Qui finance le Polisario ? Un examen approfondi des sources de financement du Front Polisario

Le Front populaire pour la libération de Sakia el-Hamra et du Rio de Oro, plus connu sous le nom de Front Polisario, a été créé le 10 mai 1973. Son objectif initial était de libérer le territoire du Sahara occidental, alors sous domination espagnole, une zone de 266 000 km2.

Carte du Sahara Occidental revendiqué

Carte du Sahara Occidental revendiqué

Les premiers soutiens : La Libye de Kadhafi

Dans un premier temps, le Front Polisario était financé et armé par la Libye de Kadhafi, qui souhaitait soutenir les mouvements de libération en Afrique.

Le rôle central de l'Algérie

Le rôle de soutien a plus tard été repris par l’Algérie. En 1975, l’Algérie bouscule ces arrangements en décidant de soutenir le Front Polisario. Alger dit agir au nom du droit à l’autodétermination, mais sa rivalité avec Rabat est ancienne. Dès lors, deux conflits s’enchevêtrent, un conflit de décolonisation et un autre qui oppose Alger à Rabat. De son côté, Alger soutient, héberge, et finance le Front Polisario et les réfugiés sahraouis.

L'Algérie, protectrice du Polisario, fait partie des pays ou organisations internationales qui apportent de l’aide à la “RASD”, et ce, dans les domaines tels que le sanitaire, l’économie, l’éducation, le politique, la diplomatie ainsi que l’équipement et la formation militaires.

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Selon une source militaire, « la “RASD” coûte à l’État algérien, bon an mal an, un milliard de dollars », rapporte Algérie Part Plus. La « République arabe sahraouie démocratique (RASD) » coûte à l’Algérie, protectrice du Polisario, un milliard de dollars par an.

L’armée algérienne (ANP) supporte l’essentiel du budget de la “RASD”. Elle fournit carburant, équipement, armement et formation au quelque 10 000 hommes formant l’effectif total des combattants du Polisario.

Soutien dans divers secteurs

  • Santé : L’Algérie a soutenu financièrement en 2021 à hauteur de 60 % une trentaine de dispensaires et cliniques, un hôpital principal à Rabouni et cinq hôpitaux régionaux. L’État algérien s’occupe également des transferts vers les hôpitaux d’Alger et d’Oran, ainsi que des frais correspondants aux soins qui ne peuvent être dispensés dans les camps.
  • Éducation : Le gouvernement algérien offre l’accès gratuit à l’enseignement supérieur en Algérie à des centaines de réfugiés des camps.
  • Défense : L’armée algérienne (ANP) supporte l’essentiel du budget de la “RASD”.
Camp de réfugiés sahraouis près de Tindouf, Algérie

Camp de réfugiés sahraouis près de Tindouf, Algérie

Autres formes de soutien

Sur la base de cette stratégie, le régime islamiste utilise son soutien au Polisario et à d’autres groupes terroristes jihadistes islamistes comme un moyen de défier les intérêts des puissances occidentales et de certains pays arabes. En soutenant le Polisario, l’Iran cherche à affaiblir les puissances rivales et à étendre son influence au-delà de sa sphère géographique traditionnelle.

En soutenant des groupes terroristes, le régime des mollahs à Téhéran et celui des militaires à Alger, cherchent à contester l’influence des puissances occidentales, en particulier des États-Unis, dans certaines régions d’Afrique.

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Le statu quo et ses conséquences

Un statu quo qui arrange tout le mondeLors de son 16e congrès en janvier dernier au camp de Dakhla, l'un des combattants du Polisario a déclaré au journal Le Monde que « l’inaction de la communauté internationale nous condamne à une mort lente. Nous préférons, a-t-il dit, mourir avec dignité ».

Selon Aboubakr Jamaï, c'est cette situation de statu quo qui fait que « les prémices d'une solution sont éloignées en raison de cette radicalisation des uns et des autres ».

Selon plusieurs observateurs, ce statu quo arrange finalement tout le monde, surtout les Européens qui ne veulent pas se brouiller avec le Maroc ou avec l’Algérie à cause de cette question. Ils ne veulent pas non plus aller contre la volonté des États-Unis.

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La jeunesse du Polisario s’oppose à l’ancienne génération

Aujourd’hui, il y a, au sein du mouvement Polisario, deux tendances qui s'opposent : la jeunesse qui réclame un changement de stratégie face au statu quo. Elle appelle à un durcissement de la lutte armée. Face à elle, la vieille génération parie toujours sur l’ONU et la communauté internationale pour résoudre ce conflit.

Selon Ricardo Fabbiani, directeur de recherche sur le Maghreb à l’International Crisis Group, « c'est une opposition au leader, Ibrahim Ghali. La jeunesse réclame de faire monter un peu le niveau de combats et d’essayer de mener une espèce d'escalade militaire contre le Maroc, à l’intérieur même du territoire occupé, afin de faire monter la tension dans la région ».

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L’impuissance de l’ONU

Il faut rappeler, note Pierre Vermeren, « que cette question du Sahara, elle est en débat chaque année à l'ONU, que l'ONU est présente sur le terrain, que l'ONU a montré depuis très longtemps son impuissance, notamment à cause de la guerre froide, mais la guerre froide est finie depuis très longtemps et l'impuissance (de l’ONU) a demeuré ».

La position de l'Algérie

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU vient d’adopter, ce 27 octobre, une nouvelle résolution demandant notamment à Alger de clarifier ses positions sur la question du Sahara, des personnes issues d’horizons divers s’interrogent sur les véritables raisons qui poussent le gouvernement algérien à s’y intéresser autant, et cela depuis près de cinquante ans.

Pour lui, l’Algérie n’a aucune prétention sur ce territoire, le soutien qu’elle apporte au « peuple du Sahara » est « une question de principe ». Il ajoute qu’il s’agit d’une affaire de « décolonisation », laquelle relève précisément de la commission des Nations unies du même nom.

La position de principe ne peut expliquer le soutien diplomatique, financier et militaire apporté par Alger au Polisario au détriment des intérêts vitaux du peuple algérien. Pas moins de 500 milliards de dollars ont été dépensés pour soutenir le Polisario.

À cela s’ajoute l’aspect humain, des milliers de personnes, souvent d’origine sahraouie, sont littéralement séquestrées à Tindouf, dans le Sud algérien. Elles ont interdiction de le quitter sans l’accord des dirigeants du Polisario, auxquels le gouvernement algérien a délégué ses pouvoirs régaliens. Ce qui constitue un précédent.

Tergiversations espagnoles

En affirmant qu’il s’agit d’une affaire de « décolonisation », le président Tebboune crée un amalgame entre le statut du territoire quand il était occupé par l’Espagne et son statut actuel. Déjà, dès son accession à l’indépendance, le Maroc a soulevé la question du rattachement du territoire de « Rio de Oro » (ancienne dénomination du Sahara occidental).

En 1960, il avait protesté contre l’inscription du Sahara sur la liste des territoires non autonomes, estimant que ce territoire relève de sa souveraineté, au même titre que les territoires de Tarfaya, d’Ifni et des présides.

Du référendum à la solution politique

Cela dit, de 1997 à 2007, les Nations unies ont bien tenté d’organiser ce référendum. En vain, aucune opération de recensement préalable n’ayant été organisée afin d’identifier les potentiels votants.

C’est la raison pour laquelle le Conseil de sécurité, seul organe en charge de ce dossier, a décidé d’abandonner le référendum pour s’orienter vers une « solution politique, réaliste, pragmatique, durable et basée sur le compromis ».

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