Leadership des populations autochtones dans les projets d'énergies propres

La transition vers une énergie propre n'est pas qu'une histoire de technologie - c'est d'abord une question de justice et de pouvoir, et les peuples autochtones doivent être au centre de cette transformation. Les peuples autochtones constituent un groupe démographique essentiel qui doit être placé au centre du dialogue mondial sur l’énergie, si l’ODD 7 (garantir l’accès à une énergie abordable, fiable, durable et moderne) doit être atteint.

Pourquoi les énergies renouvelables doivent respecter les droits et savoirs autochtones

Pour les communautés autochtones des Philippines et du monde entier, il est essentiel que la participation à de tels projets repose sur leur consentement libre, préalable et éclairé, surtout si ces projets les affectent eux, et leurs territoires ainsi que leurs moyens de subsistance. Lorsque des projets sont mis en œuvre sans reconnaître les questions liées aux peuples autochtones et les droits de ces derniers, les femmes et les jeunes portent le lourd fardeau des répercussions, ajoute Mme Halip.

Il existe peu de données ventilées cohérentes et comparables permettant de dresser un tableau global clair de l’accès des peuples autochtones à l’énergie par rapport aux populations non autochtones. Même les rapports majeurs issus d’initiatives clés alignées sur l’ODD 7 ne mentionnent pas, ou seulement de manière superficielle, les peuples autochtones et n’examinent pas leurs défis spécifiques en tant que groupe distinct en matière d’accès à l’énergie.

De plus, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), de tels processus de planification et de mise en œuvre inclusifs et fondés sur les connaissances et les valeurs culturelles des peuples autochtones peuvent contribuer à combler les lacunes dans l’adaptation aux effets du changement climatique et à éviter des processus de mal-adaptation.

Impacts négatifs des projets imposés et nécessité de souveraineté énergétique

Les grands projets imposés d’en haut promettent souvent le progrès, mais aboutissent à la dévastation. L’exemple le plus frappant reste celui du barrage de Belo Monte, au Pará. Présenté comme une source d’énergie verte, il a déplacé plus de 20 000 personnes et ravagé l’écosystème du rio Xingu en détournant jusqu’à 80 % de son débit. Cette sécheresse artificielle a anéanti la pêche locale, forçant un changement alimentaire dramatique, du poisson traditionnel aux produits ultra-transformés, qui a déclenché une nouvelle crise de santé : les taux de diabète et d’hypertension ont explosé. Tout cela, sans le consentement libre, préalable et éclairé des Juruna, Arara et autres peuples autochtones et Ribeirinho dont les vies ont été bouleversées.

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Outre le manque d’accès fiable à une énergie propre, il convient de noter que les peuples autochtones sont disproportionnellement désavantagés par les projets d’énergie renouvelable à grande échelle. Leurs territoires accueillent souvent ces projets, mais leurs droits humains sont continuellement violés, ce qui entraîne des conflits, des déplacements, la destruction des moyens de subsistance et de l’environnement, et compromet leur autodétermination.

Les modèles communautaires et la réussite de la gestion autochtone

Mais l’histoire ne s’arrête pas à la destruction causée par des projets comme Belo Monte. L’antidote, c’est le mouvement grandissant pour la souveraineté énergétique, un modèle participatif qui part du principe que les communautés doivent contrôler leur propre énergie. Ce modèle est crucial à l’échelle mondiale, car les preuves ne mentent pas : la gestion autochtone, ça fonctionne.

Les territoires gérés par les peuples autochtones affichent un taux de déforestation deux fois moins élevé que les autres et servent de puits de carbone géants. Les protéger est essentiel si le Brésil veut tenir ses engagements climatiques. Les projets d’énergie propre renforcent ce cercle vertueux : l’accès à l’énergie émancipe celles et ceux qui protègent la forêt pour nous tous.

Exemples concrets en Amazonie

Pour le chef Yapatsiama, dans le village de Pyulaga, au cœur du parc autochtone du Xingu, le vrombissement d’un vieux groupe électrogène au diesel évoquait autrefois l’angoisse. Mais un projet visionnaire du Socio-Environmental Institute (ISA) a changé la donne. L’arrivée des panneaux solaires à Pyulaga a remplacé le vacarme du diesel par le bourdonnement discret de l’espoir. Les équipements médicaux peuvent désormais fonctionner en continu. L’école est enfin éclairée pour les cours du soir.

Cette révolution, qui a commencé à Pyulaga, s’étend aujourd’hui à tout le Xingu : 82 villages équipés, 55 écoles et 22 postes de santé alimentés, 6 000 personnes concernées. Mais la vraie trace laissée par ce projet, c’est la formation de 100 techniciens solaires locaux. Ils ne se contentent pas de maintenir les panneaux : ils préservent l’autonomie de leur communauté pour que l’énergie et l’avenir soient vraiment entre leurs mains.

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En Amazonie équatorienne, le peuple Achuar réalise son rêve avec le projet Kara Solar. Portée par la communauté, une flotte grandissante de six pirogues solaires navigue désormais sur leurs « autoroutes ancestrales », les rivières, reliant neuf villages isolés grâce à plus de 2 000 trajets, tous enregistrés avec la seule force du soleil. Ces bateaux silencieux ont changé la vie quotidienne, transportant les enfants à l’école et les malades aux dispensaires. Leur impact le plus marquant a été sur la défense de la forêt : pendant la pandémie, les communautés ont utilisé les bateaux solaires pour surveiller leur territoire et défendre leur autonomie énergétique.

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Leadership autochtone, équité et participation dans les infrastructures d’énergie

De plus en plus, les communautés autochtones assument la propriété et le contrôle de projets d’énergie renouvelable, ouvrant la voie à un avenir plus propre. De nombreuses communautés autochtones ne sont pas simplement consultées après le lancement de projets de transport, mais mènent plutôt ceux-ci, en établissant les conditions d’engagement et en sélectionnant elles-mêmes les partenaires de développement.

Le projet Wataynikaneyap illustre bien ce constat : 24 Premières Nations y sont impliquées comme partenaires égaux afin de raccorder 17 communautés éloignées ontariennes au réseau. Pendant cinq ans, les dirigeants communautaires se sont rencontrés afin de choisir des principes directeurs et de parler d’une seule voix. Les cadres réglementaires n’ont pas suivi l’émergence du leadership autochtone dans le transport d’énergie.

Dans le cadre du projet Hertel-New York, l’Assemblée nationale du Québec a dû adopter le projet de loi no 13 pour permettre à Hydro-Québec et au Conseil mohawk de Kahnawà:ke d’être copropriétaires du projet. Kahsennenhawe Sky-Deer estime que, bien que cette loi représente une avancée, elle démontre aussi que le partenariat et la copropriété sont plutôt des exceptions que la norme.

Les panélistes ont mis en avant l’accès croissant aux capitaux dans les projets de transport d’électricité, alors que les gouvernements et les institutions financières font tomber les obstacles aux capitaux autochtones. Malgré la croissance de l’intérêt autochtone pour la propriété des projets de transport, l’ampleur des investissements dépendra de la tolérance au risque de chaque conseil et de chaque communauté.

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Conditions d’une vraie équité

La vraie équité va plus loin que la simple offre d’une part de la propriété : elle doit comprendre une influence sur la gouvernance du projet. Les communautés autochtones doivent voir les retombées positives découlant de la propriété pour que les projets s’avèrent des succès. Les avantages doivent être définis par la vision des communautés autochtones et guider les discussions avec les promoteurs, et cette vision doit émaner d’un engagement réel à comprendre comment les communautés seront affectées sur leurs territoires.

Il faut entre autres se demander à quoi devraient ressembler la formation et l’embauche afin de soutenir la croissance et la capacité de la communauté, et quels sont ses besoins et priorités spécifiques à long terme. Les communautés ont pris part à plusieurs rondes de négociations avec les promoteurs pour s’attaquer aux injustices historiques.

Projets et solutions au Canada : du diesel aux microréseaux et au raccordement

Il y a environ 178 communautés autochtones et du Nord qui ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain. Ces communautés isolées dépendent beaucoup du diesel pour produire de l’électricité et se chauffer. De nombreuses communautés isolées autochtones et du Nord du Canada mettent en œuvre des projets visant à réduire, même à éliminer, leur dépendance au diesel pour répondre aux besoins en électricité ou en chauffage.

Communauté / projet Description Impact attendu
Wataynikaneyap 24 Premières Nations partenaires, raccordement de 17 communautés au réseau Élimination de 25 millions de litres de diesel par année (région visée)
Pikangikum Raccordement au réseau électrique nord-américain Fin de la dépendance à la production locale au diesel
Fort Chipewyan Parc solaire 3NE (2,2 MW) Remplacement de 25 % du diesel annuel (~800 000 L)
Arviat Projet microréseau: 200 kW solaire + 1,6 MW éolien + 2,0 MWh stockage Réduction prévue de 30 millions de litres de diesel sur 20 ans

Le secteur des énergies propres canadien devra croître considérablement dans les prochaines années pour répondre à la demande énergétique toujours grandissante d’une économie en processus d’électrification. Alors que les différents gouvernements au pays sont à la recherche de nouvelles possibilités économiques, l’énergie propre s’avère plus que jamais nécessaire. Cependant, bien que cette transformation puisse représenter une superbe occasion pour les propriétaires autochtones, ceux-ci risquent de ne pas en profiter si les cadres réglementaires et les mécanismes de gouvernance ne reconnaissent pas et ne renforcent pas leur leadership.

Approches inclusives et rôles des médias et du journalisme cogénératif

Ce projet se concentre sur les parcours de la souveraineté énergétique et l’adoption de sources d’énergie propre des communautés autochtones au Canada, en mettant particulièrement l’accent sur l’équité sociale et l’accessibilité à des solutions énergétiques durables. En effectuant de la recherche-création de cette façon, le projet explorera davantage le rôle des journalistes non autochtones dans la réconciliation continue entre les médias et les peuples autochtones au Canada.

Journalisme cogénératif : ce projet de recherche met principalement l’accent sur l’élaboration d’un modèle de journalisme cogénératif visant à redéfinir les pratiques journalistiques au sein des communautés autochtones. Engagement communautaire : visant à corriger les préjugés historiques dans la représentation médiatique des communautés autochtones, cette recherche propose une approche robuste d’engagement communautaire au moyen d’un nouveau modèle journalistique.

En effet, le projet vise à amplifier la voix des communautés autochtones participant aux initiatives d’énergie propre en explorant le potentiel des techniques de journalisme collaboratif. La recherche porte également sur l’intersection entre les initiatives d’énergie propre, le journalisme collaboratif et le leadership autochtone en matière de climat.

Comment agir en tant que citoyen·ne global·e

  1. Donnez de la voix à leurs récits. Suivez, partagez et amplifiez les témoignages et revendications des leaders autochtones. La vraie solidarité, c’est placer leurs voix au centre des débats mondiaux.
  2. Appuyez leurs droits fonciers. Soutenez la démarcation et la protection complète de leurs territoires. Avoir des droits fonciers officiellement reconnus, c’est la clé de leur réussite à long terme et la meilleure barrière contre la déforestation.
  3. Soutenez directement leurs projets. Devenez un·e ambassadeur·rice d’organisations telles que le Socio-Environmental Institute (ISA) au Brésil et Kara Solar, qui mènent ce changement en Équateur, pour envoyer des fonds directement aux premières lignes de l’innovation.
  4. Cessez les actions destructrices. Demandez au gouvernement brésilien de rejeter le Projet de loi de la dévastation et exigez que la société minière Belo Sun soit tenue à l’écart de l’Amazonie.

Appels à l’action et normes internationales

Nous appelons les États à mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et la Recommandation générale n° 39 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes [CEDAW], déclare Mme Halip. Les peuples autochtones doivent jouir pleinement de leurs droits.

La Déclaration et le Programme d’action de Beijing ont mis l’accent sur l’importance d’intégrer les femmes, en particulier les femmes autochtones et celles des zones rurales, dans la gestion et la prise de décision en matière environnementale. Les femmes autochtones sont également exposées à des risques de sécurité, notamment des actes de harcèlement et de violence sexuels lorsque des ouvriers extérieurs aux communautés viennent travailler sur des projets énergétiques.

Partenariats et financements : soutenir l’accès à l’énergie dirigé par les communautés

Afin de soutenir les projets d’énergie renouvelable dirigés par les communautés, REP s’est associé au PNUD dans le cadre de son Programme de petites subventions (SGP), soutenant les communautés autochtones dans la réponse à leurs besoins en matière d’accès à l’énergie. Le partenariat REP-PNUD SGP est mis en œuvre à titre pilote au Salvador, au Honduras, au Cambodge, au Népal, en RDC, au Timor-Leste et au Cameroun. REP est ouvert aux partenariats avec le secteur privé, les gouvernements et les OSC en faveur de l’accès à une énergie propre et moderne.

Les panélistes s’entendaient toutes pour dire que les avantages devaient être définis par la vision des communautés autochtones et guider les discussions avec les promoteurs, et que cette vision doit émaner d’un engagement réel à comprendre comment les communautés seront affectées sur leurs territoires.

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