Les Entrepreneurs Français : Définition et Enjeux

Il est complexe de donner une définition précise de l'entrepreneur, tant les profils sont diversifiés. En France, comme ailleurs, l'entrepreneuriat connaît un essor important, stimulé par les transformations profondes de notre époque. La digitalisation de l'économie, la globalisation des activités et la mutation des relations employeurs-employés créent un besoin croissant d'entrepreneurs passionnés, motivés et préparés à affronter les défis d'un monde de plus en plus complexe et incertain.

Cet article vise à explorer les facettes de l'entrepreneur, en s'appuyant sur une littérature scientifique riche et variée. Nous aborderons les questions suivantes :

  • Qu'est-ce qu'un entrepreneur ?
  • Quels sont ses ressorts psychologiques et ses motivations ?
  • Pourquoi est-il crucial de distinguer entrepreneur, manager et chef d'entreprise ?

L'Émergence du Concept d'Entrepreneur

L'entrepreneur a probablement existé depuis que les êtres humains se sont organisés en communautés pour assurer leur survie, leur subsistance et se protéger des menaces environnementales. Bien que les pratiques associées à l'entrepreneuriat existent depuis des millénaires, le terme "entrepreneur" n'est apparu qu'au 16ème siècle, juste avant l'émergence des Lumières et la naissance du libéralisme.

Un des premiers économistes à avoir tenté de définir l'entrepreneur est Richard Cantillon (1680-1734). Il reconnaît en l'entrepreneur une capacité à acheter les moyens nécessaires à l'activité à un prix connu et à revendre les biens et services à un prix incertain. Le comportement entrepreneurial est défini par cette incertitude dans une transaction commerciale.

Richard Cantillon

Richard Cantillon

Qui est l'Entrepreneur ? Profil et Caractéristiques

La question de savoir si l'on naît entrepreneur ou si on le devient est un débat ancien. Dans les années 1980, William Gartner, un chercheur américain, a souligné qu'il y avait autant de diversité chez les entrepreneurs que chez les non-entrepreneurs. Cette hétérogénéité est due à la variété de leurs motivations, aspirations, objectifs personnels, traits de personnalité, croyances, valeurs, compétences et autres capacités.

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Ce qui importe n'est donc pas la recherche illusoire d'un profil idéal, mais la connaissance de son propre profil personnel et entrepreneurial afin de choisir les situations entrepreneuriales les plus appropriées. Ce qui fait l'entrepreneur, c'est la situation dans laquelle il est engagé et le processus de décisions-actions qu'il conduit.

Un individu est entrepreneur parce qu'il est dans une situation entrepreneuriale, c'est-à-dire une situation caractérisée par la création de valeur nouvelle (nouveau produit ou service, création d'une nouvelle organisation, d'une nouvelle activité, etc.), laquelle, par essence, génère du changement pour l'individu et pour l'environnement auxquels cette nouvelle valeur est destinée (donc de l'incertitude et des risques).

On ne naît pas entrepreneur, on le devient dans une trajectoire de vie sous influences multiples. Devenir entrepreneur est la conséquence de prédispositions sociologiques, psychologiques et situationnelles. Au niveau sociologique, on connaît par exemple le rôle joué par les modèles parentaux, familiaux ou amicaux, l'importance des stages et expériences professionnelles, qui s'avèrent être des révélateurs, l'influence des milieux et territoires à forte culture entrepreneuriale, l'impact d'une exposition à d'autres contextes et cultures.

La littérature montre également que des facteurs psychologiques (lieu de contrôle interne, auto-efficacité, certaines motivations comme le besoin d'indépendance ou d'accomplissement, la propension à l'action, au risque) peuvent orienter un individu vers l'entrepreneuriat. Enfin, des facteurs situationnels comme la perte d'emploi, des changements professionnels qui génèrent des frustrations ou des insatisfactions, peuvent avoir le même résultat.

Les nombreuses études réalisées sur des entrepreneurs font ressortir des motivations et des ressorts psychologiques largement partagés au sein de cette catégorie d'acteurs économiques. Mais cela ne veut pas dire que tous les entrepreneurs présentent ces caractéristiques au même niveau et avec une intensité similaire.

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Motivations et Ressorts Psychologiques

Deux types de motivations sont généralement distinguées, qui conduisent à deux types d'entrepreneurs et d'entrepreneuriat :

  • Motivations "pull" : comme le besoin d'indépendance, d'accomplissement, la recherche d'autonomie, de liberté, de reconnaissance, de statut, ou encore l'envie du challenge, de gagner de l'argent, de relever des défis. Les entrepreneurs dotés de ces motivations s'engagent dans un entrepreneuriat d'opportunité.
  • Motivations "push" : qui entraînent souvent les individus dans un entrepreneuriat de nécessité ou de survie.

Dans une approche volontairement restrictive, nous considérons qu'il est difficile d'entreprendre et d'avoir des comportements entrepreneuriaux sans disposer d'un contrôle interne (sentiment de contrôler directement le cours des choses) et d'un minimum de confiance en soi, de tolérance à l'ambiguïté, de résistance au stress, de persistance et de résilience (capacité à rebondir dans des circonstances d'erreurs et d'échecs aux conséquences importantes).

Un construit de psychologie reprend certains de ces facteurs, et de nombreuses études ont montré que les entrepreneurs disposent d'un capital psychologique élevé. Comme nous l'avons vu précédemment, ces différences ne portent pas sur ce qu'ils sont, mais sur ce qu'ils font, sur la manière singulière dont les entrepreneurs pensent, décident et agissent dans des situations difficilement prédictibles.

Entreprendre est un processus de création de valeur nouvelle, dans une double dynamique de changement pour l'individu et pour l'environnement, qui a un début, une durée et une fin. Il n'y a pas de statut d'entrepreneur comme il y en a un pour des chefs d'entreprise et des dirigeants, lié à leurs mandats sociaux.

Tous les chefs d'entreprise ne sont pas des entrepreneurs, ils peuvent être dans d'autres situations et fonctions, non reliées à l'entrepreneuriat. Tous les entrepreneurs ne sont pas des chefs d'entreprise (l'abbé Pierre, par exemple, a été un entrepreneur lorsqu'il a créé le mouvement Emmaüs).

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Nous allons développer plus précisément dans ce qui suit les différences entre deux fonctions, celle qui permet d'explorer (l'entrepreneuriat) et celle qui permet d'exploiter le résultat de l'exploration (le management).

Entrepreneur vs. Manager vs. Chef d'Entreprise

Il est essentiel de distinguer l'entrepreneur du manager et du chef d'entreprise. L'exploration est la fonction principale de l'entrepreneur en situation. L'exploration peut consister à s'aventurer dans des territoires inconnus (nouveaux marchés), à développer des produits nouveaux, à inventer de nouvelles technologies, à apporter des solutions innovantes.

Une conceptualisation de l'entrepreneuriat repose sur l'idée qu'entreprendre relève d'un processus d'identification, d'évaluation et d'exploitation d'opportunités de création de produits ou de services nouveaux. L'exploitation est la fonction du manager. Dans une seconde approche, l'entrepreneur est distingué du manager par son orientation vers les opportunités, sa propension à se saisir rapidement des opportunités identifiées, son rapport aux ressources (capacité à faire beaucoup de choses avec peu de moyens) et le type d'organisation qu'il met en place (structure plate, flexibilité, polyvalence, agilité).

La logique causale voit dans l'acteur économique un individu rationnel qui décide d'abord des objectifs et, ensuite, identifie et sélectionne les moyens-ressources nécessaires pour atteindre ces objectifs. Dans cette perspective, l'action est pensée comme un processus linéaire dans lequel la volonté de l'acteur dirige la planification et la gestion des activités. La logique causale sous-tend la démarche de planification et légitime le business plan.

La logique effectuale caractérise le comportement des acteurs économiques confrontés à un niveau d'incertitude élevé. Dans ces situations, ils adoptent une logique de pensée, de décision et d'action différente de celle décrite dans un modèle traditionnel, plus rationnel, de prise de décision (voir le modèle de la causation). Lorsque le niveau d'incertitude est élevé, les objectifs changent, sont façonnés et construits chemin faisant et peuvent parfois relever de contingences et d'aléas.

Au lieu de se focaliser sur les buts, l'acteur s'efforce de contrôler le processus à partir d'une focalisation sur les moyens-ressources disponibles et sous son contrôle. Ces ressources concernent notamment des connaissances, des compétences et des relations.

Penser le comportement entrepreneurial à travers la logique de l'effectuation suppose que le processus soit initié par un examen des ressources disponibles, en se centrant sur une série de questions :

  • Qui suis-je ?
  • Qu'est-ce que je sais ?
  • Qui je connais ?

Ces questions permettent d'envisager, compte tenu des réponses apportées, ce qui peut être fait et de choisir entre les différentes possibilités.

Entrepreneuriat

L'entrepreneuriat en France

L'Entrepreneuriat Social : Une Nouvelle Vision

Alors que les définitions « classiques » de l’entrepreneur considèrent que l’entrepreneur a pour « mission », pour fonction sociale, et pour récompense des risques qu’il prend, d’accumuler du capital, d’autres visions voient le jour depuis la fin des années 80. Parmi celles-ci, le concept d’entrepreneuriat social s’est considérablement développé ces dernières années. Car un entrepreneur « social » place avant tout l’efficacité économique au service de l’intérêt général. Il ne s’agit donc pas là d’un philanthrope pur et dur qui s’appauvrirait volontairement au profit des autres, notamment les plus démunis ou les exclus.

L’entrepreneur social vise dans un premier temps à vivre, correctement, de son métier. Dans un deuxième temps, il cherche à développer son activité, générer du profit, pour en faire bénéficier l’intérêt général. Développement durable, dons à des associations, embauche importante de personnes exclues du marché du travail (personnes handicapées, en réinsertion, issues des Quartiers Politique de la Ville - QPV - etc.) : de nombreuses options existent mais toutes ces entreprises partagent une conception de l’accumulation de profit comme un moyen et non comme une fin.

Les Chiffres Clés de l'Entrepreneuriat en France

L'entrepreneuriat en France est en progression constante depuis 2000. Il se créait en moyenne 2,8 fois plus d’entreprises en 2018 qu’en 2000 (et jusqu’à 12 fois plus, concernant les sociétés unipersonnelles par exemple), passant de 47 291 en 2000 à 74 102 en 2017 ! Selon économie.gouv.fr, l'âge moyen des entrepreneurs en France était de 38 ans et demi en 2016.

Année Nombre de créations d'entreprises
2000 47 291
2017 74 102
2018 Croissance de 2.8x par rapport à 2000

En définitive, l’entrepreneur, de notre point de vue, n’est pas un super-héros, un être hors du commun qui accomplit des choses extraordinaires. Il n’est pas non plus le demandeur d’emploi poussé vers l’autoentrepreneuriat. Ainsi, en définitive, un entrepreneur est-il avant tout, comme on le considérait déjà au 16ème siècle, « un acteur essentiel du processus économique ».

Alors que le nombre de créations d’entreprises progresse chaque année en France, alors que de plus en de Français, notamment les jeunes, se tournent vers l’entrepreneuriat, alors que les mythes des grands chefs d’entreprises tels que Steve Jobs séduisent (les succès cinématographiques et de librairie en témoignent), il peut être intéressant de se pencher sur ce qu’est un entrepreneur.

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