Bataille de Villers-Bocage : déroulement, acteurs et faits marquants
Le 13 juin 1944, au lendemain du Débarquement, de violents combats opposent blindés britanniques et unités allemandes dans et autour de Villers-Bocage, petite commune du Calvados d'environ 1 200 habitants. La bataille, concentrée sur la journée du 13 juin, marque une confrontation intense entre la 7th Armoured Division britannique et des éléments blindés allemands, notamment le schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101.
Contexte stratégique et objectifs
Pour les Britanniques, qui cherchent à trouver une solution pour atteindre les objectifs de l'opération Perch, c'est une occasion parfaite pour contourner Caen par l'ouest afin de s'en emparer tout en prenant au piège la Panzer‑Lehr‑Division. Le général Montgomery profite de cette avancée rapidement de l'armée américaine pour porter immédiatement un nouveau coup aux forces allemandes. Son objectif principal est la ville de Caen qu'il décide de contourner par l'ouest. Il lance la 7e Division Blindée Britannique vers Villers‑Bocage.
Dès le 12 juin 1944, la 2e armée britannique cherche à exploiter la percée du front par les Américains dans le secteur de Caumont‑l'Éventé où la 352. Infanterie‑Division, en action depuis le Jour‑J, ne peut plus tenir. L'étude du terrain permet de constater que pour accélérer la progression, un débordement dans le secteur de Villers‑Bocage est préférable du fait de la nature accidentée des différents compartiments de terrain plus à l'ouest. Par ailleurs, des points hauts dans les environs de Villers‑Bocage (et en particulier la cote 213 au nord‑ouest) permettent d'assurer une bonne observation de la région, ce qui profite pour l'instant aux Allemands.
Forces en présence
- Alliés : 7th Armoured Division britannique, dont la 22nd Armoured Brigade (4th County of London Yeomanry, 1st Battalion Rifle Brigade) et éléments du 1/7th Battalion, Queen's Royal Regiment ; appui d'artillerie du 5th Royal Horse Artillery et soutien aérien ultérieur.
- Allemands : Panzer‑Lehr‑Division, schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101 (compagnies équipées de Tigre I type E) commandées par l'Hauptsturmführer Karl Möbius (1. Kompanie) et l'Obersturmführer Michael Wittmann (2. Kompanie), ainsi que renforts de Panzer IV.
Déroulement chronologique des combats
Le 13 juin 1944 à 7 heures, l'escadron A du 4th County of London Yeomanry atteint Villers‑Bocage sans encombre depuis l'ouest. Tôt le matin du 13 juin, la colonne de tête de la 22e brigade blindée pénètre dans Villers‑Bocage, abandonnée par les Allemands la veille. Les habitants accueillent les soldats avec enthousiasme.
Pendant ce temps, la 2e compagnie commandée par Wittmann qui a camouflé ses chars dans la végétation au sud de la colline 213, observe le régiment et ses 60 chars (en plus d'une soixantaine de véhicules blindés) manœuvrer dans Villers‑Bocage. Ne s'attendant pas à être au contact de l'adversaire aussi rapidement, il est dans l'obligation de réfléchir dans les plus brefs délais à sa manœuvre.
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À 8 heures, les premiers éléments de l'escadron A atteignent les abords du point coté 213 sans reconnaissance préalable. À 9 heures, le Sergeant O'Connor progresse sur la route à hauteur de la cote 213 à bord de son half‑track lorsqu'il décèle le char Tigre de Wittmann. Il hurle à la radio : « Bon Dieu, il faut dégager de là ! Il y a un char Tigre qui progresse à une cinquantaine de mètres de nous ! ». L'effet de surprise fonctionne parfaitement : Wittmann profite de ce moment de flottement durant lequel le régiment réorganise son dispositif pour attaquer à très courte distance avec ses six blindés.
Soudain, peu après 9 h, surgit à l'improviste un monstre d'acier de 55 tonnes, tirant coup sur coup. C'est un char « Tigre », l'engin le plus redouté des Alliés. À son bord, l'Obersturmführer Michael Wittmann, l'as des blindés allemands, l'homme aux 120 chars détruits sur le front de l'Est. Crachant le feu de son canon et de ses mitrailleuses, le « Tigre » remonte imperturbablement la colonne britannique, détruisant les chars, pulvérisant au passage chenillettes, half‑tracks et véhicules de reconnaissance, serrés les uns contre les autres et qui ont beaucoup de peine pour se dégager. Deux obus tirés par un char « Cromwell » rebondissent sur sa carapace d'acier. D'un seul coup, Wittmann met son adversaire hors de combat.
Son Tigre progresse derrière l'escadron A du 4th County of London Yeomanry et il engage un char Cromwell qui est aussitôt détruit. Un char Firefly est mis hors de combat et prend feu au milieu de la route, tandis que trois blindés anglais supplémentaires sont détruits dans les minutes qui suivent. Les Allemands encerclent l'escadron de chars britanniques qui est progressivement mis hors de combat. Wittmann progresse ensuite sur la route, accompagné par trois autres Tigre (commandés par Hantusch, Sowa et Stief) et ils remontent la colonne de véhicules adverses entre la cote 213 et l'entrée du village, semant terreur et destruction.
Un Sherman et un Cromwell utilisés par les artilleurs du 5th Royal Horse Artillery et transformés en postes d'observation, sont détruits par des tirs directs du char de Wittmann qui s'est engagé seul dans la rue George Clemenceau de Villers‑Bocage. Wittmann atteint la place Jeanne d'Arc et entame aussitôt un duel avec un char Sherman Firefly : un obus du Tigre touche une maison à proximité d'un char Cromwell et les ruines le recouvrent partiellement. Wittmann reçoit un coup direct du Firefly qui endommage temporairement son système de visée mais le Tigre parvient à détruire le blindé anglais.
Le Captain Pat Dyas, Adjutant du 4th County of London Yeomanry, doit abandonner son Cromwell qui est détruit mais il est tué par un soldat allemand posté dans une maison bordant la rue principale. Wittmann prend la décision de se replier et traverse la rue Clemenceau en direction de la cote 213. Peu après 9 h 30, le sergent Bray engage le Tigre avec son canon antichar 6 Pounder à l'est de Villers‑Bocage et parvient à le stopper.
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Plus tard dans la matinée, le Major Werncke de la Panzer‑Lehr‑Division effectue une reconnaissance du secteur de Villers‑Bocage et découvre une colonne de chars Cromwell sans équipages. Werncke parvient à embarquer dans l'un des blindés, le conduit et quitte la position avant même que les Anglais ne puissent réagir, se dirigeant ensuite vers le château d'Orbois. Dans Villers‑Bocage, la 22nd Armoured Brigade se réorganise et prépare sa ligne de défense en attendant des renforts.
Peu après 10 heures, la 4e compagnie du schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101 commandée par l'Hauptsturmführer Rabe atteint le secteur et engage aussitôt le combat aux environs du village, attaquant des unités britanniques isolées sur la cote 213. Le 1/7th Battalion, Queen's Royal Regiment entre dans Villers‑Bocage et vient renforcer le dispositif défensif anglais, faisant plusieurs prisonniers allemands de la 2. Panzer‑Division. Ils livrent un difficile combat de maison à maison pour repousser les Allemands en dehors du village. Les chars sont dissimulés entre les bâtiments, en mesure de déboucher dans les rues pour prendre à partie d'éventuels blindés adverses.
Toutefois, ces derniers parviennent à fixer l'état‑major du 1/7th Battalion, Queen's Royal Regiment et les Anglais prennent la décision d'évacuer le village. L'infanterie quitte les lieux dans un premier temps, appuyée par les chars et par des obus fumigènes tirés par le 5th Royal Horse Artillery. L'artillerie américaine du V Corps apporte également son soutien au repli britannique qui s'effectue jusqu'au village de Tracey‑Bocage, deux kilomètres à l'ouest de Villers‑Bocage.
Après‑midi et contre‑attaques
À 13 heures, les Anglais décèlent des blindés allemands à l'approche du village et ouvrent le feu avec leurs canons antichar ; ils parviennent à détruire un char au nord et deux autres au sud. Wittmann parvient à rejoindre ses chars à hauteur de la cote 213 au même moment et réorganise sa compagnie avant de retourner au combat. Villers‑Bocage est entièrement encerclé par les Allemands. Ces derniers s'engagent à 13 h 45 dans le village depuis l'est et lorsqu'ils atteignent la place Jeanne d'Arc, les Tigre de tête tombent dans une embuscade et sont engagés à courte portée notamment par un Sherman Firefly commandé par le Sergeant Bramall et un canon antichar qui détruit le premier blindé.
Les trois Tigre suivants se séparent pour attaquer les positions anglaises à revers, mais l'un d'eux est détruit par un canon antichar, les deux autres sont immobilisés par l'infanterie utilisant les PIAT. Bramall décèle un cinquième blindé, se tenant immobile face à la place Jeanne d'Arc ; il décide de l'engager avec son Firefly en tirant à travers la fenêtre d'une maison. Le canon du Tigre est touché et celui‑ci se replie aussitôt. Mais le char Cromwell du Corporal Horne lui barre la route : il engage le char allemand et le détruit par un obus placé à l'arrière de la caisse du blindé.
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Les fantassins de la 2. Panzer‑Division lancent une violente attaque depuis le sud qui est accompagnée de tirs de mortiers sur le village. La compagnie A du 1/7th Battalion, Queen's Royal Regiment est durement touchée et une de ses sections est capturée par l'adversaire. Les chars de l'escadron B du 4th County of London Yeomanry interviennent pour les empêcher de s'emparer de Villers‑Bocage, infligeant de lourdes pertes aux Allemands. Les Britanniques, vaincus le matin, parviennent à reprendre le dessus l'après‑midi.
Pertes et bilan matériel
Durant cette première journée de combat pour la libération de Villers‑Bocage, la 22nd Armoured Brigade enregistre la perte de 217 hommes (tués, blessés, portés disparus ou faits prisonniers), 27 chars (20 Cromwell, 4 Firefly, 3 Stuart) et 30 véhicules de transport blindés (14 half‑tracks, 14 Carrier et 2 Sherman d'observation). Le chef de corps du 4th County of London Yeomanry, William Arthur Bampfylde Onslow (également connu comme Viscount Cranleigh), est fait prisonnier par l'adversaire. Côté allemand, la 1ère compagnie du Schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101 perd 9 tués et 10 blessés tandis que la 2e compagnie de Wittmann compte un mort et 3 blessés ; 6 Tigre et 2 Panzer IV sont détruits.
Conséquences opérationnelles et suite des opérations
Le 14 juin 1944, la 22nd Armoured Brigade s'est repliée à trois kilomètres à l'ouest de Villers‑Bocage où elle établit un périmètre de sécurité. Depuis cette position (appelée depuis « Brigade Box »), les Anglais ont des vues sur la région de Villers‑Bocage et peuvent ainsi contrôler les mouvements dans le secteur sans toutefois tenir ce village.
Du 14 au 15 juin, 337 bombardiers de la Royal Air Force (223 Lancaster, 100 Halifax et 14 Mosquito) bombardent la région : un Tigre du schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101 est détruit tandis que trois autres sont endommagés. Le 30 juin 1944 à 20 h 30, un nouveau bombardement a lieu sur Villers‑Bocage en appui de l'opération Epsom. Un mois plus tard, le 30 juillet, les Britanniques lancent l'opération Bluecoat qui a pour but de fixer les forces allemandes dans le secteur de Caen pendant que les Américains percent le front au sud du Cotentin.
Le 30 juin 1944, un terrible bombardement mené par 250 bombardiers de la Royal Air Force rase une grande partie de la ville. À la demande de Montgomery, pour s'assurer l'impossibilité totale de mouvement des chars allemands, 270 autres bombardiers viennent larguer plus de 1 100 tonnes de bombes supplémentaires, dont certaines peuvent encore être retrouvées aujourd'hui.
Rôle et actions individuelles marquantes
Parmi les actions individuelles qui ont marqué la bataille, l'intervention de l'Obersturmführer Michael Wittmann reste la plus célèbre : à bord de son char Tiger, Wittmann détruit un par un de nombreux véhicules ennemis et contribue largement au chaos qui s'empare de la colonne britannique. Le Sergeant Bramall, commandant d'un Sherman Firefly, et le Corporal Horne, au volant d'un Cromwell, tiennent également des rôles cruciaux en engageant et détruisant plusieurs Tigre lors de combats rapprochés en milieu urbain.
Un autre épisode notable est la capture puis la reprise d'initiatives autour du château d'Orbois et de la place Jeanne d'Arc, lieux de rudes engagements urbains où chars et fantassins se sont affrontés dans des duels meurtriers.
Matériel et images d'après‑combat
L'épave d'un char Panzer IV Tigre I du second bataillon du Panzer‑Lehr‑Regiment 130 détruit pendant les combats du 13 juin 1944 à Villers‑Bocage témoigne de l'intensité des affrontements. L'épave du char Sherman PC du Major Well dans la rue principale de Villers‑Bocage illustre aussi l'ampleur des destructions. Le canon factice en bois, permettant de dissimuler le Sherman commandement au sein des escadrons, est tombé à terre.
| Élément | Pertes approximatives (13 juin) |
|---|---|
| 22nd Armoured Brigade (britannique) | 217 hommes, 27 chars, 30 véhicules blindés |
| Schwere SS‑Panzer‑Abteilung 101 (allemand) | 1ère cpie : 9 tués, 10 blessés ; 2e cpie : 1 tué, 3 blessés ; 6 Tigre & 2 Panzer IV détruits |
Importance historique
La bataille de Villers‑Bocage, bien que limitée dans sa durée, eut un fort retentissement moral et stratégique dans la campagne de Normandie. Elle illustre la puissance et la vulnérabilité des unités blindées en milieu urbain, l'importance de la reconnaissance préalable et de la coordination entre blindés et infanterie. Il manquait toujours aujourd'hui un éclairage précis et étayé de la chronologie des événements de la bataille de Villers‑Bocage avec le rôle de chacun, ce qui alimente débats et recherches historiques.
Il y a 79 ans, le 13 juin 1944, soit une semaine après le Débarquement, démarrait la bataille de Villers‑Bocage, dans le Calvados, décisive dans la progression des Alliés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de violents combats entre les blindés anglais et allemands ont eu lieu lors de la bataille de Villers‑Bocage, dans le Calvados, le 13 juin 1944.
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