Importance de l'humilité dans le leadership pour les recruteurs
La crise sanitaire a révélé, sinon confirmé, l’importance d’un management bienveillant basé sur l’écoute, le respect de la parole de l’autre et l’empathie. Le temps est donc à la recherche d’apaisement au sein du collectif de travail, ce qui n’est en rien antinomique d’objectifs de performance. Et si l’humilité s’imposait comme la posture la plus efficace pour porter cette dynamique vertueuse ?
Pourquoi l’humilité va monter en puissance
La scale-up Talentsoft a dévoilé les quatre tendances RH de l’année à venir, marquée, sans surprise, par les conséquences de la crise sanitaire sur les organisations : la virtualité, la connexion, l’authenticité et l’humilité. Sur ce dernier point, le cofondateur de Talentsoft, Alexandre Pachulski, évoque la création d’un « leadership communautaire » pour relever les défis d’aujourd’hui. À ses yeux, le management doit lui aussi se réinventer pour accompagner le développement de chaque talent et lui offrir la possibilité de réaliser ses ambitions. Pour contribuer à leur relance, les entreprises ont tout intérêt à placer l’humain au centre de leur démarche, tout en adoptant une communication honnête, transparente et fluide.
Définir l’humilité et la distinguer de la modestie
Pour bien saisir la portée de l’humilité dans le monde de l’entreprise, il est essentiel de comprendre ce qu’elle est - et ce qu’elle n’est pas. Le psychiatre Neel Burton invite ainsi à ne pas la confondre avec la modestie. Si cette dernière est plutôt extérieure et superficielle (relevant davantage des « bonnes manières » que d’une conviction profonde) l’humilité est avant tout intérieure et solidement ancrée. Et l’on ne naît pas humble, on le devient !
Notre éducation, nos expériences de vie vont en grande partie façonner notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Cela impacte directement notre connaissance de soi, notre confiance en soi et, in fine, notre affirmation de soi. Plus ces éléments constitutifs de notre identité sont en adéquation, plus nous pouvons développer - et adopter - une posture authentique tout en faisant preuve d’humilité. Une personne humble « s’envisage » de façon réaliste, avec ses qualités et ses faiblesses, sans perception exagérée ni sous-estimée de sa place dans la société. Cette connaissance intime de soi apporte de la confiance et permet, finalement, de faire preuve d’assertivité sans agressivité.
Le facteur H : honnêteté et humilité comme levier de performance
En contexte professionnel, l’humilité est un levier intéressant pour favoriser le travail d’équipe et la montée en compétences de ses membres, ainsi que la performance collective. Pourquoi ? Ayant conscience de leurs faiblesses, les personnes humbles ont tendance à vouloir s’améliorer en écoutant autrui voire, en demandant de l’aide. Elles savent aussi identifier les points forts de leurs collègues et peuvent se concentrer sur des objectifs dépassant leurs propres intérêts.
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Un facteur H (pour Honnêteté et Humilité) a même été identifié sous l’angle du leadership et de la performance des organisations. D’après une étude internationale des chercheurs Amy Y. Ou, David A. Waldman et Suzannne J. Petersen, l’humilité du dirigeant induit plusieurs types de bénéfices sur son équipe de direction :
- Une plus grande collaboration,
- Un meilleur partage des informations,
- Les décisions sont plus consensuelles,
- L’équipe défend une vision commune.
Sans surprise, la stratégie de l’entreprise et sa performance gagnent alors en efficacité et en solidité. D’autres travaux confirment l’intérêt d’encourager les postures d’humilité à tous les niveaux de l’entreprise. Car le facteur H se diffuse grâce au mécanisme de contagion sociale : l’imitation du comportement du dirigeant par son premier cercle encourage une forme d’humilité collective dont chacun est en mesure de percevoir les bénéfices, générant ainsi un cercle vertueux.
Postures et attitudes du manager humble
Au sein d’un collectif de travail, l’humilité facilite l’émergence de compromis, sans susciter de rancœur ni de frustrations. Et le manager est en première ligne :
Pour être - et rester - à l’écoute
L’humilité implique de tenir compte de l’avis d’autrui, de ses compétences et de son savoir-faire. L’écoute active permet au manager de comprendre comment son équipe réalise sa mission, d’identifier les éventuels points bloquants et d’y répondre de façon proactive.
Pour assumer ses responsabilités
En affirmant son rôle et en assumant son périmètre d’intervention, le manager adopte une posture active, constructive, rassurante. Et ce, afin de donner de l’autonomie à ses collaborateurs tout en les soutenant et en prenant le relais en cas de difficulté importante.
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Pour reconnaître le travail de son équipe
L’humilité du leader se manifeste aussi par la prise en compte des efforts fournis individuellement et collectivement. La reconnaissance des contributions de chaque membre de l’équipe est un levier essentiel à l’atteinte d’objectifs.
Pour jouer un rôle de facilitateur
Lorsque le manager ne se sent pas menacé par la performance ou le potentiel des membres de son équipe, il leur fournit tous les moyens contribuant à la réalisation de leurs missions. Il agit ainsi pour faciliter les échanges collectifs, la prise de décision, la recherche de solutions. Ces quatre postures managériales favorisent un travail collaboratif de qualité.
Humilité authentique vs fausse humilité
L’une des idées fausses les plus répandues sur l’humilité est celle qui la confond avec la fausse humilité. Ce dernier est un masque socialement acceptable, où une personne prétend être modeste tout en cherchant à gagner de la reconnaissance. La fausse humilité est une forme de manipulation subtile, où l’on prétend s’effacer pour mieux attirer l’attention ou éviter les responsabilités. L’humilité authentique se distingue par son absence de calcul. Un leader humble ne cherche pas à se faire passer pour modeste, mais agit avec une réelle conviction que l’équipe est plus grande que l’individu. Il reconnaît son rôle mais met toujours l’accent sur la contribution collective. La fausse humilité, quant à elle, repose sur une gestion de l’image et sur une volonté d’être perçu de manière favorable, ce qui peut nuire à la crédibilité du leader et de son équipe.
Humilité, vulnérabilité et perception culturelle
Beaucoup d’individus dans des positions de pouvoir ont tendance à associer l’humilité à de la vulnérabilité et donc à de la fragilité. Pourtant, l’humilité véritable est loin d’être une simple faiblesse ou une absence de pouvoir. En réalité, un leader humble est un leader qui ose se montrer vulnérable, qui ne craint pas de partager ses erreurs, ses doutes ou ses questionnements. Ce type de vulnérabilité n’affaiblit pas un leader ; au contraire, il le rend plus accessible, plus humain et plus en phase avec ses équipes. Un leader humble permet de renforcer la confiance mutuelle et de favoriser une culture d’apprentissage continu.
La perception de ces comportements est aussi très culturelle. Roman Oryschuk, professeur associé à HEC Montréal, rapporte qu’un excès d’humilité peut être interprété différemment selon les publics et les contextes. Il conseille de ne pas oublier que lorsqu’on parle au nom d’une organisation ou d’une équipe, on doit susciter de l’enthousiasme et se montrer mobilisateur.
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Exemples concrets de leadership humble
Satya Nadella, PDG de Microsoft depuis 2014, incarne à sa façon un style de management humble. Sa marque de fabrique ? La valorisation d’une mentalité de « learn-it-all » au lieu du « know-it-all ». Chaque échec devient source d’enseignement.
Brian Chesky a su reconnaître que pour réussir dans un marché compétitif, il devait se concentrer sur l’expérience client avant tout, et pour cela, il fallait être prêt à se remettre en question. L’une des caractéristiques les plus frappantes du leadership de Brian Chesky est sa volonté de créer une culture d’entreprise fondée sur la transparence, l’humilité et l’écoute. Brian Chesky a également mis en place une politique de communication directe avec les employés à tous les niveaux, favorisant un environnement dans lequel les idées peuvent circuler librement. L’humilité de Chesky se traduit par sa capacité à écouter et à évoluer, tout en restant accessible et transparent avec ses équipes.
Bernard Arnault, PDG de LVMH, illustre à sa manière l’importance de l’humilité du dirigeant. Malgré son statut de première fortune mondiale, il consacre toujours ses samedis à visiter les boutiques - jusqu’à 25 par jour. Dans un univers trop complexe pour être maîtrisé par une seule personne - même la plus talentueuse -, garder sa lucidité sur ses propres angles morts s’avère salutaire.
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Humilité, performance et engagement
Selon Jim Collins, les leaders qui combinent humilité et détermination atteignent des niveaux de réussite durables. Dans la même idée, d’après une étude Catalyst de 2020, les équipes dirigées par des leaders humbles ont déclaré un niveau de confiance supérieur de 35 % par rapport aux autres. Selon une enquête menée par le Harvard Business Review en 2019, les dirigeants qui admettent leurs limites suscitent 22 % de respect supplémentaire de la part de leurs équipes, de leurs clients ou encore de leurs partenaires.
Des recherches de l’Université de Washington soulignent que les entreprises dirigées par des leaders humbles enregistrent des performances économiques supérieures de 10 % par rapport à celles où le management est plus autoritaire. Une analyse de la Stanford Graduate School of Business souligne que les leaders humbles instaurent un climat plus sûr et plus collaboratif. Résultat : on détecte plus vite les problèmes, on échange plus librement les informations et on résout mieux les conflits.
Humilité recherchée par les recruteurs
Le monde de l’entreprise ne s’y trompe pas : de plus en plus d’employeurs cherchent à détecter l’humilité lors des recrutements et promotions. Leur raisonnement ? Ce trait de personnalité est associé à une conduite plus éthique, à une plus grande capacité de fidélisation des employés. Certaines entreprises intègrent même de façon explicite la recherche d’humilité dans leurs processus. Patagonia, célèbre firme californienne de vêtements techniques de montagne, évalue l’attitude des candidats dès l’entretien.
Le mot « humilité » reste parfois mal compris. Je ne recommande pas de le placer tel quel sur un CV. Mais on peut tout à fait valoriser cette qualité autrement. En entretien, parlez de votre goût pour le travail en équipe, de votre capacité à apprendre des autres, de votre ouverture aux feedbacks. Cela montre que vous êtes tourné vers l’intelligence collective, pas centré sur vous-même. C’est plus efficace que d’annoncer, comme certains jeunes diplômés, qu’ils seront managers dans six mois.
Trois axes pour cultiver l’humilité en tant que manager
- Reconnaître ses limites et apprendre de ses erreurs
L’humilité commence par la reconnaissance de ses propres limites et la capacité à apprendre de ses erreurs. Un manager humble sait qu’il ne possède pas toutes les réponses et qu’il peut tirer des leçons précieuses de ses échecs.
Admettre ses faiblesses est une étape cruciale vers l’humilité. Cela ne signifie pas se dévaloriser, mais être honnête avec soi-même et avec les autres sur les domaines où l’on a besoin de s’améliorer. En reconnaissant ses limites, un manager montre qu’il est humain et accessible, ce qui peut encourager les membres de l’équipe à être ouverts sur leurs propres défis.
Chercher de l’aide et du conseil : les managers humbles consultent leurs pairs, mentors ou même les membres de leur équipe pour obtenir des perspectives et des solutions.
- Valoriser les contributions des autres
Un manager humble attribue le succès là où il est dû, en donnant du crédit aux membres de l’équipe pour leurs contributions. Donner du crédit peut se faire par des éloges lors des réunions d’équipe, des notes de remerciement personnalisées ou des récompenses formelles. Écouter activement les membres de l’équipe est une autre manière de valoriser leurs contributions.
Favoriser le développement des talents : un manager humble investit dans la formation, le mentorat et le développement des compétences de son équipe.
- Être ouvert au feedback et à l’amélioration continue
Un manager humble sollicite des retours d’information de manière régulière, tant de la part de ses supérieurs que de ses subordonnés. Il comprend que la rétroaction est une opportunité précieuse pour identifier les domaines d’amélioration et ajuster son approche. L’autocritique est une pratique clé : prendre du recul pour évaluer ses actions, ses décisions et leurs impacts permet d’identifier les succès et les échecs.
Risques et limites de l’humilité excessive
Comme toute recette, tout est dans l’équilibre. Ainsi, lorsque l’humilité d’une personne est trop prononcée, elle peut apparaître aux autres comme faible, manquant d’ambition, voire incompétente. Trop humble, une personne peut être exploitée car elle ne se plaindra pas. Elle risque de ne pas être reconnue à la hauteur de ses contributions réelles. Une humilité excessive peut conduire à une sous-estimation de soi et de ses propres compétences, empêchant de reconnaître ses réussites ou saisir des opportunités par peur de paraître prétentieuse.
Fermons la parenthèse. Si cette différence est intéressante en psychologie sociale, nous utiliserons indifféremment les deux termes pour plus de simplicité dans la suite de cet article. Dans le milieu professionnel, regardez les gens qui ne vous coupent pas la parole et qui vous écoutent vraiment. Ce sont des personnes qui tiendront compte de votre avis - ce qui ne veut pas dire qu’ils seront toujours d’accord avec vous - mais ils sont réellement à l’écoute ce que vous exprimez et l’intègrent dans leur réflexion.
Recommandations pratiques pour les recruteurs
- Évaluer l’humilité via des exemples concrets en entretien : demandez des situations où le candidat a admis une erreur, a demandé de l’aide ou a mis en valeur ses collègues.
- Privilégier des mises en situation favorisant l’écoute active et la collaboration plutôt que l’autopromotion.
- Mesurer l’ouverture au feedback par des questions sur la façon dont le candidat intègre les critiques et apprend de ses échecs.
- Observer la capacité du candidat à donner du crédit aux autres et à décrire des succès collectifs plutôt qu’individuels.
Humilité : levier de pérennité organisationnelle
Dans un environnement de travail où la coopération est fondamentale, l’humilité agit comme un catalyseur. Un dirigeant modeste encourage la créativité, puisqu’aucun collaborateur ne craint d’être ridiculisé s’il ose proposer une idée. La coopération n’est alors plus un slogan : elle devient un réflexe collectif. Cette approche s’avère particulièrement utile dans les projets de RSE, qui nécessitent la mobilisation de plusieurs départements (RH, finance, marketing, etc.).
Soutenir une culture d’humilité ne signifie pas diluer la vision stratégique ou fuir les responsabilités. Bien au contraire, cette posture consolide la résilience de l’organisation. Les entreprises menées par des dirigeants humbles prennent plus facilement du recul face aux défis, interrogent leurs pratiques et réajustent leur cap sans tarder. Un avantage considérable pour la RSE, où l’on recherche un impact positif à long terme, qu’il soit économique, environnemental ou social.
Pour conclure sur l’importance pour les recruteurs
L’humilité est une qualité essentielle pour un manager efficace. Elle permet de créer un environnement de travail positif, favorise la collaboration et renforce la confiance entre les membres de l’équipe. Être un manager humble ne signifie pas manquer d’assurance ou de compétence, mais plutôt reconnaître ses limites, valoriser les contributions des autres et être ouvert à l’apprentissage continu. Dans un univers professionnel où la confiance se gagne au prix d’une authentique transparence, cette approche managériale séduit par sa capacité à développer la coopération, la résilience de l’organisation et, finalement, sa pérennité. Ne laissez pas l’ego freiner votre capacité à fédérer et à innover. Évaluez votre posture de leader, ajustez vos pratiques, discutez-en avec vos équipes et invitez-les à s’impliquer dans cette dynamique.
| Atout de l’humilité | Impact observé |
|---|---|
| Confiance accrue | Niveau de confiance supérieur de 35 % pour les équipes |
| Performance économique | Amélioration moyenne d’environ 10 % selon une étude |
| Meilleure prise de décision | Partage d’informations et décisions plus consensuelles |
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