Lien entre fonds propres et ratio de liquidité à court terme LCR

Il peut toutefois être difficile de s’y retrouver. Il est du devoir des régulateurs, mais aussi des analystes d’évaluer la solvabilité des banques. Pour cela, une batterie de ratios est à leur disposition. Le plus connu est sans doute le ratio de fonds propres (CET1). Ce rapport doit être au minimum de 10,5% pour les banques locales les plus petites et de 12,8% pour les banques internationales d’importance systémique. La FINMA peut au surplus imposer des exigences additionnelles applicables au cas par cas selon les établissements bancaires.

Pour sa part, le ratio de liquidités à court terme («Liquidity Coverage Ratio» ou LCR) vise à s’assurer qu’une banque dispose d'un coussin de liquidités suffisant sur une période de 30 jours pour faire face à des sorties de trésorerie importantes. De son côté, le ratio de liquidités à long terme («Net Stable Funding Ratio» ou NSFR) évalue la résilience structurelle, en vérifiant que les banques maintiennent un profil de financement stable sur une période d'un an. Enfin, le ratio de levier (ou «leverage ratio») mesure la solvabilité, en comparant le capital de base de la banque à ses actifs totaux, sans pondération du risque. La boîte à outils des autorités de contrôle est donc bien garnie.

Régulations, homogénéité et évolutions

Cependant, il existe des disparités régionales. L’Europe dans son ensemble - incluant le Royaume-Uni et la Suisse - a adopté une réglementation uniforme, mais ce n’est pas le cas des Etats-Unis. Or, exiger des règles identiques pour tous les établissements aurait sans doute permis d’éviter la faillite de la Silicon Valley Bank. Comme le montre le passage à Bâle III en réponse à la crise financière de 2008, les autorités de contrôle s’adaptent en permanence, et leurs exigences évoluent en fonction des événements et des avancées technologiques. C’est ainsi que les règles suisses en matière d’octroi de crédit hypothécaire ont été resserrées après la crise immobilière des années 1990.

Compte tenu de l’ampleur des difficultés économiques et géopolitiques de ces dernières années, on peut dire que les régulateurs bancaires ont rempli leur mandat. Force est de constater que, grâce aux divers ratios en place ainsi qu’aux «stress tests» (mis en œuvre par les banques centrales et les régulateurs afin de simuler la capacité de résistance des établissements bancaires en cas de conditions économiques et financières extrêmes), les risques liés aux fonds propres et à la capacité à absorber les pertes sont évalués de façon satisfaisante. Redoutées par certains, les nouvelles technologies devraient au contraire permettre aux banques d’avoir plus facilement une vision complète en temps «réel» de leur situation bilancielle. C’est également le cas des régulateurs et des banques centrales, qui pourront ainsi mener leur mission de supervision avec encore davantage de précision et de réactivité.

Bien sûr, la panne informatique qui a affecté la planète entière en juillet nous a rappelé avec acuité que l’on ne peut pas totalement se reposer sur la technologie et que les normes financières ne protègent pas non plus de tous les risques. Face à l’émergence de dangers jusqu’alors inconnus, la solution se trouve sans doute plus au niveau de la réactivité des instituts, des banques centrales, des régulateurs et des dirigeants politiques. Sans oublier qu’une dose de bon sens et de conservatisme peut permettre de déjouer bien des pièges.

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Fondements et consolidation des contrôles

Au fil des années, les régulateurs ont renforcé les dispositifs de surveillance de la solvabilité des banques, en Suisse comme dans le monde entier. De nombreux ratios et acronymes viennent encadrer les exigences en matière de liquidité, notamment. LCR, NSFR, voilà deux ratios de liquidité incontournables. Mais ce ne sont pas les seuls paramètres à maîtriser sur le plan de la solidité bancaire.

Liquidité entre secteur bancaire et liquidation

Évacuons tout de suite les ratios de liquidité pour les entreprises. Ils leur sont propres. Mais, ils peuvent se comparer à ceux utilisés dans le secteur bancaire. Pour la lecture du bilan d’une société, notamment par un banquier, ce ratio de liquidité sert à estimer la capacité d’une structure à faire face à ses dettes à court terme. Cet indicateur est un pourcentage qui s’obtient par un calcul simple basé sur des données issues de la comptabilité.

Les banques suisses doivent respecter des ratios de liquidité spécifiques afin de démontrer leur capacité à rester financièrement stables et à honorer leurs engagements. Comme nous l’avons expliqué dans la page du glossaire, le ratio de liquidité LCR sert à vérifier la capacité permanente d’une banque à honorer ses obligations de paiement. Cet autre ratio de liquidité signifie en anglais Net Stable Funding Ratio. Nous avions expliqué, dans notre article sur les principaux ratios réglementaires, que le NSFR est un ratio structurel de liquidité long terme. Parfois appelé aussi ratio de financement, il mesure la capacité des établissements financiers à se financer sur le long terme. L’objectif est de limiter le risque de défaillance des banques grâce à une stabilité au niveau de la composition des actifs et des activités hors bilan.

D’autres dispositions réglementaires s’ajoutent aux obligations que doivent respecter les établissements bancaires suisses en matière de liquidité. Ce système réglementaire dans le secteur bancaire contribue à protéger les déposants et à prévenir la faillite d’un établissement financier. Pour assurer cette protection des dépôts clients, les autorités prudentielles exigent que chaque banque détienne au moins 125 % du montant des dépôts privilégiés en créances couvertes en Suisse. Notez que la révision de la loi sur les banques et de l’ordonnance sur les banques début 2023 a modifié le calcul et la définition des dépôts privilégiés. Les banques suisses, ainsi que les succursales de banques étrangères notamment, ont l’obligation d’adresser régulièrement ces statistiques à la Banque Nationale Suisse.

La finance d’entreprise exige une gestion rigoureuse, quelle que soit l’activité, des ratios de liquidité, calculés sur les actifs circulants et les dettes à court terme. Toutes les banques doivent procéder au même type de surveillance, tant pour le court terme, que pour le long terme. Elles se conforment ainsi aux exigences issues de la réglementation financière. Chaque ratio de liquidité prévu par les textes et chaque reporting statistique constituent autant d’outils pour exercer une surveillance et limiter les risques de défaillance. C’est un sujet capital pour le secteur des services financiers.

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Transformation de maturité et exemples conjoncturels

Les banques, en particulier les banques françaises, sont souvent décrites comme des institutions financières ayant un financement particulier de leurs investissements. D’un côté, elles empruntent à court terme en utilisant notamment comme ressources les dépôts à la clientèle, sans maturité ou avec une maturité courte. De l’autre, elles investissent à long terme au travers des prêts qu’elles accordent aux ménages et aux entreprises, avec une maturité moyenne en années, par exemple dix ou quinze ans. Connue sous le nom de « transformation de maturité », cette pratique engendre naturellement un risque de liquidité. D’un point de vue économique, elle se justifie par le fait que les courbes de taux sont généralement croissantes avec la maturité, de sorte qu’en empruntant à court terme et en prêtant à long terme, la banque perçoit le term premium. Traduction pratique : la prime liée à la transformation de maturité, mesurée comme la différence entre un taux long, perçu par la banque, et un taux court, payé par même banque.

SVB face à 40 milliards de retraits: Une banque parfaitement solvable, c’est-à-dire satisfaisant aux différents ratios de solvabilité réglementaires, peut donc faire face à un problème de liquidité et se retrouver ainsi dans l’incapacité de faire face à ses engagements de court terme. En pratique, en l’absence d’aide extérieure venant d’une banque centrale, une banque n’ayant essentiellement que des actifs illiquides tels que des prêts bancaires et faisant face à un problème de liquidité serait contrainte de « brader » une partie de ses actifs illiquides. Mais en procédant de la sorte, elle ferait une perte et altérerait ses ratios de solvabilité. L’objectif des ratios de liquidité est notamment d’éviter ce scénario de « ventes forcées », en contraignant les banques à avoir un « stock » d’actifs liquides et de bonne qualité susceptibles d’être utilisés en situation de tensions financières, qu’elles soient systémiques ou propre à la banque.

LCR : un ratio de court terme

Dans son document en date de 2013 dédié au ratio de liquidité à court terme, le comité de Bâle rappelle que la crise financière de 2007 a montré que des banques « dotées d’un niveau de fonds propres adéquat » se sont retrouvées en situation difficile du fait de l’assèchement brutal et durable de la liquidité. Selon le comité de Bâle, « la crise a fait apparaître l’importance de la liquidité pour le bon fonctionnement des marchés financiers et du secteur bancaire ». Depuis Bâle III, les banques sont donc tenues de respecter, en plus des ratios de solvabilité, deux ratios de liquidité, l’un à court terme, le LCR (Liquidity Coverage Ratio), et l’autre à moyen ou long terme, le NSFR (Net Stable Funding Ratio).

Le ratio de couverture de liquidité à court terme (LCR) est défini comme le ratio entre la valeur totale des actifs liquides de haute qualité (High-Quality Liquid Assets, HQLA), appelé coussin de liquidité par les banques, et le total des sorties de trésorerie, nette des entrées, sur une période de stress de 30 jours. Ce ratio s’applique à toutes les banques actives sur le plan international à partir d’une base consolidée. Tel qu’il est formulé dans le dispositif de Bâle, l’objectif est de s’assurer que les établissements disposent d’actifs liquides de haute qualité et en quantité suffisante pour surmonter une période de tension sur une durée de 30 jours calendaires.

Les High Quality Liquid Assets, ou actifs liquides de haute qualité, se divisent en niveau 1 et niveau 2, avec des contraintes spécifiques. Les actifs de niveau 1 sont très liquides; les actifs de niveau 2 le sont un peu moins et se répartissent en 2A et 2B. Les actifs de niveau 2A incluent certains titres d’État, des obligations sécurisées et des titres de dette d’entreprises; les actifs de niveau 2B incluent des obligations d’entreprises moins bien notées et d’autres titres. Deux contraintes supplémentaires limitent les proportions des niveaux 2A et 2B dans les HQLA, à savoir 40% pour 2 et 15% pour 2B.

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Entré en vigueur en 2015, ce ratio a été implémenté de manière graduelle jusqu’au seuil minimal de 100% en 2019. Toutefois, dans des situations de tension financière, il serait possible d’utiliser le stock d’actifs liquides non grevés pour obtenir du cash, ce qui pourrait faire passer le ratio sous le seuil minimal selon les circonstances. Cela illustre la nature “stressée” du LCR et la nécessité d’un coussin suffisant même en période de crise prolongée.

La définition exacte du calcul du LCR implique des décotes réglementaires pour chaque actif et des sorties nettes de trésorerie attendues. Au dénominateur, les dépôts à vue de détail à moins de 30 jours peuvent subir une décote de 5% (LCR 99). Les dépôts moins stables peuvent présenter des décotes plus élevées. Au numérateur, les actifs éligibles reçoivent une pondération qui peut être inférieure ou égale à 1 selon leur nature (ex. dépôts à la banque centrale pondérés à 1; actions pondérées à 50%).

En pratique, en pilier 3, les banques déclarent les informations réglementaires concernant leurs ratios de solvabilité et de liquidité, y compris la valeur totale pondérée de leurs actifs, qui figure au numérateur du LCR. Les grandes banques françaises présentent des ratios de liquidité très confortables au-delà du minimum de Bâle, mais la méthodologie du LCR suscite des questions, notamment sur la gestion en cas de crise prolongée et sur les périodes de tension financière non explicitement définies dans les textes officiels.

Le LCR

NSFR et principes de financement stable

Le NSFR, ratio de financement stable net, vise à promouvoir la résilience sur une période d’un an en assurant que les actifs à long terme soient financés par des passifs stables. Les établissements financiers doivent collecter des financements stables d’un montant au moins équivalent à leurs actifs à long terme et à leurs actifs peu liquides qui ne peuvent être facilement monétisés dans les douze prochains mois. Outre le LCR, le NSFR et d’autres outils de liquidité existent pour mesurer les autres dimensions du profil de risque de liquidité et de financement d’une banque. Ces outils sont utilisés pour la surveillance continue de l’exposition au risque de liquidité des établissements financiers.

Contextes européens et extrêmes

La réglementation européenne CRR, notamment le règlement (UE) n° 575/2013, complète ce cadre en imposant des règles prudentielles et des exigences de liquidité qui s’inscrivent dans une logique de suivi renforcé. Cette approche s’inscrit dans une perspective de gestion actif-passif et de stress tests afin d’évaluer la robustesse des institutions face à des chocs financiers. Les règles européennes et la surveillance continue visent à prévenir les défaillances et à protéger les déposants, tout en stimulant la transparence des institutions.

En pratique, le LCR et le NSFR ne remplacent pas d’autres mécanismes de gestion des risques; ils s’inscrivent dans une architecture plus large qui inclut des stress tests, des rapports de liquidité et des dosages prudentiels destinés à limiter les risques de défaillance et à améliorer la résilience du système financier dans son ensemble.

Points clés et perspectives

  • Les ratios de liquidité et de solvabilité interagissent pour maintenir la stabilité bancaire à court et moyen terme.
  • Les cadres internationaux (Bâle III) et régionaux (UE) évoluent avec les crises et les innovations technologiques.
  • Les cas extrêmes montrent l’importance d’un stock d’actifs liquides et de mécanismes de financement stable.
  • Les outils ALM et la surveillance systémique promettent une meilleure réactivité face aux chocs.

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