La Tour INSEE à Malakoff : Histoire, Architecture et Polémiques Autour de sa Destruction
La Tour INSEE, un tripode emblématique de 50 mètres de haut et 32 500 m² de bureaux situé à Malakoff, en bordure de Paris, est au cœur d'une controverse. Construite en 1974 par les architectes Serge Lana et Denis Honegger, cette tour, autrefois le siège de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE), est désespérément vide depuis 2015.
La Tour INSEE à Malakoff. Source: Wikipedia
Un Projet de Destruction qui Suscite l'Indignation
Un projet ambitieux de destruction de la tour pour laisser place au siège des ministères sociaux a été lancé, avec des opérations de désamiantage déjà en cours. Cependant, ce projet suscite l'indignation dans la commune, avec un collectif d'habitants, "Insee pas fini", qui s'oppose à cette démolition-reconstruction, la qualifiant d'"aberration écologique".
Les chiffres cités par le collectif sont révélateurs : le bilan carbone de la démolition d'une structure en béton armé comme celle-ci serait estimé à̀ 6 000 tonnes de CO2, auquel il faut ajouter le coût écologique de la reconstruction d'un immeuble de 36 000 m2, soit l'équivalent de la plantation de 350 000 arbres. Selon le collectif, environ 50 000 tonnes de béton et des milliers de tonnes d'acier devront être mises à terre, transportées et broyées pour reconstruire à la même place un immeuble lui aussi en structure béton, d'une superficie similaire et d'un usage identique.
Un collectif a invité les citoyens à signer une pétition pour s’opposer à cette démolition à venir. Des arguments qui ont fait mouche auprès des citoyens de France et de Navarre (la pétition a recueilli plus de 18 000 signatures à ce jour).
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L'ancienne élue, Dominique Cordesse, architecte de profession qui avait vu à l'époque les plans de construction de la tour, a confié qu'il s'agissait même d'un « crève-cœur » que de voir le tripode disparaître du paysage.
L'Opposition de la Mairie de Malakoff
La mairie de Malakoff s'oppose également au projet. Bien que 40 % de l'emprise de l'ancien site ait été cédée à la commune afin d'y construire une école et un jardin, le projet n'a pas suscité l'enthousiasme de la maire communiste, Jacqueline Belhomme.
En octobre 2022, la maire a adopté avec le collectif un vœu en conseil municipal pour demander à l’État l’ouverture d’un véritable dialogue avec la ville et exigeant, de fait, l’arrêt à ce stade de la procédure de démolition. Dans la foulée, elle publie une lettre ouverte adressée au ministre des Solidarités dans laquelle elle s’oppose désormais clairement à la destruction de la tour.
« Si celle-ci avait du sens pour laisser place à un projet ambitieux et novateur, nous refusons en revanche de nous voir imposer un bâtiment qui tourne le dos à la ville et renferme ses habitants », écrit l’édile qui se mue en David afin d’attaquer Goliath.
Les Scénarios Alternatifs et l'Étude Multicritères
Une étude multicritères a comparé trois scénarios : la destruction/réhabilitation, la réhabilitation légère et la réhabilitation lourde. Il ressort de cette étude que le scénario neuf coûterait entre 30 et 15 millions d’euros de plus, que la réhabilitation neuve pourrait aboutir à des performances énergétiques très proches du neuf, et que concernant l’empreinte carbone, le scénario destruction/construction neuve dépassait de loin les autres scénarios en termes de bilan carbone.
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En 2018, quand ils ont lancé le projet, l’époque était différente, personne ne parlait d’empreinte carbone. Ils se sont dit que faire un immeuble haute qualité environnementale était le bon choix, ils ont réfléchi comme on le faisait il y a cinquante ans. Depuis, les temps ont beaucoup changé.
Lors des États généraux de la transformation des tours, l’architecte Jean-Paul Viguier avait rappelé l’intérêt des tours pour les villes et rappelé qu’il fallait plutôt restructurer que démolir.
Le 14 mars 2023, une réunion publique a été organisée autour de deux questions : « Avec le changement climatique », « La donne a changé et détruire, est-ce la solution ? ». Plusieurs invités ont apporté leur éclairage : des architectes, la maire de Malakoff Jacqueline Belhomme et Carine Petit, la maire du XIVe arrondissement de Paris, ainsi que Fabien Gantois, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France. Un membre du GIEC a parlé de l’impact d’une telle décision sur notre avenir commun.
Réunion publique sur la Tour INSEE. Source: lemoniteur.fr
Tableau comparatif des scénarios
| Scénario | Coût | Performance énergétique | Empreinte carbone |
|---|---|---|---|
| Destruction/Reconstruction | Plus cher (30-15 millions d'euros) | Similaire à la réhabilitation | Plus élevée |
| Réhabilitation légère | Moins cher | Inférieure au neuf | Plus faible |
| Réhabilitation lourde | Moins cher | Très proche du neuf | Plus faible |
La raison véritable, c’est qu’il y a plusieurs années, l’État a décidé d’installer toutes les administrations centrales au cœur de Paris, dans des bâtiments qu’il a loués. Les ministères sociaux, par exemple, se sont rendu compte que leur loyer annuel était de plusieurs dizaines de millions d’euros par an. C’est astronomique. Et donc, quand l’État parle d’un terrain disponible, surmonté d’une tour obsolète, tout devient possible : les ministères se sentent riches, l’investissement serait vite amorti.
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L'histoire aurait pourtant pu être toute autre. Un ministère à la recherche de 32500m² pour y regrouper ses services constate qu'il dispose d'un édifice idoine. C'est la Tour Insee, conçue par les architectes Denis Honegger et Serge Lana. Depuis sa construction, en 1974, le monde a changé : rapport de Brundtland, COP sur le climat, Accords de Paris, rapports du GIEC : il est désormais scientifiquement prouvé que nous devons renouveler de fond en comble nos manières de faire pour préserver l'avenir de l'espèce humaine.
Alors, pas question de la dynamiter cette tour ! Finie la ville Kleenex ! La rénovation n'est plus une option ! Le ministère organise un concours d'architecture en coordination avec ses homologues de la culture. Les propositions fleurissent du monde entier. Chacune "prend le monument où il le trouve, s’y incruste, se l’assimile, le développe" comme l’écrit Victor Hugo dans Notre Dame. Ce concours dessine les contours de l'architecture du XXIème siècle ; il est décisif pour la gestion de l'immobilier de l'État, il est crucial pour le débat sur l'architecture, il est capital pour le climat.
À Malakoff, les habitants et la mairie ensemble contre la démolition de la tour Insee
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