Concept et enjeux de l'offre de sociologie patronale
La première partie répond à un double objectif : décrire succinctement la manière dont est pensé et organisé le travail dans notre société, et pointer son caractère central, complexe et mouvant. En effet, le travail est au centre de notre organisation collective. Sa place et ses fonctions ont été construites durant des siècles, et seront amenées à se transformer perpétuellement sous l’impulsion des transformations techniques, environnementales, culturelles. Nous mettons également en exergue la difficulté à saisir la notion de travail, polysémique et changeante selon les époques et les points de vue.
Il s’agit donc de questionner une notion qui semble aller de soi du fait de sa centralité dans notre vie collective, et qui pourtant reste insaisissable et en perpétuelle transformation. Le travail, ses limites, son organisation, ne vont donc pas de soi, et ce concept n’est ni universellement partagé, ni figé. Ceci nous enjoint à nous détacher d’une perspective essentialiste (le travail n’existe pas en soi) pour préférer une approche relativiste : le concept de travail s’appréhende seulement en référence au contexte socio-historique dans lequel il s’inscrit.
Une société fondée sur le travail et la construction historique du concept
Nos sociétés occidentales sont décrites comme étant fondées sur le travail : il est le principal moyen de subsistance, occupe une part considérable de notre temps, et détermine en grande partie notre place dans la société. La notion de travail peut sembler aller de soi tant elle nous est familière. Son caractère est pourtant mouvant et complexe. D’une part, du fait de la place centrale qu’il occupe, le travail recouvre des domaines variés de nos existences collectives et individuelles, ce qui en fait une notion multidimensionnelle. D’autre part, la définition et l’organisation du travail sont historiquement et socialement construites : comme le souligne Dominique Méda, le concept de travail agglomère différentes couches de significations qui se sont accumulées au fil des siècles, ce qui nous incite à penser ses perpétuelles transformations.
1. Une centralité construite au fil des siècles
Le travail aujourd’hui est au fondement de notre ordre social, mais cela n’a pas toujours été le cas. On peut retracer succinctement les transformations conceptuelles et sociales qui ont mené à cet état de fait. En Grèce Antique, le concept unifié de travail n’existe pas : on trouve des activités, des tâches, qui ne se regroupent pas sous une fonction unique : « travailler ». L’idéal individuel et social est de se libérer des activités nécessaires pour pouvoir se consacrer aux activités libres (morales, politiques…) qui sont elles-mêmes leur propre fin. Sous l’empire romain puis au Moyen-Age, ce que l’on appellera plus tard « travail » n’est toujours pas considéré comme une contribution à l’utilité générale, et ne détermine pas l’ordre social : les positions sont acquises par la naissance (Méda ; 2018).
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Après de progressives transformations de la société étalées sur une très longue durée, c’est finalement au 18e siècle qu'apparaît la catégorie unifiée de travail et la valeur qui lui est accordée. La manière dont est alors pensé le travail résulte de la superposition de trois couches de significations. Tout d’abord, le 18e siècle est marqué par une révolution idéologique et morale centrale : par le truchement d’une réinterprétation de la bible valorisant les activités terrestres, la volonté d’enrichissement ici-bas devient l’objet d’une large approbation. La diversité des activités productives se voit rassemblée sous le terme de travail, qui apparaît comme une unité de mesure, un cadre de référence des efforts. Pour Adam Smith, et plus largement les économistes classiques, dans une société à la recherche de l’abondance, le rapport qui lie les individus est fondamentalement celui de leur contribution à la production, et de leur rétribution, mesurée par le travail. Le travail est donc « ce qui produit de la richesse », individuelle et collective, et détermine la position sociale des individus dans la société.
Puis une conception du travail comme « liberté créatrice » qui permet à l’Homme de transformer le monde en y inscrivant son empreinte naît au 19e siècle. Dans cette conception le travail devient l’essence de l’Homme, et fonde la distinction avec le règne animal. Le travail libre est pensé comme espace d’expression, d’émancipation, et c’est cette dimension qui est valorisée (au-delà de l’aspect matériel), comme centre du lien social. Dans la pensée marxiste, l’existence d’un lien de subordination entre le capital et le travail modifie radicalement la vision des fonctions du travail puisque de « libération », le travail devient alors « aliénation ».
Enfin, le 19e siècle est marqué par le courant social-démocrate allemand, qui, contrairement au marxisme, valorise le salariat qui apparaît comme le canal de distribution des richesses, un facteur d’intégration sociale, et le vecteur d’un ordre social juste. L’État se voit alors assigné le double rôle de garantir l’emploi et de donner la possibilité à tous de bénéficier des richesses produites. Facteur de production, essence de l’Homme, opérateur de la distribution des revenus, droits et protections, support d’intégration sociale… ce détour historique nous permet de comprendre la superposition des significations dont le travail est l’objet. Chaque couche, s’ajoutant à la précédente, renforce la centralité du travail.
Le travail comme concept multidimensionnel
2. Le travail, un concept complexe, multidimensionnel et polysémique
La centralité du travail dans la vie des individus, et dans notre organisation collective se décline sur plusieurs plans : économique et matériel, comme moyen de production ; social, comme fondement de l’ordre qui assigne la place de chacun dans la société ; institutionnel, avec un système de protection sociale étroitement lié au travail et fondant en partie le pacte républicain ; politique enfin, notamment dans une vision marxiste des rapports de force qui structurent la société. Par ailleurs, le travail est encadré et organisé par des règles juridiques, réalisé et vécu par des travailleurs, animé de gestes techniques et de représentations qui les guident. Toutes ces dimensions sont à prendre en compte pour appréhender le travail concrètement.
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Ci-après, nous listons une série de définitions du travail dont la diversité résulte également des différents points de vue qu’on lui porte (aspect technique, subjectif, physiologique, etc.) et champs disciplinaires qui s’en saisissent (sociologie du travail / des organisations, ergonomie, psychologie, anthropologie, économie, etc.). Certaines définitions se concentrent sur l’action, considérant le travail comme « l'ensemble des actions que l'homme, dans un but pratique, à l'aide de son cerveau, de ses mains, ou de machines, exerce sur la matière, actions qui, à leur tour, réagissant sur l'homme, le modifient ». (Friedman ; 1960, 685). D’autres valorisent la dimension humaine et la subjectivité du travailleur : « Le travail, c'est l'activité coordonnée des hommes et des femmes pour faire face à ce qui ne pourrait être obtenu par la stricte exécution de l'organisation prescrite d'une tâche à caractère utilitaire. » (Dejours et Molinier ; 1994, 40).
Du côté de l’économie libérale, on souligne davantage la production de valeur : « Le travail est l'emploi que l'homme fait de ses forces physiques et morales pour la production de richesses et de services » (Colson, cité par Friedman ; 1960, 684). Des auteurs soutiennent que le travail dans son sens contemporain est intrinsèquement lié au capitalisme, et rendent compte de cet aspect: “Le travail est une activité déployée dans la sphère publique en vue de l’échange marchand et faisant nécessairement l’objet d’un calcul comptable de façon à ce qu’il soit accompli le plus efficacement possible.” (Gorz ; 1988, cité par Gollain ; 2001, 19). Des approches alternatives préfèrent mettre en avant l’utilité sociale de l'activité pour la qualifier de travail : “Le travail est une activité qui produit des biens ou des services utiles à la personne ou à la collectivité.” (Fouquet ; 1995, 17).
On rencontre également souvent une définition extensive selon laquelle le travail englobe « l’ensemble des activités touchant à la production de biens matériels ou à la subsistance » (Chamoux ; 1994, 58). Ces définitions qui mettent en lumière la pluralité des dimensions du travail, traduisent également, chacun l’aura noté, différents prismes idéologiques.
Transformations, luttes et enjeux contemporains
3. Transformations sociales et luttes idéologiques : le travail en mouvement permanent
Ainsi, le travail, si complexe et central dans notre société, est le produit d’une construction socio-historique singulière. Cependant, il n’est pas arrivé à un état de maturité, comme le résultat fixe de notre histoire. Il continue de se transformer sous l’impulsion des changements anthropologiques, sociaux, politiques, techniques, économiques, ou environnementaux. Il nous parait essentiel de souligner ici la dimension politique du travail, entendue à la fois comme manière de s’organiser collectivement, et comme espace de lutte entre différents groupes sociaux et idéologies.
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En effet, l’organisation du travail que nous connaissons aujourd’hui résulte des luttes sociales qui ont marqué les 19e et 20e siècles autour notamment des questions du partage de la valeur ajoutée, des conditions de travail (temps de travail, santé, représentation syndicale…), des valeurs associées au travail (par exemple produire une richesse monétaire ou produire une utilité sociale ?) ou encore de la place de la frontière entre le travail et le hors travail (Cf. par exemple les luttes féministes à la fois pour la participation des femmes au marché du travail et pour la reconnaissance du travail domestique). On peut également citer la naissance de la sécurité sociale, au cœur de notre pacte social et de notre organisation collective, qui résulte (entre autres) de la conjonction d’un contexte socio-économique (pays dévasté à la sortie de la seconde guerre mondiale) et d’une configuration idéologique et politique (solidarisme, État-Providence).
Ce sont donc les transformations d’hier qui ont façonné le travail d’aujourd’hui. En ce début de 21e siècle, de nouvelles transformations sociétales, économiques, technologiques et environnementales se font jour donnant lieu à de nouvelles luttes politiques et sociales. La régulation de la concurrence au sein d’une économie mondialisée, la digitalisation de tous les processus économiques et sociaux, le défi climatique, ou encore l’inclusion des personnes ou des groupes sociaux fragiles ou stigmatisés sont quelques-uns de ces sujets en tension d’où sortiront les nouveaux visages du travail. Un travail qui ne semble pas près de perdre sa centralité dans notre vie collective, malgré l’affaiblissement de la valeur travail au sein des nouvelles générations qui nous est régulièrement annoncé depuis plusieurs décennies.
Le salariat : genèse et rôle dans l’offre de sociologie patronale
Petite histoire du salariat. Forme d’emploi ultra majoritaire dans notre société, le salariat demeure un mode d’organisation assez récent. Retracer son histoire permet de mesurer l’ampleur des transformations qui ont mené à son émergence et son essor. En effet, il aura fallu pour assister à l’essor du « rapport salarial » que s’opère une masse considérable de transformations sociales, politiques et économiques sur le temps long : développement de l’échange marchand dans les villes médiévales, recours accru à la monnaie, montée en puissance de la bourgeoisie, moindre rentabilité de la production à domicile et développement des manufactures, division croissante des tâches, naissance du système de production capitaliste, reconnaissance des liens de subordination mais aussi des droits individuels et collectifs des travailleurs, création du contrat de travail par les socialistes, etc. (pinard ; 2000).
Le salariat moderne apparaît avec la révolution industrielle en lien avec la séparation du travail et du capital, ainsi qu’avec la distinction entre le travail social (prodiguant des revenus) et le travail domestique (pour la satisfaction directe des besoins de la famille) et la possibilité que ce travail social soit l’objet d’un échange marchand (Marchand ; 1998).
Fonctions du travail pour l’individu et implications pour l’offre patronale
Les fonctions du travail du point de vue de l'individu. Dans nos sociétés occidentales, le travail remplit pour l’homme différentes fonctions. Dans le langage de Maslow, on pourrait dire qu’il participe de la satisfaction de l’ensemble de nos besoins : primaires (se nourrir, se loger, se soigner…), secondaires (être intégré socialement et reconnu pour sa contribution), et supérieurs (se réaliser, éprouver son pouvoir d’agir sur le monde). La contribution du travail à la satisfaction des besoins primaires ou matériels est au centre de l’approche néo-classique, qui inspire largement les modélisations économiques que mobilisent les politiques de l’emploi. Nous allons voir que cette perspective est utile, mais ne rend compte que d’une partie des fonctions du travail pour l’homme.
L’apport de la sociologie est indispensable pour comprendre comment le travail participe de la construction de l’identité sociale et de la satisfaction des besoins secondaires. Et nous verrons que la psychologie du travail, quant à elle, éclaire le rôle du travail dans la réalisation de soi : dans et par l’activité de travail l’homme éprouve son p...
Norbert Alter - Pour une sociologie de l'espoir - Un POPcast à découvrir !
Un nombre croissant d'entreprises font appel à la sociologie pour mieux comprendre les rapports sociaux qui les animent au quotidien. Norbert Alter met en garde contre une inclinaison répandue : « penser qu'une innovation est une nouveauté forcément bonne en tant que telle ». Au contraire, rappelle-t-il, « la sociologie nous montre que cette innovation est un objet, une politique publique ou une technologie qui ne devient positif que parce que les acteurs parviennent à se l'approprier ».
Norbert Alter le rappelle : « Le changement est le passage d'un état stable a un autre état stable ». Or, à ses yeux, les organisations sont désormais caractérisées par une instabilité continue. « Il ne faut plus parler de changement, mais de mouvement », explique-t-il. Le sentiment d'appartenance à un collectif est source de plaisir et de motivation pour les salariés d'une organisation. C'est au sein de ce groupe que l'on va accepter de donner aux autres sans compter. Mais pour devenir une réalité, ce collectif suppose le développement de liens sociaux. Pour ce faire, il faut que les collaborateurs puissent se retrouver, discuter d'autres sujets que ceux propres à l'entreprise, nouer des relations. L'entreprise doit donc accepter que « du temps de travail productif soit perdu », note Norbert Alter.
« Les croyances sont des informations qui ne peuvent être vérifiées immédiatement, mais qu'il est important de mobiliser : elles permettent d'agir en situation d'incertitude », explique Norbert Alter. Pour assurer la bonne gestion d'une organisation, il ne faut toutefois, à ses yeux, pas en rester là. « Il est nécessaire de tirer parti de l'expérience retirée de la mise en œuvre des décisions, notamment celle venant des collaborateurs, indique-t-il. Faut-il développer une culture d'entreprise où les collaborateurs partagent les mêmes valeurs et les mêmes normes ? Norbert Alter ne le pense pas. « Si tout le monde est d'accord, que le consensus s'impose, il n'y a plus de capacité critique et donc de possibilité d'amélioration », relève-t-il.
Applications pratiques pour l’offre de sociologie patronale
Un nombre croissant d'entreprises font appel à la sociologie pour mieux comprendre les rapports sociaux qui les animent au quotidien. Pour assurer la bonne gestion d'une organisation, il est nécessaire de tirer parti de l'expérience retirée de la mise en œuvre des décisions, notamment celle venant des collaborateurs. Le changement doit être pensé comme mouvement et approprié par les acteurs pour devenir positif.
Que fait le travail aux individus et quelles sont les variations de pratiques au sein d’un même métier ? En quoi certaines professions sont-elles perçues comme plus légitimes que d’autres ? Dans cet article, l’auteur vise à apporter des réponses à trois questions cruciales pour explorer la notion de servitude volontaire. Ce dossier montre comment les professionnels de l’éducation et du social, dans la construction de leur professionnalité et de leur identité, sont confrontés à des injonctions contradictoires.
L’enseignement aborde l’évolution de plusieurs notions et concepts mobilisés dans le travail social, en précisant leur contexte d’émergence, leurs usages et les logiques d’action qui les sous-tendent. Les notions étudiées sont choisies en fonction de leur utilité dans la compréhension des situations des publics et des politiques d’action sociale, notamment au regard des grandes évolutions des logiques d’action dans le secteur social : l’individualisation, les politiques d’activation, l’évaluation, l’implication des usagers dans l’expertise des besoins. L’enseignement aborde ainsi des notions telles que la responsabilisation, la reconnaissance sociale, l’expertise sociale, la désaffiliation, la disqualification sociale, la participation, la souffrance psychique. Chaque notion fait l’objet d’une étude sur ses conditions historiques d’apparition, son utilisation (parfois contestée) par les acteurs, ses différentes acceptions et les effets de sa mobilisation sur les pratiques.
| Dimension | Exemples |
|---|---|
| Économique | Moyen de production, salaire, salariat |
| Sociale | Identité, place sociale, intégration |
| Institutionnelle | Sécurité sociale, droits du travail |
| Politique | Luttes sociales, régulation, modèles idéologiques |
| Subjective | Réalisation de soi, sens, lien collectif |
En somme, l’offre de sociologie patronale doit prendre en compte la pluralité des définitions et des enjeux du travail, son histoire, ses dimensions multiples, et la nécessité de rendre les transformations acceptables et appropriables par les acteurs. La sociologie fournit des outils pour comprendre les rapports sociaux, appréhender les résistances au changement, et accompagner la construction de collectifs de travail capables de conserver une capacité critique et d'amélioration.
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