Biographie de Véronique Sanson

Éternelle amoureuse de la musique et des mots, Véronique Sanson est sur scène une délicieuse composition de qualificatifs aussi opposés que complémentaires. À la fois forte et fragile, douce et rebelle, tendre et cruelle, sauvage et raffinée, éclatante et lancinante, électrique et chaleureuse, proche et inaccessible, sensuelle, féline, contrastée, elle nous fait passer du rire aux larmes, d’un feeling à l’autre avec le même bonheur étourdissant.

Véronique Sanson est née avec la musique dans l’âme. Elle nous fait naviguer depuis plus de trente ans au gré de ses envies, de ses coups de cœur, de sa passion sur des sonorités qui vont du rock au classique en passant par des accents jazzy ou des rythmes ensoleillés d’Amérique latine. À cela est venue se greffer une voix unique, reconnaissable entre toutes et qui chante des textes d’une rare sensibilité, passant de la violence à la douceur, de la confidence à la déclaration, de la joie à la colère avec le même talent.

Origines familiales et premières années

René Sanson épouse Colette Lucas. Résistants de la première heure, réunis par le même réseau de renseignements, ce sont deux authentiques héros de la Libération qui feront du V de la Victoire l’initiale de leurs deux filles. Naissance de Véronique : le garçon tant espéré par René sera un garçon manqué. Les deux filles sont élevées dans l’amour de la musique, leur père leur donne le goût du piano plus qu’il ne le leur enseigne.

Les cours suivront, mais l’allergie de Véronique à la discipline et au solfège la poussera à continuer seule. Sa mère lui apprend ses premiers accords de guitare. L’apprentissage des langues est aussi au programme (nombreux séjours dans des familles anglaises et espagnoles pendant les vacances, plus tard pension en Angleterre).

Débuts musicaux et Roche Martin

Véronique et Violaine se lient d’amitié avec François Bernheim. Ils chantent à trois voix les chansons que François, puis Violaine composent. Au cours de l’été 1965, une grave méningite fait frôler le pire à Véronique, et lui laissera des troubles de mémoire, en même temps qu’un féroce appétit de vivre sans compter.

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Fin 1966, les trois comparses se voient proposer par Alain De Ricou, directeur des Éditions Pathé-Marconi, un essai dans les studios de la maison de disques. Les Roche Martin sont nés et un premier super 45 tours est enregistré sous la houlette de deux très jeunes directeurs artistiques : Claude-Michel Schönberg et Michel Berger. Il sortira le 24 avril 1967, jour des 18 ans de Véronique. Le succès n’étant pas au rendez-vous, l’aventure Roche Martin tourne court.

Collaboration avec Michel Berger et premiers 45 tours

Après son deuxième échec au bac (pour 1 point à l’oral !), Véronique décide de se consacrer entièrement à la musique, main dans la main avec Michel Berger, qui produit pour lors, entre autres artistes Pathé, les disques d’Isabelle (de son nom complet Isabelle de Funès, elle est la nièce de Louis). Trois super 45 tours sortiront en 1968 et 1969, avec sur chacun une chanson de Véronique. Elle réenregistrera Mon voisin (sur un texte de Violaine), Une odeur de neige, et Jusqu’à la tombée du jour 24 ans plus tard, sur l’album Sans regrets.

Le premier véritable 45 tours de Véro en tant qu’auteur-compositeur-interprète sort en 1969 avec Le printemps est là, et Le feu du ciel, qui sera également repris sur l’album Sans Regrets en 1992. En 1970, tandis que Michel Berger voyage aux États-Unis et rencontre Ira Gershwin, frère et parolier de leur compositeur fétiche à tous deux, Véronique séjourne au Japon où son père est Commissaire Général de la délégation française à l’Exposition universelle d’Osaka.

Travail de composition et premières influences internationales

Elle continue à collaborer aux nombreuses productions de Berger : sur l’album de Jeremy Faith, gros coup marketing monté sur un prétendu chanteur de gospel et blues américain (en fait un Autrichien ramassé dans le métro de Paris) qui fera un tabac avec sa chanson Jesus (signée Michel Hamburger, le vrai nom de Michel), un titre cosigné par Véronique, sous le pseudonyme L. Véronique et Michel se composent un répertoire prolifique, stimulés par une saine émulation ; après l’enregistrement par Michel de Puzzle, son album instrumental pop-symphonique, Véronique s’attèle à la composition d’un concerto pour deux flûtes, deux clarinettes et orchestre, qui restera dans les tiroirs avant que les partitions ne s’éparpillent.

Daniel Filipacchi, le père de Salut Les Copains, monte la filiale française de la maison de disques américaine WEA avec Bernard de Bosson, jusqu’alors responsable du département rhythm’n’blues chez Barclay, qui lui-même recrute Michel Berger comme directeur artistique. Certaines des chansons maquettées à l’époque, qui n’ont pas été retenues pour l’album, seront revisitées et publiées beaucoup plus tard par Véronique au fil des albums (Panne de Cœur en 1992, Clapotis de soleil en 2001, La Nuit se fait attendre en 2010).

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Le succès avec Amoureuse

Le premier 30 cm de Véronique Sanson, qui restera sous le titre d’Amoureuse, sort le 20 mars 1972, et connaît un succès immédiat. Besoin de personne résonne sur toutes les radios, le 45 tours est écoulé à plus de 200 000 exemplaires en 5 mois. Enfin, on célèbre l’arrivée d’une toute jeune fille auteur et compositeur de ses chansons, la première après les figures tutélaires de Barbara et d’Anne Sylvestre.

Il serait injuste de ne pas citer aussi celle, plus effacée, de la grande Françoise Hardy, qui avait fini par renoncer à composer à mesure que s’affirmait son talent d’auteur, et qui avouera que l’apparition de Véronique, l’évidence de son talent musical et vocal, la pureté de ses mots, la limpidité de la production Berger, l’avaient bouleversée au point qu’elle envisagea de mettre un terme à sa propre carrière.

Premières scènes et affirmation

Avec le succès radiophonique, viennent les premiers passages télévisés qui révèlent une charmante personne à l’apparence frêle et à la timidité extrême. L’épreuve la plus redoutable reste à venir : Véronique affronte pendant un mois le difficile public du cabaret de la Tour Eiffel, en première partie de Guy Mardel. Vient ensuite, après un premier gala en ouverture de Michel Polnareff, la tournée d’été avec Pierre Vassiliu et Julien Clerc, tandis que mûrissent les titres du deuxième album.

Plus pêchu que le premier, poussant à son meilleur la fusion bossa-rock, il est largement inspiré par la présence à la fois terriblement envoûtante et vertigineusement dangereuse d’un nouvel amour dont l’appel lancinant va pousser Véronique à tout quitter. Et de fait, après avoir présenté Comme je l’imagine en télévision, Véronique disparaît dans un premier temps une longue semaine, avant même la sortie de l’album De l’autre côté de mon rêve.

Rencontre avec Stephen Stills, mariage et période nord-américaine

C’est finalement le 22 février 1973 que Véronique part sans crier gare rejoindre le guitariste superstar Stephen Stills, qu’elle avait rencontré un an auparavant. Si Véronique et Stephen s’installent dans les montagnes du Colorado, c’est à Guilford (Angleterre) qu’ils se marient le 14 mars 1973. Puis, Véronique s’envole pour le Québec où elle est très attendue depuis le succès là-bas de son premier album.

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Les Québécois ont dès sa sortie privilégié la chanson Amoureuse quand la France avait préféré Besoin de personne, et plusieurs chanteuses québécoises l’ont inscrite à leur propre répertoire. C’est donc entre Montréal et Québec que Véronique Sanson donne ses premiers récitals en vedette et révèle déjà, malgré sa timidité, un incroyable tempérament de femme de scène. Pendant ce temps, sortent au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Espagne, en Allemagne, les adaptations de Amoureuse et Besoin de personne par Véronique dans les langues locales.

Patrick Bruel à Québec

Carrière internationale et retours en France

Mais c’est par la voix de la chanteuse Kiki Dee, produite par Elton John, que la version anglophone d’Amoureuse fait un énorme carton outre-Manche, et entame une carrière internationale qui se poursuit encore. La version anglaise de la chanson par Véronique sera éditée en France en 1974 pour faire patienter un public qui se languit de retrouver l’enfant prodigue, absente des plateaux et des scènes pendant près de deux ans.

Le premier de ces retours vient finalement à l’automne 1974, après que Véronique a en quelque sorte accouché de deux bébés : Christopher (né le 19 avril) et Le Maudit, son 3e album, qu’elle a non seulement écrit et composé, mais aussi arrangé et produit, à Hollywood, avec les formidables musiciens de Stephen Stills. Résolument rock, musicalement plus fourni que les deux premiers opus, Véronique y révèle un chant beaucoup plus âpre, expérimente l’écriture des cordes et couvre toutes les nuances de sa riche palette musicale avec une énergie nouvelle, en même temps qu’elle y livre des sentiments d’une noirceur inédite.

Olympia et la consécration

C’est le 7 octobre, pour une soirée Musicorama qu’il faudra doubler le surlendemain pour satisfaire l’affluence, que naît la grande histoire d’amour entre Véronique, son public, et l’Olympia. La présence de Stills à ses côtés sur scène n’explique pas seule la bousculade, et elle le prouvera en remplissant à nouveau la salle toute une semaine en février 1975, avant sa première grande tournée française. Véronique bouge encore très peu en scène, ne quitte qu’exceptionnellement le piano, s’adresse à peine à la salle, mais elle met toute son énergie dans la musique, et son charme insolent fait le reste.

Véronique donne au cours de cette tournée la primeur de quelques chansons inédites (Redoutable, When we’re together) qui vont figurer sur l’album publié en 1976. Préparé en France et enregistré à Londres, sous la férule du producteur Bernard Saint-Paul, qui réalisera également les trois suivants, Vancouver réussit la synthèse parfaite entre la limpidité romantique des deux premiers disques et la luxuriance énergique du troisième. Il est celui qui définit à coup sûr le mieux le “style Sanson”, entre fantaisies pianistiques (Full Tilt Frog, Tu sais que je t’aime bien) et blues à cœur ouvert (Redoutable, Étrange Comédie).

Années de tournées, albums live et expérimentations

Tiré par le succès de la chanson titre, perfection de composition pop en même temps que carte de visite définitive, l’album sera rapidement le premier à atteindre le disque d’or. Il est présenté sur scène dès sa sortie pendant deux semaines à l’Olympia, où sera gravé le premier d’une longue série d’enregistrements publics. On trouve sur ce Live at the Olympia un titre inédit qu’elle crée au cours de ce récital : Je serai là.

Nouveau virage musical, l’album Hollywood, foisonnant de cordes et explosant de cuivres sur des rythmes flirtant avec le funk, est de ces disques mal aimés à leur sortie qui s’inscriront comme des classiques avec le temps. Ce qui pouvait à l’époque sembler une concession aux sons du disco omniprésent, se révèle aujourd’hui d’un groove inégalé, avec des titres qui prendront toute leur dimension sur scène (Bernard’s song, Féminin).

Claude Wild devient son tourneur, et lui programme deux séries de concerts en 1977, qui visitent le Québec et le Festival de Montreux, et dont Michel Jonasz assure certaines premières parties. Tandis qu’à la ville son couple se déchire et entame une longue procédure de divorce qui tournera au combat sans merci, Véronique confie son désespoir en écrivant Ma Révérence, qui sort en avril 1979, et sera reprise sur l’album 7ème à l’automne.

Années 1980 : prise en main artistique et tournées monumentales

Les titres sont forts et sont presque tous devenus des standards de son répertoire (Je suis la seule, Celui qui n’essaie pas, Mi-maître, mi-esclave…), mais, à l’inverse du précédent, surchargé par les premiers sons de synthétiseurs, innovants pour l’époque, le son de l’album vieillira mal. Pendant les années ’80, Véronique reprend en main la production de ses albums, dont elle cosigne souvent la réalisation avec certains de ses musiciens, à un rythme nettement plus espacé, d’en moyenne quatre ans entre chaque album, bien qu’elle ne reste jamais plus d’un an éloignée des scènes.

C’est en tandem avec Bernard Swell qu’elle produit l’album Laisse-la vivre (Monsieur Dupont, L’amour qui bat…) avant d’entamer la tournée de tous les records, grands moyens, grosse équipe et retour de la section de cuivres, qui s’installe trois semaines durant au Palais des Sports de Paris, immortalisé sur le deuxième album public. On annonce ensuite son retour pour la fin de l’année avec un Olympia réservé pour un mois, mais l’album attendu ne sort pas.

Enfin divorcée de Stills, séparée aussi de Swell, Véronique s’est installée définitivement en France, et y goûte la douceur de vivre aux côtés de son fils, mais peine à retrouver l’inspiration. Seules deux compositions nouvelles sont au programme. C’est donc sur un 45 tours enregistré à l’Olympia en décembre 1983 que le public découvrira la nouvelle chanson poignard Le Temps est assassin.

Retour à une production française et album blanc

À l’exception de son vieux complice Willy Andersen à la guitare, qui sera relayé par Lionel Gaillardin pour la tournée 1984, l’équipe est entièrement française, tout comme le sera le casting qui entourera Véronique en studio l’année suivante, pour la première fois depuis 1972. En mai 1985, C’est long, c’est court annonce enfin sur les radios la parution du 8e album, sans titre, que tous appelleront finalement l’album blanc, réalisé par Véronique avec son équipe de musiciens.

Un disque à nouveau riche de chansons fortes, qui se clôt sur une pièce de plus de 7 minutes composée comme une rhapsodie, œuvre maîtresse, mais par son format très peu diffusée : Ainsi s’en va la vie. Un nouvel Olympia triomphal fin 1985, sanctionné par un troisième album public, quelques festivals en France et au Canada l’année suivante (elle visite pour la première fois Vancouver, dix ans après sa chanson), et c’est sur une formule inédite que se ferme ce cycle à l’automne 1986 : elle partage un mois avec Alain Souchon la tournée bicéphale Chacun mon tour qui parcourt France, Belgique et Suisse à guichets fermés.

Fin des années 80 et retrouvailles avec Michel Berger

Après quoi, elle s’offre une année sabbatique bien méritée, et mûrit de nouvelles chansons. C’est donc en 1988, avec à nouveau musiciens et studio français, que Véronique met en chantier un album plus percutant, tant dans les musiques que dans les textes, incisifs et engagés, qui inspireront le titre Moi, le venin. Une chanson se détache, mais sa réalisation trop “sansonnienne” est jugée pas assez au goût du jour par la maison de disques, qui suggère de la faire réenregistrer par le producteur alors au sommet de la variété française : Michel Berger.

Allah sera donc l’occasion de belles retrouvailles artistiques, et cartonnera en radio, avant de s’attirer les foudres de quelques prétendus fondamentalistes mus...

Année Événement marquant
1967 Sortie du premier super 45 tours avec Roche Martin
1969 Premier 45 tours en tant qu’auteur-compositeur-interprète
1972 Sortie de l’album Amoureuse
1973 Mariage avec Stephen Stills et premiers récitals au Québec
1974 Sortie de Le Maudit et naissance de son fils Christopher
1976 Sortie de Vancouver (disque d’or)
1983-1985 Retour à une production française, album blanc et Olympia triomphal

Tout au long de sa carrière, Véronique Sanson aura su mêler exigence artistique et sensibilité populaire, oscillant entre moments d’éclat public et retraites plus intimes, produisant des albums qui, parfois rejetés à leur sortie, s’imposent ensuite comme des œuvres majeures. À la fin d’un concert, quelque chose a changé, le regard brillant mais dans le vague, le sourire dont on ne se départ pas… et oui, avouons-le, on est amoureux.

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