Histoire et contexte de la rafle du Vélodrome d’Hiver
Photographie anonyme prise devant le Vélodrome d’Hiver à Paris, 16 juillet 1942. Cette photographie est unique : c’est la seule image montrant la rafle du Vel d’Hiv. En moins de deux jours, les 16 et 17 juillet 1942, près de 13 000 femmes, hommes et enfants juifs ont été raflés à Paris et emmenés pour 8 000 d’entre eux dans cette grande salle des sports du 15e arrondissement, le Vélodrome d’Hiver. La rafle dite du Vel d’Hiv est la plus grosse opération qui a eu lieu contre les Juifs en Europe de l’Ouest.
Au cœur de l’été 1942, le gouvernement de Vichy a arrêté dans toute la France et livré à l’occupant près de 25 000 victimes. Pourtant, il n’existe à ce jour aucune autre image de ces arrestations. Cette photographie est donc exceptionnelle. Elle a été retrouvée en 1990 par Serge Klarsfeld à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, dans un fonds provenant du journal collaborationniste Paris-Midi. C’est une photo de propagande.
En 1941, il y avait déjà eu des rafles contre les hommes juifs à Paris. L’occupant avait initié des reportages photographiques à des fins de propagande antisémite dans la presse de zone occupée. Ainsi, lors de la rafle dite du « billet vert » (14 mai 1941), Harry Croner, photographe de la Propagandakompanie, avait suivi l’ensemble de l’opération, depuis l’un des centres de convocation (le gymnase Japy dans le 11e arrondissement) jusqu’aux camps d’internement dans le Loiret, en passant par le transfert des « raflés » à partir de la gare d’Austerlitz.
En juillet 1942, à nouveau, des journalistes, des reporters sont envoyés suivre une rafle antijuive. L’un d’eux, du quotidien Paris-Midi, est monté au 3e étage de l’immeuble du 14, rue Nélaton, qui donne sur le Vélodrome. On suppose qu’afin d’avoir le meilleur point de vue, il a demandé (auprès de l’épicier au rez-de-chaussée, de la concierge ou d’un locataire) à accéder aux étages. La photo est bien cadrée. C’est un travail de professionnel. Une telle formulation n’est pas très heureuse. Elle fait planer un doute, une inquiétude, sur le sort des victimes.
L’opinion publique, d’ailleurs, ne s’y est pas trompée. Elle a bien compris qu’un drame se déroulait. Dès le 17 juillet, un rapport des RG indique une nette désapprobation de la population parisienne. Les autorités allemandes renoncent donc à faire de la propagande autour de la grande rafle et donnent l’ordre à la presse de ne pas en dire un seul mot. Aucune photographie ne paraît. Une seule, donc, par chance, a été conservée.
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Organisation et déroulement de la rafle
La rafle du 16 juillet 1942 est une immense opération de police, ce qu’on peut imaginer à travers la photographie de Paris-Midi. Sur ordre du chef de la police de Vichy René Bousquet, la Préfecture de police de Paris a été chargée d’organiser la grande rafle. Plus de 4 500 policiers, en majorité des gardiens de la paix, sont requis pour exécuter 27 400 fiches d’arrestation.
Les victimes sont d’abord emmenées dans des centres de rassemblement afin d’y être triées. Les familles comprenant des enfants de moins de 16 ans doivent être conduites au Vel d’Hiv. Les autres, composées d'« adultes » (juifs et juives apatrides de plus de 16 ans), sont amenées au camp de Drancy pour y être immédiatement déportées. À ce stade, et pour des raisons cyniquement logistiques (les crématoires à Auschwitz sont en cours de construction), l’occupant désire en effet que les enfants soient séparés de leurs parents, confiés temporairement à l’Assistance publique puis déportés un peu plus tard.
Pour ces transferts, la Préfecture dispose de dix grands cars et de voiturettes que l’on aperçoit sur la photo, intercalées entre les autobus. La Compagnie du métropolitain (l’ancêtre de la RATP) a par ailleurs mis à disposition de la police 50 autobus au titre d’un « service spécial »… De couleurs blanche et verte, ces autobus appartiennent au paysage parisien de l’époque. Trois d’entre eux sont ici immortalisés. Seul celui de tête est du modèle alors le plus répandu : comprenant une plateforme ouverte à l’arrière, il permettait des montées rapides et libres… On suppose que ce premier bus était, davantage que les deux autres, occupé par des policiers accompagnant les victimes.
Ce que montre la photographie
Grâce aux données météorologiques, on sait que cette photo a été prise en début d’après-midi : vers 14 heures, il y a eu une courte averse à Paris, la chaussée est mouillée. À ce moment-là, près de 7 000 victimes ont déjà été rassemblées à l’intérieur du Vel d’Hiv. La moitié sont des enfants. Si leurs parents sont des juifs apatrides, la plupart de ces enfants sont Français, sont d’authentiques petits Parisiens, nés et scolarisés dans la capitale.
Si l’on voit des gardiens de la paix en faction, le barrage policier n’est pas complètement hermétique : on aperçoit un cycliste qui passe, et plus loin, une dame tirant une sorte de cabas. Devant l’entrée du Vel d’Hiv, il y a un petit attroupement avec probablement des agents en civil - les hommes en chapeau mou - qui encadrent les victimes. Enfin, on aperçoit les victimes juives. Elles sont environ une vingtaine, avant tout des femmes, certainement en train de débarquer les dernières affaires. On distingue assez nettement une fillette, adossée au mur du Vel d’Hiv. L’étoile jaune sur son vêtement est visible. C’est l’un des éléments les plus émouvants de cette photographie. Et c’est pratiquement le seul moyen de comprendre qui sont les victimes.
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On voit aussi, en regardant dans le détail, les affaires qui n’ont pas encore été déchargées. Dans les voitures de police, on discerne un édredon et un ballot ; dans un bus, on aperçoit un grand sac. Les quelque 8 000 femmes, hommes et enfants pris au piège du Vel d’Hiv vont rester là, parquées pendant plusieurs jours dans des conditions effroyables.
Évacuation et suite des internements
En raison de l’échec relatif de la rafle, et pour éviter des séparations douloureuses en plein cœur de Paris, les autorités décident finalement d’envoyer tous les internés du Vélodrome d’Hiver dans les camps du Loiret. Du 19 au 22 juillet 1942, la salle des sports est évacuée. Direction : la gare d’Austerlitz, et de là les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande.
| Élément | Détails |
|---|---|
| Dates principales | 16-17 juillet 1942 (rafle), 19-22 juillet 1942 (évacuation du Vel d'Hiv) |
| Nombre de victimes à Paris | Près de 13 000 raflés à Paris, 8 000 au Vel d'Hiv |
| Responsables organisationnels | Préfecture de police de Paris sur ordre de René Bousquet, avec collaboration allemande |
| Moyens de transport | 10 grands cars, voiturettes, 50 autobus mis à disposition par la Compagnie du métropolitain |
| Destinations finales | Drancy, puis déportations ; Pithiviers et Beaune-la-Rolande pour les internés du Vel d'Hiv |
La rareté de documents visuels et la découverte tardive de la photographie de Paris-Midi rendent son existence d’autant plus précieuse pour comprendre et commémorer cet épisode. Elle illustre à la fois l’appareil policier mobilisé, le dispositif logistique déployé et l’humanité des victimes, symbolisée par la fillette portant l’étoile jaune.
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