État des lieux et enjeux des PME agroalimentaires françaises

Avez-vous une idée précise du poids de l’industrie agroalimentaire dans l’économie française ? Savez-vous par exemple qu’elle compte plus 15 000 entreprises dont 98% sont des TPE et des PME, qu’elle représente 460 000 emplois, qu’elle génère 370 milliards d’euros de chiffres d’affaires, ce qui la place au deuxième rang européen derrière l’Allemagne et devant l’Italie. Au niveau européen, l’industrie agroalimentaire française - incluant la fabrication de boissons et le commerce de gros - se situe au deuxième rang en termes de chiffre d’affaires avec près de 370 milliards d’euros, derrière l’Allemagne avec 481 milliards d’euros et devant l’Italie avec 276 milliards d’euros.

Malgré cette puissance, l’industrie agroalimentaire a cependant enregistré en 2019 une nouvelle baisse de production, la quatrième consécutive selon l’Agreste, le service de statistiques du ministère de l’Agriculture. Et ce constat ne tenait pas compte à l’époque de l’épisode Covid-19 et de ses conséquences sur le comportement des consommateurs et sur les enjeux d’ordre logistique (difficultés d’approvisionnement en matières premières agricoles et en emballages, augmentation des coûts de production, fermeture de certains rayons).

Structure et rôle des PME et ETI

L’industrie agroalimentaire représente le premier secteur manufacturier français avec 21 600 entreprises et près de 470 200 emplois, soit 21% du chiffre d’affaires de l’ensemble des industries manufacturières. Parmi elles, 3 000 PME et ETI constituent le pilier central. Elles génèrent 55% du chiffre d’affaires du secteur, soit 129 milliards d’euros, et emploient 62% des salariés, soit 292 000 personnes. Pact’Alim rappelle que l’importance de ces acteurs dépasse l’économie et touche à la souveraineté alimentaire et industrielle de la France.

Les PME et ETI de l’agroalimentaire français font face à un défi majeur qui pourrait décider de l’avenir industriel et alimentaire du pays. Pact’Alim se positionne comme le porte-parole des PME et ETI françaises, des entreprises à taille humaine, ancrées dans les territoires et engagées dans les transitions alimentaires et écologiques. L’association défend leur rôle central dans la souveraineté alimentaire et industrielle et plaide pour un réarmement stratégique de la filière agroalimentaire.

Diagnostic économique et technologique

Deux ans après le premier rapport Roland Berger pour Pact’Alim, une nouvelle étude confirme l’ampleur du retard de modernisation et de décarbonation des entreprises clés de la filière. Selon les auteurs, il faudrait multiplier par dix les investissements actuels pour sécuriser leur compétitivité et préserver la souveraineté alimentaire nationale. Le retard se traduit également par l’âge moyen des équipements industriels. Les machines utilisées dans les PME et ETI agroalimentaires françaises ont aujourd’hui 23 ans en moyenne, contre 9 ans en Allemagne et 19 ans pour l’ensemble des industries manufacturières françaises. Cette obsolescence structurelle fragilise la compétitivité et la capacité à répondre aux standards internationaux.

Lire aussi: PME française en Chine

Pour moderniser leur appareil productif et répondre aux objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone, les PME et ETI doivent mobiliser entre 6 et 8 millions d’euros supplémentaires par entreprise, soit un niveau d’investissement dix fois supérieur à leurs investissements annuels actuels. Le premier rapport Roland Berger estimait à 15 milliards d’euros l’investissement nécessaire pour atteindre les objectifs de décarbonation à horizon 2050.

Conséquences d’un non-investissement

Les conséquences d’un non-investissement seraient considérables. L’amont agricole serait fragilisé, les producteurs perdant des débouchés locaux stables, ce qui réduirait leurs revenus et compromettrait les transitions vers des pratiques plus durables. Sans une action coordonnée et massive, la France pourrait voir disparaître une partie de sa capacité de transformation alimentaire, fragiliser son amont agricole et compromettre sa souveraineté alimentaire. Investir dans les PME et ETI agroalimentaires, c’est investir dans l’avenir économique, écologique et territorial du pays. Chaque euro investi dans la modernisation et la décarbonation de ces entreprises renforce durablement la chaîne alimentaire française, soutient l’emploi dans les régions et réduit la dépendance aux importations.

Propositions de financement et d’accompagnement

Face à ce mur d’investissement, le rapport Roland Berger propose une stratégie articulée autour de trois axes complémentaires. Le premier consiste à réorienter les financements existants. Le fonds public-privé de 500 millions d’euros annoncé par le Gouvernement doit être prioritairement fléché vers des projets combinant modernisation et décarbonation. L’accès au fonds serait conditionné à quatre critères : la combinaison effective de modernisation et de décarbonation, la viabilité économique avérée pour éviter de soutenir des structures fragiles, un impact carbone mesurable avec priorité donnée aux projets apportant des gains environnementaux significatifs et enfin une contribution à l’amont agricole, la pêche ou l’aquaculture.

Le second axe vise à faciliter l’accès au financement. Plusieurs instruments sont envisagés, notamment des prêts avec garantie publique couvrant 50 à 80% du risque, des prêts à taux bonifiés sur sept à dix ans avec différé de remboursement, des avances remboursables à long terme de 500 000 euros à plusieurs millions sur dix à quinze ans, et des obligations subordonnées de long terme permettant de renforcer la structure financière sans diluer le capital. Le troisième axe consiste à créer un programme d’accompagnement dédié, spécifiquement conçu pour l’agroalimentaire.

À l’instar des initiatives existantes comme ETIncelles ou Accélérateur PME, ce programme accompagnerait les PME et ETI dans la modernisation de leurs équipements, la décarbonation et la valorisation de leurs métiers. L’élargissement du plafond de chiffre d’affaires, de 50 à 100 millions d’euros, permettrait d’inclure de nombreuses ETI confrontées aux mêmes enjeux que les PME.

Lire aussi: Le Guide Essentiel du Freelance

Mesures commerciales et gouvernance de la filière

Le rapport souligne également la nécessité de réformer les relations commerciales afin de garantir un partage équitable de la valeur et de soutenir l’amont agricole. Pact’Alim appelle à renforcer les contrôles pour assurer l’application effective des lois Egalim, à exclure les PME et ETI transformatrices des négociations en centrales internationales et à simplifier la construction des prix via des indicateurs interprofessionnels obligatoires, l’instauration de clauses de révision automatique et la réduction de la durée des négociations commerciales.

Décarbonation, efficacité énergétique et programmes d’accompagnement

Un autre chantier majeur pour les années à venir concerne l’impact environnemental de l’activité industrielle. Numéro 4 parmi les industries manufacturières émettrices de CO2 et troisième secteur le plus consommateur d’énergie, le potentiel d’amélioration est considérable. Chez Schneider Electric, en plus de nos offres techniques et des démarches de partenariat de type Contrat de Performance Energétique (CPE), nous avons créé le programme « Mieux produire, mieux consommer » dans lequel est abordé le développement durable des entreprises. Il recouvre un ensemble d’expertises qui permet de cibler les process, les utilités et les bâtiments. Cette démarche d’efficacité énergétique - qui s’appuie sur des spécialistes du domaine, des procédures rigoureuses, des logiciels professionnels.

Le programme Décarbon’Alim, animé par Pact’Alim avec le soutien de l’ADEME, a déjà accompagné seize entreprises dans la définition d’une stratégie climat selon la méthodologie ACT Pas à Pas. Des dispositifs publics tels que les guichets de modernisation de FranceAgriMer, les appels à projets France 2030, le fonds de décarbonation de l’ADEME ou les prêts et accompagnements proposés par Bpifrance sont disponibles pour soutenir ces initiatives.

Évolution des comportements des consommateurs

Aujourd’hui, les consommateurs sont très attentifs aux aliments qu’ils consomment et veulent être sûrs qu’ils contiennent ce qui est écrit sur l’étiquette. Cette exigence est d’autant plus forte que, durant les périodes de confinement, les Français ont développé une consommation plus réfléchie et durable notamment en raison de l’augmentation des repas qu’ils ont cuisinés et consommés à la maison. De même l’augmentation des ventes de produits bio en grandes surfaces et des achats en direct chez le producteur, ainsi que le succès des labels naturels, biologiques, sans OGM, sans huile de palme, etc., montrent l’importance pour les clients de consommer des produits « bons pour la santé ».

Désormais, plus de 15 millions de personnes utilisent l’application Yuka qui permet de scanner les emballages et de vérifier la liste des ingrédients. Le rythme du changement dans l’industrie alimentaire est plus rapide que jamais et ne cesse de s’accélérer. Une grande partie de la pression provient de l’évolution constante des préférences des consommateurs.

Lire aussi: Polynésie Française : les codes INSEE expliqués

Sécurité alimentaire, traçabilité et conformité

La question de la sécurité alimentaire et de qualité est centrale. Les risques de contamination, les maladies d’origine alimentaire et les normes réglementaires strictes sont à l'origine de nombreuses préoccupations concernant la sécurité et la qualité des aliments dans le secteur agroalimentaire. L’utilisation de systèmes de gestion de la sécurité alimentaire tels que le système HACCP facilite l’identification et le contrôle des risques. Afin de réduire le risque de contamination et de maintenir la conformité aux normes, le renforcement des relations avec la chaîne d'approvisionnement et le financement d'une formation continue en matière de sécurité alimentaire pour les membres du personnel peuvent contribuer à améliorer la qualité et la sécurité globales des aliments.

L’industrie alimentaire peut également recourir à des capteurs IoT pour surveiller l'entreposage des aliments et à la blockchain pour assurer la traçabilité, et répondre ainsi aux préoccupations concernant la sécurité et la qualité des aliments. La gestion de la chaîne du froid, en particulier, est un des principaux défis auxquels est confrontée l’industrie alimentaire. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec leurs normes de sécurité parfois incohérentes, et le fait que les consommateurs se tournent toujours plus vers des aliments frais et peu transformés, accroissent ces difficultés.

Changement climatique, résilience et durabilité

La production de produits alimentaires est gravement affectée par le changement climatique, ce qui a également un impact sur les rendements, les prix des produits agricoles et sur l'agriculture durable. La hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations et les sécheresses, ainsi que les variations des saisons sont des facteurs qui contribuent à modifier la qualité et la disponibilité des matières premières, ce qui crée des faiblesses dans la chaîne d’approvisionnement. Les risques pour la sécurité alimentaire sont également accrus, notamment par les niveaux élevés de mycotoxines, la dégradation des sols et les défis liés au contrôle difficile des conditions météorologiques.

Le secteur doit mettre le développement durable au premier plan pour surmonter ces obstacles. D'après Climate Trade, l’agriculture et l'agroalimentaire sont deux des industries les plus polluantes au monde. Par conséquent, l’industrie devrait s’efforcer d’atteindre des "zéro émission nette" en tenant aussi compte des effets environnementaux et sociaux au sens large. Renforcer la résilience au-delà de la simple compensation carbone, adapter les chaînes d’approvisionnement aux changements climatiques et élaborer des plans à long terme face à l’incertitude du marché sont autant de stratégies importantes.

PME / PMI : pour une décarbonation profitable

Chaînes d’approvisionnement et interruptions

Les interruptions de la chaîne d’approvisionnement sont fréquentes : les tensions géopolitiques, les fluctuations de l’offre et de la demande, ainsi que les problèmes de transport, sont autant de facteurs qui peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement, entraînant des pénuries, des retards et des hausses de coûts. Ces problèmes peuvent être accrus par le changement climatique, qui influe sur les matières premières disponibles et sur la production agricole.

Les entreprises de l'agroalimentaire peuvent diversifier leurs fournisseurs, recourir à la technologie pour améliorer les prévisions, renforcer leurs relations avec leurs fournisseurs et accroître leur flexibilité pour atténuer les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. La résilience peut encore meilleure en mettant en œuvre des pratiques de développement durable et de gestion des risques. Tout cela facilite et permet une meilleure adaptation face aux obstacles imprévus.

Innovation, digitalisation et R&D

Pour gérer la complexité et s’adapter à l’évolution des demandes des consommateurs, la transformation digitale de l’industrie est un moyen extrêmement efficace qui permet d’agir sur plusieurs fronts. La digitalisation et l’intégration de nouvelles technologies offrent une visibilité sans précédent sur les données dont les industriels ont besoin pour être plus performants et plus agiles, et cela à un coût bien moindre que les solutions « traditionnelles ». L’investissement dans la recherche et le développement (R&D) permet le développement de produits répondant aux exigences des consommateurs grâce à l’utilisation de technologies alimentaires de pointe, de pratiques d’approvisionnement durables et d’ingrédients innovants.

Les entreprises devraient envisager de collaborer avec des start-up et des institutions universitaires pour accéder à des innovations alimentaires de pointe et à des informations sur les consommateurs, afin de répondre efficacement à ces tendances. Renforcer la confiance des consommateurs passe par un marketing ouvert et un étiquetage sans ambiguïté concernant les avantages des produits pour la santé et l’environnement. Les entreprises doivent également veiller à ce que la production durable soit encouragée dans l’ensemble de leurs réseaux de fournisseurs.

Conformité réglementaire et mondialisation

La mondialisation et la conformité réglementaire représentent un défi complexe pour l’industrie alimentaire. Les entreprises doivent se conformer à un large éventail de lois nationales et internationales complexes, qui réglementent les restrictions à l’importation et à l’exportation, ainsi que les directives santés et labels. La mondialisation accroît cette complexité en obligeant les entreprises à adapter leurs produits aux exigences de nombreux marchés et cadres réglementaires, tout en stimulant la compétitivité.

Maîtriser ces différentes normes peut exiger des ressources considérables et requiert une connaissance approfondie des systèmes juridiques locaux. Les organisations peuvent utiliser des logiciels de conformité pour automatiser les processus et suivre les mises à jour réglementaires, afin de gérer les défis posés par la mondialisation et les réglementations. La mise en place d’une équipe dédiée à la conformité ou le recours à des cabinets juridiques régionaux facilitent la gestion des réglementations et l’adaptation des produits aux marchés régionaux, sans compromettre l’intégrité de la marque.

Constats positifs et progrès déjà réalisés

Conscientes des enjeux, les PME et ETI ont déjà entrepris des actions significatives. Depuis 2005, la consommation d’énergie par unité produite dans l’industrie agroalimentaire a diminué de 0,5% par an, et les prélèvements d’eau ont été réduits de 42 % entre 1994 et 2020. Le programme Décarbon’Alim a déjà accompagné seize entreprises dans la définition d’une stratégie climat selon la méthodologie ACT Pas à Pas.

Avec un excédent de la balance commerciale de produits agricoles et agroalimentaires de 5,1 Md€ en 2023, le secteur agricole et agroalimentaire occupe le troisième rang des secteurs excédentaires de notre balance commerciale, après le secteur aéronautique et spatial et l’industrie des produits chimiques de la parfumerie et des cosmétiques. Cependant, cet excédent se dégrade avec les autres pays de l’UE. Les exportations mondiales de produits agroalimentaires transformés sont passées de 8% à 5% de part de marché en vingt ans, alors que des pays comme l’Italie ont maintenu leur position.

Indicateur Valeur
Nombre d'entreprises agroalimentaires ~21 600
Nombre de PME/ETI centrales ~3 000
Emplois ~470 200
Chiffre d’affaires du secteur ~370 milliards €
Part du CA des PME/ETI 55% (~129 milliards €)
Âge moyen des équipements (PME/ETI FR) 23 ans
Âge moyen des équipements (Allemagne) 9 ans

Feuille de route et appel à l’action

Le rapport présente quatre scenarii prospectifs pour l'avenir de l'industrie agroalimentaire française selon une méthode éprouvée de prospective exploratoire. Sur cette base, la mission propose un certain nombre de mesures, communes aux quatre scenarii ou particulières à chacun d’entre eux, en distinguant le niveau national du niveau régional. Ces derniers peuvent être communs à toutes les filières ou particuliers à certaines d’entre elles. A la suite de ce travail, la mission a souhaité proposer les mesures de politique agricole et industrielle qui correspondent aux quatre scenarii. Elles sont regroupées en mesures communes à tous les scenarii, mesures dites "sans regrets", et en mesures particulières à chaque scenario.

Le rapport Roland Berger propose une stratégie articulée autour de financements ciblés, d’instruments facilitant l’accès au crédit et d’un programme d’accompagnement dédié. Pour les professionnels du secteur, cette feuille de route constitue un signal fort et un appel à l’action. La stratégie proposée par Pact’Alim et Roland Berger offre un cadre clair pour relever les défis de la modernisation, de la décarbonation et du rééquilibrage des relations commerciales.

balises: #Pme

Articles populaires: