Le dopage sportif: enjeux, mécanismes et conséquences dans le sport juvenile et professionnel
Les auteurs se penchent sur un sujet fort d’actualité dans l’univers du sport: le dopage.
Contexte social et représentations du dopage dans le hockey et les régions québécoises
Si vous demandez à chaque garçon qui est son modèle de vie, un grand nombre vous répondra qu’il s’agit d’un joueur de hockey qui a joué dans la ligue nationale ou avec le Canadien de Montréal, comme Mike Ribeiro, Steve Begin, Maurice Richard, Guy Lafleur. Ces figures emblématiques viennent de différentes régions du Québec. Elles ont d’abord été repêchées dans leur club de la ligue junior majeure. Ces clubs sont la fierté des régions et le berceau du repêchage.
Plus précisément, la ligue comporte 18 équipes. En Abitibi, par exemple, les Foreurs de Val-d’Or et les Huskies de Rouyn-Noranda s’affrontent chaque semaine. Les partisans s’enflamment devant le spectacle de ces joueurs habiles. Ces parties sont communément nommées « la guerre de la 117 ». Les joueurs des Huskies sont reconnus dans toute la municipalité de Rouyn-Noranda. Ils signent des autographes aux petits comme aux grands et remplissent le stade de partisans fébriles et dynamiques à chaque partie disputée. Enfants, parents, amis, grands-parents, tous s’enthousiasment devant la frénésie des Huskies. Le hockey dans les régions, c’est une tradition qui se transmet entre les générations.
Repêchage et dopage chez les jeunes athletes
Le repêchage des joueurs pour la ligue junior majeure commence dès les niveaux bantam et midget. Les jeunes ont alors entre 13 et 17 ans. À cet égard, des écoles secondaires proposent de jumeler sport avec études. Ancrées dans un certain esprit sportif, elles demeurent très sélectives étant donné l’importance de la demande. En parallèle, la Fédération québécoise de hockey reçoit, chaque année, des plaintes anonymes concernant des cas de dopage sportif repérés dans certains clubs de la région de l’Abitibi, engendrant des inégalités de sélection.
Prevalence et données empiriques du dopage chez les jeunes
En 2010, la Fédération s’est penchée sur ce problème en menant une enquête à la grandeur du Québec. Afin de déterminer la prévalence du dopage sportif chez les adolescents de la province, des chercheurs ont effectué une étude à grande échelle auprès de 3573 jeunes de 13 à 17 ans pratiquant un sport chapeauté par une fédération reconnue (Goulet et coll. 2010). Les résultats de cette étude indiquent que 25 % des répondants auraient fait usage d’un ou de plusieurs produits interdits, ou soumis à certaines restrictions, dans l’objectif d’améliorer leurs performances. Le sport où la prévalence était la plus élevée était alors le hockey. Selon Smith et Steward (2015), cette prévalence pourrait même être supérieure étant donné la sensibilité du sujet et la désirabilité sociale qui influenceraient la réponse.
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Typologie des substances et cadre historique
En pratique, les substances illicites utilisées par les jeunes joueurs de hockey se regroupent dans un cocktail de stimulants, d’hormones de croissance et de stéroïdes. Actuellement, la problématique du dopage précoce chez les joueurs de hockey s’observe dans la majorité des sports à perspective professionnelle, autant chez la relève que chez les professionnels. Or, le dopage existe depuis longtemps. Les athlètes de la Grèce antique auraient été les précurseurs du dopage en ayant suivi des régimes spéciaux dans le but d’améliorer leurs performances sportives (de Mondenard, 2000).
Au XIXe siècle, l’utilisation de strychnine, de caféine, de cocaïne et d’alcool s’était répandue parmi les athlètes d’endurance. Plus tard, on a développé les amphétamines, une substance qui visait à inhiber la douleur. Le décès d’un cycliste danois pendant les Jeux olympiques de Rome en 1960, où l’autopsie avait révélé des traces d’amphétamines, a encouragé les autorités sportives à introduire des contrôles antidopage.
En 1966, l’Union internationale de cyclisme et la Fédération internationale de football ont été parmi les premières fédérations à effectuer des contrôles antidopage au sein de leurs championnats (Brissonneau et Le Noé, 2006). L’année suivante, le Comité international olympique a inauguré une commission médicale internationale pour dresser la première liste de substances bannies. Il apparaît clairement que le dopage sportif entrave les fondements éthiques d’une compétition juste et équitable, pourtant prônée dans le sport.
Aspects éthiques et santé publique
Mais les conduites dopantes soulèvent aussi un enjeu de santé publique dans la mesure où elles provoquent des impacts néfastes sur la santé des athlètes qui en consomment. En effet, le dopage sportif est caractérisé par une dépendance à ces substances dopantes nuisibles à la santé. Plusieurs athlètes ont perdu la vie dans une « overdose » étouffante de substances illicites. D’autres ont subi de graves problèmes de santé: des cancers, des infections, une stérilité et des problèmes de santé mentale (Rieu et Queneau, 2012).
Le dopage peut aussi mener à une exclusion sociale quand l’athlète est reconnu dopé. Malgré l’élaboration de politiques universelles, la problématique du dopage semble persister, voire augmenter dans le monde du sport, et surtout chez les adolescents. Certains écrits scientifiques indiquent même que le dopage toucherait une population plus grande que les athlètes de haut niveau, en spécifiant que la consommation des produits dopants commence, dans certains sports, dès l’âge de 11 à 15 ans, et qu’elle ne cesse d’augmenter (Calfee et coll. 2007).
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Approches théoriques et mécanismes de décision
Certaines analyses sociologiques soulignent que la consommation de produits dopants chez les jeunes résulte d’une pression externe renforcée par la norme sociale. athlètes sont majoritairement appuyés et soutenus par leurs parents, communautés, écoles, clubs, amis et entraîneurs. La littérature montre que ces athlètes peuvent ressentir une certaine anxiété de performance face à la possibilité d’échouer et ont peur de décevoir leur entourage, de nuire à la fierté régionale, puis de perdre l’attention du coach (Smith et coll. 2007).
L’abondance des messages extrêmement positifs et valorisants, véhiculés à l’égard d’un athlète, peut se transformer en charge écrasante. Ainsi, une bonne éducation et des valeurs nobles ne sont pas forcément suffisantes pour vaincre cette pression. Certains jeunes joueurs de hockey des régions qui viennent de familles peu scolarisées sont prêts à tout pour atteindre leur rêve. Même les entraîneurs, aussi bons soient-ils, sont conscients de l’accessibilité aux produits dopants. Ils sont aussi conscients des bénéfices à faire si l’athlète ou l’équipe monte sur la plus haute marche du podium.
Par exemple, en 2015, le trio vainqueur du Tour de France a récolté la somme de 900 000 euros. Dans la ligue nationale, certains joueurs signent en moyenne des contrats à huit chiffres, basés sur leurs performances. En discutant avec des cyclistes, des triathlètes et des hockeyeurs de niveau professionnel, l’unanimité fait consensus à l’égard de l’omniprésence du phénomène. Selon ces athlètes, les fédérations n’aident pas la cause, en limitant les investigations et en achetant ou en imposant le silence à n’importe quel journaliste voulant creuser le sujet.
Cadre institutionnel et régulation
En 2014, malgré les efforts de l’Agence mondiale anti dopage, le bruit court que la compagnie Ironman n’aurait pas investi dans un test visant à retracer l’érythropoïétine, la substance miracle des épreuves de longue distance, et ce, par « manque de budget ». Le spectacle doit constamment être amélioré et rien ne doit l’entacher pour que la rentabilité de ces entreprises en croissance soit au rendez-vous. On soupçonne ainsi qu’il est préférable de taire les doutes ou de ménager les efforts de transparence.
Le dopage est encadré par des cadres juridiques et éthiques: le Code mondial antidopage, les règlements nationaux et les codes professionnels. L’objectif est de préserver l’équité et de protéger la santé des sportifs. Des sanctions peuvent aller d’un avertissement à une interdiction à vie, et des responsabilités civiles et pénales peuvent s’appliquer selon les juridictions. Le cadre international reste fixé par l’Agence mondiale antidopage (AMA), dont la liste 2025 des interdictions est entrée en vigueur le 1er janvier 2025. En France, l’AFLD rappelle qu’une substance ou une méthode peut être inscrite sur cette liste lorsqu’elle remplit au moins deux des trois critères: améliorer la performance, présenter un risque pour la santé ou contrarier l’esprit sportif.
Lire aussi: Aperçu des Chroniqueurs de TVA
| Instrument | Description | Impact |
|---|---|---|
| AMA Listes | Substances et méthodes interdites; mise à jour annuelle | Règles claires pour les sportifs et les organisations |
| AFLD | Autorité française indépendante; coopération avec l’AMA | Contrôles, information et prévention |
| AUT | Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques | Permet traitement légal sous surveillance |
Conséquences et dimensions humaines
Le dopage peut avoir des effets cardiovasculaires, hépatiques, endocriniens ou psychiatriques, et des interactions médicamenteuses. Une interdiction (VRA) peut impacter la carrière, le revenu et les opportunités d’entraînement. Au-delà des aspects juridiques, la stigmatisation sociale frappe les athlètes dopés et peut ruiner réputation et relations privées. Le dopage est désormais considéré comme une question de santé publique, avec un intérêt croissant pour la prévention, l’éducation et la sécurité des parcours thérapeutiques.
Les techniques de dopage | AFP Animé
Évolutions récentes et perspectives futures
La séquence 2025 montre un déplacement du centre de gravité du dopage du contrôle strict vers une approche plus large de santé publique. Le dopage demeure une atteinte à l’intégrité sportive, mais il est aussi un révélateur de tensions contemporaines: médicalisation de la performance, marché des compléments, diffusion de normes du sport de haut niveau vers la pratique ordinaire, et pressions psychologiques. Pour le monde de la santé, l’enjeu est désormais clair: le dopage ne peut plus être pensé comme sujet réservé aux laboratoires ou aux compétitions, mais comme objet de soin, de vigilance pharmaceutique et d’éducation à la santé. Le cadre international reste en mouvement, et les enjeux de prevention exigent des partenariats avec les salles, les réseaux associatifs, les professionnels formés et les filières d’orientation.
Enseignements pour l’avenir et questions de recherche
- Pourquoi se dope-t-on? Quelles sont les caractéristiques du marché mondial des substances dopantes?
- Quels acteurs et quelles filières alimentent le marché du dopage?
- Quelles réformes de la gouvernance du sport mondial et quels mécanismes de régulation réduire ces dérives?
- Comment les pratiques préventives peuvent-elles s’intégrer dans les parcours des jeunes et des amateurs?
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