Valeur ajoutée de la filière cacao: enjeux économiques et sociaux
La filière du cacao se caractérise par des rapports inégaux entre des milliers de productrices et de producteurs de fèves et quelques entreprises transformatrices, ce qui a de nombreux impacts négatifs. Cette dichotomie au sein du secteur a de nombreux impacts négatifs sur la pérennité de la filière. Cinquante pourcent du marché mondial du cacao sont aux mains de six multinationales qui transforment et fabriquent des produits chocolatiers. Les fèves transformées par ces giga-structures sont produites par 5 millions de petits producteurs et productrices qui cultivent des parcelles familiales de moins de 10 hectares de cacao. La filière qui lie la multitude de consommateurs et de consommatrices aux paysans et paysannes producteurs est donc caractérisée par une concentration extrême au niveau de la transformation.
Selon l’étude « La face cachée du cacao » du BASIC, la standardisation initiée depuis plus d’un siècle dans l’objectif d’assurer une production de cacao à qualité constante, quelle que soit l’origine de la fève et les pratiques de production. La libéralisation de la filière à la fin des années 1980, qui, en mettant fin à différentes tentatives de régulation internationale, a notamment eu comme conséquence l’arrivée des principaux acteurs du négoce, ADM et Cargill, dans la filière du cacao et a entraîné en réaction la fusion de Barry et Callebaut (devenue Barry Callebaut, leader mondial de la transformation du cacao).
Face aux acheteurs de fèves mandatés par les multinationales, les paysannes et les paysans issus de l’agriculture familiale ont un trop faible niveau d’organisation qui les désavantage lors des négociations de prix. Les producteurs sont donc contraints de percevoir des revenus trop faibles et instables qui ne leur permettent pas d’entretenir leurs parcelles de manière adéquate. Il arrive que pour conserver un certain rendement de production, les paysannes et les paysans choisissent d’étendre leurs parcelles en empiétant sur les forêts alentours. L’utilisation d’intrants chimiques est également une « solution » adoptée par certaines familles de producteurs, mais outre les impacts environnementaux nocifs, cette pratique comporte des coûts financiers plus élevés et des risques importants pour le bien-être et la santé de ces familles.
Ces risques sont d’autant plus élevés dans un contexte où, à l’instar de la Côte d’Ivoire et du Pérou, les enfants sont appelés à manipuler ces intrants chimiques alors qu’ils cumulent école et travail dans la plantation, pour permettre aux producteurs d’augmenter leurs revenus grâce à cette main d’œuvre gratuite. On estime à plus de deux millions le nombre d’enfants travaillant, parfois dans des conditions dignes de l’esclavage, dans la filière cacao. Ce cercle vicieux dans lequel sont coincés les paysannes et les paysans qui fournissent les géants de la filière ne suscite pas les vocations chez les jeunes travailleurs.
Oxfam-Magasins du monde (OMM) agit comme distributeur de produits alimentaires équitables et fait le choix de produits avec traçabilité et transparence à tous les niveaux de la chaîne de production. En matière de chocolat, les trois fournisseurs d’OMM sont Oxfam Fairtrade, Belvas et Ethiquable, travaillant avec des labels tels que Ecocert équitable, Fairtrade, IMO, SPP. Les fèves achetées dans le cadre du commerce équitable offrent un salaire plus élevé et stable aux producteurs et, de plus, reçoivent une prime de développement par tonne de cacao achetée pour des projets collectifs.
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Les produits du commerce équitable interdisent le travail des enfants et s’attaquent à la cause du problème : la pauvreté extrême qui touche une grande partie des familles de producteurs de cacao. En 2010, Oxfam-Magasins du monde a mené une campagne sur le goût amer que peut avoir le chocolat pour les enfants qui le produisent. Nos fournisseurs et leurs partenaires mènent des projets qui font que le secteur du cacao offre un avenir prometteur aux agricultrices, aux agriculteurs et à leurs familles. Le commerce équitable d’Oxfam-Magasins du monde et de ses partenaires plaide pour un changement fondamental du secteur du cacao.
Il est nécessaire de mettre en place un modèle dans lequel les revenus des producteurs leur permettent de vivre décemment et de remplir leurs besoins de base. Le BASIC énonce une série de recommandations basées sur les modèles vertueux initiés grâce au commerce équitable dans la filière du cacao, pour initier les changements nécessaires au sein de la filière conventionnelle afin d’assurer sa pérennité sur le moyen-long terme. Ces recommandations s’articulent autour de 5 axes.
En s’attaquant à toutes les dérives du marché de masse, les acteurs du commerce équitable visent à garantir la souveraineté alimentaire des familles productrices de cacao et à assurer le respect de l’environnement. Au niveau de l’appui aux productrices et aux producteurs, les impacts bénéfiques du commerce équitable varient selon les régions et les familles de producteurs. En Côte d’Ivoire, le commerce équitable a connu une rapide expansion, mais la majorité des producteurs de cacao équitable ne parvient toujours pas à dépasser le seuil de pauvreté. En 2015, les producteurs de cacao durable et équitable percevaient un revenu annuel légèrement supérieur (6%) aux autres producteurs, ce qui ne leur permet pas encore de passer au-delà du seuil de pauvreté.
Au Pérou, le commerce équitable s’est implanté dans un mouvement coopératif déjà bien structuré. Vincent De Grelle d’Ethiquable Belgique affirme qu’il n’existe plus (ou très peu) d’unité de transformation artisanale de fève de cacao en Belgique. Les fèves équitables vendues sous forme de chocolat par OFT étaient transformées par Barry Callebaut, mais depuis juillet 2015 les chocolats bio vendus par OFT ne sont plus produits par Barry Callebaut mais par Belcolade, filiale du groupe Puratos. En juin 2016, la production des chocolats classiques a également été confiée à Belcolade.
La cote d’irrélaxité d’une filière qui se réapproprie sa matière première et lutte contre la spéculation montre que la transformation locale peut créer de la valeur ajoutée, en passant par des étapes comme torrefaction, concassage et broyage, pour vendre du beurre de cacao à plus forte valeur ajoutée et créer de l’emploi additionnel dans les zones rurales. Ksapa s’engage à déployer son expertise pour apporter des solutions auprès des segments vulnérables de cette chaîne de valeur sensible et scrutée.
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Enjeux et évolutions: chiffres et perspectives
Portée par la demande mondiale, l’augmentation des surfaces dédiées à la production de cacao a été soutenue depuis les années 1970: de 4 à plus de 10 millions d’hectares. En moyenne sur la période 2012-2021, les cinq premiers pays producteurs (Côte d’Ivoire, Ghana, Indonésie, Nigéria, Cameroun) représentent 79 % des surfaces cacaoyères mondiales, avec la Côte d’Ivoire à 32 % des cacaoyères.
Le cacao importé en France provient essentiellement d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun et Nigeria) mais aussi des pays européens (Pays-Bas, Allemagne, Belgique). En France, le cacao est importé sous forme de fèves (21 %), pâte de cacao (19 %), beurre de cacao (15 %) et poudre de cacao (9 %).
La chaîne d’approvisionnement du chocolat est complexe et implique de nombreux acteurs, des producteurs aux marques. De nombreuses initiatives visent à éliminer le travail des enfants dans la chaîne d’approvisionnement et à améliorer les conditions des travailleurs. Les audits de risques professionnels et les évaluations de durabilité restent coûteux, ce qui peut limiter leur portée.
Le commerce équitable peut améliorer significativement la durabilité de la filière cacao, et des systèmes de certification comme Fairtrade ou Rainforest Alliance visent à stabiliser les revenus et à financer le développement communautaire, tout en promouvant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
Pour forger un avenir véritablement durable, il faut un programme complet permettant aux cultivateurs de passer du statut de simple travailleur à celui de producteur de sous-produits de haute qualité, avec des infrastructures et des formations adaptées, afin de monter en gamme dans la transformation locale et de créer de la valeur ajoutée sur les zones rurales.
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La Cocoa & Forests Initiative (CFI) rassemble gouvernements et industrie pour lutter contre la déforestation et promouvoir le reboisement dans les principaux pays producteurs. Bien que l’impact total reste à mesurer, la CFI marque un engagement vers une production de cacao compatible avec l’environnement et les revenus agricoles.
Le programme Fairtrade garantit un prix minimum et une prime de développement, soutenant les coopératives et les projets communautaires, tout en favorisant des pratiques agricoles respectueuses et la formation. Toutefois, malgré ces progrès, la pauvreté persiste chez les cultivateurs et les défis structurels demeurent, notamment la déforestation et le travail des enfants, malgré les certifications.
Les chiffres récents montrent une volatilité des prix et des conditions climatiques qui impactent l’offre mondiale. Pour répondre à ces déséquilibres, le commerce équitable repose notamment sur un prix minimum garanti et une prime de développement, afin d’atténuer l’exposition des producteurs aux fluctuations du marché.
Pour conclure, la transformation du cacao en chocolat offre des opportunités de renforcement de création de valeur et d’emploi dans les zones rurales, à condition de développer des infrastructures communautaires, des équipements et un accès à la formation et à des services techniques adaptés aux petites exploitations.
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