Biographie et parcours professionnel de Yassine Alaoui (Yoriyas) — photographe et entrepreneur culturel

Yassine Alaoui, connu sous le nom artistique Yoriyas, est un photographe marocain dont le parcours atypique lie danse, mathématiques et engagement social. Né et ayant grandi à Casablanca, il s'est imposé comme une figure majeure de la jeune création contemporaine arabe grâce à une pratique photographique intimement liée à son expérience de danseur-chorégraphe.

Origines et formation : du goût des chiffres à la passion du mouvement

J’ai fait des études de mathématiques et j’étais passionné d’échecs - j’ai commencé à y jouer à l’âge de cinq ans. Jamais je n’aurais imaginé devenir photographe ni danseur-chorégraphe !

En 2000, alors que j’étais adolescent, je suis tombé littéralement amoureux du hip-hop, et j’ai commencé à danser avec des amis dans les rues de Casablanca. Puis nous avons fondé un groupe de break-dance, Lhiba Kingzoo, et nous avons été invités un peu partout dans le monde pour des compétitions et des shows.

Transition vers la photographie : un accident, du temps et une nouvelle obsession

J’ai une mauvaise mémoire, et à ce moment-là, il n’y avait pas de GPS : quand je sortais de l’hôtel, je prenais des photos pour me souvenir de mon chemin, et j’ai continué à le faire pendant des années. En 2013, à Stockholm, lors d’une compétition, je me suis gravement blessé à un genou. Les médecins m’ont interdit de danser pendant au moins six mois. C’était un sacré choc pour le danseur professionnel que j’étais devenu.

De retour à Casablanca, je me suis senti démuni, inutile avec tout ce temps libre - avant l’accident, je m’entraînais cinq heures par jour avec ma compagnie. J’ai donc pris mon petit appareil photo, celui que j’utilisais pendant mes voyages, et j’ai commencé à marcher, marcher pendant des heures dans les rues de Casablanca. Je photographiais spontanément, sans deviner que la photographie allait devenir ma nouvelle obsession.

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La photographie comme chorégraphie : approche esthétique et méthode

Tout d’abord, en ce qui me concerne, le passage de la danse à la photographie s’est fait tout naturellement. La danse a influencé ma façon de photographier - rapidité de réaction, rythme, sens des figures chorégraphiques, point de vue souvent au ras du sol qui est celui du hip-hop.

J’ai pris progressivement conscience de cette manière si particulière de faire des photographies. Ce sont des amis qui me l’ont fait remarquer : je photographie comme si je dansais ! J’envisage mes compositions comme des scènes, et toute personne qui entre dans le cadre du viseur de ma caméra entre en scène. Choisir un point de vue, définir les perspectives, les plans, la lumière, les « acteurs », c’est de la chorégraphie.

C’est pour cela que pour moi, photographier, c’est comme chorégraphier. Naturellement, le résultat est une photo ! Une photo faite par et dans le mouvement. Il me semble qu’il n’existe qu’une seule différence entre les deux domaines : mes photos ne sont pas mises en scènes, ce sont des moments vrais, alors que la chorégraphie est une mise en scène.

Choix des sujets et démarche documentaire

Je ne les planifie pas, ce sont eux qui m’approchent. Lorsqu’un sujet me paraît intéressant, je prends le temps de le comprendre, de le suivre et de le développer pour raconter une histoire ouverte à différentes interprétations. Je cherche à traduire des situations inattendues, ces moments qui ne se produisent qu’une seule fois.

Une photographie doit, selon moi, servir à voir, à apprécier, à penser et à interroger des situations que nous n’aurions probablement pas remarquées si elles n’avaient pas été capturées par une caméra.

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Proximité humaine et éthique du regard

Est‑ce la danse, ou la photographie, qui vous permettent de parvenir à une telle proximité avec les gens ? Ce sont toutes les disciplines que j’ai évoquées à la fois, particulièrement la danse. Mais la meilleure façon d’y parvenir, selon moi, c’est d’être simple, humain et de rester soi-même.

Un exemple : j’ai consacré mon premier photo‑documentaire à un jeune Tunisien, Zulu Rema, qui a perdu ses deux pieds quand il était petit. Comment entrer en contact avec lui ? Pas si facile. J’ai simplement décidé d’être sincère et vrai en lui demandant son aide : « Je suis photographe débutant et si je réalise un travail à partir de ton histoire, cela pourrait m’aider à me faire connaître. » Il a accepté, et j’ai pu réaliser un reportage qui a été aussitôt publié dans le Guardian (2016).

Puis la BBC m’a contacté pour réaliser un reportage télé. Par la suite, un producteur m’a contacté pour lever des fonds et aider Zulu Rema à obtenir des prothèses professionnelles adaptées à la danse. Grâce à ces prothèses, il a pu désormais se produire à l’étranger.

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Casablanca not the movie : rendre la ville autrement

Une des grandes séries que vous avez réalisées s’intitule Casablanca not the movie. Lorsque j’étais danseur et que je voyageais avec ma troupe, à chaque fois que je disais : « I’m from Casablanca », on me répondait : « Oh, Casablanca, like in the movie ! » Cela m’a conduit à créer cette série, pour faire découvrir aux autres ma ville d’origine, ses habitants, sa plage, son désordre et ses embouteillages, loin des clichés, des photos touristiques et du film de Michael Curtiz.

Cette série, c’est aussi un hommage à ma ville, qui est ma source d’inspiration.

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Reconnaissance et projets : prix, résidences et développement professionnel

Le photographe marocain Yoriyas Yassine Alaoui, 34 ans, est le lauréat 2019 du prix des Amis de l'IMA pour la Jeune création contemporaine arabe. Dans le cadre de son prix, Yoriyas Yassine Alaoui bénéficie d’un accueil en résidence de trois mois à Paris et d’une bourse pour réaliser une série de photographies inédites.

Être photographe, est‑ce, selon vous, une attitude, une façon de vivre ? Je ne peux plus sortir de chez moi sans mon appareil photo, c’est devenu une partie de mon corps ! Alors oui, être photographe, pour moi, c’est une façon de vivre.

Activité entrepreneuriale et influence culturelle

Bien que principalement connu pour son travail artistique, Yassine Alaoui exerce un rôle d’entrepreneur culturel par son activité de production, ses expositions, ses résidences et la mise en réseau d’acteurs culturels. Sa trajectoire illustre comment une pratique artistique ancrée dans la rue et la danse peut déboucher sur des projets professionnels structurants et sur une visibilité internationale.

Année / Période Élément clé
2000 Découverte du hip‑hop, début de la pratique du break‑dance
Années suivantes Fondation de Lhiba Kingzoo, participations internationales
2013 Blessure à Stockholm, transition vers la photographie
2016 Publication du reportage sur Zulu Rema dans le Guardian
2019 Lauréat du prix des Amis de l'IMA, résidence et bourse à Paris

Impact et perspectives

Yassine Alaoui incarne une génération de créateurs qui font dialoguer pratiques urbaines, documentaire social et scène artistique. Sa démarche montre que la photographie peut être à la fois intime, engagée et performative, et que le récit visuel d’une ville comme Casablanca peut contribuer à renouveler les représentations globales d’un territoire.

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