Raisons de la consommation sociale d’alcool : définition et facteurs

Dans toutes les cultures, les boissons alcoolisées font partie de la vie sociale. Que ce soit à l’occasion d’une soirée ou simplement en rentrant du travail, les boissons alcoolisées sont appréciées pour leur capacité à nous détendre et à nous mettre de bonne humeur.

Définition et portée du phénomène

L’alcool et les boissons alcoolisées contiennent de l’éthanol, une substance psychoactive qui possède des propriétés addictives. L’usage de l’alcool est largement répandu dans de nombreuses cultures, et ce depuis des siècles, mais il est associé à des risques et des préjudices importants pour la santé. La consommation d’alcool comporte des risques pour la santé. L’alcool, produit psychoactif, a des effets immédiats qui dépendent surtout de l’alcoolémie mais également des effets à long terme même en cas de faible consommation.

Pourquoi l’alcool est-il consommé socialement ?

  • Les boissons alcoolisées sont appréciées pour leur capacité à nous détendre et à nous mettre de bonne humeur.
  • Au cours des événements sociaux où l’alcool est présent, les comportements des participants vis-à-vis des boissons alcoolisées et de l’ivresse fixent une norme que les plus jeunes générations ont tendance à perpétuer.
  • Les habitudes de consommation de boissons alcoolisées sont fortement déterminées par les habitudes culturelles du pays d’origine.
  • Les apéros, par exemple, se font de plus en plus fréquents. Les repas s’accompagnent plus souvent de boissons alcoolisées, les sorties se multiplient.

Facteurs individuels influençant la consommation et la vulnérabilité

Le niveau de risque dépend néanmoins de plusieurs facteurs, notamment de la quantité consommée, de la fréquence, de l’état de santé de la personne, de l’âge, du sexe et d’autres caractéristiques personnelles, ainsi que du contexte de consommation.

Âge et début de consommation

Plus une personne commence tôt à boire de l’alcool, plus elle risque de développer ce trouble. La majorité des personnes en situation d’addiction à l’alcool ont commencé à boire à l’adolescence. La première phase correspond à la période des premières expérimentations de l’alcool et de la découverte de l’ivresse. Cela se produit en général à l’adolescence, avec une éventuelle intensification des consommations au fil des années.

Chez les jeunes, la tendance est au binge drinking, pour atteindre l’ivresse le plus rapidement possible. Cette pratique consiste à boire au moins six verres d’alcool en moins de deux heures pour une fille, ou au moins sept verres dans le même temps pour un garçon, de façon à atteindre une alcoolémie d’au moins 0.8g/l. Dans les faits, les consommations sont généralement beaucoup plus importantes.

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La moitié des jeunes de 17 ans ont été concernés par cette pratique au cours des trente derniers jours et ce phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur, notamment chez les filles. Lorsqu’il est répété, ce mode de consommation a des conséquences néfastes sur la santé : diminution des capacités d’apprentissage et de mémorisation à long terme, impulsivité accrue, impact sur l’apprentissage et le traitement des émotions, l’anxiété et l’humeur, hypertension, dommages hépatiques, et augmentation des risques de dépendance par la suite.

Sexe

Les femmes sont plus fragiles face à l’alcool. Les effets des boissons alcoolisées se manifestent plus vite et plus intensément chez les femmes, probablement en lien avec le fait que leur corps est, à poids égal, moins riche en eau que celui des hommes. Pour une même quantité ingérée, la concentration plasmatique en éthanol est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. De plus, les femmes métabolisent plus lentement l’alcool. Elles sont donc plus vulnérables aux effets toxiques de l’alcool.

Génétique et vulnérabilité biologique

L’hérédité est un facteur important de prédisposition à l’alcoolodépendance. Des études faites sur des jumeaux et sur des familles où les problèmes d’alcoolodépendance sont fréquents ont montré que certains gènes pourraient compter pour 50 à 60 % de la prédisposition d’une personne à devenir alcoolodépendante. Nous ne sommes pas tous égaux face au risque d’addiction, qui dépend de plusieurs facteurs de vulnérabilités.

Troubles psychiques et auto-médication

L’alcool possède un effet relaxant et anxiolytique qui est recherché par ceux qui souffrent de troubles anxieux (anxiété généralisée, phobies, troubles obsessionnels compulsifs, etc.). On estime que 12 % des personnes souffrant de troubles anxieux ont du mal à contrôler leur consommation de boissons alcoolisées. L’idée centrale est l’apparition d’un inconfort, un ressenti émotionnel que le patient ne parvient pas à gérer. Pour y faire face, il utilise la substance comme un « pseudo-médicament ».

Mécanismes cérébraux de l’addiction

L’explication se situe dans le cerveau. L’éthanol, molécule présente dans les boissons alcoolisées, est en effet un psychotrope. Cela signifie qu’il agit sur le cerveau. Il altère l’état de conscience (en procurant une sensation d’ivresse) et modifie le fonctionnement de plusieurs zones du cerveau, induisant une modification de l’équilibre chimique interne.

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Le circuit de la récompense, impliqué dans le mécanisme de l’addiction, est particulièrement sensible à l’éthanol. Exposées de manière répétée à cette molécule, les structures cérébrales qui constituent ce circuit en viennent à dysfonctionner. Peu à peu, la personne perd le contrôle de sa consommation. Son cerveau a littéralement besoin de sa « dose » d’éthanol pour fonctionner.

D’autres zones du cerveau, comme le noyau accumbens (circuit de la motivation), l’hippocampe, l’amygdale ou encore le cortex préfrontal, sont elles aussi affectées. Il en résulte un déséquilibre chimique généralisé, venant affecter la motivation de la personne, ses capacités de mémorisation, ses émotions, ses capacités de raisonnement rationnel et bien d’autres éléments de sa vie psychique.

Phases de la consommation vers la dépendance

  1. La première phase : premières expérimentations à l’adolescence et découverte de l’ivresse. Si la personne s’expose à des risques immédiats quand elle consomme en excès, elle ne présente pas pour autant de signes d’addiction. L’usage d’alcool n’interfère que très peu dans le quotidien de la personne.
  2. La deuxième phase : intensification de la consommation. L’alcool prend une place de plus en plus importante dans la vie de la personne, qui organise une partie de son quotidien autour de lui, avec une multiplication des occasions de consommer. Certaines personnes commencent à boire seules.
  3. La troisième phase : développement de la maladie. La personne perd le contrôle de sa consommation, et développe une dépendance à l’alcool. Le produit envahit son quotidien et affecte différentes dimensions de sa vie : travail, famille, relations sociales, finances etc.

Conséquences sanitaires et sociales de la consommation d’alcool

La consommation d’alcool expose à de multiples risques pour la santé. Elle est responsable de plus de 200 maladies et atteintes diverses. Certaines de ces maladies sont exclusivement attribuables à l’alcool, notamment la cirrhose alcoolique ou certaines atteintes neurologiques comme l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke et le syndrome de Korsakoff. Pour d’autres pathologies, l’alcool constitue un facteur de risque : cancers (bouche, pharynx, larynx, œsophage, foie, sein, cancer colorectal) et maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, cardiopathie ischémique).

L’alcool est un agent cancérogène établi et sa consommation majore le risque de plusieurs cancers, notamment ceux du sein, du foie, de la tête et du cou et de l’œsophage et le cancer colorectal. En 2019, 4,4 % des cancers diagnostiqués dans le monde et 401 000 décès par cancer étaient imputables à la consommation d’alcool. La consommation même faible d’alcool est associée à un risque augmenté de cancers du sein, indépendamment de la consommation de tabac.

Les consommateurs d’alcool ne sont pas les seuls à en subir les préjudices. Ainsi, une part importante de la charge de morbidité attribuable à l’alcool tient aux traumatismes, notamment ceux subis lors d’accidents de la route. En 2019, sur un total de 298 000 décès dus à des accidents de la route liés à l’alcool, 156 000 décès étaient causés par la consommation d’alcool d’un tiers. Les autres traumatismes en cause, intentionnels ou non, concernent les chutes, les noyades, les brûlures, les agressions sexuelles, la violence au sein du couple et le suicide.

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Alcoolo-dépendance et maîtrise de la consommation d'alcool

Population, chiffres et tendances

Dans le monde, 2,6 millions de décès étaient attribuables à la consommation d’alcool en 2019, dont 2 millions d’hommes et 600 000 femmes. On estime que 400 millions de personnes, soit 7 % de la population mondiale âgée de 15 ans et plus, présentaient alors des troubles liés à la consommation d’alcool. Parmi elles, 209 millions de personnes (soit 3,7 % de la population mondiale adulte) étaient alcoolodépendantes.

Après avoir régulièrement diminué ces dernières décennies, la consommation d’alcool stagne en France. Environ un quart des adultes ont toujours une consommation qui dépasse les repères préconisés. Ces personnes s’exposent dès lors à des complications hépatiques, cardiovasculaires, neurologiques ainsi qu’à un risque majoré de cancers. L’alcool reste ainsi la deuxième cause de mortalité prématurée dans notre pays, et une des toutes premières causes d’hospitalisation.

IndicateurObservation
Consommation annuelle moyenne France (1961 → 2017)De 26,0 L à 12 L d’alcool pur par habitant ≥15 ans (puis stagnation)
Part des adultes ne buvant jamais (Baromètre 2017)13,5 %
Consommateurs quotidiens10 % des adultes (15,2 % hommes, 5,1 % femmes)
Part de l’alcool consommée par 10 % des 18-75 ans58 %
Âge moyen première ivresse15,2 ans

Repères pour limiter les risques

S’il n’existe pas de seuil en dessous duquel la consommation d’alcool est sans risque, les connaissances scientifiques permettent de définir des repères qui limitent les risques encourus. Actualisés en 2017, ces repères recommandent de : ne pas consommer plus de 10 verres d’alcool par semaine, ne pas consommer plus de 2 verres par jour, ne pas boire d’alcool au moins 2 jours par semaine. Ces repères sont valables pour les adultes, hommes et femmes. Aucun repère de consommation n’est validé pour les plus jeunes, chez lesquels toute consommation peut être nocive en raison de la vulnérabilité accrue du cerveau en développement.

Maintenir sa consommation en dessous de ces repères diminue le risque d’atteinte toxique liée à l’alcool, mais ne l’annule pas : même consommé en quantité quotidienne faible, équivalente à 13 grammes (soit 1,3 verre), l’alcool serait responsable de 1 100 morts par an. Par exemple, le risque de développer certains cancers devient significatif dès le premier verre.

Prévention, repérage et prise en charge

Ainsi, un enjeu majeur est de pouvoir repérer les consommateurs à risque avant l’apparition d’une dépendance, et de les amener à réduire leur consommation. L’identification de facteurs de vulnérabilité est en cours afin d’améliorer ce repérage ainsi que la prise en charge de l’alcoolodépendance. L’accessibilité au dépistage, aux interventions brèves et aux traitements, notamment aux médicaments contre les troubles liés à la consommation d’alcool, reste cependant très faible pour les personnes qui ont une consommation dangereuse d’alcool ou présentent ces troubles.

La dépendance à l’alcool est une maladie grave, dont il est cependant tout-à-fait possible de se rétablir. Il n’est jamais trop tard pour engager un processus de soins. Une personne qui présente une dépendance sévère à l’alcool pourra, surtout si elle est bien accompagnée, se rétablir et retrouver une vie épanouie.

Actions internationales et recommandations

Le Plan d’action mondial contre l’alcool 2022-2030, approuvé par les États Membres de l’OMS, vise à réduire l’usage nocif de l’alcool grâce à des stratégies efficaces et fondées sur des données probantes au niveau national, régional et mondial. L’initiative SAFER, lancée en 2018 par l’OMS et ses partenaires, aide les pays à mettre en œuvre des interventions à fort impact et rentables qui ont démontré leur efficacité à réduire les conséquences négatives de la consommation d’alcool.

La mise en œuvre de la stratégie et du plan d’action mondiaux favorisera des progrès plus rapides vers les objectifs fixés en matière d’alcool dans la cible 3.5 des objectifs de développement durables, qui consiste à renforcer la prévention et le traitement de l’abus de substances psychoactives, notamment de stupéfiants et d’alcool.

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