Statut de travailleur intellectuel indépendant au Luxembourg : conditions et démarches

Vous avez décidé de créer votre propre activité et de vous lancer en freelance au Luxembourg - par où commencer ? Se lancer en freelance au Luxembourg est un processus très simple. Avant d'entrer dans les détails des procédures et des conditions requises pour travailler de cette manière, examinons quelques-uns des avantages de ce mode de travail au Luxembourg.

Qui est concerné et quel statut choisir ?

Toute personne exerçant une activité professionnelle au Grand-Duché de Luxembourg pour son propre compte (en nom personnel) ou ayant une activité professionnelle à caractère principalement intellectuelle et non commerciale, est affiliée en tant que travailleur indépendant.

Les travailleurs intellectuels indépendants se distinguent en : professions libérales soumises à autorisation d’établissement (architectes et ingénieurs, experts-comptables, géomètres, conseillers en propriété industrielle, conseillers économiques, etc.), professions libérales soumises à d’autres lois (médecins, dentistes, vétérinaires, avocats, réviseurs, pharmaciens, etc.) et autres professions non soumises à autorisation.

Il n'existe pas de statut officiel de « travailleur indépendant » distinct comme dans certains pays voisins : l’indépendant opère généralement en nom personnel, c’est-à-dire que la personne et l’entreprise sont la même entité. Contrairement à un freelance, une entreprise au Luxembourg est généralement choisie lorsque les opérations vont au-delà d’une seule personne. Une entreprise a une identité juridique distincte de celle de ses propriétaires, ce qui offre une protection en matière de responsabilité limitée.

Les travailleurs indépendants peuvent aussi opter pour des formes sociétaires (S.à r.l., S.A., S.à r.l.-S) dont les exigences de capital diffèrent : le capital minimum étant de 30 000 € pour la SA, 12 000 € pour la SARL et entre 1 € et 12 000 € pour la SARL-S.

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Personnes assimilées et cas particuliers

Sont assimilés aux travailleurs indépendants, les gérants de sociétés commerciales, artisanales, agricoles ou à caractère intellectuel (détenteurs de l’autorisation d’établissement) qui : soit sont associés et détiennent plus de 25 % des parts sociales dans le cas d'une société en nom collectif (SENC), d'une société en commandite simple (SECS) ou d'une société à responsabilité limitée (SARL) ; soit sont membres du conseil d'administration et délégués à la gestion journalière dans le cas d'une société anonyme (S.A.), d'une société en commandite par actions (SECA) ou d'une société coopérative.

La personne affiliée en tant qu’indépendant peut tout à fait cumuler les fonctions de gérant et de salarié de cette même société. L’indépendant qui exerce son activité dans le cadre d’une société (associé-gérant détenant plus de 25 % des parts sociales ou administrateur-gérant) doit s'affilier en utilisant le formulaire de déclaration d'entrée pour salarié et non le formulaire destiné aux indépendants exerçant leur activité en nom personnel.

Obligations d'affiliation et sécurité sociale

Les travailleurs indépendants doivent s’affilier auprès du Centre commun de la sécurité sociale (CCSS) qui assume le traitement des données, l’enregistrement des affiliations et la perception des cotisations pour les différentes caisses. Le CCSS est l’interlocuteur de ces assurés.

La personne qui exerce une activité indépendante doit s’affilier à la sécurité sociale en adressant une déclaration d’entrée pour travailleurs indépendants au Centre commun de la sécurité sociale (CCSS), au plus tard 8 jours après le début de son activité. Une confirmation est envoyée automatiquement au travailleur indépendant lors de l’enregistrement de sa déclaration d’entrée.

L'indépendant non résident doit, en plus de son affiliation auprès du CCSS, s'affilier auprès de la caisse de maladie de son pays de résidence.

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Le travailleur indépendant assume personnellement le paiement des cotisations sociales (part salariale et part patronale) proportionnellement à son revenu professionnel brut avant impôts. Les travailleurs indépendants doivent, par opposition aux travailleurs salariés, assumer personnellement le paiement des charges sociales, s’y ajoute l’assurance accident qui varie selon la classe de risque.

Assiette et calcul des cotisations

Les cotisations sociales des travailleurs indépendants sont provisoirement calculées soit sur base du dernier revenu net imposable connu, soit, pour un nouvel assuré, sur base du salaire social minimum pour un travailleur non-qualifié. Les cotisations pour l'année à venir sont calculées provisoirement sur la base de la dernière base nette imposable connue ou, dans le cas d'un nouvel assuré, sur la base du salaire social minimum d'un travailleur non qualifié.

Le CCSS envoie chaque année un courrier renseignant sur le revenu retenu pour le calcul des cotisations avec une invitation aux assurés à faire adapter, le cas échéant, leur assiette cotisable. Toute année, la CCSS envoie un courrier indiquant les revenus pris en compte pour le calcul des cotisations et invite les assurés à ajuster leur assiette de cotisation si nécessaire.

Lors de l’établissement du revenu net de l’exercice en cause par l’Administration des contributions directes (ACD), les cotisations sociales correspondantes font l’objet d’un recalcul pour établir le bulletin d’impôt définitif.

Taux indicatifs (exemple 2024)

Assurance Taux
Soins de santé 5.60%
Prestations en espèces maladie 0.50%
Dépendance 1.40%
Pension 16.00%
Accident 0.70%
Total indicatif 24.20%

Par exemple, pour un revenu professionnel de 3 000 euros sur un mois, 726 euros devront être versés à la CCSS pour ce mois (exemple simplifié).

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Dispenses et situations particulières

Sont dispensées d’affiliation, les activités non salariées exercées à titre principal ou accessoire, lorsque le revenu professionnel retiré ne dépasse pas 1/3 du salaire social minimum par an. Ces personnes peuvent néanmoins s'affilier volontairement, à condition notamment d'être résidentes au Grand-Duché.

Si l’indépendant exerce son activité à titre accessoire, c’est-à-dire en plus d’une autre activité principale, les cotisations sociales sont calculées sur base de 1/3 du salaire social minimum. Toutefois, si l’indépendant déclare retirer un revenu professionnel inférieur à 1/3 du salaire social minimum, il peut demander une dispense pour revenu insignifiant afin d’être dispensé des assurances maladie, accident et pension.

Si l’indépendant exerce son activité de façon occasionnelle et non habituelle pour une durée déterminée à l’avance de moins de 3 mois par an, il peut demander une dispense pour activité occasionnelle afin d’être dispensé des assurances maladie et pension. Cette dispense ne s’applique pas aux activités occasionnelles et habituelles (ex : chaque samedi à raison de moins de 3 mois au total par an). Il doit toutefois cotiser au titre de l’assurance accident.

Prestations couvertes et protections sociales

Le système de protection sociale couvre les risques de maladie, de maternité, d’invalidité, de décès, de vieillesse et des accidents du travail et de trajets. En outre, les assurés peuvent bénéficier d’autres prestations telles que des prestations familiales et des indemnités de chômage.

Les indépendants luxembourgeois bénéficient des mêmes droits que les salariés en matière d'assurance vieillesse : le droit à une pension de vieillesse, versée à partir de 65 ans à condition d'avoir été assuré pendant au moins 120 mois, et le droit à une pension de vieillesse anticipée si les conditions sont remplies. Vous pouvez recevoir une pension de vieillesse anticipée sous réserve que les conditions soient remplies.

En cas d’incapacité de travail, l’indemnité pécuniaire de maladie ne vous sera versée qu’à partir du 4ème mois suivant le début de l’incapacité de travail. Pour compenser la perte de revenus due à l’incapacité de travail pendant ces quatre premiers mois, les travailleurs indépendants peuvent s'inscrire à la mutualité patronale.

Les travailleurs indépendants ont droit à un congé de maternité et à un congé parental au même titre qu'un salarié.

Les travailleurs indépendants qui ont dû cesser leur activité en raison de difficultés économiques ou financières, de raisons médicales, du fait d'un tiers ou d'une force majeure, ont droit à des allocations de chômage sous réserve de conditions : être domicilié au Luxembourg au moment de la cessation d'activité, être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de l'ADEM, avoir exercé une activité indépendante pendant au moins six mois avant l'inscription, et avoir cotisé à la sécurité sociale luxembourgeoise pendant au moins 2 ans.

Mutualité des employeurs et coassurance

Les travailleurs indépendants peuvent, via le CCSS, adhérer volontairement à la Mutualité des employeurs pour faire face à d’éventuelles pertes de revenu en cas de maladie. Pour les indépendants déjà affiliés à la sécurité sociale, la demande d'adhésion volontaire des non-salariés à la Mutualité des employeurs doit être présentée avant le 1er janvier d’une année donnée et l’assurance opère à partir de cette date.

En cas de première affiliation ou de nouvelle affiliation après une interruption de 12 mois au moins, l’adhésion à la Mutualité opère dès le début de l’affiliation à la sécurité sociale en qualité de travailleur indépendant. L’assurance volontaire prend fin sur déclaration écrite de l’assuré et de plein droit en cas de non-paiement de 2 échéances de cotisations successives.

Les membres de la famille à charge du travailleur indépendant bénéficient de l’assurance maladie en tant que coassurés, à condition de ne pas être affiliés personnellement. Les modalités de la coaffiliation varient selon que l'affilié est résident ou non résident. Lorsqu'il existe plusieurs assurés principaux (exemple : couple avec enfants dont les 2 parents travaillent), les coassurés sont couverts par l'assuré principal le plus âgé.

Démarches administratives : autorisation d’établissement et permis d’exploitation

La première étape pour devenir travailleur indépendant au Luxembourg est de déterminer s'il est nécessaire d'obtenir une autorisation d'établissement et, le cas échéant, d'entreprendre les démarches administratives pour l'obtenir. Les personnes physiques visant une activité indépendante soumise à autorisation d’établissement doivent être en possession de leur autorisation. Elles s'affilient à la sécurité sociale au moment du retrait de l’autorisation d’établissement auprès du CCSS.

Les activités commerciales comprennent l'achat et la vente de biens ou de services dans un but lucratif ; les activités artisanales impliquent un travail manuel ou technique nécessitant des compétences spécifiques ; les activités libérales sont des professions intellectuelles ou basées sur la connaissance.

Les activités qui ne nécessitent aucune autorisation au préalable sont les professions à caractère intellectuel tels que : journaliste, rédacteur, pigiste, traducteur, interprète, sophrologue, web analyste etc.

Pour obtenir une autorisation d'établissement, il est nécessaire d'introduire une demande en ligne via le portail MyGuichet.lu ou d'envoyer une demande par courrier au ministère de l'économie. Cette formalité légale facilite la documentation, l’enregistrement et les activités administratives.

Conditions et documents requis

Vérifiez vous-même : si vous répondez aux critères susmentionnés, vous pouvez bénéficier d'une autorisation d'exercer une activité au Luxembourg. La preuve de l'intégrité professionnelle, la qualification professionnelle, une adresse physique au Luxembourg et l'autogestion de l'entreprise font partie des conditions.

Les documents usuels comprennent : pièce d'identité, casier judiciaire (extrait datant de moins de 6 mois), diplômes et certificats selon le type d'activité, et pour les non-résidents ou résidents depuis moins de 10 ans : casier judiciaire des pays de résidence antérieure et déclaration notariée de non-faillite. La demande doit être accompagnée de la preuve du paiement du droit de cachellerie (droit de timbre).

En outre, les personnes qui ne sont pas résidentes luxembourgeoises ou qui le sont depuis moins de 10 ans doivent également ajouter un extrait du casier judiciaire datant de moins de 6 mois délivré par le ou les États dans lesquels la personne a résidé au cours des 10 dernières années et, à défaut, une déclaration sous serment, ainsi qu'une déclaration de faillite de moins de 6 mois faite sous serment devant un notaire si applicable.

Les demandes sont généralement examinées dans un délai de trois mois à compter de la réception de l'ensemble des documents. Si aucune réponse n'a été envoyée après la période d'attente, vous devez contacter la Direction générale des petites et moyennes entreprises pour vérifier l'état d'avancement de la demande.

Où et comment demander ?

Les entrepreneurs peuvent demander un permis d'exploitation en ligne via MyGuichet.lu en utilisant le certificat LuxTrust. Cette méthode est conseillée, car vous pouvez ajouter tous les éléments manquants immédiatement. Par la suite, il sera plus facile de s'inscrire auprès de la CCSS, puisque la demande sera automatiquement générée.

Le permis d'exploitation sera envoyé en ligne via votre compte personnel sur le portail de l'État dans un délai de trois mois, à condition que la décision du ministère soit positive. En outre, la communication sera maintenue par voie postale à l'adresse de l'entreprise.

Les chefs d'entreprise doivent informer la Direction générale des petites et moyennes entreprises, dans un délai d'un mois, de tout changement important (ouverture/fermeture de succursale, changement d'adresse, etc.).

Enregistrement fiscal et TVA

Pour obtenir un numéro de TVA, vous devez vous inscrire auprès de l’AED (Autorité des droits d'enregistrement, des domaines et de la TVA), peu importe que vous ayez l’intention de facturer la TVA ou non. L’inscription à la TVA dépend de votre chiffre d’affaires annuel et de la nature de votre activité. Si votre chiffre d’affaires dépasse 35 000 euros, vous devez vous enregistrer à la TVA et la facturer. En dessous de ce seuil, vous pouvez bénéficier d'une franchise de TVA.

Il existe quelques exceptions : par exemple, si votre service est directement destiné à des clients individuels, vous êtes exempté de la TVA. Cependant, il est recommandé de facturer la TVA si vous proposez un service B2B, quel que soit votre chiffre d’affaires prévu.

Pour s'enregistrer en tant que contributeur fiscal à la TVA, il est nécessaire de déposer une déclaration initiale ou une déclaration d'option auprès de l'AED. Tous les freelances doivent payer leurs impôts dans le mois qui suit la réception de leur avis d’imposition, sous peine d’une pénalité de 0,6 % par mois. Ceux qui sont soumis à une imposition trimestrielle doivent respecter les dates suivantes : 10 mars, 10 juin, 10 septembre et 10 décembre de l’année fiscale.

Responsabilités financières et gestion

En ce qui concerne les responsabilités financières des travailleurs indépendants, il est important de rappeler qu'ils agissent pour leur propre compte et qu'il n'y a pas de personne morale indépendante ; par conséquent, ces personnes doivent répondre indéfiniment de leurs dettes et engagements avec leur patrimoine personnel.

Il est fortement recommandé d'ouvrir un compte bancaire professionnel : le fait de maintenir des comptes séparés pour les finances personnelles et professionnelles facilite la comptabilité et la gestion financière et évite toute confusion. Bien que les entrepreneurs techniquement indépendants au Luxembourg puissent également opérer en utilisant un compte bancaire personnel dédié exclusivement à leur activité professionnelle, opter pour un compte professionnel offre de multiples avantages qui facilitent la gestion de l'entreprise et améliorent son développement.

Les travailleurs indépendants luxembourgeois sont imposés au titre de leur revenu personnel selon le système de l'impôt progressif sur le revenu. En fonction de la nature de l'activité et du chiffre d'affaires annuel, ils peuvent également être soumis à d'autres impôts tels que l'impôt commercial communal. Il est conseillé de demander l'avis d'un professionnel pour s'assurer de la conformité et de l'optimisation des obligations fiscales.

Accompagnement, aides et formation

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Points pratiques à retenir

  • Déterminez si votre activité nécessite une autorisation d’établissement et obtenez-la avant de commencer pour les professions réglementées.
  • Déclarez votre activité au CCSS dans les 8 jours suivant le début de l’activité.
  • Prévoyez la cotisation sociale en calculant votre assiette provisoire et en adaptant le revenu prévisible si nécessaire.
  • Ouvrez un compte bancaire professionnel pour faciliter la gestion comptable.
  • Inscrivez-vous à la TVA si votre chiffre d’affaires dépasse 35 000 € ou si votre activité l’exige.
  • Envisagez une adhésion volontaire à la Mutualité des employeurs pour couvrir les pertes de revenus en cas de maladie.
  • Faites-vous accompagner par les structures d’aide (Guichet.lu, Luxinnovation, SNCI, chambres professionnelles).

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