Rôle et influence du leadership du président américain
Les États-Unis sont la première puissance économique au monde. Ça signifie que c’est le pays qui, tous les ans, produit le plus de richesses sur son territoire. En plus, c’est le «commandant en chef» de l’armée la plus puissante au monde. Les États-Unis ont beaucoup de pouvoir sur la scène internationale. Le président américain a donc un rôle très important car il est le chef de cette puissance.
Le statut constitutionnel et les limites formelles du pouvoir présidentiel
Selon Walter Bagehot, journaliste anglais qui avança en 1867 le concept de régime présidentiel pour décrire le système américain, « la totale indépendance des pouvoirs législatif et exécutif est la qualité spécifique du gouvernement présidentiel ». Le pays est une république à régime présidentiel et fédéral, avec un système complexe de freins et contrepoids (checks and balances) visant à assurer l'équilibre des trois pouvoirs. La Constitution ne donne aucune compétence législative au président. Toutefois, le président peut influer sur le programme législatif du Congrès grâce notamment à son pouvoir de persuasion (« The power of the presidency is the power to persuade », le pouvoir de la présidence, c'est le pouvoir de persuader).
Si l'on se fie à la Constitution, en matière de politique intérieure, le président américain n'a, comme pouvoir direct, que la possibilité de nommer des membres de l'administration et d'opposer un veto aux lois votées par le Congrès. En application de la théorie de la séparation des pouvoirs, la fonction législative est exercée par le Congrès et la fonction exécutive par le président. La Constitution ne décrit qu’un noyau de pouvoirs pour le président. Autour de ce noyau, il y a eu au cours des décennies un phénomène d'accrétion politique, c’est-à-dire que de nouveaux pouvoirs se sont agrégés. Les présidents ont construit leur pouvoir essentiellement à partir des silences de la Constitution. La présidence moderne telle qu’on la connaît est née avec Franklin Roosevelt.
Nomination et contre-pouvoirs
- Le président sélectionne les candidats aux postes gouvernementaux membres ou non du cabinet mais leur nomination dépend du Sénat.
- Il nomme également les juges de la Cour suprême ; ces nominations requièrent la confirmation du Sénat.
- La Constitution prévoit que, si le président n'oppose pas son veto à un projet de loi dans les dix jours, ce projet devient loi, mais il peut renvoyer le texte aux chambres en demandant une nouvelle lecture ; il existe aussi le pocket veto.
- La seule procédure permettant de juger le président est la procédure d'impeachment, qui ne peut aboutir que pour « hauts crimes et délits ».
Le rôle des institutions : Congrès et Cour suprême
Lors de l'élection présidentielle de 2016, à peine élu, Donald Trump a bénéficié de la meilleure configuration possible : contrairement aux espoirs des démocrates, le "Grand old party" a conservé sa mainmise sur les institutions de Washington, à savoir le Sénat et la Chambre des représentants, qui constituent le Congrès. Or ce sont principalement ces institutions qui déterminent si le président américain pourra ou non appliquer son programme.
Le président est avant tout un diplomate vis-à-vis de son propre Congrès. Les membres du congrès sont très indépendants. Ils ne doivent absolument pas leur élection au président. Il a fait sa campagne contre l'élite du parti : il y a une relation à reconstruire. Le président ne peut pas se faire obéir par le parti qui l'a porté au pouvoir comme le Président en France ou le Premier ministre en Grande-Bretagne. Il doit convaincre, persuader, démontrer que ce qu’il propose est conforme à l’intérêt de tous.
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Outre le Congrès, la Cour suprême des États-Unis est l'autre institution susceptible d'agir comme un contre-pouvoir face à la Maison Blanche, notamment sur les questions de constitutionnalité des lois. La Cour suprême a le pouvoir de trancher les affaires qui impliquent les dispositions de la Constitution des États-Unis. On peut annuler une loi du Congrès considérée comme contraire aux dispositions de la Constitution.
Politique étrangère : prérogatives et partages de pouvoir
Le président des États-Unis a le plus d'influence en matière de politique étrangère. Des arrêts de la Cour suprême ont permis au président d’être le principal organe de décision en politique étrangère. La Cour suprême s’abstient dorénavant d’intervenir sur ces questions. Ainsi, c'est grâce aux décisions de la Cour suprême que le président peut signer des accords exécutifs (sole executive agreement) avec une puissance étrangère. Contrairement aux traités, ils ne requièrent pas l'approbation du Sénat, mais n'en revêtent pas moins un caractère contraignant pour les États fédérés.
Cependant, le président ne peut guère agir sans le Congrès, dont les pouvoirs généraux (proposer et voter les lois, dépenser le budget) continuent de s'appliquer sur la politique extérieure, sur le plan diplomatique (notamment le commerce extérieur) comme militaire (lever et entretenir les armées). Et si la décision de déclencher une guerre appartient au Congrès, c'est le président qui est à la tête de l'armée et a donc la charge de la conduite des opérations militaires.
Le président a le pouvoir d’envoyer les troupes au combat et d'utiliser l'arme nucléaire. Le président des États-Unis peut ordonner l'utilisation de l'arme nucléaire sans qu'il y ait de contrôle autre que celui du Secrétaire de la défense : celui-ci doit alors confirmer l'identité du président des États-Unis, mais ne peut pas faire veto à l'ordre donné.
Le leadership américain : hard power, soft power et architecture internationale
Le leadership américain, tel qu’il s’est construit progressivement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, reposait sur quatre éléments. Le premier d’entre eux était la volonté des États-Unis de guider les destinées du « monde libre » et leur capacité à le faire ; cette volonté était sous-tendue par l’idée que les États-Unis avaient un rôle éminent à jouer dans l’histoire, ce que résumait la formule de « l’exceptionnalisme américain ». Le second élément était un solide réseau d’alliances, à la fois économiques et militaires, tissé autour des États-Unis. Le troisième était constitué par un ordre international ayant pour objectifs le multilatéralisme, le libéralisme et le respect du droit. Enfin, le quatrième élément était la disparition de tout rival systémique depuis l’effondrement de l’URSS.
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L’attraction exercée par les États-Unis sur le reste du monde était faite d’un mélange de hard power et de soft power qui reposait sur trois composantes. La première, d’ordre économique, englobait l’universalité de leur monnaie et le privilège qu’elle leur conférait de s’endetter à volonté, le dynamisme de leurs entreprises, leur potentiel scientifique et leurs capacités d’innovation. La seconde composante était la force de leurs armées et leur capacité de projection en tout point du globe. Enfin, la troisième composante, peut-être la plus importante, la composante culturelle, reposait sur la diffusion progressive de la langue anglaise, la puissance d’Hollywood qui a partout répandu l’idée d’un « rêve américain ».
Déclin perçu du leadership et remises en question contemporaines
Or, cet « exceptionnalisme américain » a été mis à mal depuis le tournant des années 2000. Les attentats du 11 septembre 2001, par leur incroyable brutalité, ont forcé George W. Bush à réagir et cette réaction a entraîné une plus grande concentration des pouvoirs au profit du président, déréglant le jeu subtil des équilibres et des contrepoids. Mais c’est surtout Donald Trump qui, dès le jour de son investiture, a déclaré que la politique des États-Unis consisterait dorénavant à prendre soin uniquement des intérêts américains. Il a de la sorte jeté le trouble sur l’existence même d’un camp occidental.
Fidèle à ses promesses, il n’a montré aucune volonté de coordonner l’effort des occidentaux dans la lutte contre le Covid-19 et, en plein milieu de la pandémie, la seule ligne cohérente de sa politique étrangère a été de gérer le retrait de son pays de la scène internationale. Le résultat est qu’aujourd’hui, l’Amérique ne fait plus envie, en tous cas beaucoup moins qu’avant. Même si la primauté du dollar demeure et la supériorité de ses armées est incontestable, l’Amérique apparaît désormais aux yeux du monde comme une nation terriblement inégalitaire et dans laquelle le sexisme, le racisme et la violence sont monnaie courante.
De tous les présidents des États-Unis, Donald Trump est le seul qui, sans autre méthode que celle consistant à suivre ses pulsions, a affaibli toutes les alliances qui faisaient la force du camp occidental. Il a ainsi accordé davantage d’égards aux dictateurs et aux pseudo-hommes forts qu’à ses homologues occidentaux. L’alliance avec l’Europe a été affectée à la fois dans sa dimension commerciale et dans sa dimension militaire. Quant à l’OTAN, si la formule de « mort cérébrale » utilisée par le président français a beaucoup choqué, personne ne peut nier que son volet politique est en piteux état.
Retraits et ruptures avec le multilatéralisme
La liste est longue des traités et organisations dont Trump a retiré unilatéralement les États-Unis : l’UNESCO et l’accord de Paris sur le climat en 2017 ; l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018 ; le traité sur les forces nucléaires intermédiaires en 2019 et le traité dit Open skies en 2020. Il a réussi à bloquer le fonctionnement de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en empêchant, depuis mars 2017, le renouvellement des juges au sein de l’Organe de Règlement des Différends.
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Le multilatéralisme a été pensé et mis en place par les États-Unis dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Son objectif était de stabiliser les relations internationales en tissant une toile d’interdépendances entre les États. La première vraie rupture avec le multilatéralisme date de l’invasion de l’Iraq par les États-Unis en 2003, sans mandat de l’ONU, à l’initiative du président George W. Bush.
L’émergence d’un rival : la montée en puissance de la Chine
Le leadership est une question relative : on peut le perdre de son fait propre, mais aussi du fait de l’émergence d’un rival plus puissant. Non seulement les États-Unis ont délibérément sapé les fondements de leur leadership, mais la Chine s’est elle-même considérablement développée sous l’effet de son propre dynamisme. De fait, toute une série d’indicateurs montrent que la Chine est passée devant les États-Unis en 2014 en PIB mesuré en parités de pouvoir d’achat.
La Chine a également joué de façon habile dans le domaine multilatéral : elle a mis sur pied le groupe des BRICS, créé la Banque asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB) et lancé l'initiative des Nouvelles routes de la soie (BRI). La nature ayant horreur du vide, le retrait des États-Unis laisse le champ libre à la Chine. À tel point que lors du sommet de Davos de 2017, Xi Jinping s'est présenté en défenseur du libre-échange.
Le leadership réinventé : renouveler l'influence américaine
Afin de préserver leur leadership mondial, les États-Unis ont engagé un double rééquilibrage, à la fois géostratégique, tel qu’illustré par le "pivot vers l’Asie", et de moyens, l’administration Obama mettant en avant la place de la diplomatie et de l’économie (economic statecraft), les usages indirects de la force militaire, et prônant un dialogue renforcé avec de nouveaux acteurs. « Renouveler le leadership américain », telle est la ligne directrice que le Président Barack Obama s’est fixée pour sa politique étrangère dès sa première campagne présidentielle.
En Libye, Barack Obama a explicité sa conception du leadership : « contrairement aux dires de certains, le leadership américain n’est pas seulement une question d’agir seul et de porter tout le fardeau nous-mêmes. Le vrai leadership créé les conditions et les coalitions pour que les autres contribuent aussi ; travailler avec nos alliés et partenaires pour qu’ils prennent leur part du fardeau et paient leur part des coûts ». Le leadership, comme la puissance, est une relation reposant sur la capacité du leader à rallier d’autres puissances et à les convaincre de le suivre autour d’une cause commune.
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Capacités internes et projection extérieure
L’Amérique avait su associer richesse économique, innovation technologique, supériorité militaire et rayonnement culturel pour attirer les meilleurs talents et donner l’exemple. Ces atouts restent, mais le soft power a été affecté. Le monde unipolaire dans lequel l’Occident, au travers de l’Amérique, tenait la première place disparaît sous nos yeux. La crise du Covid-19 n’a fait que mettre en lumière les coins les plus sombres de cette transformation.
| Atout | Rôle |
|---|---|
| Économie | Financement des innovations, universalité du dollar |
| Armée | Projection de puissance et dissuasion |
| Culture | Diffusion du modèle et influence idéelle (Hollywood, marques) |
Leadership présidentiel : personnalité, style et conséquences
Le président américain est même une superstar. Le mode de vie américain se répand partout dans le monde depuis plus de cinquante ans, car «les États-Unis, c’est un mythe, un modèle», rappelle Nicole Bacharan. De nombreuses séries, musiques ou films viennent de là-bas. De très nombreuses marques américaines comme Google, McDonald’s ou Coca-Cola ont envahi nos quotidiens.
La personnalité du président influe aussi sur le leadership. Le cabinet de Donald Trump se caractérise par une présence notable de figures catholiques de premier plan. Donald Trump a été décrit comme un « narcissique dominant », selon la typologie des leaders dressée par Michael Maccoby. Le plus caractéristique avec son élection est son caractère brutal et paradoxal : élu en privilégiant un mode de commandement traditionnel, il illustre la rupture politique et sociale de ce début de XXIe siècle.
Persuasion, coalition et gouvernance
Dans un régime où les pouvoirs sont rigoureusement séparés, le Président ne peut pas ordonner, commander au sens fort du terme, si ce n’est aux autorités administratives placées sous sa dépendance. Vis-à-vis du Congrès, il doit convaincre et constituer des coalitions. Le leadership du président passe donc par sa capacité à mobiliser des « suiveurs » - alliés, institutions, partenaires - et à créer des coalitions internationales. Les « suiveurs » renforcent les leaders et vice versa, mais ils peuvent aussi l’affaiblir en choisissant de leur résister.
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