Procédure de redressement judiciaire d’Eismann France : un examen complet

Le redressement judiciaire est une procédure collective prévue à l'article L631-1 du Code de commerce, dont l’objectif essentiel est double : préserver l'activité économique viable de l'entreprise en difficulté et organiser le règlement des dettes. Cette procédure concerne toute personne exerçant une activité commerciale, artisanale ou libérale, y compris les micro-entrepreneurs et les professions indépendantes.

Conditions d’ouverture et champ d’application

Pour ouvrir une procédure de redressement judiciaire, l'entreprise doit être en état de cessation des paiements, c’est-à-dire dans l’incapacité de rembourser ses dettes échues avec son actif disponible. De plus, il doit exister des perspectives réelles de redressement, la situation ne devant pas être irrémédiablement compromise.

Le chef d'entreprise est responsable du déclenchement de cette procédure et doit déposer une demande d'ouverture dans les 45 jours suivant la cessation des paiements. En cas de retard volontaire, le dirigeant risque une interdiction de gérer pouvant aller jusqu'à 15 ans. La demande d’ouverture peut également être saisie par un créancier non payé ou par le ministère public.

Le tribunal compétent pour la procédure dépend de la nature de l’activité exercée et du lieu d’implantation de l’entreprise. Dans le cas d’Eismann France, le tribunal de commerce de Lyon a été saisi. Depuis le 1er janvier 2025, certains tribunaux de commerce ont été remplacés par des tribunaux des activités économiques (TAE) pour traiter notamment ces procédures.

Constitution du dossier de demande

La demande d’ouverture doit être accompagnée d’un ensemble de documents stratégiques :

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  • Extrait K-bis ou attestation d’immatriculation au Registre national des entreprises (RNE) ;
  • État du passif exigible et de l’actif disponible ainsi que la déclaration de cessation des paiements ;
  • Nombre de salariés avec leurs données détaillées ;
  • Montant du chiffre d’affaires à la date de clôture du dernier exercice ;
  • État chiffré des créances et des dettes avec identification des créanciers ;
  • Inventaire sommaire des biens de l’entreprise ;
  • Comptes annuels du dernier exercice et situation de trésorerie récente ;
  • Attestation sur l’honneur relative aux procédures précédentes (mandataire ad hoc, conciliation) dans les 18 derniers mois.

Cette demande est déposée ou envoyée en deux exemplaires au greffe du tribunal compétent.

Jugement d’ouverture et ses effets

Lorsque le tribunal estime que la situation correspond aux critères, il prononce le jugement d’ouverture du redressement judiciaire. Ce jugement a des effets immédiats :

  • Interdiction pour l’entreprise de payer les créances antérieures au jugement, protégeant ainsi sa trésorerie ;
  • Arrêt du cours des intérêts de retard et majorations, ce qui soulage la trésorerie ;
  • Suspension des poursuites individuelles des créanciers à l’encontre de l’entreprise ;
  • Mise en place d’une période d’observation d’une durée initiale de six mois, renouvelable jusqu’à 18 mois.

Le tribunal désigne les intervenants essentiels à la surveillance et à l’accompagnement de la procédure :

  • Le juge-commissaire, chargé de veiller au bon déroulement de la procédure ;
  • L’administrateur judiciaire, assistant le dirigeant dans la gestion ou prenant en charge tout ou partie de la gérance, et qui élabore un bilan économique et social ;
  • Le mandataire judiciaire, représentant les créanciers et constituant le passif du débiteur ;
  • Le commissaire-priseur, chargé d’inventorier et d’évaluer les biens de l’entreprise, si nécessaire.

La période d’observation : diagnostic et recherche de solutions

Durant la période d’observation, la situation économique, juridique, sociale et financière de l’entreprise est analysée en profondeur. Le dirigeant reste normalement à la tête de l’entreprise, poursuivant ses fonctions sous le contrôle de l’administrateur judiciaire. Sa rémunération est maintenue mais peut être ajustée par le juge-commissaire selon l’évolution de la situation.

Le projet de plan de redressement est élaboré en concertation avec les créanciers, qui peuvent être regroupés en classes de parties affectées, notamment pour les entreprises dépassant certains seuils (plus de 250 salariés et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, ou 40 millions d’euros de chiffre d’affaires seul). Ces classes de parties affectées remplacent les comités de créanciers traditionnels et se prononcent sur les propositions du plan en vue du redressement.

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Les résultats possibles à l’issue de la procédure

À la fin de la période d’observation, le tribunal statue selon la viabilité de l’entreprise :

  • Adoption d’un plan de continuation, permettant de poursuivre l’activité sur une durée maximale de 10 ans avec remises de dettes éventuelles ;
  • Transmission ou cession totale de l’entreprise, transférant l’activité à un repreneur engagé dans un projet industriel et social ;
  • Conversion en liquidation judiciaire si le redressement est impossible.

Le cas spécifique d’Eismann France

Eismann France, société par actions simplifiée spécialisée dans la vente de produits alimentaires congelés, a été placée en redressement judiciaire par jugement du 13 janvier 2023 rendu par le tribunal de commerce de Lyon. Une période d’observation avait précédemment été ouverte suite à la cessation des paiements constatée au 30 septembre 2022.

Les administrateurs judiciaires nommés étaient la Selarl BCM, représentée notamment par Maîtres Eric Bauland et Alain Niogret, ainsi que la SELARL AJ Partenaires. Les mandataires judiciaires sont les SELARL Marie Dubois et MJ Synergie. Le siège social est situé à Saint-Jean-du-Cardonnay (76).

Malgré tous les efforts, aucun repreneur ne s’est manifesté pour reprendre Eismann France ni ses sociétés sœurs Toupargel et Place du Marché, ce qui a conduit à la conversion de la procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire dès le 13 janvier 2023.

Le jugement de liquidation judiciaire a désigné Maître Marie Dubois et les représentants de MJ Synergie comme liquidateurs judiciaires pour gérer la dissolution et la liquidation des actifs de l’entreprise sur la base du capital de 500 000 euros.

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Cette liquidation impacte directement près de 300 salariés et s’inscrit dans un contexte social difficile, alors que l’activité avait connu une forte baisse du chiffre d’affaires, passant de 271 millions d’euros en 2017 à 200 millions en 2021-2022, notamment en raison de l’échec d’une stratégie d’élargissement des gammes au-delà du surgelé vers les produits frais et d’épicerie.

Conséquences sociales et engagement des acteurs

La conversion en liquidation judiciaire soulève d’importantes préoccupations pour les salariés concernés. Selon les représentants syndicaux, il n’existait pas d’espoir sérieux de reprise, et la priorité est désormais d’accompagner les salariés afin de limiter la casse sociale dans un contexte marqué par des suppressions d’emplois importantes.

Cette situation a aussi mis en lumière le silence des actionnaires principaux sur ce dossier et les attentes fortes envers les autorités et partenaires sociaux pour prendre en charge les conséquences humaines.

Points d’attention spécifiques pour le dirigeant

Durant toute la période de redressement, le dirigeant doit veiller à respecter plusieurs obligations légales et administratives, notamment :

  • Ne pas payer les dettes antérieures au jugement d’ouverture ;
  • Poursuivre la gestion de l’entreprise en collaboration avec l’administrateur judiciaire ;
  • Veiller à la bonne tenue comptable, au dépôt des déclarations sociales et fiscales, et à la gestion prudente des liquidités ;
  • Préparer les documents nécessaires en cas de recours à la garantie de l’Association des Garanties des Salaires (AGS) afin d’assurer le paiement des salaires dus aux employés.

Résumé de la procédure appliquée à Eismann France

Étape Date / Délai Action / Décision
Cessation des paiements 30 septembre 2022 Constat et déclaration obligatoire sous 45 jours par le dirigeant
Jugement d’ouverture 13 novembre 2022 Ouverture de la procédure de redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon
Période d’observation Jusqu’à 6 mois (prolongations possible) Examen de la situation financière, sociale et stratégique de l’entreprise
Jugement de conversion 13 janvier 2023 Conversion du redressement judiciaire en liquidation judiciaire
Nomination liquidateurs 13 janvier 2023 Designation de Maître Marie Dubois et de la SELARL MJ Synergie

Redressement judiciaire : 5 points clés pour comprendre

La procédure de redressement judiciaire, bien qu’elle se présente comme une chance de survie pour les entreprises en difficulté, reste une étape complexe et lourde de conséquences, comme le démontre le cas d’Eismann France, où l’absence de solution viable a conduit à une liquidation judiciaire rapide.

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