéine, identifiée par Battisti et al.

Identifier les chenilles et leurs nids

Les chenilles processionnaires sont reconnaissables à leur apparence caractéristique. Elles sont généralement brun foncé, avec des poils clairs ou blancs sur tout le corps. La chenille processionnaire est brun foncé ponctuée de taches rougeâtres sur la partie supérieure et les flancs, tandis que la face ventrale est jaune. La tête est noire elle est très velue et couverte de poils très urticants.

La processionnaire du pin est la larve d'un papillon de nuit. Entre juin et septembre, les femelles papillon recherchent un pin (voire un cèdre) pour y pondre leurs œufs. Ils sont déposés en rangées parallèles par paquets de 150 à 320, formant un manchon de 2 à 5 cm gris argenté recouvert d'écailles sur les rameaux ou les aiguilles de pin. L'éclosion a lieu 5 à 6 semaines après la ponte. À la fin de l'été, les jeunes larves éclosent et commencent immédiatement à se nourrir des aiguilles.

Pourquoi intervenir : risques pour la santé et l’environnement

La processionnaire du pin n’est pas seulement un ravageur forestier. C’est aussi un risque sanitaire majeur pour l’homme et les animaux domestiques. Les “piqûres” de chenilles processionnaires du pin sont en réalité provoquées par leurs poils urticants microscopiques, projetés dans l’air au moindre contact. Les poils urticants peuvent s'accrocher facilement aux tissus (la peau et les muqueuses) et provoquer une réaction urticarienne par libération d’histamine.

Les manifestations urticantes et allergiques peuvent être multiples : éruptions cutanées, démangeaisons, œdèmes au niveau du visage, conjonctivite, lésions cornéennes, symptômes respiratoires voire choc anaphylactique. Les animaux domestiques, tels que les chiens et les chats, sont également vulnérables; le contact peut entraîner des irritations, des gonflements, des infections et parfois des nécroses de la langue. Les poils urticants restent actifs plusieurs mois, d'où la nécessité de prudence même après le départ des chenilles.

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Principes généraux de lutte

La lutte contre la processionnaire du pin repose sur une stratégie combinée. La lutte contre la chenille processionnaire du pin n’est jamais un geste ponctuel : c’est une vigilance à renouveler chaque année. La lutte contre la processionnaire du pin doit suivre le rythme biologique de l’insecte. Chaque saison offre une fenêtre d’intervention privilégiée. Il est nécessaire de poursuivre les actions de lutte sur plusieurs années pour limiter l’expansion de ces insectes.

Surveillance

Les pièges à phéromones sont indispensables pour anticiper les infestations. Leur but est d'attirer les papillons mâles présents sur le secteur pendant l’ensemble de la période de vol. Placés à 4 m de hauteur, les pièges permettent un suivi régulier et capturent une partie des mâles, réduisant localement les accouplements. Les pièges peuvent être posés avant la période de vol des papillons qui se déroule de juin à septembre.

Méthodes mécaniques et physiques

  • Échenillage / prélèvement des nids : Prélèvement et destruction des nids et plaques de nymphose accrochés aux troncs et branches charpentières des arbres infestés, à l’aide d’outils adaptés. Si le cocon dans l’arbre est haut et hors de portée, il est temps de faire appel à un professionnel de la désinsectisation. L’échenillage doit se faire avec des protections complètes (combinaison, gants, masque), car les nids contiennent des milliers de poils très volatils.
  • Piège à collier (éco-piège) : Il s'agit d'un piège qui se présente sous la forme d'un sac en plastique épais surmonté d'un collier. Ce piège est très efficace. Ce traitement limite la nymphose, c’est-à-dire la transformation en papillon. Le collier écologique se pose au mois de novembre et décembre selon les régions et doit être prélevé fin avril pour incinération. Le piège peut être réutilisé d'une année sur l'autre en conservant le collier et en changeant le sac.
  • Piégeage en masse : Installation d’éco-pièges autour du tronc du pin, lors de la procession, bloque les chenilles au moment de leur descente, et finissent dans un sac rempli de terreau.

Lutte biologique et microbiologique

L’utilisation de Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie naturelle, perturbe le système digestif des larves et entraîne leur disparition rapide. L'application d'une solution contenant le bacile de Thuringe est le traitement biologique le plus couramment utilisé. Cette technique nécessite d'importants moyens si les nids sont en hauteur (pulvérisateur de longue portée ou pulvérisation par les airs). Des essais menés par Athanassiou et al. confirment l’efficacité du BT sur des chenilles encore jeunes, avant le développement massif des poils urticants.

Favoriser la présence des ennemis naturels est une autre méthode : attirer les mésanges, les chauves-souris ou certains prédateurs réduit les effectifs de façon écologique. Installer des nichoirs et abris favorise cet équilibre. La mésange charbonnière est l’un des rares prédateurs de la chenille processionnaire : une famille peut en ingurgiter jusqu’à 500 par jour.

Piégeage sexuel et confusion

La méthode par phéromones consiste à attirer les papillons mâles par des phéromones posées à l'intérieur d'un récipient. Les papillons pénètrent dans le récipient, glissent et tombent dans de l'eau savonneuse. Le piégeage avec ce type d'appât permet de réduire le nombre d'infestations. La confusion sexuelle, ou réduction massive des mâles, réduit la ponte et donc le nombre de chenilles.

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Méthodes naturelles et répulsives

  • Attirer les prédateurs naturels (mésanges, chauves-souris) via nichoirs et abris.
  • Planter des essences répulsives comme le bouleau : l'INRA conseille de planter des bouleaux pour éloigner les nuisibles des pins.
  • Utiliser des plantes répulsives et remèdes maison : la lavande, la menthe poivrée, la tanaisie, pulvériser du mélange eau/vinaigre blanc à dose non agressive pour les végétaux, ou étaler du marc de café autour des plantes.

Précautions et sécurité lors des interventions

Il est préférable que les actions de gestion soient réalisées par des professionnels. Toutes les chenilles noires et poilues ne sont pas des chenilles processionnaires ou urticantes : gare aux confusions ! Si vous intervenez : portez un équipement de protection individuel (combinaison, gants, lunettes, masque). Après exposition : ôtez tous les vêtements et manipulez-les avec des gants, lavez la peau abondamment à l'eau et au savon, les vêtements seront lavés à plus de 60 °C.

Que faire en cas d'exposition ou de symptômes ?

En cas de contact cutané : laver abondamment à l'eau et au savon, utiliser du papier collant pour décrocher les poils urticants de la peau, prendre des antihistaminiques pour soulager les démangeaisons. Pour les yeux : éviter de se frotter les yeux, rincer et consulter un ophtalmologue. En cas d’ingestion : diluer en buvant de l'eau, tenter d'enlever les poils de la muqueuse de la bouche. En cas de symptômes graves (difficultés respiratoires, malaise, vomissements, signes d’anaphylaxie) : consulter rapidement un service d’urgences.

Ecopiège ®, Vidéo d'Installation

Stratégie intégrée et recommandations institutionnelles

L’Agence nationale et les observatoires recommandent une stratégie combinée adaptée aux contextes urbains et ruraux. Pour les zones à tolérance « zéro » (cours d’école, parcs très fréquentés), associer détection par pièges à phéromone en été, destruction mécanique des nids et applications d’insecticide depuis le sol si nécessaire. Pour des zones acceptant des niveaux faibles, privilégier des mesures préventives : mélange d’essences en plantation, végétalisation du sous-bois, pose de nichoirs, surveillance par pièges et comptage de nids en hiver.

Exemples concrets d’actions à entreprendre

  1. Surveillance annuelle : poser des pièges à phéromones en juin-juillet et suivre les captures.
  2. En automne/hiver : repérer les nids et, si accessibles, écheniller avec protections ou faire appel à un professionnel.
  3. En février-mars : poser des pièges à colliers avant la descente des chenilles pour éviter la nymphose au sol.
  4. Utiliser Bacillus thuringiensis en mai sur chenilles jeunes, en respectant la non-sélectivité potentielle pour d’autres lépidoptères.
  5. Installer nichoirs et gîtes pour mésanges et chauves-souris afin d’accroître la pression des prédateurs naturels.

Quand faire appel à un professionnel ?

Si le cocon dans l’arbre est haut et hors de portée, si l’infestation est proche d’équipements fréquentés (écoles, aires de jeux) ou si vous n’êtes pas équipé pour intervenir en toute sécurité, il est impératif de contacter une entreprise spécialisée. Les opérateurs certifiés disposent de l’expertise et de l’équipement nécessaires pour intervenir en toute sécurité et fournissent souvent un rapport détaillé après chaque intervention.

Mesures citoyennes et signalement

Chacun peut contribuer à la lutte en signalant les nids trouvés dans l’espace public et en respectant les consignes de sécurité. Une plateforme de signalement est désormais à votre disposition pour déclarer la présence de chenilles processionnaires ou de leurs nids dans votre environnement. L’Observatoire des chenilles processionnaires centralise les données et aide à coordonner les actions entre collectivités et services de santé.

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MéthodePériodeAvantagesLimites
Piège à phéromonesJuin-sept.Surveillance, réduction des accouplementsNe suffit pas seul
Piège à collier (éco-piège)Nov.-avr.Empêche la nymphose au solPose sur chaque arbre nécessaire
Échenillage / destruction des nidsHiverEfficace et cibléDanger pour l’opérateur, nécessite EPI
Bacillus thuringiensis (BT)MaiBiologique, efficace sur jeunes larvesImpact possible sur autres lépidoptères
Renforcement des prédateursAnnuelDurable et écologiqueTemps d’installation et d’effet

En combinant surveillance, méthodes mécaniques, microbiologiques et actions écologiques (nichoirs, diversité des essences), il est possible de limiter durablement la prolifération des chenilles processionnaires tout en protégeant la santé des populations et l’environnement. Rappelez-vous : si vous doutez ou si le risque est important, faites appel à des professionnels.

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