Relève agricole et entrepreneuriat: enjeux et défis pour le Bas-Saint-Laurent et au-delà
Entre 1996 et 2016, on note une diminution d'environ 20% d'exploitations et d'exploitants agricoles pour le Québec et le Bas-Saint-Laurent. Il s'agit d'une réalité qui s'inscrit au coeur d'enjeux économiques, démographiques et sociaux du monde rural. Dans le cadre de cette recherche, nous nous intéressons à une partie de ce problème, soit le démarrage de fermes. À partir d'un échantillon constitué de 13 entreprises agricoles du Bas-Saint-Laurent, nous nous sommes appliqué à décrire le déroulement du démarrage et les premières années d'exploitation de l'entreprise agricole. En nous inspirant de la littérature sur l'entrepreneuriat, nous avons choisi d'investiguer plus spécifiquement trois angles. La subjectivité de l'exploitant compris au travers des choix, de la satisfaction envers la situation et de l'engagement qu'il porte à son projet. La relation entre le ménage et l'entreprise où l'on cherche à comprendre le fonctionnement de l'interface travail-famille et la façon dont celle-ci influence les choix. La dimension relationnelle où l'on s'intéresse à la fois aux aides apportées par le réseau de l'environnement et aux lois et normes découlant des organisations. La somme de ces analyses nous permet de faire avancer la connaissance sur le sujet en nous permettant d'avoir une vision plus complète du phénomène de démarrage d'entreprise agricole et de la situation que vivent les exploitants.
Cadres conceptuels et dynamiques de l'entrepreneuriat familial
Le modèle de l’entrepreneuriat familial, majoritaire dans l’agriculture française, apparaît aujourd’hui comme un levier économique robuste mais vulnérable, un mois après le mouvement de colère qui s’est prolongé lors de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le 24 février à Paris. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture familiale joue en effet un rôle essentiel pour ce qui est de rendre les systèmes agroalimentaires plus inclusifs et plus durables, plus résilients, et plus efficaces. En tant que gardiens de la biodiversité, des paysages, des communautés et du patrimoine culturel, les agriculteurs familiaux dépassent les simples considérations de rentabilité financière pour y inclure des considérations d’ordre socio-émotionnel. Avec cet état d’esprit, les entreprises familiales agricoles s’avèrent être non seulement plus performantes, mais également plus résilientes.
Ainsi, plutôt que de se centrer exclusivement sur les jeunes dans les lycées agricoles, transmettre l’entreprise à la génération suivante apportera des atouts uniques performance : vision de long-terme, ancrage territorial fort ou encore ressources stratégiques (histoire, savoir-faire, valeurs, capital de confiance, etc.). Mais comment relever ce défi de la transmission générationnelle ? Notre récente recherche apporte des éléments de réponse à cette question. Il en ressort notamment que, s’il existe un problème d’attractivité chez les jeunes pour les métiers agricoles et l’installation en agriculture, le véritable défi réside au niveau intergénérationnel. La génération des cédants partage également une responsabilité dans ce problème.
La composante familiale s’estompe. Tout d’abord, notons que des mutations structurelles compliquent cette transmission. La composante familiale tend ainsi à s’atténuer dans le travail agricole. Les exploitants agricoles ont de plus en plus recours à une main-d’œuvre extérieure au cercle familial, souvent sous forme de salariat agricole. L’agriculture est également largement perçue comme générant des revenus modestes et impliquant des contraintes de travail importantes. Les générations plus jeunes, du fait de leurs parcours éducatifs, s’éloignent en outre souvent de l’exploitation. Il faut aussi composer avec le phénomène d’« agribashing » qui peut constituer un repoussoir. Le recensement agricole de 2020 révèle ainsi que la France compte 100 000 exploitations de moins qu’en 2010. Deux phénomènes s’articulent : la baisse du nombre total des exploitations des entreprises réalisant moins de 2000 euros de recettes par mois et l’agrandissement des exploitations agricoles.
Les jeunes estiment que la durée de travail en agriculture est non seulement élevée par rapport à d'autres secteurs, mais également répartie sur tous les jours de la semaine. En 2019, les agriculteurs ont déclaré travailler en moyenne 55 heures par semaine pour leur emploi principal, comparé à 37 heures pour l’ensemble des travailleurs. Cette réalité va à l’encontre de ce que recherche la nouvelle génération, qui aspire à trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. « La nouvelle génération peut faire la différence ».
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Cependant, les jeunes particulièrement enthousastes à entreprendre dans le domaine agricole, qu’ils soient ou non membres d’entreprises familiales agricoles, sont motivés avant tout par le désir d’avoir « un travail stimulant » et attirés par des approches respectueuses de l’écosystème. Une agricultrice interrogée sur sa motivation, dans le cadre d’une enquête menée auprès des étudiants ingénieurs d’UniLaSalle, met en avant : « Une envie forte de m’impliquer face aux enjeux du changement climatique. Une prise de conscience personnelle assez forte de vouloir être dans l’action » car le secteur agricole a une importance vitale pour la société, pour le monde, pour le rôle à jouer face aux enjeux du changement climatique justement. En entreprise familiale, la motivation de la nouvelle génération s’inscrit également dans cette lignée tout en s’imbibant d’autres dimensions. Comme l’affirme Marianne Gamet, « la nouvelle génération peut faire la différence dans l’entreprise familiale agricole ».
Tout en s’acharnant à dire que la cession de parts de l’entreprise à un investisseur externe n’est pas une option pour elle, rejoindre la Maison de Champagne Gamet trouve ses sources dans la passion du métier qui lui a été transmise et qu’elle tient à perpétuer pour assurer la continuité de l’affaire familiale. En France comme ailleurs, cette motivation se concrétise dans la diversification des activités : méthanisation, le photovoltaïque, le tourisme agricole ou encore des visées éducatives. Autres exemples : des initiatives œuvrant dans l’agroalimentaire durable et l’éducation à l’agriculture.
L’esprit entrepreneurial, souvent considéré comme l’ADN des entreprises familiales, incarne l’essence même des facteurs de motivation des jeunes familiaux à prendre la relève, notamment le goût des défis à relever, le désir d’autonomie, la créativité et la volonté de s’impliquer dans les décisions et de concrétiser des projets. L’alliance entre aspects psychologiques et organisationnels constitue le point clé de la transmission dans le secteur agricole.
Préparer et sécuriser la transmission
Se retirer au bon moment: Une relation saine entre le cédant et le repreneur contribue par ailleurs à établir des bases solides, entraînant une cohabitation harmonieuse et, par conséquent, une transition réussie de l’affaire agricole dans le cadre familial. Elle implique une compréhension des attentes mutuelles, suivie par un ajustement effectif des rôles et des décisions. Les prédécesseurs doivent également être capables à la fois d’accompagner la phase post-transmission et de se retirer au bon moment, en faisant confiance à la jeune génération. Le rôle des exploitants agricoles en place est donc de se préparer à cette transition en l’anticipant et en travaillant à rendre leurs exploitations transmissibles aux nouvelles générations. Cela implique de répondre à leurs attentes en créant des conditions favorables à la reprise, notamment en adoptant des pratiques et des modèles d’exploitation qui tiennent compte des évolutions souhaitées par cette nouvelle génération. Parmi ces adaptations, figure l’organisation du travail, notamment le recrutement de salariés pour améliorer les conditions de travail sur l’exploitation en réduisant la pénibilité et les contraintes. En déléguant les tâches techniques, l’exploitant agricole peut par exemple consacrer davantage d’attention à des aspects stratégiques, innovants et durables de l’exploitation. Réduisant ainsi la pénibilité liée aux nombreuses activités agricoles exigeantes physiquement, l’agriculteur contribue à moderniser l’image de l’agriculture, démontrant qu’elle est une profession dynamique, impliquant des compétences variées et offrant des opportunités de carrière diversifiées.
« Apporter quelque chose de nouveau » - Les exemples d’installations réussies dans le cadre familial soulignent l’importance cruciale de la transmission des savoirs et des valeurs familiales, conjuguée à une approche innovante indispensable pour garantir la durabilité de l’exploitation et l’épanouissement du repreneur. Marius Voeltzel, producteur de légumineuses, illustre cette dynamique et affirme l’importance du projet personnel et du soutien familial lors du démarrage.
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Transmission de l’entreprise familiale agricole: cas illustratif et analyses autour du maintien des savoir-faire et de l’innovation pour assurer la continuité et la résilience des entreprises agricoles familiales.
Enjeux financiers, politiques et territoriaux de la relève
Le débat autour des terres agricoles et du financement est central: l’accès à la terre reste un obstacle majeur pour les jeunes qui veulent s’établir. La valorisation des terres et les mécanismes fiscaux jouent un rôle clé dans les décisions de transmission ou d’installation. Des propositions de réforme du financement agricole apparaissent comme nécessaires pour faciliter l’entrée des jeunes sur le marché.
Dans ce cadre, des mécanismes de soutien et des cadres juridiques doivent être adaptés pour soutenir la relève et favoriser l’installation de nouvelles entreprises agricoles tout en ménageant la durabilité et l’équilibre entre travail et vie privée des exploitants.
Webinaire sur différentes ressources et solutions financières pour la relève agricole
La France et le Québec partagent des questionnements similaires sur la transmission intergénérationnelle, les coûts d’installation et les besoins de réseau; l’analyse croisée peut nourrir des politiques publiques et des pratiques associatives plus adaptées aux réalités locales et régionales.
Tableau récapitulatif des principaux leviers et défis
| Levier | Défi | Exemple ou élément clé |
|---|---|---|
| Réforme du financement | Disparités de taux et garanties | Propositions de prêts longs et à taux stables |
| Accès à la terre | Prix élevés et spéculation | IMR et incitations à vendre à la relève |
| Transmission | Égalité fiscale intra-familiale | Rectification en 2016 au Québec |
| Organisation du travail | Pénibilité et recrutement | Salariés agricoles et délégation des tâches techniques |
La relève agricole est confrontée à un parcours du combattant pour obtenir les prêts nécessaires à leur installation. La multiplicité des prêts à contracter, avec des taux d’intérêt variés et des garanties parfois difficiles à fournir, constitue un véritable casse-tête pour ces jeunes entrepreneurs. Des obstacles financiers empêchent trop souvent la réussite de la transmission ou le démarrage d’entreprises agricoles. La FRAQ mise sur deux propositions majeures : un régime de retraite dédié aux agriculteurs et une loi contre la spéculation foncière. La surenchère des terres agricoles met en péril la relève. Pour la FRAQ, cette inflation des prix compromet l’avenir des futurs agriculteurs. Ce cadre politique et financier peut être renforcé par des initiatives éducatives et communautaires en réseau.
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