Procédure de redressement judiciaire : explication détaillée

Le redressement judiciaire est une procédure collective prévue par les articles L.631-1 et suivants du Code du commerce. En droit français, le redressement judiciaire est une procédure collective visant à sauver l'activité d'un commerçant, d'un artisan, d'une profession libérale ou d'une entreprise qui se trouve en cessation de paiements.

La loi française du 25 janvier 1985 a créé le redressement judiciaire. L'article 1er de la loi du 25 janvier 1985 dispose que : « Il est institué une procédure de redressement judiciaire destinée à permettre la sauvegarde de l'entreprise, le maintien de l'activité et de l'emploi et l'apurement du passif. » La loi du 26 juillet 2005, entrée en vigueur le 1er janvier 2006, a refondu la matière du droit des entreprises en difficultés en instituant la procédure de sauvegarde comme procédure de droit commun.

Objectifs et principes essentiels

Le redressement judiciaire a pour objectif la poursuite de l'activité de l'entreprise, le maintien des emplois et l'apurement du passif. Le redressement judiciaire est une procédure cruciale lorsque les entreprises rencontrent des difficultés financières significatives. Le redressement judiciaire vise plusieurs objectifs clés pour aider les entreprises en difficulté. La procédure de redressement poursuit 3 objectifs : assurer la pérennité de l'entreprise, sauvegarder l'emploi et apurer le passif.

Contrairement à la liquidation judiciaire, le redressement judiciaire a pour objectif la poursuite de l'activité de l'entreprise, le maintien des emplois et l'apurement du passif. La satisfaction des créanciers est donc reléguée en troisième position, derrière les préoccupations sociales. Le redressement judiciaire est donc une procédure collective qui s’adresse aux entreprises en cessation de paiement, c’est-à-dire lorsqu’elles ne peuvent plus faire face à leurs dettes avec leur actif disponible.

Qui peut saisir le tribunal et quand ?

L'ouverture de la procédure de redressement judiciaire peut être demandée par l'entreprise au plus tard dans les 45 jours suivant la cessation des paiements, par un créancier ou à la requête du procureur de la République. Le débiteur (personne physique ou morale) demande par requête au tribunal compétent (tribunal de commerce ou tribunal judiciaire) l'ouverture d'une procédure de redressement dans un délai de 45 jours à compter de la cessation des paiements.

Lire aussi: Procédure de redressement judiciaire

Le non-respect de ce délai peut entraîner des sanctions personnelles, notamment une interdiction de gérer. Le chef d'entreprise qui a tardé à demander l'ouverture d'un redressement judiciaire dans un délai de 45 jours peut être condamné par le tribunal à une peine d'interdiction de gérer, de diriger ou d'administrer une entreprise commerciale ou artisanale. Cependant, le tribunal ne peut pas prononcer d'interdiction de gérer à l'encontre d'un entrepreneur exerçant une activité libérale réglementée.

Conditions d'ouverture et tribunal compétent

L’état de cessation de paiement est un critère déterminant de l'ouverture du redressement judiciaire. L’entreprise doit être dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible à l'aide de son actif disponible, sans que sa situation soit sans issue. Les difficultés doivent donc être passagères.

Le Tribunal de commerce est compétent lorsque l'entreprise concernée exerce une activité commerciale ou artisanale, et le tribunal judiciaire l’est dans les autres cas. Le tribunal territorialement compétent est celui dans le ressort géographique duquel est situé le principal établissement / le siège social de la société.

Constitution du dossier de demande d'ouverture

La demande d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire doit être déposée au greffe du tribunal compétent et doit exposer les difficultés rencontrées par le débiteur et les raisons pour lesquelles il n'est pas en mesure de les surmonter. Elle doit être accompagnée, en plus des comptes annuels du dernier exercice, de différentes pièces :

  • Extrait K-bis ou attestation d'immatriculation au Registre national des entreprises (RNE).
  • État du passif exigible et de l'actif disponible et déclaration de cessation des paiements.
  • Nombre de salariés employés à la date de la demande et le montant du chiffre d'affaires à la date de clôture du dernier exercice comptable.
  • État chiffré des créances et des dettes avec l'indication des créanciers et, pour les salariés, le montant global des sommes impayées.
  • État actif et passif des sûretés et engagement hors bilan.
  • Inventaire sommaire des biens de l'entreprise.
  • Comptes annuels du dernier exercice et situation de trésorerie datant de moins d'un mois.
  • Attestation sur l'honneur certifiant l'absence de désignation d'un mandataire ad hoc ou l'ouverture d'une conciliation dans les 18 mois précédant la demande.

Cette requête doit être déposée ou envoyée en 2 exemplaires au tribunal de commerce ou au tribunal des activités économiques (TAE). Depuis le 1er janvier 2025, les tribunaux de commerce de 12 villes sont remplacés par des tribunaux des activités économiques (TAE) pour le traitement des procédures de mandat ad hoc, de conciliation et des procédures collectives.

Lire aussi: Conséquences pour les Investisseurs

Le jugement d'ouverture : effets et formalités

Le tribunal prononce un jugement qui met en oeuvre la procédure dès lors que le sauvetage de l'activité demeure possible. Le tribunal prononce le jugement d'ouverture du redressement judiciaire lorsqu'un plan pour sortir l'entreprise de ses difficultés paraît possible.

Le jugement d'ouverture comporte des mentions essentielles : il détermine provisoirement la date de cessation des paiements, il détermine la durée de la période d'observation et il désigne les organes de la procédure. Le greffier du tribunal informe l'entrepreneur de l'ouverture de la procédure dans les 8 jours de son prononcé. Il procède également aux formalités de publicité suivantes : mention au RCS pour une activité commerciale et/ou au RNE pour une société artisanale ou libérale, avis au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC) et insertion dans un support habilité à recevoir des annonces légales.

Les organes de la procédure et leurs rôles

Le jugement d'ouverture désigne les organes de la procédure qui vont intervenir : le juge-commissaire, le mandataire judiciaire et l'administrateur judiciaire. Le juge-commissaire est chargé de veiller au bon déroulement de la procédure. Le mandataire judiciaire représente la collectivité des créanciers et agit au nom et dans l'intérêt de ceux-ci. L'administrateur judiciaire est chargé d'assister l'entrepreneur et d'établir un bilan économique et social ou d'assurer seul, entièrement ou en partie, l'administration de l'entreprise en fonction de la mission que le tribunal lui a confiée.

La désignation d'un administrateur judiciaire est obligatoire lorsque l'entreprise a plus de 20 salariés et un chiffre d'affaires hors taxes supérieur à 3 000 000 €. À noter : le mandataire judiciaire et l'administrateur judiciaire sont rémunérés par l'entreprise. Cette rémunération est fixée par un arrêté pour chacune de leurs missions.

La période d'observation : diagnostic et protection

Le jugement d'ouverture ouvre une période d'observation qui permettra de réaliser un diagnostic de l'entreprise et de préparer un plan de redressement. La période d'observation permet de faire un bilan complet de la situation économique et sociale de l'entreprise. Cette période dure 6 mois au maximum. Elle peut être renouvelée une fois, pour une durée maximale de 6 mois, à la demande de l'administrateur, de l'entreprise en difficulté ou du ministère public. Le ministère public peut demander un second renouvellement. La période d'observation peut donc durer jusqu'à 18 mois.

Lire aussi: Tout savoir sur la TVA en Redressement

La période d'observation comporte des effets protecteurs : l'ouverture de la période d'observation a pour effet d'interdire le paiement de la plupart des créances dues par le débiteur et de suspendre toute instance en cours tendant au paiement d'une somme d'argent ou à la résolution d'un contrat pour défaut de paiement. Les créanciers doivent déclarer leurs créances auprès du mandataire judiciaire. Les créanciers qui n'ont pas poursuivi l'entreprise avant le jugement d'ouverture ne peuvent plus le faire après.

Pouvoirs et activités du dirigeant pendant l'observation

Le dirigeant reste en fonction pendant la période d'observation. Il est assisté et surveillé par l'administrateur judiciaire nommé par le tribunal. Durant la période d’observation, en tant que dirigeant, vous n’aurez que des pouvoirs limités. À cause du redressement judiciaire, vous ne serez libre que dans le cadre des actes de gestion courante et nécessaires à la continuation de l’exploitation.

Si un administrateur judiciaire est désigné, ce dernier est chargé de représenter les intérêts de l’entreprise et de vous accompagner pour restructurer votre entreprise. Les actes étrangers à la gestion courante de l’entreprise doivent être autorisés par le juge-commissaire. Le dirigeant ne peut pas céder les parts sociales ou actions de la société qu'il détient. En revanche, les associés ont cette possibilité.

Contrats, salariés et protection sociale

L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire n'entraîne pas la fin des contrats en cours. C'est l'administrateur judiciaire qui détermine les contrats dont l'exécution est maintenue et ceux qui doivent cesser. Le bail commercial se poursuit en principe. Il peut être résilié à la demande du propriétaire du local si le locataire ne paie pas son loyer. L'administrateur judiciaire peut également choisir de ne pas poursuivre le bail. Dans ce cas, sa décision s'impose au propriétaire du local.

Les contrats de travail des salariés se poursuivent. Lorsqu'il existe un comité social et économique (CSE) dans l'entreprise, celui-ci doit désigner un représentant des salariés. Lorsque des licenciements économiques sont urgents, inévitables et indispensables, le juge peut les autoriser. Les salaires impayés antérieurs au jugement sont pris en charge par l'AGS dans la limite de plafonds fixés par décret.

Le bilan économique et social et la préparation du plan

Le bilan économique et social est élaboré par l'administrateur judiciaire avec l'assistance du débiteur au début de la période d'observation et analyse l'origine, la nature, et l'ampleur des difficultés de l'entreprise. Il doit être communiqué avant l'expiration de la période d'observation notamment au débiteur, au mandataire judiciaire, aux instances représentatives du personnel et à l'inspecteur du travail. L'administrateur judiciaire, avec l'aide de l'entreprise en difficulté, élabore le projet de plan de redressement.

Le projet de plan est élaboré en concertation avec les créanciers. Ces derniers sont consultés en fonction de la constitution de classes de parties affectées. Les classes de parties affectées remplacent les comités de créanciers. Les classes de parties affectées se prononcent sur les propositions faites dans le projet de plan de redressement établi par l'administrateur judiciaire et l'entreprise en difficulté.

Contenu du plan de redressement

Le projet de plan comporte : les perspectives de redressement ; les modalités de règlement du passif et les garanties éventuelles que le débiteur doit souscrire pour en assurer l'exécution ; le niveau et les perspectives d'emploi, ainsi que les conditions sociales envisagées pour la poursuite de l'activité. Le projet recense, annexe et analyse les offres d'acquisition, portant sur une ou plusieurs branches d'activité, par des tiers. Il indique la ou les activités qu'il propose de cesser, céder ou d'adjoindre. Le projet peut également indiquer la possibilité de proposer aux créanciers la conversion de leurs créances en titres de capital.

Le tribunal adopte un plan de redressement lorsqu’il existe une possibilité sérieuse de redressement de l’entreprise et de maintien de son activité. Le plan peut prévoir, soit la continuation de l'entreprise, soit sa cession. Il prévoit, soit la continuation de l'entreprise, soit sa cession. Un plan de cession : l'activité économique de l'entité est cédée à un tiers et l'activité se poursuit dans une autre entité.

Adoption, exécution et contrôle du plan

Le plan de redressement doit être approuvé par le tribunal. Le tribunal n'arrête un plan de redressement que s'il considère que l'entreprise peut être sauvée. Il ne le fait qu'après convocation du débiteur, du conseil social et économique, et information du ministère public, de l'administrateur, du mandataire judiciaire, et au vu du bilan économique et social.

Le plan adopté par le tribunal doit impérativement préciser : la désignation des personnes tenues de l'exécuter ; l'exposé et les justifications du niveau et des perspectives de l'emploi et des conditions sociales envisagées pour la poursuite de l'activité ; la durée du plan et la nomination d'un commissaire à l'exécution du plan ; la prise d'acte des délais et remises acceptés par les créanciers antérieurs lors de l'élaboration du projet de plan ; l'éventuelle homologation des accords de conversion des créances en capital par les créanciers concernés.

Un commissaire à l'exécution du plan est désigné par le tribunal. Il vérifie le respect des échéances et rend compte au juge-commissaire. Le commissaire à l'exécution du plan établit un rapport annuel sur l'exécution des engagements du débiteur, qu'il dépose au greffe et communique au ministère public, et tient à la disposition de tous les créanciers. Après le dépôt au greffe du compte-rendu de fin de mission de l'administrateur ou du mandataire judiciaire, et l'approbation de ce document par le juge-commissaire, la clôture du redressement est prononcée par ordonnance du président du tribunal, non susceptible de recours.

Durées légales et issues possibles

La période d'observation dure 6 mois au maximum. Elle peut être renouvelée et peut durer jusqu'à 18 mois. Le plan de redressement peut avoir une durée de 10 ans. Autrement dit, l’entreprise peut disposer d’une durée maximale de 10 ans pour rembourser ses dettes tout en poursuivant son activité. La durée totale entre le jugement d'ouverture et la fin de l'exécution du plan peut donc s'étendre sur plus de 10 ans.

À l’issue de la période d’observation, les juges ont 3 possibilités : adoption d'un plan de redressement, cession totale ou partielle, ou conversion en liquidation judiciaire. Si le redressement est manifestement impossible, le tribunal prononcera directement une liquidation judiciaire. Lorsque l’entreprise n’exécute pas ses engagements dans le délai fixé par le plan, le tribunal peut prononcer la résolution du plan de redressement.

La Redressement Judiciaire : [Droit des entreprises en difficultés]

Conséquences pour les créanciers et protections

L'ouverture d'un redressement judiciaire affecte tous les créanciers. Les conséquences sont différentes selon que leur créance est apparue avant ou après le jugement d'ouverture. Pour les créances existant avant le jugement d'ouverture : interdiction pour l'entreprise en difficulté de payer toute créance antérieure au jugement d'ouverture ; suspension des poursuites individuelles ; arrêt du cours des intérêts (légaux, conventionnels et de retard) et majorations.

Les créanciers doivent déclarer leurs créances auprès du mandataire judiciaire. Les cautions (personnes physiques) de l'entreprise en difficulté peuvent bénéficier de l'arrêt du cours des intérêts. En revanche, les prêts supérieurs ou égaux à une année ne sont pas concernés par l'arrêt du cours des intérêts dans certains cas. Les créanciers publics peuvent également obtenir des remises dans le cadre de la Commission des chefs des services financiers (CCSF).

Protection des actifs et période suspecte

Le jugement d'ouverture met en place des mesures conservatoires : l'établissement de l'inventaire dès le prononcé du jugement d'ouverture et l'accomplissement, dès le jugement d'ouverture, par le dirigeant, à la requête de l'administrateur, ou par ce dernier, de tous les actes nécessaires à la conservation des droits de l'entreprise.

Une fois la date de cessation des paiements fixée, la période suspecte est établie. Durant cette période, certains actes sont nuls de plein droit, ou susceptibles d'être annulés. La période suspecte correspond à la durée qui sépare la date de cessation des paiements et la date du jugement d’ouverture.

Alternatives au redressement judiciaire et rôle de l'accompagnement

Avant d’envisager une procédure de redressement judiciaire, il est crucial d'explorer toutes les options possibles. Il existe des solutions à l’amiable pour éviter le redressement judiciaire. La procédure de conciliation et le mandat ad hoc sont deux options à envisager. Elles permettent de négocier avec les créanciers et de trouver des solutions sur mesure. La procédure de sauvegarde est une autre option intéressante. Elle permet à l’entreprise de se protéger de ses créanciers avant même d’être en état de cessation des paiements.

Le rôle de l'avocat dans la procédure est central. L'avocat intervient avant le dépôt pour vérifier la date de cessation des paiements, constituer le dossier et préparer la stratégie de défense devant le tribunal ; pendant la période d'observation pour assister le dirigeant dans ses relations avec l'administrateur judiciaire, le mandataire et le juge-commissaire ; lors de l'adoption du plan pour négocier les conditions de remboursement avec les créanciers et défendre les intérêts du dirigeant devant le tribunal.

La qualité de la préparation conditionne directement l'issue de la procédure. Un dossier solide augmente les chances d'obtenir un plan de redressement plutôt qu'une conversion en liquidation. Il est conseillé de se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté afin de structurer la procédure et d'en maximiser les chances de succès.

FAQ rapide

  • Quelle est la différence entre redressement judiciaire et liquidation judiciaire ? Le redressement vise à sauver l'entreprise, la liquidation intervient lorsque le redressement est manifestement impossible.
  • Le dirigeant peut-il être remplacé ? Le dirigeant conserve en principe ses fonctions, sauf si le tribunal confie la gestion complète à l'administrateur judiciaire.
  • Les dettes personnelles du dirigeant sont-elles effacées ? Non. Le redressement judiciaire concerne uniquement les dettes de l'entreprise ; les cautions personnelles peuvent être poursuivies.
  • Peut-on vendre l'entreprise pendant le redressement ? Oui. Le tribunal peut ordonner une cession totale ou partielle si le plan de redressement n'est pas viable.

Le redressement judiciaire est une procédure technique et encadrée par la loi qui permet, lorsque les conditions sont réunies, d'organiser la réorganisation de l'entreprise afin de permettre la poursuite de l'activité économique, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif.

balises:

Articles populaires: