TVA sur l'Achat d'un Fonds de Commerce : Guide Complet

L'acquisition d'un fonds de commerce est une étape importante dans la vie d'une entreprise. Elle entraîne des conséquences en matière de droits d’enregistrement, de TVA et de contribution économique territoriale (CET). La question de la TVA se pose naturellement, car le montant de cette taxe influence directement le montant total de l’opération d’acquisition.

Cet article vous guide à travers les aspects essentiels de la TVA lors de l'achat d'un fonds de commerce, en détaillant les cas d'application, les exonérations possibles, et les obligations des parties impliquées.

Qu'est-ce qu'un Fonds de Commerce ?

Bien qu’il s’agisse d’une notion essentielle dans le droit français et qu’un titre entier du Code de commerce lui soit consacré, il n’existe pas de définition légale du « fonds de commerce ». Les juges ont donc dû s’atteler à la tâche. Un fonds de commerce est constitué d’éléments incorporels et corporels.

Éléments Incorporels :

  • La clientèle : Il s’agit d’un élément fondamental. Sans clientèle, le fonds de commerce n’existe pas. Pour être prise en considération, la clientèle doit être réelle, certaine (et pas seulement potentielle) et personnelle (c’est-à-dire propre au commerçant).
  • Les contrats en cours : Comme les contrats d’assurance et les contrats de travail. Concernant ce dernier point, précisons que l'article L1224-1 du Code du travail prévoit qu’en cas de cession de fonds de commerce, les contrats de travail des salariés sont transférés avec le fonds vendu.
  • Le nom commercial et l'enseigne : Le nom commercial est celui sous lequel le fonds de commerce est exploité et sous lequel il est connu du grand public. L’enseigne, quant à elle, est apposée sur le local d’exploitation et permet de signaler la présence du fonds.
  • Le droit au bail : Il s’agit d’un élément important du fonds de commerce. Si le local est essentiel à l’exploitation du fonds, la cession du fonds de commerce emportera celle du bail commercial. Et la loi est claire à ce sujet ! Elle indique que les conventions qui viendraient interdire au locataire de céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce sont réputées non écrites (article L145-16 du Code de commerce).
  • Les brevets, marques, licences, autorisations administratives, etc. : Il est important de préciser que les licences et autorisations administratives qui sont délivrées en fonction de l’activité exercée par le commerçant sont attachées au fonds de commerce (par exemple une licence IV pour l’exploitation d’un bar).

Éléments Corporels :

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  • Les matériels et outillages nécessaires à l’exploitation du fonds
  • Le mobilier et les agencements
  • Les marchandises. Attention : le stock de marchandises neuves et de matières premières fait partie du fonds mais n’est pas pris en compte pour son évaluation.

Certains éléments de l’entreprise suivent un régime particulier et ne sont pas nécessairement incorporés au fonds de commerce.

Éléments constitutifs d'un fonds de commerce

Éléments constitutifs d'un fonds de commerce

TVA et Cession de Fonds de Commerce

En France, la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est un impôt indirect perçu par l’État et qui s’applique à la majorité des biens et services. Le secteur immobilier ne fait pas exception. C’est l’article 257 du code général des impôts qui établit les opérations immobilières soumises à la TVA.

La cession globale du fonds de commerce entraîne en principe le paiement de la TVA. L'exonération concerne alors l'ensemble des biens et des services transmis à l'occasion de la cession du fonds.

D'après l'article 257 bis du Code général des impôts en France, si l'acheteur continue l'activité de l'entreprise vendue, la transaction de cession du fonds de commerce n'est pas assujettie à la TVA.

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Toutefois, il existe des exceptions à cette règle générale :

  • En cas de cession partielle : Si seule une partie du fonds de commerce est vendue, la TVA peut s'appliquer.
  • Vente de stock : Lorsque le stock est cédé en plus, les règles fiscales changent, notamment en matière de TVA. Pourquoi ? Parce que la vente de marchandises n’est pas traitée de la même manière qu’un transfert d’activité.

Une transaction liée à une cession de fonds de commerce classique n'est donc le plus souvent pas réalisée en montant TTC, mais il existe des exceptions sur lesquelles il faut rester vigilant, qu'il s'agisse du cas d'une vente complète ou d'une cession partielle du fonds de commerce.

Ce que dit l’article 257 bis du CGI :

L’article 257 bis prévoit que la vente d’un fonds de commerce à un repreneur assujetti à la TVA et poursuivant l’exploitation est considérée comme une transmission d’universalité de biens. Résultat : la cession échappe à la TVA. Cela simplifie la transaction et évite un décalage de trésorerie pour le repreneur.

Mais cette exonération ne couvre que les éléments constitutifs du fonds : clientèle, nom commercial, droit au bail, éventuellement le matériel.

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Cas d’exonération : quand le stock est inclus dans l’ensemble du fonds

Si le stock est intégré dans la vente globale et ne fait pas l’objet d’une valorisation distincte dans l’acte, certains praticiens estiment qu’il pourrait échapper à la TVA. Toutefois, l’administration fiscale est très stricte : en cas de valorisation séparée, même minime, la TVA est exigible sur cette partie.

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Cas d’imposition : quand le stock est vendu séparément

Si le contrat mentionne une ligne spécifique « vente du stock : 20 000 € HT », la TVA s’applique d’office, au taux normal de 20 %. Le cédant doit donc facturer la TVA, la déclarer et la reverser. L’acheteur, s’il est également assujetti, pourra la récupérer en crédit de TVA.

Calcul et Récupération de la TVA

Base de Calcul de la TVA

Le taux normal est 20%. Mais 20% de quelle somme ? Et bien,encore une fois, il existe plusieurs cas de figure, selon que le professionnel vendeur est assujetti à la TVA ou non et en fonction de la catégorie du bien :

  • Immeuble ancien : En principe exonéré, si le vendeur a fait part dans l’acte de vente de son souhait d’utiliser son option pour payer la TVA, alors cette dernière est calculée :
    • Soit sur la plus value réalisée à condition que le vendeur ait lui même précédemment acheté le bien à un professionnel assujetti à la TVA et que cette précédente acquisition n’ait elle-même pas ouvert de droit de déduction ;
    • Soit sur le prix de vente total si les conditions précédentes ne sont pas réunies.
  • Immeuble neuf : La TVA s’applique au prix total de vente, mais l’acheteur bénéficie alors d’un taux réduit sur les droits de mutation (0,715% au lieu de 5,09% ou 5,80%) ;
  • Terrain à bâtir :
    • Si le vendeur avait acheté le terrain à un professionnel non-assujetti, la TVA s’applique sur la plus value réalisée ;
    • Si le vendeur avait acheté le terrain à un assujetti à la TVA, la TVA s’applique sur le prix total de la vente actuelle (avec taux réduit des droits de mutation pour l’acheteur actuel).

Méthodologie pour le calcul de la TVA

Calculer la TVA sur un achat immobilier professionnel implique par conséquent un peu de méthode. Voici la marche à suivre :

  1. Identifier le type de bien : neuf, VEFA, ancien, terrain à bâtir, etc.
  2. Déterminer si le vendeur est assujetti à la TVA ou non ;
  3. Vérifier la base imposable : prix total de vente ou plus-value de vente immobilière ;
  4. Vérifier l’éligibilité à un taux de TVA réduit ;
  5. Calculer le montant de la TVA : En multipliant la base imposable par le taux de TVA applicable.

Récupération de la TVA

En général, la TVA n’est pas récupérable sur un achat puisque c’est de toute façon le vendeur qui s’en acquitte. À proprement parler, la TVA sur l’achat immobilier professionnel n’existe pas vraiment : c’est à la vente de locaux professionnels que la TVA est appliquée.

Il existe un cas où il est possible de récupérer le montant de la TVA, mais une fois n’est pas coutume, il ne concerne que les particuliers puisqu’il s’agit de l’achat d’un immeuble neuf, auprès d’un marchand de biens ou d’un promoteur et destiné à la location meublée non professionnelle (LMNP), avec services para-hôteliers.

Obligations et Responsabilités

Obligations du Cédant

Dans un délai de 45 jours, le vendeur est tenu d'aviser l'administration fiscale de la cession du fonds de commerce. Cette obligation est prévue à l'article 201 du CGI.

En cas de vente de fonds de commerce, le vendeur doit faire une déclaration de TVA au service des impôts des entreprises.

Lorsqu'il y a cession du fonds de commerce, certains bénéfices hors taxes sont soumis à l'impôt sur les sociétés ou l'impôt sur le revenu.

Obligations du Cessionnaire

Conformément à l'article 638 du Code général des impôts (CGI), la déclaration d'enregistrement doit être effectuée par le concessionnaire et survenir dans le mois qui suit la cession.

L'article 1684 du CGI prévoit que le cessionnaire peut être solidairement tenu responsable du paiement des certains impôts et taxes. Il s'agit notamment de l'impôt sur les sociétés ou de l'impôt sur le revenu et la taxe d'apprentissage. La responsabilité de l'acquéreur est limitée à la hauteur du prix du fonds de commerce.

Sanctions en Cas de Non-Respect des Obligations Fiscales

Oublier d’appliquer ou de déclarer la TVA sur la vente de stock lors d’une cession de fonds de commerce n’est pas sans conséquence. L’administration fiscale peut intervenir plusieurs mois après la cession, avec des effets financiers et juridiques lourds.

Risques fiscaux : redressements, pénalités, contentieux

Le redressement fiscal est la première sanction. Si l’administration découvre que la TVA n’a pas été facturée sur un stock clairement séparé, elle exigera :

  • La TVA due, majorée des intérêts de retard
  • Une pénalité de 10 % à 80 % selon le degré de mauvaise foi

Ces montants peuvent représenter des dizaines de milliers d’euros sur une transaction importante. Et si le repreneur n’a pas récupéré la TVA parce qu’elle n’a pas été facturée, il peut exiger réparation… voire annuler partiellement la vente.

Pour échapper à d'éventuelles amendes, il est conseillé de se faire assister par un avocat expert en droit fiscal.

Conseils pour Sécuriser la Cession d'un Fonds avec Stock

Bien gérer la cession de fonds de commerce avec vente du stock et TVA, c’est avant tout une affaire d’anticipation et de précision. Voici les leviers simples et efficaces pour éviter les pièges les plus fréquents.

Clauses à prévoir dans l’acte

Un acte bien rédigé fait toute la différence. Il doit clairement distinguer :

  • Le prix du fonds (hors TVA, exonéré si 257 bis s’applique)
  • Le prix du stock (avec mention de la TVA applicable)
  • Le mode de paiement séparé pour chaque élément
  • Une clause précisant si le stock est inclus dans la globalité du fonds ou vendu distinctement

Un flou sur ces points peut suffire à invalider l’exonération ou à déclencher un contrôle.

En Résumé

La TVA pour l'immobilier professionnel s'applique principalement aux biens neufs ou aux terrains à bâtir, au taux de 20%. Le vendeur assujetti facture la TVA sur le prix de vente.

En tant qu’acheteur d’un bien immobilier professionnel, vous ne payez pas la TVA mais si le vendeur y est assujetti et qu’il s’agit d’un bien neuf, en VEFA ou un terrain à bâtir, alors la taxe se retrouvera dans le prix de vente. Si tel est le cas, le taux sera quasi systématiquement de 20% et il ne vous reste qu’à déterminer si c’est sur le prix total de vente ou sur la plus value réalisée par le vendeur.

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