La "Pompe à Phynance": Définition et Implications Économiques
L'expression "pompe à phynance", popularisée par Jarry dans Ubu Roi, désigne une réalité économique et financière complexe. Bien que souvent associée à l'État fiscal, sa signification s'étend bien au-delà, englobant diverses formes de despotisme parasitaire à travers l'histoire.
Alfred Jarry, l'auteur d'Ubu Roi
Qu'est-ce que la "Pompe à Phynance"?
Pour saisir pleinement le concept de "pompe à phynance", il faut l'envisager dans ses métamorphoses historiques. Avant l'État fiscal, il y avait la servitude féodale, et après lui, la prédation actionnariale. La "pompe à phynance" est donc une machine à capter la substance de l'effort collectif, laissant le corps social exsangue.
Conformément à cette extension rationnelle du concept de pompe à phynance, ce blog a donc pour vocation de montrer à quel degré les nouvelles structures du capitalisme financiarisé ont transformé l’ensemble de l’économie en une gigantesque machine à remonter les gains de productivité de tous, concentrés sous la forme de la rentabilité financière, au sommet de la pyramide hiérarchisée qu’est devenu le système productif ; sommet - les grandes entreprises cotées - lui-même surplombé par l’actionnariat institutionnel qui est le véritable destinataire de ce pompage général.
La Finance Néolibérale et ses Mécanismes
La finance, dans son concept, ne s’identifie pas au barnum de la finance néolibérale, la finance des marchés de capitaux déréglementés. Conceptuellement parlant, par finance, il faut entendre l’ensemble des institutions et des procédés qui permettent temporairement à certains agents économiques de dépenser plus qu’ils ne gagnent.
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En ce sens le plus fondamental, la finance est consubstantielle au capitalisme lui-même, indépendamment de ses formes historiques : car l’impulsion du cycle capitaliste de la production suppose l’avance. Impossible, en effet, de produire avant d’avoir réuni les moyens de produire : équipements, consommations intermédiaires, salaires à verser.
Mais alors comment produire, c’est-à-dire avoir payé les moyens de produire, sans ce « premier sou » ? Dès ce moment-là, le ver est dans le fruit. Car, dans le capitalisme comme univers d’agents privés, il s’en trouvera sans doute certains capables, ou désireux, de dépenser moins qu’ils ne gagnent (on les appellera des épargnants, plus tard des « investisseurs ») pour accepter de financer les autres qui ont besoin de dépenser plus qu’ils ne gagnent.
Bien sûr ce « plus » ne peut être que temporaire : à un moment il faudra rendre. C’est que les apporteurs de l’avance ne se contenteront pas du sourire de l’entrepreneur. Ils apportent leur argent, c’est entendu, mais précisément : c’est leur argent. Alors ils veulent leur retour - davantage même : leur retour augmenté. Ce sera l’intérêt ou le dividende, selon la forme de l’avance : dette (obligations) ou fonds propres (actions).
La tenaille de l’avance, tenaille des « apporteurs », est formée, on n’en sortira plus. La servitude des « avancés » est le symétrique du règne des « avanceurs » - du règne de la finance. En général. Car la dureté de ce règne varie en fonction de ses configurations historiques. Il devient tyrannie sans limite quand la configuration des institutions de la finance est centrée sur les marchés - dont on a vu par quels mécanismes ils œuvrent.
Le despotisme est plus modéré (relativement parlant…) quand il est coulé dans des formes exclusivement bancaires, où l’avance prend la forme unique (ou dominante) du crédit. Moindre mal si l’on veut, mais mal quand même - les consommateurs endettés ou les petites entreprises sont bien placés pour le savoir.
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La Coercition Actionnariale
Contrairement à ce qu’on croit spontanément, le pouvoir des actionnaires n’est pas un pouvoir de bailleurs. À l’envers de ce qui est répété par tous les appareils de l’idéologie néolibérale, les actionnaires apportent finalement si peu d’argent aux entreprises que celles-ci ne dépendent que marginalement d’eux pour leur financement.
Mais alors par où chemine la coercition actionnariale ? Par les voies souterraines des transactions sur le marché des actions où se joue le contrôle de la propriété. Comme on le verra plus encore avec la disciplinarisation des politiques économiques par les marchés obligataires, les marchés de capitaux, en plus d’être les lieux de l’enrichissement spéculatif, sont de très puissantes instances de normalisation.
Armés d’une idée de ce que doivent être les « bons » comportements économiques - une idée, faut-il le dire, formée au voisinage immédiat de leurs intérêts -, ils disposent des moyens de l’imposer aux agents, privés comme publics, c’est-à-dire de sanctionner les écarts.
Dans le cas des marchés d’actions, la sanction en cas de dissentiment, passe par la vente des titres de l’entreprise considérée, d’où suit l’effondrement de son cours qui la rend vulnérable à une OPA hostile. À laquelle l’équipe dirigeante en place sait parfaitement qu’elle ne survivrait pas.
Or elle veut survivre. Donc elle fera ce que l’opinion actionnariale lui demande - pour maintenir son cours le plus haut possible et décourager les assaillants. L’opinion actionnariale demande-t-elle une rentabilité des capitaux propres de 15 % ? On la lui donnera. Demande-t-elle, en conséquence, qu’on ferme les sites économiquement viables, profitables même, mais qui ne sortent que du 5 % ? On a compris, dans cette affaire, que la coercition actionnariale qui, en première instance, pèse sur les équipes dirigeantes, est aussitôt passée aux salariés, qui porteront seuls le poids de tous les ajustements.
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Et ceci d’autant plus que les dirigeants ont été « convertis » au point de vue actionnarial à coup de stock-options - rien de tel pour lui faire voir le monde comme un actionnaire que de transformer le dirigeant en actionnaire.
Le Pouvoir des Créanciers et le Marché Obligataire
Si le pouvoir des actionnaires s’exerce par les médiations subtiles du contrôle capitalistique, celui des créanciers, lui, procède par les voies usuellement brutales de l’apporteur de fonds : le prêteur. Et par un autre compartiment de la finance : le marché obligataire.
Compartiment différent mais coercition semblable par la normalisation : une fois que les investisseurs se sont fait leur idée de ce que doit être une bonne politique économique, les gouvernements qui ne s’y plient pas connaîtront des taux d’intérêt en folie - et la certitude de l’échec.
C’est cette chose-là que le socialisme de Mitterrand-Delors-Bérégovoy a installé en France au milieu des années 1980, précipitant la société entière dans une nouvelle période de son histoire, dont la destruction continue du service public, jusqu’à l’hôpital d’aujourd’hui, a été l’inexorable effet.
Tout ce que la société présente compte de malheur, malheur des salariés maltraités, malheur des fonctionnaires « néomanagés », malheur des services publics détruits remonte pour l’essentiel à ces deux formes du pouvoir de la finance. En première instance, donc, « la finance », c’est ça.
La Dette comme Instrument de Croissance
Pour les entreprises, la servitude de la dette devient un esclavage de la croissance. Car, de la dette, il n’y a de sortie que par le « haut » - à supposer que la métaphore verticale soit la bonne : on pense plutôt à la cage du hamster.
En effet, passé le moment de son lancement, c’est-à-dire de l’avance en quelque sorte « originelle », une entreprise ne contracte de la dette (hors motifs de trésorerie et de survie) que pour investir. C’est-à-dire aller à la rencontre d’une extension anticipée de ses marchés. Donc croître.
Mais cette croissance est un aller sans retour. Car dans ce mouvement d’extension, l’entreprise se charge de nouveaux coûts fixes, nouvelles capacités de production évidemment mais aussi service de la dette, dont l’amortissement nécessite que ses marchés ne rétrécissent pas - et même, si possible, s’étendent à nouveau. Quitte d’ailleurs à ce que, au nom de second tour d’extension, on contracte un second tour de dette. Etc.
La dette est le cliquet caché de la croissance, l’aiguillon de la fuite en avant permanente. Or la dette est l’instrument capitaliste du financement des producteurs. Et cela même qui les enchaîne à l’obligation de croître.
La dette, un enjeu majeur de la finance moderne
Alternatives à la Finance Traditionnelle
Le système de la cotisation générale, lui, ne rompt pas seulement avec la finance néolibérale, dominée par les marchés de capitaux, bras armé des investisseurs et du pouvoir actionnarial. Il rompt avec la finance tout court, comme système de l’avance en attente de retour.
Donc avec l’infernal cliquet à croissance. On pouvait déjà démontrer, mais depuis l’intérieur de la logique capitaliste et du point de vue des entreprises même, la possibilité de fermer la Bourse (stricto sensu la Bourse désigne les seuls marchés d’actions), donc d’en finir avec le pouvoir des actionnaires.
Dans le système de la cotisation générale qui, rappelons-le, prélève non pas une fraction des salaires mais la totalité de la valeur ajoutée, la ressource est redistribuée par un système de caisses : caisse des salaires, caisse des services publics, caisse économique enfin.
Cette dernière, on l’a compris, devient l’institution en charge du subventionnement des projets. Du subventionnement et non du financement. Tant qu’on demeure dans un système où la division du travail reste en partie complétée par l’échange monétaire marchand, la nécessité de l’avance perdure : par définition, la validation sociale vient après la production privée. Il faut donc avoir eu préalablement les moyens de lancer le cycle de la production - une avance.
Mais toute la différence entre l’avance-financement et l’avance-subventionnement vient de ce que l’une est remboursable, et à intérêt, l’autre non. En l’occurrence alloué par la caisse économique.
| Caractéristique | Avance-Financement | Avance-Subventionnement |
|---|---|---|
| Remboursement | Oui, avec intérêt | Non |
| Objectif | Retour sur investissement | Validation sociale |
Transition et Gestion des Stocks
Finalement, le problème, ou le reste à penser, n’est pas tant l’état final que la transition pour y parvenir depuis là où nous sommes. Problème moins simple que celui de l’institution immédiate des nouvelles formes de la propriété productive : car, par construction, la finance capitaliste nous laisse sur les bras ses stocks.
À savoir les dettes des uns et les épargnes des autres. Encore faut-il faire quelques distinctions : les stocks de qui ? D’abord il y a les banques, et plus généralement les institutions de l’industrie financière : fonds variés, investisseurs institutionnels.
Tous ces agents sont interconnectés sur les marchés par des liens de contreparties et de dettes-créances croisées d’une épouvantable complexité. Défaire ce nexus pour finir par annuler les dettes sans tout mettre par terre est une effroyable gageure.
Ça n’a aucune importance. On se souvient comment le nœud gordien a été « résolu » : tranché par un coup de sabre. Ici, pareil. C’est que toutes ces institutions, à la fin des fins, il s’agit de les faire crever.
Il ne faut pas cacher le léger désordre que le coup du nœud gordien propagera partout où les structures financières néolibérales, et son ordre de la dette, sont maintenus, c’est-à-dire à l’extérieur - en première approximation on n’y prêtera pas grande attention parce que pour l’instant, on s’occupe de ce qu’on peut faire là où on peut le faire et, par hypothèse, c’est ici.
Sans doute aussi, il y aura du trader et du banquier d’affaire sur le carreau - mais on peut songer aux armées de chômeurs, de précaires et de suicidés qu’ils auront contribué à former pendant les décennies de leur toxique industrie, et retenir ses larmes.
Et puis il y a les agents non-financiers - qu’on trouve des deux côtés du rapport dette/créance. Mais dans l’état des stocks que nous léguera le capitalisme, il y a aussi tous les emprunts hors crédit bancaire : les dettes obligataires.
Rappelons que, dans cette catégorie, outre l’État, on trouve essentiellement des entreprises. C’est-à-dire ces entités destinées à devenir des collectifs de production, hors propriété lucrative et sous la conduite des producteurs associés souverains. Il n’est pas exactement question de continuer de les soumettre à la dette héritée de leur passé capitaliste.
Par conséquent on annulera leur dette - comme on a annulé la dette de crédit bancaire des ménages. Inutile de dire, là encore, le chambard en cinémascope qui s’en suivra sur les marchés internationaux de capitaux.
Mais de nouveau : ça n’est plus notre affaire. Que le monde (resté) capitaliste se débrouille avec ses problèmes.
Cependant, ces annulations massives de dette ne sont pas non plus sans effet sur notre situation intérieure. Car, pour une part (la part résidente), de l’autre côté de la dette non-bancaire de l’État et des entreprises (comme de toutes les formes d’avance, y compris actionnariales), il y a des épargnants. Or l...
L’arnaque du système bancaire.
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