La Finance Numérique : Définition, Enjeux et Perspectives
La finance numérique, également connue sous le nom de finance digitale, désigne l’utilisation des technologies numériques pour faciliter les transactions financières, les services bancaires et l’accès aux services financiers de manière générale. La digitalisation de la finance s’impose comme une nécessité impérieuse pour les entreprises.
Cette transformation digitale n’est pas une simple option, mais un véritable levier de croissance et de compétitivité qui permet aux entreprises de prospérer dans l’ère numérique. Dans un monde où les clients sont de plus en plus connectés et exigeants, la digitalisation de la finance permet aux entreprises de proposer une expérience client exceptionnelle.
Qu'est-ce que la Fintech ?
La Fintech désigne ces entreprises qui mettent à profit les progrès technologiques et numériques pour innover dans les domaines de la finance et de la banque. Le terme Fintech est issu de la fusion des mots "finance" et "technologie" (financial technology), et désigne l’ensemble des nouvelles technologies financières utilisées pour améliorer les services financiers. L’objectif ? Simplifier le secteur, le rendre plus efficace, plus sécurisé et moins cher. Cette notion désigne par extension les startups utilisant ces technologies pour révolutionner le monde des services financiers.
PayTechs, PropTechs, RegTechs... le lexique autour des FinTechs est aujourd'hui bien complet. Et à raison, car le terme ne date pas d'hier. C’est dans les années 50 que l’on fait référence aux FinTechs pour la première fois, et c'est avec l’arrivée de la carte de crédit que l'expression se répand. Si elles désignent initialement les nouvelles technologies qui permettent d’améliorer les processus financiers, avec le temps, les Fintechs englobent davantage de spécificités. Mais c'est surtout à partir de la crise financière de 2008 qu'un réel tournant s'opère pour de nombreux acteurs des structures bancaires.
En pleine effervescence à travers le monde, aucun segment du marché financier ne leur échappe. Crédit, crowdfunding (financement participatif), monnaies virtuelles, épargne, affacturage, assurance, transferts d’argent… sont autant de terrains de jeu pour ce secteur à fort potentiel. Paytechs, Insurtechs, Regtechs... la Fintech regorge de catégories de métiers.
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L'Impact des Fintechs sur les Banques Traditionnelles
Bousculées par la révolution du digital, les banques n’ont eu d’autre choix que d’adapter leur modèle et d’intégrer les innovations des Fintechs. Avec leur approche innovante et technologique, les startups de la Fintech défient les banques traditionnelles en offrant des services financiers plus transparents et abordables. Du service de paiement en ligne (paytechs) à la gestion de son compte bancaire (néobanques), au crédit (crowdfunding et crowdlending), en passant par toutes ces applications permettant aux utilisateurs de gérer leurs budgets en temps réel et de n’importe où, les Fintechs comblent certains manques du secteur bancaire traditionnel.
Leur succès repose sur une meilleure compréhension des besoins clients et une capacité à opérer rapidement, exploitant les opportunités réglementaires et la digitalisation pour offrir des services complémentaires ou alternatifs aux banques. L’essor des Fintech pousse les banques à accélérer leur transformation digitale. Si on peut les imaginer en compétition, les Fintechs et les banques offrent ensemble un terrain propice à l'innovation. Leur collaboration permet aux deux parties de capitaliser sur leurs forces respectives pour améliorer l'expérience client, accroître l'efficacité opérationnelle et rester compétitives dans un marché financier en constante évolution.
Ces collaborations permettent aux banques de bénéficier de l’expertise technologique des Fintechs tout en préservant leur rôle d’intermédiaires financiers. Les Fintech encouragent les banques à adopter une approche basée sur les besoins et les services personnalisés tels que le chat en ligne, des applications mobiles et des horaires élargis pour les conseillers. Investir dans les Fintechs ou créer leurs propres incubateurs pour soutenir le développement de jeunes entreprises innovantes permet aux banques de renforcer leur stratégie d'investissement et de développer constamment des services innovants pour leur clientèle. Il est possible de le faire, que l’on soit une entreprise ou un particulier, mais il faut prendre en compte la notion de risque.
Ces investissements peuvent se faire via des fonds d’investissements (venture capital), des plateformes de crowdfunding ou en Bourse. Investir dans les Fintechs cotées en Bourse permet de participer à leur croissance et d'acquérir une plus grande liquidité que les investissements directs dans des startups, tout en facilitant la revente.
La Finance Digitale et l'Inclusion Financière
Depuis plusieurs années nous parlons de l’inclusion financière et de nombreux programmes ont été mis en place pour soutenir les populations démunies afin de leur permettre d’accéder aux services financiers, en particulier via les institutions de microfinance. Ces dernières années, la Finance Digitale prend de l’ampleur et bouleverse les institutions financières classiques avec l’arrivée et le développement des Fintechs. La dernière crise sanitaire liée à la COVID-19 n’a fait qu’accélérer son développement devenant ainsi une réalité de notre quotidien. Alors est ce que la Finance Digitale soutiendra et boostera l’Inclusion Financière des populations et des opérateurs économiques ? Comment ?
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L’Inclusion Financière est définie communément en tant qu’une offre de services financiers de base à faible coût permettant aux personnes et aux entreprises exclues des services financiers traditionnels, d’accéder à toute une gamme de produits et de services financiers utiles et adaptés à leurs besoins.
Les Services Financiers Digitaux (SFD)
La finance digitale se définie comme une large gamme de produits et services financiers dont l’accès est numérique via Internet. On estime dans le monde plus de 2,5 milliards de personnes non bancarisées, alors qu’environ 1 milliard de ces personnes ont accès à un téléphone portable. Ceci illustre un potentiel important de la Finance Digitale dans le développement de l’inclusion financière.
A fin décembre 2020, le nombre de comptes mobiles actifs a atteint les 300 millions contre 200 millions à fin décembre 2018, soit une augmentation de 50% en 2 ans. Toutefois, ceci n’est pas systématiquement équivalent à une inclusion financière positive de la population. L’accès n’est qu’un facteur de l’Inclusion financière qui reste à soutenir par l’utilisation. En Afrique subsaharienne et en moyenne 19% des comptes mobiles actifs réalisent un paiement de facture, 10% réalisent un payement commercial (achat) et seulement 1% reçoivent ou envoient d’argent à l’international.
La finance digitale a bien soutenu l’inclusion financière dans la l’Union Monétaire et Economique de l’Ouest Africain (UMEOA). En effet, la valeur globale des SFD via la téléphonie mobile a atteint 34% du PIB de l’Union en 2018 et 54% de la population adulte combinée du Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana et Sénégal sont des utilisateurs actifs du Mobile Money en 2019. Or le taux de bancarisation au sens strict dans l’UMEOA n’est que de 18% en 2019 et le taux de bancarisation au sens élargi se limite à 39,7%. Ceci illustre bien l’impact positif de la Finance Digitale et le Mobile Payment dans le développement de l’inclusion financière de la population et de leur accès aux services financiers formels.
A noter par ailleurs que dans différentes régions du monde, il existe un gap entre les hommes et les femmes en matière d’inclusion financière (ayant un compte après d’une institution financière formelle). Selon les données du Global Findex, cet écart varie de 5% à 17% en 2017. Le gap le plus élevé se trouve dans la région du Moyen Orient et l’Afrique du Nord avec un gap de 17%. Ce gap est de 11% dans les pays de l’Afrique Sub-saharienne.
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Des expériences dans certains pays ont mis en relief l’avantage de la Finance Digitale dans la réduction de ce gap et l’inclusion financière des femmes. Que ce soit pour des raisons sociales, culturelles ou religieuses, les femmes rencontrent plus d’entraves en matière d’accès aux différents points de services des institutions financières formelles et de communication avec leurs représentants. Toutefois, le potentiel de la Finance Digitale dans le développement de l’inclusion financière est affecté / limité par plusieurs craintes et risques. Par exemple, la non-interopérabilité entre les différents réseaux des opérateurs de téléphonie mobile limite l’utilisation des services financiers digitaux.
L’étude de référence sur l’inclusion financière en Tunisie a été menée en 2018 par le cabinet Altai Consulting dans le cadre du programme MicroMED.
La Finance Numérique en France
Les Fintech font preuve d’une grande inventivité en matière d’innovations pour offrir des solutions adaptées aux nouveaux usages des clients. La ville lumière, qui bénéficie d'un écosystème dynamique et en plein expansion, s'est solidement positionnée comme un hub majeur pour les Fintechs.
En avril 2024, les fintech françaises ont levé 201,5 millions d'euros de fonds propres (hors dette) en 14 opérations, avec un montant cumulé de 404 millions d'euros en 36 opérations depuis le début de l'année. En mars 2024, les Fintechs françaises avait collecté 79,3 millions d'euros en 8 opérations. Le mois a été marqué par les opérations de Pennylane, Greenly ou Helios. Le premier trimestre 2024 a enregistré un montant cumulé de 205 M€ en 22 transactions, versus 250 M€ en 2023.
À noter la remarquable levée de fonds de 46 M€ réalisée par Flowdesk, le teneur de marché (« market maker ») crypto dont le rôle est de fournir de la liquidité aux acheteurs, et celle de 40 M€ par Pennylane, plateforme de gestion financière et comptable pour les dirigeants d'entreprise et leurs experts-comptables. Dans l'ensemble, le secteur démontre une certaine résilience malgré des circonstances défavorables. Les levées de fonds sont en baisse comme partout dans le monde, mais les activités de fusion-acquisition progressent.
Selon le Blog du modérateur, la France recense 29 licornes en 2024. Pour obtenir ce statut, une entreprise doit obtenir une valorisation d'au moins un milliard de dollars.
Fintechs, cryptomonnaies, innovations…assiste-t-on à une transformation du paysage financier ?
Événements Clés de la Fintech en France
- Paris Fintech Forum : Événement majeur dans le domaine de la finance et de la technologie qui se tient chaque année à Paris. Il rassemble des experts, des entrepreneurs, des dirigeants de banques, d’assurances, de régulateurs et des fintechs venant d’Europe et du monde. L’événement propose des sessions de débats, des tables rondes et des conférences couvrant tous les sujets liés à la finance et à la technologie tels que la banque, l’assurance, les cryptomonnaies, les paiements, la réglementation, etc.
- Fintech R:evolution : Événement annuel organisé par France FinTech qui se concentre sur l’innovation dans le secteur financier.
Le Paquet Finance Numérique de l’UE
La transition numérique de l'Europe est une priorité absolue pour l'UE : la Commission européenne souhaite permettre au secteur financier de l'UE de tirer parti des nouvelles technologies qui transforment le secteur. Qu’est-ce que le paquet finance numérique de l’UE ?
Les entreprises financières migrent de plus en plus leurs données et leurs applications vers le cloud pour accroître leur agilité et réduire leurs coûts. La technologie de blockchain est devenue un pilier de la digitalisation de la finance, offrant des solutions de paiement sécurisées, des contrats intelligents et des registres distribués.
Les Enjeux Futurs de la Finance Numérique
La numérisation des services financiers permet aux entreprises de booster leur efficacité opérationnelle en automatisant des tâches manuelles chronophages, en réduisant les erreurs et les délais, et en améliorant la collaboration entre les différents services financiers. La transformation digitale de la fonction finance offre aux entreprises une visibilité accrue sur leurs données financières. Grâce à des outils d’analyse puissants et à des tableaux de bord interactifs, les dirigeants peuvent accéder à des informations fiables et en temps réel sur leur situation financière.
La transformation numérique du secteur financier bat son plein, portée par une convergence de technologies innovantes et l’évolution des demandes des clients. La numérisation des paiements s’accompagne d’une baisse de l’utilisation des espèces. Or, pour l’heure, les espèces, non présentes dans le monde numérique, sont la seule forme de monnaie centrale accessible au grand public, et elles remplissent un « rôle d’ancrage ».
La tokenisation de l’écosystème financier pose la question de l’actif utilisé pour régler les transactions sur actifs tokenisés (titres financiers sous forme de jeton numérique). Pour l’heure, seuls des actifs privés sont directement disponibles sur les technologies de registre distribué (comme les cryptoactifs et les stablecoins) pour régler des transactions sur actifs tokenisés, alors qu’ils présentent un risque pour la stabilité du système financier.
A contrario, la monnaie centrale n’est, à ce stade, pas disponible sous forme tokenisée. « Les deux projets d’une MNBC interbancaire et d’une MNBC de détail sont deux faces de la même " montagne ", qui est l’ambition d’offrir une forme numérique de monnaie de banque centrale afin de combiner l’innovation et la confiance dans le système de paiement.
Une MNBC « de détail » (l’euro numérique) serait l’équivalent numérique du billet : elle permettrait au grand public d’envoyer et de recevoir des paiements partout en zone euro, à proximité ou à distance, en monnaie centrale, comme avec le billet avec lequel elle partagerait une autre caractéristique forte, à savoir un haut degré de confidentialité pour les transactions. Les banques centrales, conjointement avec le régulateur, doivent s’assurer que le cadre juridique traite de manière équitable les activités exercées par le marché et réponde de manière proportionnée aux risques (selon le principe de « même activité, même risque, même règlementation »). Le législateur européen s’est inscrit dans cette démarche.
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