Raisons du redressement judiciaire de XL Airways : analyse détaillée

Placée en redressement judiciaire le 23 septembre, la compagnie aérienne française XL Airways a interrompu ses vols à partir du 30 septembre 2019. Cette situation s'inscrit dans une véritable hécatombe dans le secteur du transport aérien européen, où plusieurs compagnies low cost et traditionnelles ont récemment fait faillite ou cessé leurs activités, notamment Aigle Azur, Germania, et Wow Air.

Contexte général et fragilité du secteur

Depuis 2018, près d'une dizaine de compagnies aériennes low cost européennes ont cessé leurs activités. Parmi elles figuraient des acteurs notables comme Primera Air au Danemark, Cobalt Air à Chypre, et Wow Air en Islande. Selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), la forte concurrence exercée par les compagnies low cost a joué un rôle déterminant dans cette crise. En France, la difficile situation de XL Airways ne fait pas exception et illustre la vulnérabilité du pavillon aérien français dans un contexte européen extrêmement concurrentiel.

XL Airways, qui s’était positionnée principalement sur le marché du long-courrier low-cost, affrontait une rude concurrence notamment de la part de Norwegian Air et Level, les filiales à bas coût de grands groupes européens. Cette guerre des prix sur le long-courrier, menée souvent à perte, n’a pas permis à XL Airways de maintenir une exploitation pérenne.

Les causes spécifiques du redressement judiciaire de XL Airways

Concurrence « débridée » et soutien public inégal

Dans son communiqué, XL Airways dénonce une concurrence « impitoyable » menée par des compagnies bénéficiant de soutiens publics étrangers. Sans nommer explicitement Norwegian, la compagnie évoque des concurrents étrangers « incroyablement déficitaires et soutenus depuis longtemps par leurs États ». Cette situation déséquilibrée crée, selon XL Airways, des conditions de marché injustes ne permettant pas à l’entreprise française de rivaliser efficacement.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a également critiqué les aides publiques dont bénéficierait Norwegian Air, soulignant que cette compagnie « casse les prix » tout en étant très endettée mais avec un soutien public, un fait « inacceptable » selon lui.

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Poids des charges sociales et taxes en France

Les difficultés de XL Airways s'expliquent aussi par un niveau élevé des charges sociales et des taxes en France, supérieures d’environ 20 % à celles des concurrents européens. Selon l’expert Jean-Louis Baroux, ces coûts pénalisent fortement les compagnies aériennes françaises et ajoutent une charge supplémentaire dans un contexte déjà très concurrentiel.

Choix stratégique sur le long-courrier low cost

XL Airways avait choisi de se positionner sur des lignes long-courriers à bas coût, notamment vers l’Amérique du Nord, la Chine, et les DOM-TOM. Cette stratégie, jugée risquée par des économistes comme Yves Crozet, a alourdi la structure des coûts de la compagnie en raison notamment des frais liés aux déplacements internationaux des équipages (hôtels, repas, temps de repos). Cette complexité opérationnelle sur le long-courrier rend plus difficile la réduction des coûts par rapport aux vols court-courriers low cost.

De plus, l’augmentation récente du prix du carburant à partir de 2018 a renforcé les difficultés économiques de la compagnie, qui avait été créée au moment d’une période de baisse des coûts du pétrole débutée en 2014.

Sous-capitalisation et manque d’investisseurs

XL Airways souffrait également d’une sous-capitalisation chronique. Malgré les efforts des salariés durant dix ans, la compagnie n’a pas réussi à attirer un investisseur puissant pouvant soutenir son développement. La tentative de constituer un pôle low cost long-courrier français avec le soutien potentiel d’Air France-KLM n’a pas abouti. Les négociations avec ce dernier ont échoué, Benjamin Smith, directeur général d'Air France-KLM, ayant écarté toute reprise jugée non avantageuse.

Conséquences pour les passagers et aide aux voyageurs bloqués

Suite à l’arrêt des vols de XL Airways, les passagers se sont retrouvés dans une situation difficile, notamment ceux ayant acheté des billets dits « secs » (vol uniquement, sans package). Ceux ayant réservé via un tour-opérateur dans le cadre d’un voyage à forfait peuvent espérer un vol de remplacement. En revanche, les clients ayant acheté directement à la compagnie ont très peu de chances d’obtenir un remboursement, car en cas de faillite, les liquidités sont d’abord affectées au paiement des créanciers prioritaires (salariés, fisc, banques).

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Face à cette situation, plusieurs autres compagnies ont assuré un soutien aux clients de XL Airways bloqués à l’étranger. Air Austral et Corsair ont ainsi proposé des tarifs préférentiels sur certaines lignes pour aider à rapatrier ces passagers.

Perspectives juridiques et réflexion sur la protection des consommateurs

La faillite de XL Airways met en lumière les limites du cadre réglementaire actuel concernant la protection des passagers aériens, notamment ceux qui achètent leurs billets indépendamment de tout forfait touristique. La directive (UE) 2015/2302 protège principalement les voyageurs avec forfaits, laissant une zone grise pour les acheteurs de « vols secs ».

Les autorités françaises et européennes ont engagé des réflexions pour renforcer cette protection, explorant notamment des mécanismes innovants comme la création de fonds de garantie, des dispositifs d’assurance, des comptes séquestres, ou de nouvelles procédures de chargeback bancaire plus systématiques.

Chronologie des événements XL Airways et conséquences juridiques

Date Événement
23 septembre 2019 Placement en redressement judiciaire de XL Airways
30 septembre 2019 Suspension des vols à 15 heures en attendant une décision du tribunal de Bobigny
2 octobre 2019 Audiences du tribunal de commerce pour étudier le potentiel repreneur
4 octobre 2019 Jugement de liquidation judiciaire faute d’offre de reprise recevable

Derniers mots du PDG : un appel à la mobilisation

Dans une lettre ouverte intitulée « L’adieu aux larmes », Laurent Magnin, PDG de XL Airways, met en garde sur la fragilité du pavillon français face à une concurrence débridée et sur la médiocrité des plans de reprise présentés. Il invite à une prise de conscience politique et économique pour éviter d’autres faillites dans le secteur et reste convaincu que le concept du low cost long-courrier a un avenir, bien que celui-ci doive encore trouver sa maturité.

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