Évolution de la place des femmes dans le cinéma hollywoodien : analyse et histoire

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les femmes ont toujours joué un rôle important dans l'histoire du cinéma, non seulement en tant qu'actrices, mais aussi derrière la caméra. Dès les débuts de cette industrie, des femmes comme Alice Guy-Blaché ont été des figures pionnières. Celle-ci est d'ailleurs souvent citée comme la première réalisatrice de films de fiction avec “La Fée aux Choux” en 1896.

Paradoxe ? Nous sommes au début du XXe siècle et le premier film qui raconte une histoire a déjà 4 ans : La Fée au Choux, écrit et réalisé par Alice Guy-Blaché en 1896. Durant ces quatre ans, la Française n’a pas chômé : c’est plus de 50 histoires qu’elle tourne pour Léon Gaumont, racontant aussi bien des scènes de vie comiques que féministes.

Les années 1900 deviennent une véritable période d'expérimentation cinématographique où toutes celles qui veulent travailler sont embauchées. À cette époque, écrire pour le cinéma c’est avant tout répondre à des petites annonces de magazines et à des concours d’écriture pour soumettre des idées d’histoires ou écrire des intertitres ; ce qui est très attractif pour les femmes car elles peuvent y participer de chez elles.

La même émulation a lieu outre-Atlantique, bien que le cinéma ne soit pas considéré comme un art “sérieux”, les films étant surtout destinés à faire patienter les spectateurs à l’entracte des vaudevilles. Les expérimentations continuent et certains formats gagnent en popularité, comme les serials, ancêtres de nos séries télé. Les scénaristes Lucille McVey et Kathlyn Williams étaient les reines de ce format au schéma gagnant identique : une belle jeune femme en danger que les scénaristes laissent dans un mauvais pétrin à la fin de chaque épisode.

De nombreuses sociétés de production cinématographique (tenues par des femmes) profitent du déménagement des studios de New Jersey vers la région de Los Angeles, qui n’était encore qu’un champ de moutons ; avec quelques avantages de productions cependant : les travailleurs non syndiqués sont à moindre coût, et le climat idéal et le paysage diversifié permettent de tourner des films sans coûts de transport tout au long de l’année.

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Les femmes n’ont jamais eu autant d’opportunités dans le cinéma qu’à cette époque : et pour cause, elles contrôlent toute la chaîne de création, production et de distribution, toutes les portes sont ouvertes à qui veut et à n’importe quels postes - tant qu’elles sont middle class et blanches.

Des pionnières influentes : Lois Weber, Frances Marion, Anita Loos

La scénariste-réalisatrice phare de cette décennie fut Lois Weber, qui devint la réalisatrice la mieux payée de l’ère des films muets, femme et homme confondus. Sa filmographie très engagée traite de sujets forts et tabous jusqu’à présent, comme celui de la contraception, de la consommation de drogue, des questions raciales ou de la peine de mort.

Parmi celles qui vont marquer la décennie suivante on peut citer Frances Marion, qui deviendra la vice-présidente fondatrice du Screen Writers Guild, et la scénariste la mieux payée du pays dans les années 1920 (et 1930). Une autre scénariste au parcours admirable est Anita Loos. Elle a été repérée par le réalisateur D.W. Griffith après qu’elle a répondu à un appel à projets alors qu’elle n’était qu’adolescente. Véritable touche-à-tout de l’écriture, elle fait ses armes auprès du grand réalisateur dans les années 1910 avant de s’envoler dans les années 1920 & 30.

Alice Guy a été la première à faire un film tout court. Avant, les frères Lumière ou Méliès avaient filmé des saynètes de vie. Alice Guy a été la première à dire « on va faire une histoire », à faire de la narration, et donc à inventer le cinéma !

Le tournant des grands studios et la marginalisation des femmes

En effet, le succès au box-office des films muets (qui rapportaient des millions) commence à attirer des investisseurs, faisant glisser doucement Hollywood dans l’ère business et changeant profondément la manière “horizontale” de faire des films. Les scénaristes qui travaillent dans les départements de scénario en pleine expansion sont considérés comme des “ouvriers” et sont donc mal payés.

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Le mouvement enclenché par l’arrivée des grands studios dans les années 1920 s’intensifie dans ces années de Grande Dépression et éclipse progressivement les femmes scénaristes. Sous l’impulsion du New Deal de F.D. La structuration de l’écriture continue également d’évoluer. Celles qui écrivaient depuis chez elles ne sont pas rappelées, car désormais les idées d’histoires et les scénarios émanent des départements scénaristiques des grands studios.

Avec le déménagement en Californie et le boom de la société de divertissement d’après guerre, la production cinématographique et la demande de scénaristes continuent de croître. Quelques femmes résistent à cette purge, comme Virginia van Upp, Mae West, Anita Loos ou Frances Marion qui continuent de travailler. “Elles étaient les reines du monde, et tout d’un coup elles se sont retrouvées dans l’ombre, à servir de script doctor et à retravailler les films d’autres réalisateurs.

En 1929 c’est la crise, la Dépression. Les diplômés d’Harvard et des grandes universités de la côte Est, regroupées au sein de l’Ivy League, font tous banqueroute. Ils prennent les jobs, tout simplement. C’est très rapide. Ils importent de New York le cinéma parlant et ses acteurs déjà syndiqués. L’arrivée des syndicats à Hollywood exclut les femmes, qui n’y sont pas admises. C’est très malin. Elles sont officiellement évincées de la branche. Ensuite, les studios s’organisent pour devenir les « Five Big Stars » et les autres sont avalés, fusionnés, rachetés.

La transformation des femmes à l'écran : icônes, stéréotypes et censure

Les femmes passent devant la caméra. Elles deviennent des icônes glamour, très sexualisées et maltraitées par les studios. Elles se font retirer des côtes, changer le visage. Elles deviennent des marchandises. « Le seul endroit où les femmes sont tolérées à Hollywood, c’est devant la caméra, et elles sont complètement fantasmées, hyper sexualisées. C’est censé être glamour, être la vie de rêve, mais c’est l’horreur. »

Jusqu’au code de censure, les femmes ont une sexualité. Je pense par exemple à Hedy Lamarr dans le film Extase, qui est la première actrice à montrer un orgasme au cinéma. Lorsque le code Hays tombe, les femmes n’ont plus le droit de s’asseoir sur un lit avec un homme, les baisers doivent durer trois secondes. Ça permet à un cinéma tout en sous-entendus de se développer, mais les femmes se retrouvent totalement enfermées dans des carcans très stricts.

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Il y a la femme fatale, la blonde idiote, la gentille girl next door… Tout devient extrêmement codifié. Même pendant les années 1970, en pleine révolution sexuelle, on est loin de retrouver à l’écran des femmes brûlant leur soutien-gorge, émancipées. Elles sont découpées en morceaux, violées et ne peuvent pas avoir de sexualité épanouie, mais… elles en redemandent. Et pourtant, vous ne verrez jamais un sein à l’écran. Les femmes peuvent être violées, mais en soutien-gorge, c’est tout le paradoxe de ce puritanisme.

Des outils et innovations signés par des femmes

Lois Weber a inventé le split screen, la division de l’écran en plusieurs images, un procédé qui est très souvent utilisé aujourd’hui. Dorothy Arzner a créé la perche en mettant un micro au bout d’une canne à pêche pour prendre le son au milieu du plateau. Les films de Lois Weber faisaient des records d’entrées et rapportaient énormément d’argent. C’était la femme la mieux rémunérée d’Hollywood avec Mary Pickford, qui est la première à avoir décroché un contrat d’un million de dollars. Lois Weber touchait quant à elle environ 5 000 dollars la semaine, ce qui équivaudrait à 90 000 dollars aujourd’hui.

Oubli, reconnaissance tardive et réécriture de l’histoire

Hollywood a été créé par des hommes et des femmes. Elles représentaient à peu près la moitié de l’industrie, qui n’en était pas encore une à l’époque. Mais ce sont uniquement les noms d’hommes qui sont restés parce que l’histoire du cinéma a été rédigée dans les années 1940, c’est-à-dire au moment où il n’y avait plus de femmes.

Deux Françaises, Julia et Clara Kuperberg, reviennent sur ce pan effacé de l’histoire du cinéma dans leur documentaire Et la femme créa Hollywood, restaurant la fierté bafouée des réalisatrices, scénaristes et productrices qui y ont joué un rôle de premier plan. En faisant des recherches, on s’est ensuite rendu compte qu’il y avait eu une première vague bien avant. On est tombées sur Frances Marion ou encore Lois Weber, qu’on ne connaissait pas. Il n’existait rien sur elles, pas un livre, sauf celui d’Ally Acker, qu’on a découvert totalement par hasard.

Femmes de cinéma

Les documentaristes spécialisées dans le cinéma américain se sont passionnées pour cet épisode oublié. Elles ont projeté Et la femme créa Hollywood à l'Académie des Oscars et ont constaté l'intérêt des jeunes générations : « Les millennials, la nouvelle génération, est beaucoup plus sensibilisée et militante que la nôtre, notamment grâce aux réseaux sociaux. »

Résurgence tardive : années 1980 à aujourd'hui

À partir des années 1980, les femmes ont commencé à aller à l’université et des Nora Ephron, des Sherry Lansing ou des Paula Wagner ont percé le plafond de verre. C’était une avancée importante, car pendant presque deux décennies, il n’y a eu qu’Ida Lupino. Mais elles restent des phénomènes isolés. Le système des studios verrouille tout.

Ces dernières années, sous les alertes de mouvements « féministes », la place de la femme dans nos sociétés - principalement occidentales - est devenue un enjeu majeur. Si la lutte féministe occupe aussi le terrain de la représentation de la femme à la télévision et au cinéma, un champ de bataille stratégique s’est ouvert qui, selon elle, conditionne le chemin de vie des femmes et qui doit évoluer pour les représenter dans leur réalité et leur diversité, hors des stéréotypes.

Le scandale Harvey Weinstein a mis en lumière des décennies d’abus dans l’industrie et a déclenché un véritable séisme à Hollywood. Le mouvement #MeToo, lancé en 2017, a permis aux femmes de briser le silence et de dénoncer les injustices. Parallèlement, des initiatives comme Time’s Up cherchent à promouvoir l’égalité de genre à Hollywood et à protéger les femmes dans toutes les industries.

Statistiques récentes et limites persistantes

L'année 2024 marque une avancée historique pour la représentation des femmes à l’écran : pour la première fois, la parité entre protagonistes féminins et masculins est atteinte parmi les films les plus rentables aux États-Unis. Selon le Center for the Study of Women in Television and Film, 42% des 100 films les plus rentables aux États-Unis en 2024 mettaient en scène une protagoniste féminine, un chiffre égal à celui des films avec un héros masculin.

Indicateur Valeur récente
Proportion de films à succès avec protagoniste féminine (2024) 42%
Films à succès sans réalisatrice (2024) 82%
Films à succès sans femmes scénaristes (2024) 76%
Part des films avec moins de 5 femmes significatives 72%
Présence d'actrices autour de 50 ans 6%
Part des rôles féminins attribués à actrices noires 17%

Si ces chiffres semblent indiquer un tournant, les chercheurs rappellent que cette évolution est encore fragile. « Des films comme The Substance ne sont aujourd’hui pas la norme, ils sont une exception », analyse Martha Lauzen. L’analyse des blockbusters de 2024 met en évidence une industrie toujours dominée par les hommes. L’ironie est que plusieurs films de 2024 mettaient en scène des personnages de réalisatrices alors que, derrière la caméra, les femmes restaient rares.

Représentation, diversité et âge : les défis non résolus

La représentation reste inégale : dans 72% des films étudiés, moins de cinq femmes occupaient des rôles significatifs. À l’inverse, la majorité des productions comptait au moins dix hommes dans des rôles majeurs. Autre problème : l’âge des actrices. Seuls 6% des femmes visibles à l’écran ont environ 50 ans et seulement 5% dépassent la soixantaine. Chez les hommes, ces proportions sont respectivement de 16% et 9%.

Les femmes racisées sont encore plus marginalisées dans l’industrie du cinéma. En 2024, seulement 17% des rôles féminins étaient attribués à des actrices noires et 4% à des actrices latinas. L’édition 2025 des Oscars illustre ces inégalités persistantes. Sur les dix films en lice pour le prix du meilleur film, un seul, The Substance, était réalisé par une femme.

Les apports fondamentaux des femmes au cinéma

Créatures fantasmées pour nourrir une industrie du rêve, on les voit surtout devant la caméra. Pourtant elles furent nombreuses à œuvrer derrière ou à côté d’elle, dans les coulisses d'une technique balbutiante que l'on n'appelait pas encore un art, et à des postes que, aujourd'hui, on n'imaginerait pas leur avoir été confiés par le passé.

Si la mémoire collective les a souvent oubliées, c'est peut-être parce que l'histoire officielle du cinéma a régulièrement occulté leurs noms, leurs œuvres et leurs pratiques. Et pourtant, fait sans doute inédit dans la contribution des femmes à un art, elles ont œuvré à son développement dès le tout début, inventant au gré des découvertes, explorant un terrain quasi vierge, apprenant « sur le tas », passant d'une fonction dite « féminine » à une autre qui l'était moins, pouvant être tour à tour actrice, scénariste, productrice ou réalisatrice.

C'est cette histoire encore peu connue que des chercheuses et documentaristes se proposent de retracer, en abordant, à partir d'un patronyme ou d'un film, d'une institution ou d'un mouvement, l'importance et la variété des contributions des femmes au cinéma, les obstacles et les réticences qu'elles connurent et rencontrent encore, mais aussi leurs avancées pour plus d'égalité et de reconnaissance.

Vers une réécriture des manuels et une meilleure visibilité

Il faudrait que les facultés de cinéma fassent un cours sur les femmes dans le septième art. Il faudrait rééditer les manuels et y incorporer les femmes. Le but n’est pas d’effacer ces films de l’histoire mais de les regarder autrement et de ne plus retomber dans ces poncifs.

Aujourd'hui, les réalisatrices jouent un rôle crucial dans l’ouverture des portes à d’autres femmes dans des fonctions créatives. Patty Jenkins, réalisatrice du succès Wonder Woman, fait partie des rares femmes à avoir dirigé un blockbuster de super-héros, un type de projet souvent réservé aux hommes. De plus en plus de femmes accèdent à des postes clés comme réalisatrice, productrice ou scénariste. Ces progrès sont importants, mais les inégalités persistent, notamment dans des rôles techniques comme monteuse ou directrice de la photographie, où leur présence reste encore rare.

La représentation paritaire parmi les protagonistes des films les plus rentables est une avancée notable, mais elle ne suffit pas à masquer les nombreuses disparités qui persistent dans l’industrie du cinéma. L’accès aux postes clés de réalisation, de scénarisation et de production demeure limité pour les femmes, et leur représentation à l’écran reste encore marquée par des stéréotypes et des inégalités d’âge et de diversité.

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