Histoire du redressement judiciaire à Nîmes dans les années 1940 et son contexte dans le Gard

Dans le Gard comme dans l’ensemble du pays, l’appel de Pétain à cesser le combat le 17 juin 1940, puis la signature de l’armistice le 22 juin provoquent dans la majorité de l’opinion à la fois un immense soulagement et un terrible désarroi. Même si une partie des élites politiques et économiques se rallie au régime de Vichy, le Gard est considéré comme un des départements les plus difficiles de la zone non occupée par le préfet Angelo Chiappe, nommé à Nîmes en septembre 1940. En effet, l’implantation des forces du Front Populaire y est forte, notamment dans le bassin houiller cévenol marqué par l’influence communiste malgré les mesures d’exclusion et d’épuration depuis l’interdiction du PCF en septembre 1939.

Les premiers actes de Résistance et l’émergence des regroupements

Les premiers actes de Résistance sont d’abord des refus de ralliement au régime, comme celui de Georges Bruguier, sénateur socialiste, qui vote contre l’attribution des pleins pouvoirs à Pétain, ou d’autres actes plus symboliques de Gardois refusant de participer à des cérémonies officielles. Puis, de l’automne 1940 à l’été 1942, pour tous ceux qui refusent la situation née de la défaite, l’objectif est double : se regrouper et s’organiser, mais aussi lutter contre la propagande de Vichy pour amener de plus en plus de Gardois dans l’opposition ouverte au régime.

Au sein de la Résistance communiste, même si l’organisation clandestine est affaiblie par le départ de nombreux cadres dans d’autres départements et par une répression croissante, elle se reconstruit autour de syndicalistes comme les cheminots nîmois Pierre Etienne Ranquet, Gabriel Marty, ou les mineurs cévenols Georges Roussel, Amador Alvarez, Paul Planque et de militants moins connus des autorités, comme Louis Ferri ou Elie Couderc dans le Gard rhodanien. D’abord préoccupée par la diffusion de la propagande du PCF clandestin, la Résistance communiste se tourne à partir de 1942 et de la mise en place de groupes FN-FTPF vers d’autres types d’actions. En mai 1942, Jean Robert constitue un groupe, « l’équipe du Midi », qui réalise, dès le deuxième semestre 1942, les premiers sabotages ferroviaires dans la région nîmoise.

La montée des actions et les premières manifestations

D’autres groupes exploitent le mécontentement croissant de la population en organisant les premières manifestations de masse dans le Gard contre le régime : manifestations de ménagères comme à Vauvert le 30 décembre 1941 ou à Alès les 19 et 20 janvier 1942, grève des mineurs du bassin alésien du 12 au 16 mars 1942… La Résistance non communiste, beaucoup plus diversifiée, regroupe des Gardois qui refusent la défaite et veulent continuer le combat et, de plus en plus, des hommes et des femmes qui rejettent le régime de Vichy et l’occupation nazie. C’est autour de ces refus que se constituent les premiers groupes résistants au cours de l’hiver 1940-1941. Ainsi, un noyau d’étudiants gardois forment le mouvement « Liberté » autour du professeur Teitgen à Montpellier en diffuse les idées et la propagande notamment à Nîmes (avec Jean-Pierre Cabouat, Aimé Bonifas…) et à Alès (avec Robert Roustan, Max Maurel).

Quelques mois plus tard, des militants socialistes nîmois participent à la création à Nîmes, le 30 mars 1941, du Comité d’Action Socialiste Sud, prélude à la reconstitution d’une SFIO clandestine. Il faut également insister sur le rôle joué par des jeunes, par exemple les lycéens membres des Eclaireurs Unionistes protestants autour des frères Bruguerolle, Georges Lafont, Robert Brun…

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L’unification et le développement du mouvement Combat

A l’image de ce qui se passe sur le plan national, ces groupes se fédèrent peu à peu dans des mouvements plus importants. Dans le Gard, ils se fondent dans le mouvement Combat, mis en place après la réunion de ses principaux dirigeants nationaux à Nîmes le 11 janvier 1942. Albert Thomas, puis Georges Salan, sont les premiers chefs départementaux qui s’efforcent de structurer ce mouvement qui, dès l’été 1942, est assez fort pour afficher publiquement son opposition au régime : le 14 juillet 1942 à Alès, le 11 novembre 1942 à Nîmes, les militants de Combat organisent des manifestations patriotiques d’ampleur à l’appel de la radio de Londres, et ce malgré les mesures prises par les autorités.

Le développement de la Résistance et la libération du département

A partir du 2ème semestre 1942, l’audience des mouvements de Résistance grandit au fur et à mesure que les décisions du régime le déconsidèrent auprès des Gardois. La forte présence allemande entraîne une répression accrue; mais, dans un contexte de défaites de l’Axe et de contre-attaques victorieuses des Alliés, elle précipite aussi beaucoup de Gardois dans l’action résistante. Au sein de Combat, les premiers groupes francs sont mis en place par Jacques Renouvin : celui de Nîmes, dirigé par Georges Chouleur, organise à partir de juin 1943 plusieurs attentats spectaculaires contre les troupes d’occupation et les collaborateurs.

La Résistance a aussi pour mission de protéger les clandestins des arrestations et d’éviter les déportations massives vers les usines de guerre allemandes. Dès la fin 1942, des lieux sûrs et des maquis se créent dans le Gard: mas Rouquette, quartier de l’Eau Bouillie à Nîmes, maquis à Aire-de-Côte près de Saumane, puis le maquis de Lasalle après l’attaque du maquis d’Aire-de-Côte. D’autres maquis naissent autour de l’Aigoual-Cévennes et du secteur nord (maquis d’Orgnac, de L. Ferri). L’ORA et le Corps Franc des Ardennes s’implantent aussi dans le Gard rhodanien et les zones limitrophes.

La répression se durcit en 1944: 1523 arrestations recensées dans le Gard, 92 exécutés et 518 déportés. L’arrivée des Waffen-SS et des divisions panzer accélère les opérations contre les maquis et les patriotes, notamment à Alès et à Nîmes. L’annonce du débarquement en Normandie (6 juin 1944) puis en Provence (15 août 1944) entraîne un gonflement spectaculaire des effectifs des maquis, mais l’unification des FFI gardois reste largement théorique et les actions restent souvent localisées et ciblées.

Le Gard est totalement libéré durant la deuxième quinzaine d’août 1944: Alès est libérée le 21 août, Nîmes le 24 août. Le 2 septembre 1944, la première réunion du Comité Départemental de Libération se tient et les grandes fêtes patriotiques des 3 et 4 septembre symbolisent la libération. Cependant, les difficultés de reconstruction sont immenses: le Gard est « hébété, sous-alimenté » selon le Commissaire régional de la République, Jacques Bounin.

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