La Finance Lave Plus Vert : Définition et Enjeux
Les sociétés contemporaines font face à des défis économiques et écologiques majeurs. Des défis économiques d’abord, les effets de la crise financière de 2008 ne cessent de se faire ressentir dans les économies occidentales, où de plus en plus de signaux indiquent l’entrée de celles-ci dans une période de stagnation prolongée. En Europe comme en Amérique du Nord, le coût exorbitant de la dernière crise a plombé les finances publiques, ce qui se traduit aujourd’hui par des politiques d’austérité budgétaire minant les chances d’une relance durable de l’économie par des investissements publics.
Les conséquences de longue portée des vagues de libéralisation et de déréglementation des marchés financiers des années 1980-1990 se font aujourd’hui pleinement sentir dans les États, au moment où les capacités d’action publique sur l’économie sont en redéfinition. Des défis écologiques ensuite, le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) le confirme : malgré les traités, les conventions et les accords signés au cours des vingt dernières années concernant la réduction de l’empreinte écologique de l’humanité, aucune inflexion décisive n’a été donnée au modèle de croissance productiviste, qui s’étend désormais aux quatre coins de la planète.
Fortement dépendant de l’utilisation des combustibles fossiles, ce modèle énergivore et à haute intensité carbonique doit faire face à l’existence de seuils écologiques et climatiques critiques, dont le franchissement entraînerait de graves conséquences pour la biosphère et l’humanité. À ce sujet, le GIEC souligne que les émissions de gaz à effet de serre devront diminuer de 50 à 85 % à l’échelle mondiale d’ici 2050 pour éviter de trop dépasser une hausse de la température moyenne de surface de la Terre de plus de deux degrés par rapport à la période préindustrielle.
C’est dans ce contexte marqué par des défis économiques et écologiques inédits que des initiatives d’envergure se déploient depuis peu dans certains États occidentaux pour amorcer une grande transition visant la reconversion de notre économie vers des infrastructures, des procédés et un mode de vie plus adaptés aux limites écologiques. Les obstacles rencontrés sur la voie de cette transition sont cependant légion, et la question de son financement n’est pas la moindre. Les grandes organisations internationales et les gouvernements des États occidentaux n’ont que tout récemment commencé à se pencher sur cette question.
Il se trouve en effet que ces changements d’envergure vont nécessiter d’importants investissements, dans la mesure où ils impliquent notamment une reconversion des infrastructures énergétiques et industrielles visant à diminuer substantiellement l’empreinte écologique des sociétés. À cet effet, des innovations sociales concernant cet aspect stratégique de la transition écologique sont en cours d’élaboration. Elles visent plus particulièrement à mobiliser une partie de l’épargne salariale - en particulier l’épargne de long terme pour la retraite dans les fonds de placement et les fonds de pension, qui fait partie des outils « méconnus » de financement de la transition.
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Cette épargne capitalisée représente un immense réservoir d’actifs, dont la finalité est d’assurer la sécurité financière à la retraite des travailleurs. Ce sont précisément les modalités d’allocation de cette source de capitaux, ainsi que les circuits de valorisation qu’ils empruntent, qui font l’objet d’une réflexion de plus en plus poussée un peu partout dans les pays industrialisés. Au Québec, la réflexion sur ces innovations en est à ses débuts, mais elle peut tirer profit des avancées réalisées notamment sur le terrain de la finance socialement responsable (FSR), qui est un terreau fertile pour thématiser pareil enjeu.
Nous souhaitons dans le présent article donner les grandes lignes d’une réflexion en cours sur le financement de la transition écologique, en nous attardant plus précisément sur les enjeux associés à la contribution des bassins d’épargne capitalisée à cette tâche. Nous présenterons la contribution de deux modalités complémentaires de canalisation et de gestion de cette épargne. L’objectif ici est de tracer un portrait général des actifs disponibles, ainsi qu’une esquisse des supports institutionnels potentiels susceptibles d’enclencher la transition sur une grande échelle.
Dans son ouvrage La fin de l’abondance (2013), John M. Greer constate que le modèle de croissance actuel fait face à des crises majeures, qui remettent en cause aussi bien sa viabilité que sa légitimité. Données à l’appui, il montre que ce modèle de croissance rencontre des limites matérielles d’envergure, qui touchent les dimensions écologique et économique de sa reproduction. Ce constat recoupe celui de nombreux observateurs. Selon la plupart d’entre eux, la dépendance qu’ont développée les sociétés industrialisées à l’égard de l’utilisation massive de l’énergie fossile à bon marché est l’un des principaux facteurs responsables de la crise écologique actuelle, en plus de générer des coûts économiques croissants pour la société.
Pour cette raison, de plus en plus de groupes sociaux, voire des sociétés entières souhaitent s’émanciper de cette forme d’énergie et enclencher une reconversion de leur économie. Cet enjeu est particulièrement présent en Europe, où certains États ont amorcé un processus de transition de leur base énergétique et industrielle. Ainsi, la Suède a récemment décidé d’éliminer le pétrole de son portefeuille énergétique d’ici 2030, une décision qui s’est accompagnée d’une politique industrielle ambitieuse visant le positionnement du pays dans l’innovation énergétique verte.
L’Allemagne, quant à elle, a entrepris le plus vaste plan de développement économique depuis la Deuxième Guerre mondiale, en investissant 263 milliards de dollars dans l’énergie propre, un effort plus important que le plan Marshall et la reconstruction du pays après la guerre. Si ces deux exemples montrent qu’une transition écologique est actuellement en chantier, la question de son financement s’avère déterminante, dans la mesure où le changement de base énergétique impliquera des investissements colossaux.
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Ainsi, pour le Québec, si l’on utilise la règle simple du 1 % du PIB proposée par Nicholas Stern (2006) comme une première approximation du coût de la transition, le Québec doit envisager un coût d’environ 90 à 100 milliards de dollars sur une période de 20 ans, selon les hypothèses portant sur la croissance future de l’économie québécoise. Plus récemment, le Programme des nies pour l’environnement (PNUE, 2011) a plutôt suggéré qu’il faudrait investir 2 % du PIB pour réaliser les investissements requis.
Ces sommes d’argent, très importantes, impliquent de définir la nature du financeur de la transition : avec quels capitaux et selon quelles modalités cette transition sera-t-elle financée ? Il est naturel, pour ainsi dire, de braquer d’abord les projecteurs sur les États, qui ont amorcé les grands travaux de modernisation des infrastructures au xxe siècle. Or, il n’est pas évident que ce sont ces institutions qui soutiendront l’essentiel de l’effort financier pour les années à venir. Dans une économie fragilisée par les effets de la crise financière de 2008, les finances publiques sont exsangues.
Les charges financières associées aux plans de sauvetage des acteurs bancaires ont littéralement asséché le Trésor public. Non seulement la plupart des États occidentaux déploient-ils aujourd’hui des politiques d’austérité budgétaire qui découragent les investissements publics, mais aussi ils recourent de plus en plus à des emprunts sur les marchés financiers. Dans certains cas, le mur de l’endettement public est tel que l’essentiel des efforts déployés par les gouvernements porte sur le maintien de leur solvabilité.
Or, les transformations des cadres de régulation macroéconomique ont substantiellement renforcé les stratégies financières conventionnelles de ces organisations, qui ne semblent pas « naturellement » portées à financer la transition écologique. Ces transformations, qui ont jeté les bases d’une configuration financiarisée du capitalisme, placent aujourd’hui les conventions financières au cœur de la régulation d’ensemble des économies « réelles ». L’un des effets les plus délétères de cette financiarisation réside dans l’élévation de la norme de rendement financier, laquelle réduit de manière directe les occasions d’investissement.
Ainsi, le coût soutenu par la société pour ce surcoût du capital se traduit par des projets de développement dont l’utilité écologique, économique et sociale est réelle, mais qui ne verront probablement pas le jour parce qu’ils ne souscrivent pas aux exigences de rendement financier du moment. Puisque les grandes organisations financières privées gérant des pans importants de l’épargne des salariés ne s’engageront vraisemblablement pas, à court terme, dans le vaste chantier de la transition écologique, la question de son financement est une occasion privilégiée pour penser des innovations sociales visant à canaliser l’épargne salariale vers des projets à impacts écologiques, économiques et sociaux.
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Ayant par définition une finalité de long terme, l’offre de cette épargne détient en effet des caractéristiques qui sont celles de la demande de financement pour la transition, elle aussi associée à une finalité de long terme. Elles sont, pour ainsi dire, faites l’une pour l’autre. Parmi toutes les catégories d’actif susceptibles d’être mobilisées, celle des caisses de retraite semble la plus apte à jouer un rôle-clé dans la transition écologique et énergétique.
Les caisses de retraite, qu’elles soient publiques ou privées, représentent le chaînon faible de la financiarisation de l’économie, ou vues sous un autre angle, le chaînon fort d’une épargne salariale ayant des finalités ancrées dans les enjeux du xxie siècle. Avec la crise financière de 2008, pendant laquelle l’industrie des services financiers a montré de graves dysfonctionnements, les représentants des déposants et certains gestionnaires de caisses de retraite ont soulevé plusieurs questions relatives au cadre d’allocation de ces capitaux.
Les stratégies, mais aussi les finalités mêmes du placement « conventionnel » de l’épargne-retraite ont été remises en question à des degrés variables, ce qui a ouvert la porte à d’autres manières d’administrer ce capital. La première manière, soit l’implantation de nouvelles pratiques de gestion des patrimoines axées sur la maximisation de l’impact écologique des investissements, est de plus en plus courante.
Les liens entre les enjeux écologiques du xxie siècle et les stratégies de gestion des patrimoines sont de mieux en mieux établis et présentés aux gestionnaires de caisses et représentants des déposants. Des firmes comme Mercer (2011) ont montré que l’investissement vert permettrait à moyen et à long terme d’augmenter la résilience des patrimoines sous gestion. En investissant dans des classes d’actifs spécifiques qui diminueraient l’empreinte de carbone des économies et l’intensité des changements climatiques, les gestionnaires de fonds peuvent trouver là des occasions de placement conformes à leurs règles de gestion, en plus de contribuer à stabiliser les conditions de valorisation de leurs actifs sous gestion.
Les supports institutionnels pour canaliser l'épargne-retraite
Nous pouvons ainsi constater que des supports institutionnels destinés à canaliser l’épargne-retraite vers des initiatives de transition écologique et énergétique sont actuellement en développement. Ceux-ci peuvent bénéficier, notamment dans le cas des obligations vertes, de l’appui des gouvernements, ce qui leur confère un attrait supplémentaire.
Ces dispositifs de canalisation de l’épargne-retraite vers des investissements à impact écologique peuvent en outre bénéficier des avancées réalisées au cours des de... À la lumière du documentaire « La finance lave plus vert », nous découvrirons les coulisses du verdissement de la finance et à quel point il est difficile de se repérer dans l’opacité du milieu financier. Alors que le réchauffement climatique s’accélère et que les catastrophes naturelles se succèdent, scientifiques et militants le clament : il faut changer de modèle de société.
Face à ces revendications, le monde de l’économie semble se remettre en question. La finance, elle, entend devenir plus verte. Depuis quelques années, la croissance des fonds et placements dits « durables » s’avère exponentielle. L’occasion pour la place bancaire de redorer son blason après la crise financière et les scandales fiscaux à répétition ?
La Finance verte va-t-elle sauver la planète ?
Le secteur financier et bancaire n’échappe pas à cette dérive, et cela se manifeste sous deux formes. D’une part le greenwashing d’affirmation qui consiste à déclarer publiquement son engagement alors qu’en réalité, un trop faible niveau d’actions est mis en place. Et de l’autre, le greenwashing de complaisance, qui consiste à s’engager, à voter un plan « zéro - émission » peu ambitieux ou non réaliste puis à se contenter de son effet d’annonce.
Que révèle l’analyse des portefeuilles d’investissement qui s’affirment comme étant « green » ? L’étude menée par Noël Amenc, Felix Goltz et Victor Liu est la première à se pencher sur le sujet, notamment en raison de la difficulté à se procurer des données, pour la plupart confidentielles. Ils ont ainsi évalué les éléments déterminants entrants dans la construction de portefeuilles, entre capitalisation boursière, critère climat et note ESG.
Dans les stratégies climatiques qui utilisent le score carbone de chaque entreprise, 88% de la pondération est attribuée à autre chose que des mesures de- carbone. Autre sujet de réflexion : comment envisager une révolution climatique sans modifier le point de référence de l’investissement ? Toutes les technologies utilisées pour construire des portefeuilles climatiques ont comme point de départ le maintien d’une faible « tracking error » avec l’indice non décarboné.
Dans les stratégies climatiques qui mêlent objectifs climatiques, objectifs ESG et critères RSE, 93% de la différence des poids des titres n’est pas liée à des objectifs climatiques. Dans ces stratégies, concrètement, aucune priorité forte n’est donnée à l’aspect climat. Enfin, les auteurs remarquent que certains fonds n’hésitent pas à exclure certains titres, notamment ceux des compagnies d’électricité, pour améliorer les scores « verts » de leur portefeuille. Or sans électricité, pas de croissance.
Selon eux, l’avenir se construira en prenant en compte l’ensemble des secteurs de l’économie. Les auteurs constatent que les stratégies « vertes » sont réellement des stratégies qui se veulent cohérentes entre l’affirmation de l’engagement de l’investisseur et l’allocation de capital. Les portefeuilles sont en effet verts, ils présentent une réduction forte de l’empreinte carbone de chaque titre par rapport à l’indice classique non décarboné, comme le CAC 40.
Ces résultats ont également été établis en se penchant sur l’observation de la cohérence entre l’engagement des entreprises d’un côté et les décisions d’investissement dans un portefeuille de l’autre. Il en ressort que les entreprises dont l’impact climatique se dégrade au fil du temps sont non seulement présentes dans les stratégies étudiées mais surtout qu’un tiers des titres qui présentent cette dégradation voient leur poids augmenter dans les stratégies.
Un signal incohérent : d’un côté les entreprises sont incitées à modifier leurs pratiques, de l’autre, celles qui ne le font pas, se trouvent valorisées. Le greenwashing (éco-blanchiment) est une méthode de marketing consistant à communiquer auprès du public en utilisant l’argument écologique. Le but du greenwashing étant de se donner une image éco-responsable, assez éloignée de la réalité…
La pratique du greenwashing est trompeuse et peut-être assimilé à de la publicité mensongère. Le terme “greenwashing” est souvent utilisé par des ONG pour stigmatiser les entreprises qui tentent d’afficher des préoccupations environnementales qu’elles sont loin d’avoir dans leurs pratiques. Cette pratique dessert les actions de sensibilisation réalisées par les associations et les pouvoirs publiques pour encourager la consommation de produits plus respectueux de l’environnement.
L’ADEME et l’ARPP (Autorité de Régulation des Professionnels de la Publicité, ancien BVP) travaillent conjointement pour limiter l’utilisation abusive des arguments “verts” dans les publicités.
Il existe différents types de greenwashing, notamment :
- Le marketing trompeur, ou greenlabelling : il s’agit d’utiliser des termes ou des slogans écologiques vagues ou non réglementés, tels que “vert”, “naturel” ou “respectueux de l’environnement”, sans fournir de preuves tangibles ou de certifications vérifiables pour étayer ces affirmations.
- L’exagération des réalisations environnementales ou greenlighting : qui consiste à exagérer ou embellir les efforts environnementaux, en mettant en avant de petits changements ou des initiatives isolées comme des réussites majeures, alors qu’ils ont un impact limité sur l’environnement.
- Le déni ou minimisation des impacts négatifs ou greenhushing : certains acteurs peuvent minimiser ou ignorer les impacts environnementaux négatifs de leurs activités principales, en se concentrant uniquement sur des aspects positifs ou en prétendant qu’ils sont “neutres en carbone” ou “zéro déchet” sans prendre en compte l’ensemble de leur chaîne de valeur.
- La multiplication des engagements ou greenrinsing : il s’agit de prendre des engagements écologiques multiples, et d’en changer régulièrement afin d’entretenir la confusion des parties prenantes au sujet de son engagement réel.
- Le fait de se cacher derrière des coalitions, ou greencrowding : il s’agit de rejoindre des alliances environnementales, et de multiplier les signatures de pactes pour donner l’impression d’un investissement environnemental, sans engagement réel.
Pour identifier le greenwashing, il est important de regarder au-delà des affirmations de marketing et d’examiner de manière critique les preuves concrètes des engagements environnementaux d’une entreprise. La société étant davantage sensible à la protection de l’environnement et à l’éthique, de nouvelles banques tentent de répondre à ces préoccupations.
Face aux consommateurs de plus en plus nombreux à vouloir savoir où va leur argent et à quoi il sert, la finance dite « durable » prend de l’ampleur, notamment à travers les néobanques, qui se multiplient. Cependant, ce type de fonctionnement ne fait pas l’objet d’une définition légale. Il s’agit d’un concept regroupant une multitude de terminologies : banque durable, éthique, placement vert, solidaire, investissement socialement responsable (ISR), etc.
Le point commun entre tous ces modèles reste un ensemble de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). C’est-à-dire que les produits financiers intègrent ces considérations ESG, en utilisant des indicateurs relatifs, par exemple, aux émissions polluantes, aux droits de l’homme, à la biodiversité, à l’éthique des affaires ou encore à la lutte contre l’exclusion.
Désormais, toutes les banques se présentent comme vertueuses en matière de transition écologique et de respect des standards ESG.
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