La Finance Utile : Définition et Enjeux
La finance joue un rôle clé dans la compétitivité et la richesse d'un pays. Grâce à des outils de plus en plus sophistiqués, elle gère les risques et l'allocation de l'épargne. Mais la multiplication des crises financières incite à remettre en question l'utilité sociale d'une partie de son développement.
1. Une Réponse aux Risques
La finance est l’ensemble des mécanismes et des institutions qui apportent à l’économie les capitaux dont elle a besoin pour fonctionner. Son rôle est d’affecter les ressources d’épargne disponibles aux usages les plus productifs. Comme ces ressources sont limitées au niveau d’un seul pays, ce rôle est essentiel. Les économistes classiques considéraient d’ailleurs que le manque de capital était le premier obstacle à la croissance.
Comme sur n’importe quel marché, l’activité financière est orientée par les prix, en l’occurrence le rendement que les épargnants attendent de leurs placements. Tout financement déplace des ressources dans le temps. Or, l’avenir étant incertain, le financement est forcément risqué. Trois problèmes liés à l’incertitude freinent les apporteurs de capitaux : le manque d’information sur l’agent (ménage, entreprise, Etat) à qui ils confient leur argent, le risque de perdre leur placement s’il n’est pas remboursé et la durée d’immobilisation de leur capital. La mission de la finance est de résoudre ces trois problèmes, respectivement d’information, de risque et de liquidité.
Plusieurs solutions sont envisageables. Le financement de l’économie peut passer par des institutions spécialisées, les banques, qui prennent le risque à la place de l’apporteur de capitaux. Leur grande taille leur permet de jouer ce rôle : elles engagent des spécialistes pour collecter et traiter l’information, elles peuvent survivre au défaut d’un client et transformer des ressources à court terme en prêts et en placements à long terme. Cependant, même les banques ne sont pas toujours assez grandes pour faire face aux risques, ni assez spécialisées pour les évaluer correctement.
Le financement peut aussi passer par les marchés financiers*, qui proposent des produits plus variés et souvent moins coûteux, mais qui ne concernent que les agents de grande taille. Les marchés financiers présentent l’avantage de diviser les risques. Par exemple, si une émission d’actions est souscrite par des milliers d’acheteurs, chacun prend une petite part du risque porté par l’entreprise et peut revendre facilement ses actions. L’entreprise peut ainsi se procurer aisément des ressources stables. Depuis le grand mouvement de libéralisation réglementaire et d’innovation des années 1980-2000, les marchés financiers fournissent également des assurances, par l’intermédiaire des marchés à terme** ou des credit default swaps dits CDS***.
Lire aussi: Qu'est-ce que la Finance Utile ?
Il y a donc deux modèles d’organisation de la finance : une finance intermédiée (les banques prêtent et collectent l’épargne) et une finance de marché (fournisseurs et demandeurs de capitaux se rencontrent sur les marchés financiers). Dans l’esprit de certains, cette distinction recoupe celle entre une finance utile, qui permet le fonctionnement de l’économie, et une finance parasite, vivant de spéculation et entraînant les crises. Cette vision est très simpliste, d’autant que la libéralisation réglementaire a brouillé la coupure entre les deux circuits. Par exemple, le crédit immobilier utilise de manière croissante des capitaux empruntés sur les marchés financiers. Et lorsqu’une banque est responsable d’une émission obligataire mais ne trouve pas à la placer, c’est bien elle qui assume la fonction de prêteur.
2. La Gestion du Risque a Beaucoup Changé
Dans les années 1980, le financement par les marchés s’est développé au détriment de celui par le crédit bancaire. Le taux d’intermédiation, qui mesure la part des crédits bancaires dans le total des financements, est passé de 70 % à 40 % en trente ans en France. Cependant, cette évolution s’est interrompue ces dernières années. Si le taux d’intermédiation a continué à baisser après 1995, cette baisse résulte de l’internationalisation de la finance et non du développement des financements de marché. Autrement dit, si les banques françaises jouent un rôle moindre, c’est au profit de financements étrangers et non des marchés, puisque la part des émissions d’actions et d’obligations est plutôt orientée à la baisse, passant de 21 % en 1995 à moins de 13 % en 2010.
Ce très faible recours aux marchés financiers n’est pas propre à la France. Du fait de l’explosion des crédits immobiliers dans les années 2000, le taux d’intermédiation a augmenté dans les pays anglo-saxons et se situe aujourd’hui à peu près au même niveau qu’en France.
Mais cette forte hausse des crédits immobiliers aurait été impossible sans le développement de la finance. Les banques ont pu nettement accroître leurs crédits en ajoutant aux dépôts de leur clientèle des fonds empruntés à court terme sur le marché monétaire. Pour limiter les risques liés à la multiplication des crédits, les banques recourent à la titrisation**** : elles vendent ces titres à une grande variété d’acheteurs. Pour éliminer le risque d’une hausse des taux d’intérêt, elles proposent des prêts à taux révisable en fonction de celui du marché monétaire, sur lequel les banques se refinancent, de sorte qu’elles sont sûres de ne pas perdre d’argent.
L’industrie financière connaît d’autres changements, destinés en grande partie à mieux évaluer les risques et à réduire leur effet. La spécialisation des institutions financières leur donne une meilleure connaissance des activités auxquelles elles apportent des fonds (capital-risque, crédit à la consommation...). Des acteurs sont spécialisés dans l’estimation de la valeur des actifs ou du risque qu’ils présentent. Les fonds communs de placement (OPCVM) permettent de réduire les risques des placements en rassemblant l’épargne d’un grand nombre de personnes et en confiant la gestion de cette épargne à des professionnels qui constituent un portefeuille diversifié. Il est ainsi théoriquement possible d’apporter une plus grande masse de capitaux stables aux entreprises.
Lire aussi: Amour et Résistance : "Je Te Fume, Je Te Finance"
Les instruments de couverture des risques ont également connu une croissance très rapide. Les marchés à terme ont connu un formidable développement lorsqu’une formule mathématique, élaborée par Fischer Black et Myron Scholes en 1973, a permis de calculer le prix d’un actif dépendant d’un autre, tel qu’une option. Ces marchés servent à neutraliser le risque d’une variation de prix pour une entreprise. Par exemple, acheter du carburant dans six mois au prix d’aujourd’hui permet à une compagnie aérienne de vendre des billets d’avion en sachant quelle dépense en carburant elle devra faire, quelle que soit l’évolution des cours du pétrole.
Les marchés à terme jouent donc un rôle d’assurance très utile contre certains événements, comme l’évolution des prix des matières premières, des taux de change et, surtout, des taux d’intérêt. En même temps, ils ne peuvent fonctionner que si les acheteurs trouvent des vendeurs. Ceux-ci sont généralement mus par un motif de spéculation, si bien que celle-ci a connu un énorme essor. La finance a donc beaucoup changé, mais son poids accru dans les économies développées et la récurrence des crises financières incitent à se demander si ces transformations sont bénéfiques.
3. Des Réponses Inadaptées ?
La répartition des risques entre un grand nombre d’intervenants était supposée rendre le système financier plus solide. La multiplication des crises montre que les choses ne se sont pas passées comme prévu. En fait, les risques ont été transférés d’agents solides et informés, tels que les banques, à des agents moins solides et moins informés, des caisses d’épargne allemandes aux particuliers du monde entier. Et la possibilité de transférer les risques à d’autres a poussé les banques à prendre des risques excessifs et mal évalués.
La mauvaise estimation des risques résulte également de la complexité croissante des produits financiers mis sur le marché. Les formules mathématiques utilisées de manière croissante en finance sont également une source de problèmes.
D’autres problèmes apparaissent plus profonds. Les marchés d’actions ne jouent plus leur rôle principal de collecte de l’épargne depuis quelques années : les émissions d’actions sont inférieures aux paiements des entreprises, sous forme de dividendes versés aux actionnaires et de programmes de rachat d’actions ; les durées de détention ne cessent de diminuer, incitant les entreprises à une gestion à très court terme ; les opérations d’achat et de vente se font d’ailleurs de plus en plus hors marché, de gré à gré, avec la montée d’acteurs tels que les hedge funds******, qui empruntent massivement à court terme et jouent un rôle important dans le financement de l’activité de pays comme les Etats-Unis. Ce système bancaire "fantôme", qui ne fonctionne pas à partir des dépôts de la clientèle, est très peu régulé. Ses prises de risque ne sont pas surveillées et il ne peut pas faire appel, comme les banques commerciales, à la banque centrale en cas de problème.
Lire aussi: Créer un CV Finance et Comptabilité
Enfin, la finance aide très efficacement les entreprises ou les riches particuliers à échapper à l’impôt par des montages sophistiqués et le transit par les paradis fiscaux. Toutes ces évolutions sont donc des sources de vulnérabilité considérables, ce qui invite à se demander si des systèmes financiers plus rustiques et plus régulés ne seraient pas, finalement, plus favorables à la croissance.
La Finance Solidaire : Une Alternative Utile
La finance solidaire a connu un essor en France avec des encours qui progressent très rapidement (passés de 6 Mds€ en 2013 à plus de 30 Mds€ dix ans plus tard). Mais qu’est-ce que la finance solidaire ? L’économie sociale et solidaire regroupe des coopératives, mutuelles, associations, des syndicats et fondations, secteur représentant en France près de 10 % de l’emploi salarié. Cet ensemble est « social » parce qu’il privilégie l’humain par rapport au capital et poursuit un but non lucratif. Il est « solidaire » en ce qu’il propose des nouveaux modèles de développement et de financement d’entreprises et d’associations à forte utilité sociale et environnementale. Les organismes intervenant dans la finance solidaire collectent des fonds auprès de personnes (physiques ou morales) qui souhaitent donner du sens à leur argent. Pour ce faire, les épargnants souscrivent à des produits d’épargne spécifiques labellisés et consentent in fine à une rémunération de leur épargne moins élevée que s’ils l’avaient placée sur des supports d’épargne classiques. En 2023, l’encours d’épargne solidaire s’est établi à 30,2 milliards d’euros, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. L’épargne salariale représente plus de la moitié de l’encours total d’épargne solidaire.
La finance solidaire vise à faciliter le financement de projets destinés à lutter contre l'exclusion et à améliorer la cohésion sociale. Par exemple les projets portés sur la réinsertion, la lutte contre le chômage ou contre le mal logement.
La finance responsable recouvre l’ensemble des initiatives et des réglementations visant à favoriser le financement de projets ou d’investissements dits socialement responsables (ISR). Un investissement peut se retrouver dans deux ou trois de ces pratiques en même temps. Mais comment être sûr que ces financements aideront des projets utiles ? Comment reconnaître les produits de finance durable ? À qui s’adresser ?
La finance solidaire en progression
L'Investissement Socialement Responsable (ISR)
L’investissement socialement responsable (ISR) vise à concilier à la fois la performance financière et la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Cela concerne le respect de l'environnement, la prise en considération des problématiques sociales (bien-être salarié, inclusion, transparence salaires des dirigeants…). Cela permet de financer des entreprises qui prennent en compte ces enjeux en se basant sur l’évaluation de leurs critères ESG (voir ci-dessous).
Les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sont utilisés pour analyser et évaluer la prise en compte du développement durable et des enjeux de long-terme dans la stratégie des entreprises. Le critère environnemental prend en compte : les émissions de CO₂, le recyclage des déchets, la biodiversité ou encore la prévention des pollutions. Le critère social tient compte de la qualité du dialogue social au sein des entreprises, l’emploi des personnes handicapées ou encore la formation des salariés.
La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) est aussi appelée Responsabilité Sociétale des Entreprises. Elle correspond à la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable.
Comment réorienter vers l’économie réelle une finance devenue folle ? C’est l’enjeu des modes d’investissement alternatifs dont la finalité - entière ou partielle - est de redonner du sens à l’argent. D’une part la finance solidaire, qui vise à investir dans des entreprises, des associations ou des sociétés coopératives à forte utilité sociale ou environnementale. D’autre part les fonds ISR, pour « investissement socialement responsable », qui recherchent en premier lieu la rentabilité tout en s’assurant que leurs placements intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). « Ce qui les réunit, c’est une même ambition : faire de la finance un outil utile pour l’économie réelle. Mais beaucoup de choses divergent, en particulier les entreprises dans lesquelles l’épargne est investie, nuance Sophie des Mazery, directrice de l’association Finansol, dont l’objectif est de développer la solidarité dans la finance. L’épargne solidaire va financer des entreprises dont le but est de répondre à un enjeu de société : proposer des logements très sociaux aux exclus, offrir des parcours d’insertion à des personnes éloignées du marché du travail, développer des énergies renouvelables citoyennes… Avec l’ISR, l’argent est investi dans des entreprises cotées dont le premier objet est de maximiser leurs résultats mais qui ont une démarche ESG de qualité ».
Finance Éthique : Réconcilier Finance et Solidarité
Dans l’univers de la finance éthique, l’épargne solidaire s’illustre donc par la volonté de rendre un service d’intérêt général en irriguant une économie sociale et solidaire (ESS) qui peine à trouver des financements sur les marchés classiques. Si finance et solidarité sont deux termes difficilement conciliables, les Français tendent à s’affranchir de cette apparente contradiction : on compte désormais plus d’un million d’épargnants solidaires dans l’hexagone. Rien qu’en 2016, près de 200 000 placements de ce type ont été souscrits, pour un montant de 1,3 milliard d’euros, selon les chiffres du baromètre Finansol-La Croix. Cette collecte porte à 9,76 milliards d’euros le total des sommes investies dans des produits solidaires, soit une progression de 15,5 % sur un an.
Les encours ne représentent encore que 0,19 % du patrimoine financier des Français, qui s’élève à quelque 4 400 milliards d’euros, mais ils sont quatre fois supérieurs à leur montant de 2009. Une évolution spectaculaire que Sophie des Mazery impute à une quête de sens accentuée par la crise financière de 2008. Les épargnants, qui sont des particuliers pour l’essentiel, ont découvert que la finance spéculative avait pris le pouvoir, avec des conséquences terribles pour les populations. Du coup, de plus en plus de gens se posent la question de l’utilisation de leur épargne. Elle rajoute « Au-delà de la rémunération, ils souhaitent savoir à quoi servira leur argent, choisir eux-mêmes ce qu’il va financer »
De fait, les épargnants solidaires s’orientent massivement vers des placements consacrant tout ou partie de leurs ressources au financement d’acteurs de l’économie sociale et solidaire. Avec la loi Sapin 2, les détenteurs du nouveau livret de développement durable et solidaire (LDDS) peuvent désormais faire don d’une part de leur épargne pour financer une structure de l’ESS. Avant cela, le particulier passait par des fonds solidaires, dits « 90/10 » parce que 5 % à 10 % des sommes récoltées vont à des entreprises ou associations éligibles, le reste étant investi dans des valeurs ISR plus ou moins sélectives. Ces produits sont largement portés par l’épargne salariale depuis que la législation impose aux sociétés de proposer au moins un fonds solidaire à leurs salariés. Ils s’acquièrent aussi dans le cadre de comptes-titres de type Sicav, fonds commun de placement et contrats d’assurance-vie. L’assureur MAIF n’en propose qu’un à ses clients, et il est solidaire.
Mais la tendance la plus notable est le choix des produits de partage. L’épargnant investit dans un placement classique, le plus souvent un livret, une Sicav ou un compte à terme, et accepte de reverser 25 % à 100 % des intérêts à un ou plusieurs organismes. La plupart des établissements bancaires proposent aujourd’hui des placements de partage, à commencer par les pionniers du solidaire que sont le Crédit coopératif, La Nef et la Banque Postale. Celle-ci a mis en place une option de partage pour tous ses livrets réglementés et va jusqu’à abonder de 10 % les dons consentis par ses clients. La mutuelle Carac propose quant à elle une solution d’épargne conjuguant rendement (4 %) et partage, 1 % de chaque souscription étant reversé à une association d’utilité publique. En 2016, cette forme de financement solidaire, qui donne droit à une réduction d’impôt, a généré 5,02 millions d’euros. Parmi les 113 associations bénéficiaires, Habitat et humanisme se classe première en termes de dons reçus avec 965 700 euros, suivie du CCFD-Terre solidaire (565 500 euros) et de Terre et humanisme (370 900 euros).
| Association Bénéficiaire | Dons Reçus (en euros) |
|---|---|
| Habitat et humanisme | 965 700 |
| CCFD-Terre solidaire | 565 500 |
| Terre et humanisme | 370 900 |
Les Droits Humains S'y Mettent Aussi
Nous nous sommes rapprochés d’établissements dont les valeurs humanistes font écho aux nôtres. Avec La Nef, le partenariat ouvre le champ de la protection des droits humains à une offre d’épargne plus traditionnellement orientée vers la transition écologique et sociale, Audrey Roy, responsable partenariats et mécénat à Amnesty International France
Notre positionnement éthique et notre souci d’être très indépendants de tout intérêt politique et économique ne nous permettaient pas de nous associer à des structures présentant un risque d’implication dans des cas de violations des droits humains ».
De son côté, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) bénéficie du fonds de partage Libertés et solidarité, dont les actifs atteignent 20 millions d’euros. « L’une des particularités de cette Sicav est que les épargnants s’engagent à verser la moitié de leurs revenus à la FIDH pour financer ses actions », indique Najib Sassenou, directeur ISR et développement durable à la Banque Postale asset management, qui en assure la gestion. « L’ONG s’implique activement dans la sélection et le contrôle des valeurs en portefeuille, des obligations d’État et d’entreprise mais aussi des actions, pour que l’argent investi ne soit pas en contradiction avec ses valeurs », détaille-t-il. En sont exclues les entreprises participant ou tirant profit de l’activité économique des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens ou encore celles opérant dans les secteurs de l’armement et du nucléaire.
Les Premiers de la Classe : ISR de Conviction
Car ce fonds labellisé par Finansol est aussi un fonds ISR, géré selon une approche best-in-class, qui consiste à sélectionner les émetteurs de titres les plus performants dans leur secteur d’activité en fonction de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. À cela s’ajoute un filtre extra-financier très sélectif en matière de droits fondamentaux et de respect de l’environnement qui le conduit à écarter plus de 95 % des entreprises et 45 % des États analysés ! Une démarche comparable à celle du fonds Éthique et partage, lui aussi solidaire et ISR, qui est géré par Meeschaert AM pour le compte du CCFD-Terre solidaire. L’ONG y joue un rôle central puisqu’elle est à la fois associée au comité de gestion et en charge du comité d’éthique. Résultat : ce fonds particulièrement vigilant en matière de droits humains et regardant sur le plan sectoriel est devenu en septembre 2015 le premier en France à exclure les énergies fossiles de ses investissements. En plus du tabac, de l’alcool, de la pornographie, de l’armement, des jeux d’argent et des OGM…
À ce niveau de sélectivité, on atteint ce que le centre de recherche Novethic, filiale de la Caisse des dépôts et spécialiste de l’investissement socialement responsable, qualifie d’ « ISR de conviction ». Avec 24,6 milliards d’euros d’encours au premier trimestre 2017, il représente désormais 20 % des 128 milliards d’euros mobilisés dans l’ISR en France et les principales sociétés de gestion le pratiquent. Mieux, il contribue à tirer les investisseurs vers d’autres critères de mesures que les indices boursiers, notamment vers l’empreinte carbone des portefeuilles et les créations d’emplois. « En combinant les approches de sélection ESG les plus exigeantes et les investissements thématiques sur des dimensions environnementales et sociales, on ne fait pas le même choix de portefeuille, observe Anne-Catherine Husson-Traoré, la directrice générale de Novethic. L’ISR de conviction s’appuie sur l’idée qu’il faut sélectionner les entreprises les plus responsables et durables, celles qui servent à promouvoir l’économie réelle, qui contribuent à moins détruire l’environnement, à moins prélever de ressources et à mieux respecter les droits humains dans l’ensemble de la chaîne de sous-traitance ».
Faux Semblants et Défis de l'ISR
Sur les 400 fonds ISR proposés aux épargnants, bon nombre ne sont éthiques que de façade même s’ils revendiquent l’appellation. Un vrai fonds éthique doit être cohérent avec sa sélection de valeurs mais ce n’est pas parce qu’il exclut 10 à 15 entreprises que le reste est absolument irréprochable
Dans ces conditions, le fort développement de l’investissement responsable (+29 % en 2015), porté à 77 % par des investisseurs institutionnels, assureurs en tête, correspond surtout à une judicieuse répartition des risques, sous couvert d’analyse ESG. « Les fonds qui bénéficient du nouveau label public TEEC (transition énergétique et écologique pour le climat) ne vont pas forcément exclure les énergies fossiles par souci éthique mais parce leur clientèle recherche des produits en lien avec ses objectifs », renchérit l’experte.
On est loin des premiers fonds éthiques gérés par des congrégations religieuses anglo-saxonnes dont la principale préoccupation était de ne pas investir dans le vice. « En France, l’ISR est orienté vers la sélection positive plutôt que vers l’exclusion. Mais maintenant que les entreprises ont des démarches plus vertueuses dans leur secteur d’activité, il faut veiller à prévenir le greenwashing. Nous devons vérifier dans quelle mesure elles agissent en faveur du développement durable au travers de leur modèle et de leur contribution à la réduction des gaz à effet de serre », note Najib Sassenou.
Les pouvoirs publics en sont conscients et s’efforcent de donner de la visibilité aux fonds qui favorisent la transition énergétique et la cohésion sociale. Après le label TEEC initié par le ministère de l’écologie, Bercy a lancé une certification ISR destinée à guider le choix des investisseurs « responsables ». Des initiatives utiles dans un secteur en manque de régulation et où pullulaient les étiquetages : Novethic, CIES, Afnor… Ces outils publics s’ajoutent à ceux que proposent des acteurs privés comme la société de notation Morningstar pour identifier les produits les mieux-disants sur le plan ESG. Reste que, contrairement à la finance solidaire, il est encore bien difficile de mesurer l’impact réel de l’ISR sur le plan environnemental et social. D’autant que dans le projet de loi de finance adopté par l’Assemblée nationale en octobre, le gouvernement met fin aux incitations fiscales pour l’actionnaire solidaire. Une mesure qui montre que la finance « solidairement responsable » est loin d’être comprise.
balises: #Financ
