Biographie d’Albert Calmette et de Camille Guérin, inventeurs du B.C.G.

Jean‑Marie Camille Guérin est né à Poitiers le 22 décembre 1872. Camille Guérin est co‑inventeur avec Albert Calmette du vaccin B.C.G. (Bacille Calmette‑Guérin) destiné à lutter contre la tuberculose.

Origines familiales et formation de Camille Guérin

Son père Eugène Guérin, dirigeait une entreprise de travaux publics à Poitiers et sa mère, Marie‑Augustine élève leurs enfants (Abel et Camille). Rien ne prédestine Camille Guérin, à devenir vétérinaire. Pourtant, la mort prématurée de son père emporté par la tuberculose en 1882, et le remariage de sa mère avec un vétérinaire de Châtellerault, Auguste Venien, vont tracer très tôt la voie de Camille Guérin. Camille et son frère Abel poursuivent ainsi leurs études à Châtellerault, au lycée Descartes. Il étudie au Lycée Descartes de Châtellerault, obtient son baccalauréat en 1891. Tandis que son frère prend la charge d’une pharmacie, Camille Guérin intègre la prestigieuse École Vétérinaire de Maisons‑Alfort.

En 1892, il est reçu au concours d'entrée de cet établissement, l'année même de sa réussite au baccalauréat. De 1892 à 1896, il est élève de l'École vétérinaire d'Alfort, où il travaille dans le service des maladies contagieuses; il manifeste son intérêt pour le travail de laboratoire. Très intéressé par la microbiologie, Camille Guérin travaille dans le service des maladies contagieuses de Maisons‑Alfort, nouvellement créé. Il s’attache très tôt à celui qu’il appellera son maître, le médecin‑vétérinaire Edmond Nocard (1850‑1903).

Guérin obtient son doctorat de médecine vétérinaire en 1896. Cependant, il demande à rester un an de plus auprès de son maître, qui lui a transmis sa vocation. En 1897, Edmond Nocard le recommande à Albert Calmette (1863‑1933) médecin et bactériologiste, qui est chargé de créer l'Institut Pasteur de Lille. Il rejoint Lille en 1897 comme préparateur, où il est chargé de la production des sérums antivenimeux et de la préparation du vaccin antivariolique qu'il améliore considérablement.

Albert Calmette : parcours et engagements

Après avoir suivi les cours d’Émile Roux à l’Institut Pasteur, Albert Calmette est missionné en 1890, en sa qualité de marin, par Louis Pasteur pour aller créer le premier Institut Pasteur hors métropole, à Saïgon. En 1891, il est chargé de créer un Institut Pasteur à Saïgon où il organise la production de vaccins contre la rage et contre la variole. De retour en France, Émile Roux et Louis Pasteur lui confient la création d’un Institut Pasteur à Lille, inauguré en 1899, où il restera 25 ans.

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À son retour en France en 1895, il dirige l'Institut Pasteur de Lille, et poursuit ses recherches consacrées à la sérothérapie antivenimeuse et anti‑pesteuse. Il fonde et dirige l’Institut Pasteur de Lille, inauguré en 1899. Son travail sur l’hygiène publique (assainissement des logements ouvriers, lutte contre les taudis, épuration biologique des eaux usées) contribuera à assainir la ville. Il créera des dispensaires pour les ouvriers. Albert Calmette est un pionnier de la médecine sociale.

Début de la collaboration Calmette - Guérin

Albert Calmette ressent très vite le besoin de s’adjoindre un collaborateur vétérinaire. Il retient la candidature de Camille Guérin, qui rejoint Lille en 1897 comme préparateur. C'est le début d'une émouvante collaboration, de tous les jours, de toutes les heures, qui ne finira qu'à la mort de Calmette. Dans cette même année, Camille Guérin débute en qualité de préparateur, chargé de la production des sérums antivenimeux et du vaccin antivariolique.

C'est en 1900 qu'il se marie à Châtellerault avec Marie Lavergne, avec comme témoins, Edmond Nocard et Albert Calmette. Un garçon Pierre (1901‑1994) et une fille Camille (1905‑1990) naîtront de cette union. En 1905, Calmette nomme Camille Guérin chef de laboratoire. Il poursuit ses travaux de recherches. Dans les années 1905‑1915, il publie, en collaboration avec Calmette, une série de mémoires relatifs au mécanisme de l'infection tuberculeuse.

Travaux sur la tuberculose et genèse du B.C.G.

De 1905 à 1908, Calmette et Guérin utilisent la tuberculose bovine comme modèle d’étude. C’est en 1908 que Guérin renforce ses recherches sur la tuberculose. Avec Calmette, il étudie un bacille tuberculeux d'origine bovine. Ils étudient notamment les différents milieux de développement de la bactérie. Certains de ces milieux, remarquent-ils, semblent produire des souches moins virulentes.

Tous les trois semaines Guérin procède aux réensemencements du bacille dans un milieu à base de bile de bœuf glycérinée, sur une assise de pomme de terre. En utilisant la méthode pastorienne, Calmette voulut savoir si cette immunité se développerait comme réponse à l'injection, chez les animaux, de bacilles bovins atténués. Après plusieurs passages sur milieu bilié, ils constatent alors que la bacille tuberculeux d’origine bovine utilisé voit sa virulence diminuée jusqu’à devenir inoffensif.

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Treize années de passages successifs, soit 230 au total, permettent à Calmette et Guérin d’obtenir une souche bacillaire parfaitement inoffensive : le B.C.G. C’est en 1921 qu’avec Camille Guérin, Albert Calmette aboutit à un vaccin contre la tuberculose à partir d’un bacille bovin atténué découvert en 1908, le « bacille de Calmette et Guérin », ou B.C.G.

Premières vaccinations et diffusion

Après de nombreux essais de vaccinations BCG sur des bovidés et d'autres animaux; Benjamin Weill‑Hallé procède, le 18 juillet 1921, avec succès, à la première vaccination humaine, par ingestion sur un enfant issu d'un milieu tuberculeux et fatalement voué à l'infection. En 1921, 13 ans après le premier ensemencement, tout est prêt pour appliquer ce vaccin, à l'homme. Le docteur Weill‑Hallé, réalise la première application.

C'est une véritable réussite qui permet de multiplier les vaccinations, de conclure à l'innocuité, puis à l'efficacité de la méthode... Le BCG est né ! En 1924, les pouvoirs publics autorisent l'Institut Pasteur à étendre les vaccinations BCG sur les nouveau‑nés; Benjamin Weill‑Hallé et Raymond Turpin procèdent à la vaccination BCG sur les enfants hospitalisés et nés à la maternité de l'Hôpital de la Charité, à Paris. Le 24 juin 1924, les résultats de ces premières vaccinations sont présentés devant l'Académie de médecine par A. Calmette, C. Guérin et leurs collaborateurs.

L'affaire de Lübeck et ses conséquences

En 1930, coup de tonnerre à Lübeck : sur 242 vaccinés, 68 meurent de la tuberculose et une centaine sont gravement atteints par la maladie. Un scandale international sans précédent éclate : on accuse le BCG d'avoir recouvré subitement toute sa virulence. Le B.C.G est dès lors condamné.

Calmette et Guérin se défendent et l'avenir leur donne très vite raison lors du Congrès International d'Oslo contre la tuberculose en 1930. En effet, le tribunal de Lübeck confirme en 1932, que la souche de BCG, en provenance de l'Institut Pasteur avait été confondue avec une culture virulente. La commission nommée par le gouvernement allemand enquêta pendant 20 mois avant de reconnaître l'innocence du vaccin B.C.G., mais Albert Calmette sortit profondément marqué par ce drame.

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Dernières années d’Albert Calmette et suite de la carrière de Guérin

Albert Calmette ne se remettra jamais des attaques contre le vaccin contre la tuberculose et décèdera prématurément, le 19 octobre 1933. Albert Calmette est un médecin et un bactériologiste français de grande renommée. Il entre à l'Académie des sciences en 1927. Le principal travail scientifique de Calmette, celui qui devait lui apporter une gloire mondiale et attacher son nom à l'histoire de la médecine, fut la mise au point d'un vaccin contre la tuberculose qui, à cette époque, faisait des ravages.

Camille Guérin ressent douloureusement, après 36 années de travail en commun, la perte de Calmette ; Quinze jours plus tard, le Directeur Emile Roux (1853‑1933) décède également et Guérin perd ainsi ses deux Maîtres et amis. En 1934, Camille Guérin rentre à l'Académie de Médecine.

En 1928, Camille Guérin est rappelé par Calmette à l'Institut Pasteur de Paris pour prendre la responsabilité du service de tuberculose, nouvellement créé. Il est nommé chef de service à l'Institut Pasteur de Lille en 1919, il y restera jusqu'en 1928. En 1928, Camille Guérin quitte l'Institut Pasteur de Lille pour prendre la direction du service de la tuberculose à l'Institut Pasteur de Paris.

Distinctions, engagements et longs services de Camille Guérin

Camille Guérin est élu membre de l'Académie de médecine en 1935. Il en devient le président en 1951. Promu Officier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur en 1928, il est appelé dans le même temps à diriger le laboratoire du vaccin B.C.G. de l’Institut Pasteur de Paris. Il devient Président de l’Académie Vétérinaire de France en 1949, et Président de l’Académie de Médecine en 1951. L'Académie des sciences lui décerne le grand prix de la recherche scientifique en 1955.

Nommé vice‑président du Comité national de défense contre la tuberculose (CNDT) en 1939, Camille Guérin vient loger à l'Institut Pasteur, de 1939 à 1945, à l'invitation de J. Tréfouël, après la réquisition de son logement parisien par l'armée allemande. En 1945, il devient membre du Comité national d'hygiène sociale (ministère de la Santé publique). En 1948, Camille Guérin préside le premier Congrès International du B.C.G.

Vie personnelle, passions et mémoire

Marie Guérin son épouse, revenue auprès de son mari après avoir conduit leurs deux enfants en sécurité à Vouneuil sur Vienne en la maison familiale de Chabonne, succombe d'une méningite tuberculeuse en 1918. Camille Guérin fait venir ses enfants à Lille, afin qu'ils poursuivent leurs études auprès de lui. Après la retraite effective, il préfère rester à l'Institut Pasteur de Paris pour faire profiter de sa longue et précieuse expérience à ses jeunes collègues.

Botaniste et géologue par passion, Guérin s'intéresse à l'histoire du Poitou, à ses monuments, ses églises romanes, à tous les vestiges du passé des villes de Poitiers et Châtellerault. Il n'est pas rare de le rencontrer sur les chemins de Vouneuil et sur le Pinail, accompagné de ses enfants Pierre et Camille et de ses petits‑enfants (Bernard, Pascal et Françoise). Il habitait l'Institut Pasteur de Paris, mes parents avaient un appartement à 100 mètres de l'Institut Pasteur et Camille Guérin, mon grand‑père venait tous les soirs dîner avec nous.

Le 9 juin 1961, Camille Guérin s'éteint à l'hôpital Pasteur de Paris. Il est inhumé auprès de son épouse à Châtellerault. Camille Guérin vivra jusqu'à sa disparition, une vie modeste et de travail, ne quittant Paris que pour se rendre dans la propriété familiale de Chabonne où vivent encore aujourd'hui, ses petits enfants Bernard et Françoise.

Héritage scientifique et social du B.C.G.

Depuis cent ans, le nom de Camille Guérin est associé au vaccin antituberculeux. Le vaccin pour le BCG n'est pas efficace à 100% mais il est efficace à 80%/90% contre les méningites tuberculeuses, d'où la nécessité de se vacciner. La vaccination par B.C.G. est rendue obligatoire en France en 1950. Toutes les souches employées dans le monde dérivent de la souche initiale et toutes sont inoffensives lorsqu'elles sont correctement préparées.

Le B.C.G. est diffusé largement dans le monde. L’Institut Pasteur distribue gratuitement le vaccin aux médecins et sages‑femmes. Pour l’étranger, l’Institut Pasteur expédie les souches, et la préparation du vaccin se fait sous la responsabilité des laboratoires nationaux. Dans les pays en voie de développement dont les possibilités économiques sont faibles et qui ne disposent pas de lits pour traiter les malades, la vaccination B.C.G. est l'arme essentielle contre la tuberculose.

Mémoire et commémorations

L'association Camille Guérin (loi 1901) a créé une exposition sur la vie et l'œuvre d'Albert Calmette et de Camille Guérin, sur la tuberculose, maladies infectieuses respiratoires, et sur la découverte du vaccin (le B.C.G) ainsi que sur l'histoire du timbre antituberculeux ; avec comme objectif de réaliser un musée à Vouneuil ou dans les environs, et continuer à rendre hommage à ce bienfaiteur de l'humanité qu'était Camille Guérin.

Le 1er juillet 2021 s'est déroulée une cérémonie en hommage à Camille Guérin et à Albert Calmette en présence de la Présidente de l'Université de Paris, d'un représentant de l'Académie Nationale de Médecine et du Président de l'Académie vétérinaire de France. Elle s'est tenue dans le hall de la Faculté de Médecine de la rue des Saints‑Pères à Paris où se situe la plaque commémorative de la première vaccination BCG d'un nouveau‑né.

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Quelques repères chronologiques

Année Événement
1872 Naissance de Camille Guérin à Poitiers
1896‑1897 Doctorat vétérinaire de Guérin et arrivée à Lille
1899 Inauguration de l'Institut Pasteur de Lille dirigé par Calmette
1908 Démarrage des études sur le bacille bovin
1921 Première vaccination humaine au B.C.G.
1930‑1932 Affaire de Lübeck et réhabilitation
1933 Décès d'Albert Calmette
1961 Décès de Camille Guérin

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