Monnaie, Banque et Finance : Définitions et Mécanismes
Cette section a pour but de permettre la compréhension du système monétaire qui assure la circulation des biens et services et du système de financement des économies modernes. La monnaie est l’actif qui sert à l’évaluation et au règlement des échanges et son étude porte sur tout ce qui concerne l’émission, la circulation et le contrôle des moyens de paiements dans l’économie. Elle s’intéresse donc aux diverses formes de monnaie, à la composition de la masse monétaire, aux mécanismes de création monétaire et à leur contrôle.
L’étude du crédit revient à considérer les opérations dans lesquelles intervient un décalage temporel entre la mise à disposition d’un acteur économique d’une somme d’argent et le moment du remboursement. Le crédit est un mécanisme par lequel un débiteur obtient de la monnaie d’un créancier en échange de la promesse d’un paiement différé. Le crédit permet donc de disposer d’un bien produit par autrui avant d’en avoir produit soi-même l’équivalent.
La monnaie est tellement présente dans nos économies qu’il parait simple de la définir dans une première approche par ses fonctions, son utilité. Un bien constitue de la monnaie si, et seulement si, il sert d’intermédiaire général dans les échanges, de réserve de valeur et d’unité de mesure.
Les Fonctions de la Monnaie
La monnaie est l’instrument des transactions. Dans une économie de troc, les biens s’échangent directement contre d’autres biens : un litre de lait équivaut à six œufs. En revanche, dans une économie monétaire, la monnaie sert d’intermédiaire dans les échanges. Ainsi, si l’on possède 50 €, on peut les échanger contre n’importe quel bien en vente sur le territoire, à condition que le prix ne dépasse pas les 50 €. On parle du phénomène de « double coïncidence des besoins ».
La monnaie est aussi une unité de compte et a une fonction de numération. Elle a été introduite pour exprimer la commensurabilité des objets d’échange ; elle sert à évaluer les biens et les services échangés et les revenus versés. Grâce à la monnaie, il est possible d’évaluer la valeur relative des différents biens, car le prix de ces derniers est exprimé à l’aide de la monnaie. C’est la monnaie, ici l’euro, qui permet d’établir cette comparaison de la valeur des différents biens. La monnaie joue le rôle de mesure et elle est cette référence à laquelle il est possible de comparer tous les autres biens.
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Enfin, la monnaie est une réserve de valeur car, au lieu de dépenser immédiatement la monnaie dont on dispose, on peut décider de l’utiliser ultérieurement. Elle a une fonction de réserve de valeur parce qu’elle permet de transférer du pouvoir d’achat dans le temps et constitue à ce titre une partie des avoirs des agents économiques ; ils conservent de la monnaie pour des motifs de précaution, de transaction ou éviter des pertes en capital sur des biens dont la valeur peut baisser.
Si l’introduction de la monnaie représente une étape essentielle dans l’organisation d’une économie marchande, elle remplit aussi certaines fonctions sociales. Elle constitue, au même titre que la culture, un moyen d’intégration à la société tout entière.
M Godelier dans La Production des grands hommes, montre que la monnaie est fortement imbriquée dans les relations sociales. Chez les Baruyas de Nouvelle-Guinée, la fabrication de la monnaie sous forme de barres de sel implique la participation du groupe entier à la culture, à la récolte et à la fabrication. C’est le sel-monnaie créateur de liens qui a pouvoir symbolique et une fonction cérémonielle. C’est aussi, ailleurs, la monnaie libératrice par rapport à la terre qui fixait, dans la société agraire, l’individu au sol.
Plus qu’un outil de mesure, l’argent, disait G. Simmel, est la manifestation de la société moderne car plus personne n’est lié de force à autrui. P. Vilar montre que le passage du féodalisme au capitalisme est le passage d’un système de relations sociales où le phénomène monétaire est secondaire à un système de relations sociales où l’argent joue un rôle majeur. C’est toute l’ambiguïté de la monnaie, qui favorise la rationalité calculatrice en transformant le monde en un problème arithmétique mais réduit aussi, les relations personnelles aux rapports monétaires.
Si les individus acceptent d’utiliser telle ou telle monnaie, c’est parce qu’ils ont confiance dans sa capacité à assurer durablement ses fonctions. Cette confiance dans la valeur de la monnaie est garantie par le pouvoir politique. Déjà en 1877, G.F. Knapp écrit : « la monnaie est une création de la loi ». Depuis longtemps, le pouvoir d’émettre de la monnaie fait partie des prérogatives de l’Etat. La monnaie représente un lien social à l’origine duquel on trouve souvent un fait politique. « Battre monnaie » est un droit régalien. Mais quand la confiance dans le pouvoir s’émousse, la monnaie peut perdre ses fonctions.
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L’hyperinflation dans certains pays d’Amérique latine dans les années 1980 (24 000% en 1984 en Bolivie) a provoqué dans certains cas la disparition de monnaies nationales au profit d’une dollarisation. Inversement la monnaie étant perçue par les Etats comme un élément essentiel de leur souveraineté nationale, elle peut rapprocher les peuples quand le pouvoir politique accepte un transfert de souveraineté. Les pays de la zone euro savent sans doute mieux que d’autres la nécessité d’une Europe politique.
Au-delà de ses aspects économiques, la monnaie est un bien collectif et se définit, pour reprendre l’expression célèbre de M. Aglietta et A. Orléan, comme une « croyance collective ». Elles ont fortement varié selon les lieux et les époques. Au fil du temps, on est passé de formes archaïques de la monnaie (sel, barre de fer, bloc de thé, fèves de cacao) à des formes de plus en plus abstraites comme celle de la monnaie scripturale aujourd’hui.
Au début du XIXe siècle, le système monétaire est encore fortement marqué par la domination des monnaies métalliques : les pièces d’or et d’argent circulent effectivement et valent leur « pesant d’or » ! Depuis 150 ans, un processus de dématérialisation progressif de la monnaie s’est affirmé. Dès lors que l’on met en rapport les formes de la monnaie et les conditions économiques et sociales, on comprend mieux pourquoi telle ou telle forme de monnaie ou d’organisation du système monétaire s’impose à un moment.
La dématérialisation de la monnaie ne s’explique pas uniquement par la plus grande commodité ou par l’efficacité de ces formes de monnaie mais par les exigences du développement du crédit qui accompagne l’essor du capitalisme. N. Kaldor remarque dans Le Fléau du monétarisme que, avec une monnaie purement métallique, l’offre de monnaie est donnée indépendante de la demande de crédit. Ainsi, la dématérialisation de la monnaie est l’abandon de la forme manuelle de la monnaie, qui ne peut plus être manipulée au sens propre du terme.
Monnaie scripturale
La monnaie dématérialisée (immatérielle) est dite scripturale parce qu’elle n’existe qu’en vertu d’écritures passées dans la comptabilité d’institutions financières, dont les plus caractéristiques sont les banques. Le processus s’est réalisé en trois étapes : tout d’abord, la monnaie métallique a vu sa part régresser au profit du billet (monnaie fiduciaire de fides, confiance en latin); les pièces d’or et d’argent cessent de circuler après 1914. Dans un second temps, la dématérialisation prend la forme d’une régression de la circulation manuelle (pièces et billets) au profit de la monnaie scripturale et du développement de chèques comme moyens de paiement. La dernière étape se manifeste par la régression en termes relatifs de l’utilisation du chèque, qui suppose un transfert de papier, au profit de règlements automatisés qui ne nécessitent pas de tels transferts.
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La monnaie scripturale, mieux que toute autre, fait apparaître l’autre face de la monnaie, autrement dit la monnaie-passif. La monnaie est un actif, c’est-à-dire un avoir ou une créance, pour celui qui la détient. Mais elle est aussi un passif, c’est-à-dire une dette pour celui qui la crée. C’est pourquoi on dit que la monnaie est un actif-passif ou une créance-dette.
La masse monétaire est l’ensemble des actifs liquides et forme un stock mesuré par le biais d’agrégats monétaires (M1 M2 M3) qui servent aussi à la définition des objectifs de la politique monétaire (voir dossier documentaire). La création monétaire se réalise de deux façons principales : lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger et lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.
Les agrégats monétaires de la zone euro ont pour base le bilan consolidé des institutions financières monétaires de la zone euro. Ils donnent une appréciation de la capacité de dépense des agents de l’économie. L’ensemble des agrégats permet de prendre conscience de l’importance des masses concernées par la politique monétaire. Celle-ci a pour objet d’adapter, en fonction de la conjoncture et à l’aide de moyens appropriés, la quantité des moyens de paiement disponibles aux besoins des agents économiques.
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Création Monétaire
La création monétaire est l’opération par laquelle un émetteur met en circulation de la monnaie qui n’a encore jamais circulé. On parle aussi d’émission monétaire. L’émetteur est un agent financier : établissement de crédit, Banque centrale. La Banque de France, créée en 1800, a obtenu en 1848 le monopole de l’émission des billets.
La plus grande partie de la monnaie scripturale est émise par les établissements de crédit, principalement par les banques dites commerciales ou de second rang, rapport à la Banque centrale ou de premier rang. On recense aujourd'hui en France différents types d'établissements de crédit : les banques tout d’abord, les sociétés financières, les caisses de crédit municipal, les banques mutualistes ou coopératives et les institutions financières spécialisées.
L’émission consiste soit en une simple substitution d’une forme d’une monnaie à une autre, soit en une création de monnaie supplémentaire. Le premier cas peut être illustré par l’exemple d’un individu effectuant un dépôt de billets auprès de sa banque, qui crédite son compte du montant correspondant : de la monnaie scripturale (augmentation du solde créditeur du compte en banque de la personne) est alors substituée à la monnaie manuelle (les billets), retirée de la circulation.
Le deuxième cas est toutefois plus important puisqu’il donne lieu à l’apparition d’un supplément de monnaie en circulation ; il se produit à l’occasion de l’opération dite de monétisation de créances. Les banques ne sont pas les seules à être à l’origine de la création monétaire. Quand l’Etat demande des avances à la Banque centrale, cette dernière crée de la monnaie en contrepartie de l’acquisition d’une créance sur le Trésor public.
Le mécanisme principal de la création monétaire repose sur le crédit bancaire. Le processus principal de la création monétaire repose sur le crédit bancaire. Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée la monnaie correspondante en créditant le compte de son client. Cette création monétaire est scripturale, c’est-à-dire qu’elle se fait via des écritures comptables et non par l’impression de nouveaux billets. La création de billets et de pièces correspond à de la fabrication physique de monnaie. Cependant, quand un particulier retire de l’argent au distributeur, la somme retirée en billets est retranchée de son compte bancaire.
Les dépôts ne sont donc pas un préalable à l’octroi de crédit. En fait, quand une banque crée de la monnaie en accordant un crédit, elle crée par la même occasion un dépôt bancaire en mettant à disposition de son client la monnaie ainsi créée. À l’inverse, la monnaie est détruite lorsqu’un emprunt est remboursé. Ainsi, s’il y a plus de crédits accordés que de crédits remboursés sur une période donnée, la masse monétaire augmente.
Cependant, la capacité des banques à créer de la monnaie n’est pas illimitée. Elles sont contraintes par des exigences de refinancement fixées par la banque centrale.
Dans le cadre du modèle du multiplicateur de crédit, on suppose que les banques ont besoin de détenir au préalable une certaine quantité de réserves pour prêter. Au contraire dans le modèle du diviseur de crédit, les banques prêtent d'abord, puis se refinancent ensuite. Ainsi elles créent la quantité de monnaie correspondante à la demande de crédit qui leur est adressée, et la quantité de réserves (et donc la base monétaire) s'ajuste en conséquent.
L’ampleur de la création monétaire ne peut toutefois être cernée à partir du seul comportement d’une banque, car il se produit des réactions en chaîne étant donné que tout crédit se traduit par un dépôt supplémentaire. Si l’on suppose que la création monétaire est conditionnée par l’existence de réserves bancaires, ce dépôt supplémentaire constituera ensuite le support de nouveaux crédits par vague successives :
Mais la création monétaire nouvelle sera de moindre ampleur que la précédente puisqu’il est nécessaire de conserver une partie du dépôt supplémentaire sous forme de monnaie centrale. Au terme de ce processus, le crédit consenti au départ aura permis la création de monnaie scripturale dont le montant est égal à plusieurs fois celui du crédit initialement accordé.
On parle donc de multiplicateur de crédit qui résulte du constat que toute opération de crédit suscite simultanément un besoin de liquidités. Une augmentation de la base monétaire, c’est-à-dire de la monnaie centrale détenue par les banques (constituée de monnaie manuelle et de dépôts en compte courant auprès de la Banque centrale), entraîne une variation amplifiée de la masse monétaire.
Le coefficient multiplicateur K est égal à 1/ r+b + rb, où r est le coefficient de réserves obligatoires (dépôts non rémunérés que les banques de second rang sont contraints de faire auprès de la Banque centrale) et b la proportion de monnaie scripturale dont les agents économiques demandent la conservation en billets. La prise en compte des fuites en monnaie centrale permet de déterminer dans quelle proportion les banques commerciales sont susceptibles de créer de la monnaie scripturale.
Si ∆M est la quantité de monnaie scripturale qu’une banque serait susceptible de créer à partir des crédits distribués par elle et ∆D les dépôts qu’elle reçoit, nous avons : ∆M = 1/1-r+b + rb. ∆D. En définitive, on voit qu’un dépôt initial en liquidités permet à la banque d’accorder un crédit d’un montant limité par les possibilités de fuite en monnaie scripturale.
M. Friedman et A. Les économistes postkeynésiens ont un autre point de vue et s’opposent à l’analyse monétariste de Friedman. Les banques créent des crédits et des dépôts et ensuite font face au besoin de monnaie centrale en raison des demandes de leurs clients et des obligations de réserves obligatoires. Le multiplicateur est contesté dans son pouvoir explicatifs de la création monétaire car il suppose que la banque envisage de répondre à une demande de crédit raisonne plus en fonction de l’importance de ses dépôts qu’en termes de risque et de rentabilité.
Le multiplicateur de crédit suppose que l’offre de monnaie soit déterminée de façon exogène par la Banque centrale et que les banques commerciales attendent de disposer de liquidités pour créer de la monnaie. Les banques seraient alors assurées d’un refinancement quasi automatique auprès le Banque centrale, dont la politique est dominée par la volonté de soutenir la croissance. Mais on peut se demandes si, à l’inverse, ce ne sont pas plutôt les banques qui demandent et obtiennent des liquidités auprès de la Banque centrale après avoir créé de manière autonome de la monnaie (création de monnaie dite ex nihilo).
La différence d’approche est déterminante, nous dit le postkeynésien M. L’évidence est que le pouvoir de création ne s’exerce pas sans limites. Dans les deux cas, on mesure l’effet régulateur opéré par l’action de recherche de la liquidité délivrée par la Banque centrale. Les banques de second rang ne sont pas totalement libres de leur création monétaire et on évoque à ce sujet les fuites monétaires de la banque. La banque crée de la monnaie scripturale certes, mais uniquement en son nom, et se trouve ainsi débitrice vis-à-vis de ses clients.
Formes de la Monnaie
La monnaie existe sous deux formes : les pièces et les billets, que l’on appelle la monnaie fiduciaire, et les écritures sur les comptes bancaires, que l’on appelle la monnaie scripturale, laquelle représente aujourd’hui plus de 90 % de la monnaie en circulation dans la zone euro. Si la monnaie fiduciaire est émise par la banque centrale qui imprime les billets, la monnaie scripturale est, elle, créée par les banques commerciales, lorsque des agents économiques empruntent pour financer leurs activités (on dit que « les crédits font les dépôts »). Cette création monétaire est cependant limitée par la politique monétaire et la réglementation bancaire.
| Type de Monnaie | Émetteur | Forme | Pourcentage en Circulation (Zone Euro) |
|---|---|---|---|
| Monnaie Fiduciaire | Banque Centrale | Pièces et Billets | Moins de 10% |
| Monnaie Scripturale | Banques Commerciales | Écritures sur Comptes Bancaires | Plus de 90% |
Depuis 1971 et la fin des accords de Bretton Woods, la monnaie n’a plus aucun lien avec l’or, qui est devenu une simple matière première.
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