Les Difficultés des Femmes Entrepreneurs en France

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, plusieurs études ont vu le jour sur l’entrepreneuriat féminin.

En 2025, l’auto-entrepreneuriat féminin est en plein essor, mais des disparités persistent. Si les femmes représentent une part croissante des micro-entrepreneurs, elles se heurtent encore à des freins structurels : accès limité aux financements, charge mentale accrue et inégalités de revenus. La difficulté d’accès au financement et la charge mentale sont de véritables freins pour les femmes dans leur démarche de création d’entreprise. Décryptage.

En 2024, le Forum de l'entrepreneuriat a révélé les dernières données sur les femmes entrepreneures, en France. A contrario, elles sont moins nombreuses à créer des entreprises dans le secteur de la construction (7,4 %), le secteur de l'agro-alimentaire ou le secteur de l'agriculture.

Infographie femmes entrepreneurs

Les Freins Rencontrés par les Femmes Entrepreneurs

1. L'Accès au Financement

Premier frein : l’accès au financement. Un constat : selon une étude menée auprès de 4000 PME américaines (rapportée par le site Entrepreneure ambitieuse), les conditions des prêts sont plus favorables aux hommes qu’aux femmes. Dans les faits, plus de la moitié d’entre elles se voient refuser un prêt bancaire (deux fois plus souvent que les hommes).

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Pour 51% des créatrices, l’accès au financement a été le principal frein dans la mise en place de leur projet selon l’étude de notre partenaire, l’Adie. Les femmes présentent des plans de financement plus modestes et les montants qui leur sont prêtés sont inférieurs de 33% à ceux accordés aux hommes.

Une solution pour lutter contre cette difficulté d’accès au financement, France Active a développé depuis de nombreuses années avec l’appui du ministère chargé de de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, un outil de garantie dédié aux femmes : la garantie égalité femme. Elle permet à toutes les entrepreneures d’accéder au crédit bancaire sans caution personnelle. Un sésame précieux pour elles qui sécurise leur parcours.

Indice entrepreneurial français 2021

Le Parcours DIFFICILE d'une Femmes Entrepreneure

2. La Charge Mentale

Deuxième frein : la charge mentale. Pour connaître le rapport des femmes à l’entrepreneuriat Taskrabbit, plateforme américaine d’échange de services, a mené l’étude auprès de 1 000 femmes entrepreneures.

« S’investir dans un projet telle que la création d’une entreprise est toujours plus difficile quand en parallèle il faut jongler avec la gestion des repas, du linge, de l’intendance de la maison, des courses, des rendez-vous médicaux ou encore des activités extrascolaires des enfants. » précise l’ADN dans l’article qui présente l’étude.

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3. Le Syndrome de l'Imposteur

Troisième frein : le syndrome de l’imposteur. « D’après une étude américaine publiée dans le journal Science, les filles auraient dès l’âge de 6 ans moins confiance en leur capacité que les garçons. » précise l’article de l’ADN.

Travailler énormément, manquer de considération et ne pas se sentir à sa place sont trois des « symptômes » du syndrome de l’imposteur. Une étude du CESE de 2020 renforce ce constat. La peur de l’échec est aussi un véritable frein pour les entrepreneures. Dans une étude réalisée par France Active, Bpifrance et Opinion Way en 2020, 26% des femmes interrogées ne se lance pas dans un projet d’entrepreneuriat pour cette raison.

Et 22% soulignent la nécessité de suivre une formation et d’avoir des conseils d’entrepreneurs pour se lancer.

4. Le Manque de Soutien de l'Entourage

Quatrième frein : le manque de soutien de l’entourage. 21% des femmes interrogées par l’Adie déplorent le manque de soutien de la part de leur entourage lorsqu’elles se sont lancées dans leur projet de création d’entreprise.

Pour pallier cela, les entrepreneures rejoignent des réseaux de femmes, participent à des formations… afin de se constituer leur propre soutien et d’échanger entre pair. Elles sont plus nombreuses que les hommes à faire ces démarches.

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Une étude du réseau Initiative France montre la persistance de clichés et préjugés envers les entrepreneures. 22 % des cheffes d’entreprises disent avoir été confrontées à des difficultés parce qu’elles étaient des femmes. Par ailleurs, l’étude de l’ADIE apporte d’autres enseignements : Motivation à entreprendre : des similitudes entre femmes et hommes ?

Cette étude précise que les motivations des femmes pour entreprendre sont sensiblement les même que celles des hommes, à savoir l’indépendance. Même si les entrepreneures accordent une place plus importante au sens de leur vie professionnelle et à la cohérence avec leurs valeurs.

Disparités et Défis Persistants

En 2025, les femmes occupent une place croissante dans l’auto-entrepreneuriat en France, mais derrière l’enthousiasme des chiffres, la réalité est plus contrastée. Si le régime de la micro-entreprise - souvent appelé à tort auto-entreprise - séduit par sa simplicité et son accessibilité, il reste une porte d’entrée, non un eldorado.

Le succès, lui, ne dépend pas uniquement d’un formulaire d’inscription en ligne ou d’un numéro SIRET, mais bien d’un équilibre précaire entre ambitions, contraintes administratives et réalité économique.

Selon les dernières données de l’URSSAF et de l’INSEE, le nombre de créations de micro-entreprises a encore bondi ces dernières années. Sur ce marché en plein essor, les femmes sont de plus en plus présentes, bien que leur répartition sectorielle trahisse encore des choix dictés par des schémas sociaux bien ancrés.

Elles investissent majoritairement les domaines du bien-être, des services à la personne, du commerce et de la communication, bien loin des bastions techniques ou industriels où les marges sont plus confortables.

Dans ce paysage, le choix du statut juridique revêt une importance cruciale. Le régime de la micro-entreprise, s’il séduit par sa simplicité administrative et fiscale, impose des plafonds de chiffre d’affaires qui peuvent rapidement devenir des freins.

Pour celles qui ambitionnent de voir plus grand, l’entreprise individuelle offre plus de souplesse, notamment en matière de fiscalité et de gestion financière. Mais entre sécurité, ambition et contraintes réglementaires, quel est le bon choix ?

Reprendre entreprise

Statuts Juridiques : Micro-Entreprise vs Entreprise Individuelle

Derrière les termes « auto-entrepreneur », « micro-entreprise » et « entreprise individuelle » se cachent des réalités juridiques distinctes qui ont un impact direct sur la gestion, la fiscalité et l’évolution d’une activité indépendante.

Si le régime de la micro-entreprise a largement contribué à la démocratisation de l’entrepreneuriat en France, il s’agit avant tout d’un cadre simplifié, limité par des plafonds de chiffre d’affaires et des obligations comptables allégées.

Le choix du bon statut dépend ainsi de nombreux critères : la nature de l’activité, le niveau de chiffre d’affaires envisagé, le besoin de financement et les perspectives d’évolution.

La Micro-Entreprise

Depuis 2016, le régime de l’auto-entreprise a été officiellement fusionné avec celui de la micro-entreprise. Aujourd’hui, parler d’« auto-entrepreneur » revient donc à désigner un micro-entrepreneur, bien que le premier terme continue d’être largement utilisé dans le langage courant. Son principal atout réside dans sa simplicité.

La déclaration de revenus s’effectue chaque mois ou chaque trimestre, et les obligations comptables se limitent à un livre des recettes et, pour certaines activités, un registre des achats.

En 2025, les plafonds de chiffre d’affaires restent un élément central du régime : 77 700 € pour les prestations de services et professions libérales, 188 700 € pour les activités de commerce. S’il constitue une excellente porte d’entrée pour tester une activité, ce statut peut rapidement montrer ses limites.

L'Entreprise Individuelle (EI)

Contrairement à la micro-entreprise, l’entreprise individuelle (EI) offre plus de latitude en matière de gestion fiscale et comptable. Autre avantage majeur : une protection accrue du patrimoine personnel.

Depuis 2022, le régime de l’EI protège automatiquement les biens personnels de l’entrepreneur, sans nécessité de créer une Entreprise Individuelle à Responsabilité Limitée (EIRL), un statut désormais supprimé. Ce cadre est donc plus sécurisant pour celles qui doivent engager des investissements importants ou s’exposent à des risques financiers plus élevés.

En revanche, l’entreprise individuelle impose des obligations comptables plus strictes : tenue d’un bilan, compte de résultat, déclarations fiscales détaillées.

Le choix du statut juridique dépend avant tout des ambitions et des contraintes de chaque entrepreneure. La micro-entreprise reste un excellent point de départ pour tester une idée avec un minimum de démarches et de risques financiers.

Toutefois, pour celles qui envisagent une activité à plus forte croissance, l’entreprise individuelle constitue une alternative plus souple, offrant davantage de possibilités en matière de fiscalité et de gestion patrimoniale. Les projets nécessitant des investissements conséquents ou impliquant une hausse rapide du chiffre d’affaires gagneront à être structurés dès le départ sous ce régime.

Un point clé reste l’accès aux aides et au financement. Certaines subventions et dispositifs de soutien sont spécifiquement destinés aux femmes entrepreneures, mais les critères d’éligibilité varient selon le statut choisi.

Dans un environnement où les femmes doivent souvent composer avec des obstacles supplémentaires - sous-évaluation de leurs prestations, difficulté d’accès au crédit, poids de la charge mentale - choisir le bon statut dès le départ peut faire la différence entre un projet qui stagne et un business qui prospère.

Tendances Actuelles de l'Entrepreneuriat Féminin en France

En 2025, l’entrepreneuriat féminin en France affiche une dynamique positive, bien que des obstacles persistent. Les données récentes de l’Insee révèlent qu’en 2024, 43 % des entreprises individuelles ont été créées par des femmes, une proportion stable par rapport aux années précédentes.

Cette stabilité souligne une progression constante depuis 2012, où les femmes représentaient 39 % des créateurs d’entreprises individuelles. Depuis 2020, le nombre de femmes auto-entrepreneures a connu une augmentation notable.

En 2022, près de 378 300 entreprises ont été créées par des femmes, dont près de 309 000 sous le régime de l’auto-entreprise. Cette tendance témoigne de l’attractivité du régime de la micro-entreprise pour les femmes, offrant une flexibilité et une simplicité administrative appréciées.

Répartition Sectorielle

En 2025, le paysage de l’auto-entrepreneuriat féminin continue d’afficher des tendances sectorielles marquées, reflet à la fois des opportunités du marché et des choix contraints par des facteurs culturels et sociaux.

Le secteur du bien-être - incluant l’esthétique, le coaching personnel, la sophrologie et les médecines alternatives - demeure l’un des principaux terrains d’épanouissement entrepreneurial féminin. Les femmes y représentent une écrasante majorité des auto-entrepreneurs, profitant d’un cadre juridique simplifié pour développer une clientèle sans avoir à s’aligner sur les contraintes d’une structure plus lourde.

L’essor des métiers liés au développement personnel et aux thérapies alternatives traduit également une évolution sociétale, où la santé mentale et le bien-être deviennent des préoccupations centrales.

L’explosion du commerce en ligne a offert aux femmes une nouvelle porte d’entrée vers l’indépendance économique. Vendre des produits artisanaux, créer une marque de vêtements ou développer une boutique en dropshipping sont autant d’options désormais accessibles avec un investissement initial limité.

Mais cette attractivité du e-commerce cache aussi un écueil : la forte concurrence et les faibles marges rendent ces activités précaires et difficiles à pérenniser.

Si les femmes restent largement sous-représentées dans les secteurs technologiques et numériques, on observe depuis quelques années une progression significative des entrepreneures dans le domaine de la communication digitale.

Graphisme, rédaction web, community management et consulting en marketing digital sont autant de métiers où les femmes trouvent leur place grâce à des compétences souvent acquises en autodidacte ou lors de reconversions professionnelles. Les plateformes de freelancing comme Malt ou Upwork ont facilité cette transition, permettant de travailler à distance et de développer une clientèle variée.

Pourtant, ce secteur pose un défi majeur : les tarifs pratiqués par les femmes sont en moyenne inférieurs à ceux des hommes, un phénomène déjà observé dans d’autres types de prestations de services.

Si l’auto-entrepreneuriat féminin est en plein essor, il reste confiné à des secteurs historiquement perçus comme « féminins ». En 2025, les femmes sont encore largement minoritaires dans des domaines techniques comme l’informatique, l’ingénierie ou l’artisanat du bâtiment. Pourtant, ces secteurs offrent des perspectives plus lucratives et un potentiel de développement plus important.

L’enjeu pour les années à venir sera donc d’encourager une diversification des choix entrepreneuriaux des femmes, en leur offrant davantage d’accès à la formation et au financement pour investir des secteurs plus rémunérateurs et moins précaires.

Motivations des Femmes à Entreprendre

Les motivations des femmes à se lancer dans l’auto-entrepreneuriat sont multiples et reflètent une quête d’autonomie et de sens dans leur parcours professionnel. Une étude menée par France Active en 2023 révèle que 48 % des femmes de moins de 60 ans sont motivées par l’envie de créer leur propre entreprise, un chiffre supérieur à celui de leurs homologues masculins (40 %).

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