Qui a financé la construction de la Tour Eiffel ?

La Tour Eiffel, symbole emblématique de Paris, fut construite pour célébrer le centenaire de la Révolution Française lors de l’Exposition Universelle de 1889. Sa construction dura 2 ans, 2 mois et 5 jours, et l’inauguration eut lieu le 15 mai 1889. Mais qui a financé ce projet pharaonique et comment est-il né ?

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la révolution industrielle battait son plein. La dixième Exposition Universelle se tenait à Paris en 1889. Pour la Troisième République, c’était l’occasion de s’affirmer, de commémorer avec éclat le centenaire de la Révolution Française, d’afficher la vitalité de la nation et de relancer l’industrie du bâtiment.

La genèse de l'idée

Parce que le XIXe siècle aimait jouer avec la démesure, il fallait construire haut et solide. En 1833, un ingénieur anglais, Richard Trevithick, avait proposé d’ériger à Londres une colonne en fonte haute de 304,80 mètres. Sa mort a interrompu le projet, mais la course à la hauteur était lancée.

En 1884, dans la perspective de l’Exposition Universelle de Paris, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, les ingénieurs en chef d’Eiffel, dessinent une première esquisse de ce qui sera la tour, haute de 300 mètres. L’architecte attitré de l’entreprise Eiffel, Stéphen Sauvestre, ajoute des rondeurs et de la décoration à cette épure. Eiffel, initialement dubitatif, se rallie au concept, pour le défendre mordicus auprès des gouvernants, décideurs et financiers.

L'emplacement de la tour Eiffel est-il celui prévu à l’origine ? Lors des prémices du projet, il fut envisagé de placer la tour, qui se nommait initialement la tour de 300 Mètres (sa hauteur sans le mât porte-drapeau) sur un point élevé de la région parisienne, tel le mont Valérien, mais on a préféré l’installer au sein même de l’Exposition universelle. Finalement, il est convenu de la placer au bord du fleuve, dans l’axe du pont d’Iéna, ce qui présente le mérite de lui offrir un terrain stable, et d’en faire une gigantesque porte d’entrée de l’Exposition universelle, dont une grande partie se déploie entre le Champ-de-Mars et l’esplanade du Trocadéro.

Lire aussi: Amour et Résistance : "Je Te Fume, Je Te Finance"

Il est vrai que l’ouvrage séduit, non seulement par sa taille imposante, mais aussi par son matériau : non point de la pierre, ni de la fonte, mais du fer puddlé, c’est-à-dire une fonte affinée, débarrassée de son excès de carbone. Le fer puddlé est plus lourd que l’acier, mais moins cher et plus facile à riveter. Et Eiffel, qui l’avait largement utilisé, lui faisait plus confiance.

C’est quoi, l’histoire de la tour Eiffel

Le coût du projet

Le devis initial, présenté en 1885, se chiffrait à 3 155 000 francs, incluant fondations et machineries. La tour coûta finalement plus du double : 7 790 401 francs (environ 35 millions d’euros), auxquels s’ajoutent 400 000 francs qui n’apparaissaient pas dans les comptes, somme épongée en partie par les bénéfices tirés de la participation d’Eiffel à la construction du canal de Panama.

Construction de la Tour Eiffel en 1888
Construction de la Tour Eiffel en 1888

Qui a financé ?

C’est un conglomérat de banques françaises et américaines qui soutient la construction. En janvier 1887, l'État et la Ville de Paris apportent leur concours en lui accordant des droits pour la construction et l'exploitation de la tour sur le Champ de Mars. À cet effet, ils lui octroient une subvention de 1 500 000 francs. Or, très vite, la somme ne permet pas à Eiffel de couvrir le coût total de la construction.

Dans une véritable course contre la montre, l'ingénieur français se hâte de fonder la Société de la tour Eiffel, qui est à la fois une entreprise d'exploitation du futur monument et son support de financement. La construction a alors atteint le deuxième étage. Or, faute de ressources financières, les travaux sont quasiment à l'arrêt. C'est alors qu'un consortium de trois établissements bancaires, au premier rang duquel figure Société Générale, envisage de lui venir en aide.

Lire aussi: Créer un CV Finance et Comptabilité

Le consortium participe à hauteur de 2 500 000 francs, soit la moitié du capital de la société de la tour Eiffel, chacune des trois banques se répartissant le tiers des investissements. Si Eiffel assume seul le risque de la construction, le financement est très innovant dans la mesure où le montage en prévoit le remboursement par la vente des tickets. Le succès de l'opération est total.

Gustave Eiffel
Gustave Eiffel

L'argent d'Haïti : une liaison surprenante

Dans une révélation surprenante, le New York Times, en 2022, met en lumière le rôle étrange de la banque française CIC dans cette saga. À la fin du XIXe siècle, la CIC rapatrie les revenus de la jeune banque nationale haïtienne vers la France. Ces capitaux, destinés à soulager la dette haïtienne, sont détournés pour financer des projets en France, dont la construction emblématique de la Tour Eiffel.

Cette ironie cruelle souligne l’injustice historique, où l’argent destiné à Haïti contribue à ériger un symbole de la puissance française. Aujourd’hui, la Tour Eiffel, estimée à des milliards d’euros, témoigne de cette étrange liaison financière entre deux nations que tout semble opposer.

La dette de l’Indépendance d’Haïti

L’année 1825 marque un tournant critique pour Haïti, nouvellement affranchi de la tutelle française. La France, cherchant à consolider sa propre économie et à compenser la perte de ses colonies, exige une somme exorbitante de 150 millions de francs or d’Haïti en échange de la reconnaissance de son indépendance. Cette somme, équivalant à une année de revenus de la colonie, est imposée sous la menace d’une invasion.

Le président haïtien de l’époque, Jean-Pierre Boyer, se trouve dos au mur. Contraint par un blocus maritime et la menace d’une flotte française armée, il signe un accord qui devait indemniser les anciens colons esclavagistes. Cette dette, paradoxale dans son essence, devait être remboursée en cinq annuités de 30 millions, grevant l’économie naissante d’Haïti.

Lire aussi: Tout sur les métiers de la finance

Au fil des décennies, la France maintient une mainmise financière sur Haïti. Les emprunts et les intérêts contractés auprès des banques françaises perdurent, créant une dépendance financière étouffante. La dette, au lieu de se résorber, se transforme en une spirale infernale, entravant tout espoir de prospérité.

En 1952, les paiements finaux sont enfin effectués, mettant fin à une période tumultueuse de l’histoire franco-haïtienne. Cependant, les cicatrices financières persistent, affectant profondément le destin d’Haïti et laissant un héritage de déséquilibre économique.

Un héritage complexifié

L’histoire du financement de la Tour Eiffel par l’argent d’Haïti nous rappelle la complexité des relations internationales et les conséquences durables des décisions politiques et économiques. Haïti, marquée par une dette injuste, a vu son destin économique étroitement lié à celui de la France. La construction de la Tour Eiffel devient ainsi un symbole paradoxal de l’asymétrie économique et du pouvoir financier.

En 2015, l’espoir d’une réparation financière est évoqué par le président français François Hollande, mais il se dissipe rapidement. L’entourage présidentiel clarifie qu’il s’agit d’une « dette morale » plutôt que d’une obligation financière.

Les dates clés de la Tour Eiffel

  • 26 janvier 1887 : Début du chantier sur le Champ-de-Mars.
  • 31 mars 1889 : Inauguration lors de l’Exposition universelle de Paris.
  • 21 janvier 1904 : La tour devient une station T.S.F. de l’armée française.
  • 17 novembre 1935 : La première émission télévisée est diffusée depuis la tour.
  • 24 juin 1964 : La tour est inscrite au titre des monuments historiques.
  • 28 septembre 2017 : Trois-cent millionième visiteur.

La Tour Eiffel était à l’époque la plus haute construction au monde. Pour sauver la Tour Eiffel de la destruction, le capitaine Ferrié proposa en 1903 à Gustave Eiffel d’installer un réseau militaire de TSF (Télécommunication Sans Fil). Dès 1908, on découvrait que la portée des ondes pouvait atteindre des distances considérables, de l’ordre de 6 000 km.

Aujourd'hui, la Tour Eiffel continue d'émerveiller les visiteurs du monde entier, témoignant de l'ingéniosité humaine et de l'histoire complexe qui a façonné son existence.

balises: #Financ

Articles populaires: