Table de Mobilité INSEE : Définition et Analyse

Pour mesurer la mobilité sociale intergénérationnelle, les sociologues construisent et analysent des tables de mobilité. Il s'agit d'un tableau à double entrée comparant les positions sociales des fils (placées généralement en colonnes) et les positions sociales des pères (placées généralement en lignes).

Lecture des tables de mobilité

En France, elles sont principalement le résultat du travail de l’Insee, qui construit ces tables sur la base de l’enquête Formation et qualification professionnelle, qui a lieu chaque décennie environ. Les personnes prises en compte sont celles qui ont atteint un âge qui fait penser qu’elles auront une certaine stabilité dans leur carrière. On retient, ainsi, en général les actifs de 40 ans et plus, même si dans des travaux plus récents, l’Insee a abaissé ce seuil à 30 ans.

La table de mobilité qui résulte directement de l’enquête est la table de mobilité brute où les personnes sont classées en fonction de leur PCS et de celle de leur parent retenu (père ou mère).

I. Comment sont construites les tables de mobilité ?

Il existe deux types de tables de mobilité :

  • les « tables de destinée » qui mesurent ce que deviennent les fils d'ouvriers, de cadres, etc. Les tables de destinée répondent à la question : « que sont devenus les fils de… ? »
  • les « tables de recrutement » qui mesurent l'origine sociale des cadres, des ouvriers, etc. Les tables de recrutement répondent à la question « de quel groupe socioprofessionnel viennent les… ? »

Les tables de mobilité sont élaborées à partir de l'enquête « Formation, qualification professionnelle » (FQP) réalisée régulièrement par l'INSEE. Cette enquête porte sur les actifs ayant un emploi ou ayant eu un emploi, âgés de 30 à 59 ans. Elles sont construites à partir d'une table en données brutes, c'est-à-dire « en nombres ». À partir de ces données, des pourcentages sont calculés.

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Pour la table de destinée (document 1), le chiffre 25 a été obtenu en calculant la part des fils d'agriculteurs qui le sont devenus. Les tables en données brutes de l'enquête FQP de 2014-2015 nous apprennent que 930 000 actifs âgés de 30 à 59 ans sont fils d'agriculteurs, parmi lesquels 232 000 le sont eux-mêmes. On peut ainsi calculer la part : (232 000/930 000) × 100 = 25 %. Tous les chiffres de la table de destinée sont calculés en suivant ce raisonnement.

Pour la table de recrutement (document 2), le chiffre 81,1 a été obtenu en calculant la part des agriculteurs âgés de 30 à 59 ans qui sont fils d'agriculteurs. Les tables en données brutes de l'enquête FQP de 2014-2015 nous apprennent en effet qu'il y avait 287 000 agriculteurs âgés de 30 à 59 ans, parmi lesquels 232 000 sont fils d'agriculteurs.

À partir de ces données brutes (les effectifs en milliers : voir table brute du 2.1.1), les statisticiens de l’INSEE construisent ensuite deux autres tables de mobilité : la table de destinée d’une part, et la table de recrutement d’autre part. Ces deux tables présentent des données en pourcentages, qui expriment mieux, de manière plus significative, les informations concernant la mobilité sociale.

  • * la table des « destinées » qui étudie ce que deviennent les individus (à quelle PCS ils appartiennent) en fonction de la PCS de leur père (ou leur mère).
  • * la table des « origines » (ou « recrutement ») qui étudie la PCS d’origine (celle de leur père ou de leur mère) des individus appartenant à chacune des PCS.

Les tables de mobilité sont des outils synthétiques puissants permettant de rendre compte des flux de mobilité sociale, c’est-à-dire des changements de catégorie sociale d’une génération à une autre.

Les « marges » des tables de mobilité (dernière ligne ou dernière colonne) rendent compte de la structure sociale pour la génération des parents (dans la table de recrutement) ou dans celle de la génération que l’on observe (dans la table de destinée). Il est alors possible de comparer les deux pour observer les changements de structure d’une génération à une autre. Par exemple, on observe en général une diminution de la proportion d’agriculteurs exploitants.

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La diagonale de la table indique le poids de l’auto-recrutement, c’est-à-dire la part au sein de chaque CSP de ceux qui en sont eux-mêmes issus.

Les « marges » des tables de mobilité (dernière ligne ou dernière colonne) rendent compte de la structure sociale pour la génération des parents (dans la table de recrutement) ou dans celle de la génération que l’on observe (dans la table de destinée). Il est alors possible de comparer les deux pour observer les changements de structure d’une génération à une autre. Par exemple, on observe en général une diminution de la proportion d’agriculteurs exploitants.

Mobilité sociale

II. Lire et interpréter une table de destinée

La table de destinée issue de l'enquête FQP 2014-2015 : que sont devenus les fils de… ?

Pour lire une table de destinée, il faut partir de la position sociale du père (en lignes) pour ensuite identifier celle du fils. Pour écrire une phrase montrant clairement que l'on sait lire une table de destinée, il est conseillé d'utiliser l'expression « sont devenus ». Par exemple, selon l'enquête FQP de 2014-2015, sur 100 fils d'ouvriers, 22,9 sont devenus professions intermédiaires.

Pour mesurer la fréquence de la mobilité sociale, il faut se pencher d'abord sur l'ampleur de la reproduction sociale. Par exemple, selon l'enquête FQP de 2014-2015, sur 100 fils d'ouvriers, 47,6 le sont devenus également. Pour la mesurer, il faut se pencher sur la diagonale de la table (chiffres en gras), tous les autres chiffres de la table montrant, au contraire, une mobilité sociale. Si la majorité des enquêtés changent de position par rapport à leur père, la reproduction sociale est néanmoins importante.

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On constate également que les trajectoires sont assez courtes : selon l'enquête FQP de 2014-2015, sur 100 fils d'ouvriers, 22,9 % deviennent professions intermédiaires (mobilité sociale ascendante courte), 9,4 % deviennent cadres (mobilité sociale ascendante longue), 12,3 % deviennent employés (mobilité sociale horizontale). Les cas de mobilité sociale descendante ou de déclassement sont rares : les fils de « cadres et professions intellectuelles supérieures » ne deviennent employés que dans 9,1 % des cas.

Dans la table de destinée (qui répond à la question : « Que deviennent les fils de ? »), les données de la dernière colonne valent 100 %. Ainsi, toutes les données de la table sont transformées en pourcentages qui expriment la proportion de fils issus de chaque GSP (celui de leur père) qui se trouvent dans telle ou telle GSP. Par exemple, pour trouver la proportion de fils d’agriculteurs qui sont eux-mêmes devenus agriculteurs, on fait le calcul suivant : 175 / 674 X 100 = 25 %. (En effet, sur 674 000 fils d’agriculteurs, 175 000 sont devenus eux-mêmes agriculteurs). Cette proportion signifie qu’en France, en 2014-2015, 25 % des fils d’agriculteurs sont devenus agriculteurs à leur tour.

Selon la table de destinée ci-après, on observe également, par exemple, que 22,9 % des fils d’artisans, commerçants et chefs d’entreprises occupent une profession intermédiaire, ou encore que seuls 9,4 % des fils d’ouvriers sont devenus cadres.

Les tables de destinée nous renseignent sur ce que deviennent les fils issus d’une catégorie socioprofessionnelle donnée. « Ce qu’ils deviennent » correspond bien à leur « destinée ».

La table de destinée du 2.1.2 se lit ainsi (par exemple) :

En France, en 2014-2015, sur 100 fils d’employés, 33,6 sont devenus ouvriers ; autrement dit, 33,6 % soit environ un tiers des fils d’employés sont devenus ouvriers.

En France, en 2014-2015, 47 % des fils de cadres sont devenus cadres, et 47,6 % des fils d’ouvriers sont devenus ouvriers ; autrement dit, près de la moitié des fils de cadres et des fils d’ouvriers sont eux-mêmes devenus cadres ou ouvriers (respectivement).

On observe que la diagonale de cette table (de en haut à gauche vers en bas à droite) comporte des valeurs élevées, voire les plus élevées. Cette diagonale présente les proportions de fils issus de chacune des différentes GSP qui restent dans la même GSP (que leur père). Cette diagonale témoigne donc de l’existence d’une immobilité sociale en France. Elle révèle la proportion de fils de chaque GSP qui sont immobiles, autrement dit qui ne changent pas de position sociale par rapport à celle de leur père.

On a déjà observé que près de la moitié des fils de cadres et des fils d’ouvriers sont immobiles. C’est également le cas de près du tiers des fils de professions intermédiaires, d’un quart des fils d’agriculteurs et d’un cinquième des fils d’artisans, commerçants et chefs d’entreprise. Ces proportions sont toutes élevées (ou assez élevées) ce qui signifie bien qu’une forte immobilité sociale (ou reproduction sociale) caractérise la structure socioprofessionnelle de la société française y compris pour les fils d’artisans, de commerçants et de chefs d’entreprise : si 20,3 % des fils d’artisans, de commerçants et de chefs d’entreprise sont devenus eux aussi artisans, de commerçants ou chefs d’entreprise alors que c’est le cas de 9,2 % de l’ensemble des fils. Même dans ce cas, il y a un sur-représentation importante des fils d’artisans, de commerçants et de chefs d’entreprise parmi les artisans, de commerçants et chefs d’entreprise.

III. Lire et interpréter une table de recrutement

La table de recrutement issue de l'enquête FQP 2014-2015 : d'où viennent les… ?

Les tables de recrutement se lisent en partant de la position des fils (en colonnes) pour ensuite se porter sur la position sociale du père (en lignes). Pour montrer que l'on sait lire une table de recrutement, il est conseillé d'utiliser l'expression « avaient un père… ». Exemple : selon l'enquête FQP de 2014-2015, sur 100 personnes exerçant une profession intermédiaire, 37,2 avaient un père ouvrier.

La lecture des tables de recrutement permet de mettre en évidence l'origine sociale des personnes de chaque groupe socioprofessionnel. Par exemple, il est intéressant de constater que plus de 80 % des agriculteurs exploitants avaient en 2014-2015 un père qui l'était lui-même (comme pour les tables de destinée, la diagonale des tables de recrutement permet de mesurer la reproduction sociale).

On peut mettre en évidence des cas de mobilité sociale ascendante, comme celle des cadres qui avaient un père ouvrier (19,3 %). À l'inverse, les cas de mobilité sociale descendante (ou déclassement) sont relativement rares : par exemple, seuls 4,2 % des ouvriers avaient un père cadre.

Dans la table de recrutement (qui répond à la question « D’où viennent les fils appartenant à tel ou tel GSP ? »), les données de la dernière ligne valent 100 %. Ainsi, toutes les données de la table sont transformées en pourcentages qui expriment la proportion d’hommes au sein de chaque GSP qui sont issus de tel ou tel GSP (celle de leur père). Par exemple, pour trouver la proportion d’agriculteurs qui sont fils agriculteurs, on fait le calcul suivant : 175 / 217 X 100 = 81 % (en effet, sur 217 000 agriculteurs, 175 000 avaient un père lui-même agriculteur). Cette proportion signifie qu’en France, en 2014-2015, 81 % des agriculteurs sont fils d’agriculteurs (autrement dit en France, en 2014-2015, 81 % des agriculteurs ont un père qui était lui-même agriculteur).

Selon la table de recrutement ci-après, on observe également, par exemple, que 43,3 % des employés sont fils d’ouvriers, ou encore que seuls 4,3 % des agriculteurs ont un père qui occupe une profession intermédiaire.

Les tables de recrutement nous renseignent sur la position sociale des pères des hommes composant une catégorie socioprofessionnelle donnée. Ces tables indiquent dans quel milieu social les individus de tel ou tel groupe socioprofessionnel se recrutent, de quels milieux sociaux ils proviennent. Elles répondent à la question suivante (par exemple) : quelle est l'origine sociale de 100 agriculteurs aujourd'hui (âgés de 40 à 59 ans), autrement dit, que faisaient les pères de ces 100 agriculteurs ?

La table de recrutement du 2.1.3 se lit ainsi (par exemple) :

En France, en 2014-2015, sur 100 hommes occupant une profession intermédiaire, 37,2 sont fils d’ouvriers ; autrement dit, 37,2 % soit plus du tiers des hommes occupant une profession intermédiaire sont fils d’ouvriers.

En France, en 2014-2015, 33,8 % soit un tiers des cadres ont un père qui était lui-même cadre, et une proportion élevée d’ouvriers (57,5 % d’entre eux) sont fils d’ouvriers.

Là encore, la diagonale répertorie les immobiles, c'est-à-dire ceux qui occupent une position sociale identique à celle de leur père. Les deux dernières données chiffrées citées ci-dessus le confirment. Mais de manière encore plus flagrante, on peut observer qu’en France, en 2014-2015, 81,1 % des agriculteurs sont fils d’agriculteurs, avaient un père agriculteur. Reprenons aussi le cas des artisans, commerçants et chefs d’entreprise : si 28,8 % des artisans, commerçants et chefs d’entreprise avaient un père artisan, commerçant ou chef d’entreprise, c’est le cas de seulement 13,1 % de l’ensemble (des hommes de 40 à 59 ans). Là encore, il existe une sur-représentation des artisans, commerçants et chefs d’entreprise parmi les fils d’artisans, de commerçants et chefs d’entreprise.

La difficulté est bien sûr de ne pas confondre les deux types de tables de mobilité et de les lire comme il faut. Ce n'est pas simple, mais c'est important car ces deux tables ne nous donnent pas les mêmes renseignements. Vous le voyez bien avec l'exemple des agriculteurs : une très grande partie des agriculteurs (plus de 80 %) ont un père qui était lui-même agriculteur mais seulement 25 % des fils d’agriculteurs sont devenus agriculteurs, autrement dit beaucoup de fils d'agriculteurs (75 % car 100 - 25 = 75) ne sont pas devenus eux-mêmes agriculteurs, pour des raisons dont on parlera plus loin.

Zoom sur…Les spécificités de la mobilité sociale des hommes et de celle des femmes

La mobilité sociale des femmes fait désormais l'objet d'une attention particulière de la part de l'INSEE et des sociologues. Des données récentes permettent de constater que la mobilité sociale des femmes présente certaines spécificités par rapport à celle des hommes.

Tout d'abord, elles sont plus mobiles que ceux-ci. En 2015, 65 % des hommes âgés de 35 à 59 ans ont changé de groupe socioprofessionnel par rapport à leur père tandis que 77 % des femmes âgées de 35 à 59 ans ont changé de groupe socioprofessionnel par rapport à leur mère.

Ensuite, les femmes sont en proportion plus nombreuses que les hommes à connaître une mobilité sociale ascendante. En effet, en 2015, 40 % d'entre elles occupent une position sociale plus élevée que leur mère tandis que ce n'est le cas que de 28 % des hommes. Si l'on compare les trajectoires des filles par rapport à leur père, on constate que 25 % des femmes ont connu une trajectoire descendante par rapport à leur père et 22 % une mobilité sociale ascendante. Ce double constat s'explique surtout par le fait que la position sociale des mères est tendanciellement moins élevée que celle des pères.

Pour les filles de cadres, le déclassement social est plus probable que pour les fils de cadres : les filles d'une mère cadre deviennent « professions intermédiaires » dans 32 % des cas (contre 25 % pour les fils d'un père cadre) et « employées » dans 10 % des cas (contre 4 % pour les fils d'un père cadre).

En 2015, 65 % des hommes français âgés de 35 à 59 ans relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père, selon l’enquête Formation et qualification professionnelle (figure 1). Ce taux de mobilité sociale est resté globalement stable depuis 40 ans (64 % en 1977, 67 % en 1993). La structure de la mobilité sociale a en revanche évolué. La part des hommes en mobilité ascendante a progressé de 12 points entre 1977 et 2015, principalement jusqu’en 1993. Cette évolution est liée à la transformation de la structure du marché du travail. En 2015, 39 % des hommes occupent une position sociale plus élevée que leur père, contre 33 % en 1977. La part des hommes en mobilité descendante a diminué de 6 points sur la même période, car les emplois les moins qualifiés ont davantage disparu. Les trajectoires sociales se sont davantage accrus.

65 % des hommes français âgés de 35 à 59 ans relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père (figure 1). Ce taux de mobilité sociale est resté globalement stable depuis 40 ans (64 % en 1977, 67 % en 1993). La structure de la mobilité sociale a en revanche évolué. La part des hommes en mobilité ascendante a progressé de 12 points entre 1977 et 2015, principalement jusqu’en 1993. Cette évolution est liée à la transformation de la structure du marché du travail. En 2015, 39 % des hommes occupent une position sociale plus élevée que leur père, contre 33 % en 1977. La part des hommes en mobilité descendante a diminué de 6 points sur la même période, car les emplois les moins qualifiés ont davantage disparu. Les trajectoires sociales se sont davantage accrus.

En 2015, 65 % des hommes français âgés de 35 à 59 ans relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur père. Ce taux de mobilité sociale est resté globalement stable depuis 40 ans (64 % en 1977, 67 % en 1993). La structure de la mobilité sociale a en revanche évolué. La part des hommes en mobilité ascendante a progressé de 12 points entre 1977 et 2015, principalement jusqu’en 1993. Cette évolution est liée à la transformation de la structure du marché du travail. En 2015, 39 % des hommes occupent une position sociale plus élevée que leur père, contre 33 % en 1977. La part des hommes en mobilité descendante a diminué de 6 points sur la même période, car les emplois les moins qualifiés ont davantage disparu. Les trajectoires sociales se sont davantage accrus.

Les limites des tables de mobilité

Les tables de mobilité permettent de mesurer une mobilité intergénérationnelle mais comme tout instrument de mesure, elles comportent des limites que nous allons étudier maintenant.

Comme tout instrument statistique, les tables de mobilité présentent des limites. La première est simple : les tables de mobilité utilisent la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS)… qui elle-même comporte des limites dans sa construction. Par exemple, un fils de professeur qui deviendrait avocat sera comptabilisé dans les immobiles à l'intérieur de la catégorie « cadres et professions intellectuelles supérieures » alors que l'on peut estimer qu'il s'agit d'une mobilité sociale ascendante. De plus, l'hétérogénéité de certains groupes socioprofessionnels (comme celui des « employés », par exemple) nuit à la mesure de la mobilité sociale.

Par ailleurs, les tables de mobilité comparent généralement la position sociale des pères avec la position sociale des fils, évacuant notamment la place des mères. Par exemple, si un enfant est né dans un ménage composé d'un père ouvrier et d'une mère cadre, cet enfant sera considéré comme « fils d'ouvrier », ce qui est évidemment réducteur lorsque l'on connaît la place des mères dans la socialisation des enfants.

L'enquête FQP interroge des actifs âgés de 30 à 59 ans. Il leur est demandé quel est leur groupe socioprofessionnel au moment de l'enquête et quelle était celle de leur père au moment où ils ont arrêté leurs études… Or, si la personne interrogée a 30 ans, sa position sociale peut encore changer et le groupe socioprofessionnel du père peut également se modifier après l'arrêt des études du fils.

Les tables de mobilité permettent de mesurer une mobilité intergénérationnelle mais comme tout instrument de mesure, elles comportent des limites que nous allons étudier maintenant.

Concernant le champ des personnes dont la mobilité est mesurée grâce aux tables de mobilité, rappelons que lors des enquêtes à l’origine de la construction de ces tables, des hommes âgés de 40 à 59 ans sont interrogés sur leur profession et celle de leur père.

Remarquons tout d’abord qu’il se peut que certains d'entre eux, les plus jeunes notamment, connaissent un changement de profession entre 40 et 59 ans - même si l'on peut penser à une relative stabilité professionnelle à partir de 40 ans. Cette mobilité tardive n’est alors pas prise en compte lors des enquêtes, si bien qu’elle ne peut pas être mesurée par les tables de mobilité.

Ensuite, il ne s'agit que des hommes. Cela pose un vrai problème étant donné que, depuis le milieu des années 1960 en France, les femmes sont très présentes sur le marché du travail. Aujourd’hui, il est de moins en moins pertinent d’affirmer que c'est le mari ou le conjoint qui détermine seul le statut social de la famille, d’autant qu'il y a de plus en plus de familles monoparentales ou recomposées. Mesurer et étudier seulement la mobilité masculine risque donc d’aboutir à des conclusions erronées ou tronquées. Il est vrai que tenir compte des femmes pose des difficultés car nombre d'entre elles, depuis que les enquêtes de mobilité sociale existent en France avaient des mères inactives. De ce fait, comparer l’activité des femmes de 40 à 59 ans à l’activité de leur mère risque d’entraîner une sur-évaluation de la mobilité de ces femmes. Parfois, pour pallier cette difficulté, on croise la profession de la fille avec la profession du père : mais obtient-on alors une meilleure mesure de la mobilité sociale des femmes ? On peut en douter car on se heurte à la grande divergence de la structure des emplois féminins par rapport à celle des emplois masculins. En effet, une fille de cadre, parce qu’elle est une femme, a statistiquement moins de chance d’être cadre comme son père que son frère. Il y a là un biais qui tend à minimiser la mobilité ascendante des filles.

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