Raisons économiques, sociales et juridiques du protectionnisme
Le protectionnisme regroupe toutes les politiques visant à restreindre l'accès des produits étrangers au marché intérieur afin de favoriser la production nationale. Pour un économiste, les avantages du commerce sont dans l’importation, et il faut exporter pour pouvoir importer. Pour de nombreux élus, commentateurs et gouvernants, l’intérêt de commercer consiste au contraire à exporter. En démocratie, tous ces points de vue sont légitimes, et le défi consiste à les mettre en cohérence.
Définition et formes du protectionnisme
Le mot "protectionnisme" désigne d'abord une doctrine économique, mais aussi, très souvent, les pratiques qui résultent de l'application de cette doctrine par un pays. Le protectionnisme consiste à établir des barrières tarifaires ou non-tarifaires à l’encontre des biens ou services étrangers importés afin de protéger la production nationale de la concurrence étrangère. Une politique protectionniste est une intervention de l’État dans l’économie pour privilégier les entreprises nationales au détriment de la concurrence étrangère.
Instruments tarifaires
Les barrières tarifaires : droits de douane. Première arme du protectionnisme, les droits de douane correspondent à un impôt appliqué lors de l'entrée d'une marchandise importée. Ce prélèvement augmente le prix final pour les consommateurs, rendant les biens étrangers moins attractifs face à l'offre nationale. Par exemple, si la France applique un droit de douane de 15% sur l'acier importé, ce surcoût pèse directement sur le prix payé.
Instruments non tarifaires
Les mesures non tarifaires : quotas, licences, normes techniques ou sanitaires. Au-delà des taxes, les États utilisent des mesures non tarifaires : quotas d'importation, normes techniques, procédures administratives complexes, exigences sanitaires strictes. Toutes constituent autant d'obstacles à l'entrée de produits étrangers, sans passer par la fiscalité directe. Un quota d'importation fixe une quantité maximale de biens admis chaque année.
Normes et standards spécifiques : imposer des normes techniques ou environnementales exigeantes oblige les exportateurs à adapter leur production, augmentant ainsi les coûts d'accès au marché protégé. Exemple : depuis 2021, l'Europe interdit l'importation de certains pesticides, favorisant ainsi la protection de l'agriculture nationale.
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Motivations économiques du protectionnisme
Les raisons invoquées par un État pour instaurer des barrières à l'échange sont variées : préservation de l'emploi local, soutien à une filière industrielle naissante, maintien de l'indépendance économique dans certains secteurs clés. L’objectif d’une politique protectionniste est de favoriser l’économie nationale à travers des mesures permettant de restreindre les importations. L'idée est qu’un gouvernement doit aider ses industries naissantes en les protégeant de la concurrence internationale.
Le « protectionnisme éducateur » de Friedrich List est séduisant, mais il implique que l’État sache précisément quelles sont les industries à protéger. Dans cette perspective, des mesures protectionnistes sont nécessaires au début de la phase d’industrialisation d’un pays. La protection commerciale permet à l’industrie naissante de se développer jusqu’à devenir compétitive par rapport aux industries de l’étranger.
La dépréciation du taux de change qui permet à un pays de favoriser ses exportations en les rendant moins chères libellées en monnaies étrangères. L’Etat peut également jouer sur le taux de change de sa monnaie: en la dévaluant, il favorise les exportations et les importations deviennent plus coûteuses.
Motivations sociales et politiques
Les dirigeants appliquent les mesures protectionnistes pour répondre à la demande de divers groupes de pression: il peut s’agir de lobbies, par exemple un secteur industriel qui se trouve en forte concurrence avec les entreprises étrangères. Parfois, le protectionnisme protège les rentes d’entreprises bénéficiant d’un lobbying efficace sous couvert de défendre l’emploi local. La population peut être incitée à acheter des produits du pays, plutôt que de l'étranger.
En période de crise, les gouvernements sont souvent tentés de se protéger contre la concurrence étrangère en se repliant sur eux-mêmes. C’est le raisonnement qui fut tenu en Europe et aux États-Unis à la suite de la crise de 1929, et plus récemment aux États-Unis par Donald Trump. Donald Trump utilise le protectionnisme comme une arme offensive pour obtenir des gains politiques.
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Extrait du débat Besancenot - Ruffin sur le protectionnisme
Arguments économiques classiques en faveur du libre-échange
Les théories classiques du commerce international montrent que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions pour lesquelles il est le plus productif. Les gains à la spécialisation et à l’échange ont été énoncés au début du XIXe siècle par les économistes britanniques Adam Smith (théorie de l’avantage absolu) et David Ricardo (théorie des avantages comparatifs). Selon cette dernière théorie, chaque pays a toujours intérêt à se spécialiser et commercer.
Le commerce international peut être comparé à la situation des individus qui se spécialisent chacun dans la production d’un type de biens ou services. Par exemple, le boulanger ne fabrique que du pain et le maçon que des maisons. Ils se procurent auprès des autres professionnels tous les biens et services qu’ils ne produisent pas. Mais ce faisant, le boulanger comme le maçon deviennent plus productifs du fait de leur spécialisation qui leur permet de se perfectionner dans un domaine précis.
Effets indésirables et limites du protectionnisme
De nombreux économistes doutent de l’efficacité du protectionnisme, car les effets secondaires sont parfois très importants. Le principal effet indirect est que les exportations risquent elles aussi de diminuer, suite à l’instauration ou à l’augmentation des droits de douane par les autres pays en guise de représailles. De telles mesures protectionnistes, en pénalisant les importations, pourraient en effet créer des emplois nouveaux dans des secteurs désormais à l’abri de la concurrence, mais elles peuvent aussi entraîner des représailles commerciales.
En effet, toutes choses égales par ailleurs, si les États-Unis importent moins, le dollar s’appréciera (si les États-Unis importent moins, ils achètent moins la devise des autres pays, ce qui rend le dollar plus cher). A l’arrivée, les exportations américaines auront baissé d’un niveau plus ou moins similaire aux importations, annulant les effets positifs attendus sur l’emploi. La production ne sera plus effectuée dans le pays le plus efficace, ce qui diminuera la productivité de l’économie.
Les mesures protectionnistes peuvent entraîner un risque d'inflation et des représailles commerciales, affectant ainsi le pouvoir d'achat et l'économie mondiale. Pour la population, le coût des produits augmente car le marché est moins concurrentiel, par conséquent, leur consommation diminue.
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Coûts macroéconomiques
Si, globalement, le commerce fait apparaître un déficit, la raison essentielle est macroéconomique. Il s’agit d’une insuffisance de l’épargne nationale par rapport à l’investissement. Comptablement, le solde extérieur est égal à la différence entre épargne et investissement. L’intérêt du commerce, entre nations comme entre individus, est bien de dégager des excédents quelque part et de les utiliser pour financer des déficits ailleurs.
Aspects juridiques et instruments réglementaires
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la signature du GATT (Accord général sur le commerce et les tarifs douaniers), le protectionnisme a beaucoup reculé, au moins officiellement. Le Traité, signé par un nombre grandissant de pays au fur et à mesure des années, prévoyait la réduction progressive des droits de douane et l'interdiction des barrières non tarifaires. L'OMC, qui a aujourd'hui remplacé le GATT, poursuit dans la même voie.
Cependant, on ne peut pas dire que le protectionnisme a disparu : d'une part, les barrières non tarifaires, de plus en plus subtiles, existent toujours ; d'autre part, les pays qui le peuvent prennent des mesures ouvertement protectionnistes quand ça les arrange. Il existe un débat pour savoir s’il faut répondre à des mesures protectionnistes d’un autre pays par des mesures similaires.
Tendances contemporaines et enjeux politiques
L’idéologisation du « libre-échange » au cours des décennies passées n’a cependant rien fait pour rapprocher les positions. L’actualité, en France et ailleurs, ramène ces tensions au cœur des débats. La France est tentée de l’utiliser vis-à-vis de la Chine, comme s’il s’agissait d’une solution cohérente aux problèmes du pays. Cette approche prétend répondre à la fois à la montée en puissance de la Chine et à la désindustrialisation.
Plutôt que vouloir revenir sur des batailles du passé déjà perdues, tournons-nous vers l’avenir. Le défi est d’inventer les activités de demain. Il s’agit d’innover par soi-même et à partir des innovations produites par d’autres, dans un faisceau dense de contraintes essentielles. Il s’agit d’une nouvelle éthique de croissance, autour de laquelle l’objectif serait de reconstruire l’identité européenne et de négocier de nouveaux accords multilatéraux.
Mesurer et évaluer le protectionnisme
Mesurer le degré de protectionnisme est difficile. Le seul indicateur chiffré est le niveau des tarifs douaniers : si les droits de douane passent de 35 à 20% sur l'importation des céréales, par exemple, on peut dire que le protectionnisme diminue. Mais on sait bien que le protectionnisme ne se limite pas aux droits de douane, d'où la difficulté de sa mesure.
| Région | % Droits de douane moyen (2022) |
|---|---|
| Union européenne | 5,1 |
| États-Unis | 3,4 |
| Asie du Sud-Est | 10,6 |
| Afrique | 13,2 |
Erreurs fréquentes et précautions
Plusieurs confusions existent autour du protectionnisme. Ne confondez pas droits de douane et TVA : seuls les premiers ciblent spécifiquement les biens importés. Sachez aussi que toutes les normes ne visent pas à exclure la concurrence étrangère ; beaucoup servent à garantir la santé ou la sécurité des citoyens. Méfiez-vous de l'idée reçue selon laquelle les instruments protectionnistes préservent toujours l'emploi : la DARES note que le chômage a parfois progressé dans des secteurs soumis à des mesures de rétorsion commerciale.
Le protectionnisme peut être avoué, apparent, ou rampant, c'est à dire plus ou moins caché. Il peut ne concerner que certains produits ou être généralisé. Le protectionnisme limite la concurrence étrangère pour favoriser la production nationale par des politiques restrictives à l'égard des importations. Il peut freiner les efforts de modernisation, de rationalisation des procédés de production et de diffusion du progrès technique dans l’économie nationale.
Questions ouvertes
À votre avis, jusqu'où un pays doit-il aller pour protéger son économie sans nuire à son dynamisme et à celui de ses partenaires commerciaux ? Le défi consiste à inventer un équilibre entre raisons économiques, sociales et juridiques, en évitant les mesures inefficaces ou uniquement redistributives au profit de rentes protégées.
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