L'Histoire Fascinante des Villas d'Entrepreneurs
Les villas d'entrepreneurs représentent un pan important de l'histoire architecturale et sociale. Elles témoignent de l'ascension sociale, des ambitions et des goûts des entrepreneurs qui les ont fait construire. Cet article explore l'histoire de ces villas, en mettant en lumière des exemples emblématiques et leur évolution au fil du temps.
Les Premières Villas Balnéaires : La Noëveillard à Pornic
La Noëveillard, premier quartier balnéaire de Pornic, a vu ses premières constructions apparaître dès 1850. C’est le premier quartier qui a connu l’aménagement du littoral. La Malouine est la première villa construite à la Noëveillard, en 1840, face au château. Son style italianisant original annonce l’éclectisme architectural qui caractérise le patrimoine balnéaire du XIXe siècle. Les plus grosses villas sont construites le long de la corniche dont le sentier est aménagé en 1851.
Vue générale de Pornic
L’aménagement des espaces intérieurs des villas correspond à des orientations extérieures précises : la façade principale du côté de la rue avec un escalier et un perron d’entrée menant à un vestibule. La façade du côté jardin est souvent prolongée par une terrasse orientée vers le rivage. La particularité des grandes villas construites entre 1850 et 1900 est qu’elles sont toutes implantées au milieu de leur parcelle avec leurs parcs orientés vers la rive. A leur entrée située au nord, on trouvait une succession de dépendances longeant l’avenue de la Noëveillard. Dans les années 1970, de nouvelles constructions apparaissent entre les avenues de la Noëveillard et le Jardin de Retz.
L'Empire Industriel des Japy : Un Modèle Familial
Japy : un nom qui ne se réduit pas à une figure d’entrepreneur exceptionnel, fût-ce celle du fondateur mythique, Frédéric Japy (Beaucourt, auj. territoire de Belfort, 22 mai 1749 - Badevel, Doubs, 4 janvier 1812). L’entreprise est une affaire de famille réunissant, après Frédéric, une fratrie puis ses enfants : frères, beaux-frères et cousins forment ainsi une étrange tribu d’entrepreneurs qui, pendant un siècle, va développer et renforcer une société aux productions multiples. L’empire industriel des Japy, centré sur le pays de Montbéliard, est à cheval sur l’Alsace, même si le siège de la société, Beaucourt, sera rattaché en 1871 au territoire de Belfort, et la Franche-Comté où sont localisées les autres usines.
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Frédéric Japy (1749-1812)
Leur fortune initiale s’est faite dans l’horlogerie, activité pionnière de la « mécanique automatique moderne ». Très tôt, les Japy se sont efforcés de remplacer l’homme par la machine. En 1806, le père retiré, Fritz, Louis Frédéric et Jean Pierre se répartissent les rôles : l’aîné est « chargé de la partie commerciale et financière », le second s’occupe de la « partie technique et de la création des machines-outils » tandis que le plus jeune devient « l’homme de l’atelier, surveillant, dirigeant le personnel et vérifiant la bonne qualité de la fabrication ».
En 1807, Louis-Frédéric a inventé des machines qui permettent de fabriquer des vis à bois : il s’agissait au départ de faciliter la fabrication de vis d’horlogerie. Les vis à bois permettent de remplacer le clou et la pointe. Il crée ainsi une activité nouvelle en France. La production des vis l’emporte sur l’activité horlogère. La production de boulons s’ajoute à celle des vis. En 1849, la production d’articles filetés est exportée en Espagne, en Italie, Allemagne, Turquie, Afrique et Amérique. En 1850, les Japy installent de nouvelles machines, entièrement construites dans les ateliers de la maison, dues à un inventeur américain mais améliorées par un ingénieur maison : désormais une seule ouvrière peut surveiller 15 à 18 machines au lieu d’une ouvrière par machine selon l’ancien procédé.
L'Entreprise Japy : Une "Vaste Horloge"
Les articles domestiques vont faire la réputation de l’entreprise. À l’aide d’huile de lin, on donne même à la tôle polie la couleur du bronze florentin pour imiter les ustensiles en cuivre rouge. En 1850, ils emploient 400 ouvriers employés dans 5 usines utilisant 4 machines à vapeur, 9 turbines et 6 roues hydrauliques. L’industrie horlogère n’est pas abandonnée pour autant et gagne la commune de Badevel, voisine de Beaucourt mais de l’autre côté de la frontière départementale, où près de 600 ouvriers sont occupés. Ingénu Japy, fils de Fido, révolutionne la fabrication des mouvements de pendule.
Comme le souligne Turgan, qui voit dans l’entreprise « une vaste horloge », « on dirait que l’horlogerie… ait marqué son empreinte sur la maison toute entière. ». L’empire Japy emploie près de 5000 ouvriers dans ses neuf usines à la fin du Second Empire.
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L'Engagement Social des Japy
Les Japy se succèdent à la mairie de Beaucourt de 1800 à 1897, un Japy est maire de Dampierre-les-Bois sous Napoléon III, un autre maire de Badevel. Ces fidèles du Premier Empire ont su s’adapter aux régimes successifs. Louis-Philippe comme Napoléon III décoreront de la légion d’honneur des industriels dont « l’autorité paternelle » s’exerce sur la population ouvrière. Ils sont fiers de n’avoir jamais licencié d’ouvriers, même pendant les périodes de crise, n’hésitant pas à distribuer la soupe, la viande et le pain aux indigents durant les années de disette (1817, 1847). Ils sont dans l’héritage du fondateur, Frédéric Japy, qui déclarait : « Je veux que mes ouvriers ne fassent avec moi et les miens qu’une seule et même famille. Mes ouvriers doivent être aussi mes enfants et en même temps mes coopérateurs.
Protestant fervent, Fritz Japy accorde une grande importance « à la religion comme soutien et guide moral de la population », « outre la première instruction » il encourage à l’école « des leçons de religion, de morale et de dévouement au souverain ». Les Japy financent la construction d’un temple (1812-1814), développent des logements ouvriers et mettent en place des caisses de secours pour subvenir « aux frais médicaux et pharmaceutiques », une société de secours mutuels.
Antoine Herzog : Un Parcours Exceptionnel dans le Patronat Alsacien
Le patronat alsacien était majoritairement constitué de familles patriciennes protestantes. L’ascension sociale pour un jeune homme d’origine modeste n’était donc pas des plus facile. La réussite de l’ouvrier catholique Antoine Herzog (Dornach, 25 janvier 1786 - Wintzenheim-Logelbach, 5 novembre 1861) n’en apparaît que plus méritoire. Elle s’est inscrite dans le temps grâce au talent de son fils Antoine II Herzog (Guebwiller, 6 août 1816 - Logelbach, 11 avril 1892) qui devait consolider l’acquis paternel.
Fils d’ouvrier et catholique, Herzog père est à tous égards, un cas à part, même s’il n’est pas unique, dans le patronat alsacien. L’identification entre éthique protestante et esprit du capitalisme, chère à Max Weber, était telle en Alsace que la rumeur publique faisait d’Antoine Herzog le fils naturel d’un Schlumberger. Son père était ouvrier de fabrique. Il est remarqué par Jean-Henri Dollfus qui a été frappé par son intelligence, son ardeur au travail, la régularité de sa conduite. Il entrevoit ses capacités et décide de l’envoyer, à ses frais, faire des études au tout nouveau Conservatoire National des Arts et Métiers. Le choc culturel est grand pour le jeune homme qui ne parle pas un mot de français. Il étudie la mécanique.
Après avoir travaillé dans des usines textiles de la vallée de la Bièvre et à Saint-Quentin, Herzog rentre en Alsace en 1806. Il prend la direction de la filature Lischy & Zurcher de Bollwiller. En 1809, il fait la seconde rencontre décisive de son existence. Nicolas Schlumberger, à la demande de son beau-père l’industriel Bourcart, cherche un site pour y établir une filature mécanique de coton. Il l’embauche et lui demande de monter l’établissement à Guebwiller. En 1813, l’affaire prend le nom de Nicolas Schlumberger & Cie et va devenir une des filatures remarquables d’Alsace. Antoine Herzog y reste dix ans comme « chef des travaux » ce qui en fait quasiment le directeur à la tête de 600 ouvriers.
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Cette troisième rencontre va fixer définitivement son destin : Jean Schlumberger ne lui propose pas de travailler pour lui mais d’être son associé. Le partenariat va durer dix ans. En 1828, chargé de la liquidation, il reprend seul l’affaire. Il a construit une seconde filature en 1822 dont il va doubler la capacité de production en réalisant un bâtiment de cinq étages en 1836. Il achète aussi un tissage à Orbey et confie l’établissement à son gendre Eugène Lefébure. Son entreprise est récompensée à l’occasion des expositions industrielles de 1834, 1839, 1844 et 1849.
Le jury remarque en 1844 à propos de ses cotons filés : « il y a vraiment plaisir à les examiner, tout y est au parfait ; on reconnaît visiblement les soins personnels de l’homme qui de simple ouvrier s’est élevé au niveau des premiers filateurs de l’Alsace, après avoir contribué à leur succès. » Lors du banquet qu’il offre à son personnel à l’occasion de sa croix de la légion d’honneur, il déclare : « J’ai été ouvrier comme vous ; avec l’aide de Dieu et le travail, vous pouvez aspirer comme moi à devenir patrons. » Il est devenu cette figure exemplaire exalté par les pouvoirs publics de l’ouvrier qui « a su s’élever lentement, par une carrière industrielle soutenue et constamment progressive pendant trente années, au rang des manufacturiers de premier ordre.
Les Villas de Lourdes : Témoins de l'Ascension Sociale
La fin du siècle et le début du XXème voit s'installer une deuxième vague dans les nouveaux quartiers thermaux (Argelès, Bagnères) ou résidentiels (Lourdes, Tarbes) abritant la haute société urbaine, notamment les nouveaux riches (entrepreneurs, hôteliers, commerçants par exemple) dont l'ascension sociale se produit précisément dans ces dernières décennies du XIXème et jusqu'à la Guerre de 14 ; d'où sans doute la recherche d'effets ostentatoires, un peu « tape-à-l’œil », dans le registre du « pittoresque », ou bien parfois de véritables pastiches des styles aristocratiques des siècles passés, de la Renaissance au Rococo.
Lourdes Villa Fourneau appelée par la suite " Château de Soum", a été construite par l'Architecte lourdais Jean-Marie Lacrampe pour la Famille Fourneau (ancienne famille hôtelière lourdaise : Café et hôtel de la Poste, dans les années 1900-1901. Puis elle céda la villa à son tour à la Ville de Lourdes, en janvier 1956. Celle-ci y installa le tribunal civil, en remplacement de celui de la place des Tilleuls construit en 1881 et devenu peu adapté.
Château de Soum à Lourdes
La mairie actuelle sur l'avenue Foch est composée de trois villas : La Villa Roques, elle a été achetée par la municipalité Brenjot, en 1942 à Mme Roques, fille de Jean Soubirous et de Benoite Soubirous née Toulet. Jean Soubirous ayant un lien de parenté éloigné avec le père et le grand-père paternel de Bernadette. Cette villa, dans le plus pur style bourgeois de l'époque a été construite en 1900 sur les ordres de Benoite Soubirous-Toulet après la construction du Grand Hôtel Moderne (1896), sur 2 200 m² de terrain par l'architecte en vogue de l'époque, Jean-Marie Lacrampe.
La Villa Gazagne a été achetée en 1989 à la famille Gazagne, dont Marie Lucien Eugène a été maire de la ville de Lourdes de mai 1929 à juillet 1941. Elle fait partie depuis cette époque de l’ensemble de trois villas appelé communément mairie. Elle abrite l’Etat civil de la ville. Les plans ont été réalisés par l’architecte de la ville de l’époque J.M. Lacrampe. La façade toute en pierre de taille correspond avec ses couleurs rouges, aux normes des villas balnéaires en vogue à l’époque. Le pigeonnier de briques rouges qui se trouve à Anclades (hameau de Lourdes) faisait partie de la villa.
Villa Rachel construite en 1902 en l'honneur de la fille de l'avocat, Maître Navarret, Rachel, sur les plans de J-M Lacrampe, elle fut achetée en 1993-94 par la ville de Lourdes à M. Picot. Certains éléments de son style Art nouveau laissent perplexe, comme son toit à redents (penaous) : néo bigourdan ou néo flamand ?
Villa Lacrampe Construite vers 1900, par l'ancien architecte de Lourdes, Jean-Marie Lacrampe, pour lui-même, elle aurait abrité la famille Campbell. Villa la Congrégation des Filles de Marie Immaculée Située avenue Lagardère, avant l'entrée du Funiculaire, elle a été construite en X, Propriété de la famille Du Serre-Telmon fondateur du Comptoir de la bimbeloterie devenu par la suite Palais du Rosaire (et dont la soeur, devenue Fialho, héritera) ; elle fut offerte à la Congrégation de religieuses espagnoles ; mais en 2014, elle fait l'objet d'un permis de démolir-construire pour changement d'affectation.
Villa des soeurs de l'Auxilium Située rue de Bagnères, elle a été construire en 1894, sur les plans de l'architecte local Jean- Marie Lacrampe. Villa Paulette Maison Paulette, route de Bartrès. Appelée à l’origine castel Paulette cette grand maison avec sa tour carrée sur la route de Bartrès, bien visible en bord du chemin côté droit a été édifiée par une certaine Paulette vers 1910. Villa Jean-Pierre Picqué. La villa de la famille Picqué, dont le fils Conventionnel a été médecin et maire de Lourdes avant la Révolution et grand pyrénéeiste (voir dossier patrimoine humain) se trouve le long du premier chemin à gauche de la route de Bartrès.
L'hôtel de la Grotte, l'ancien fleuron de l'hôtellerie lourdaise (1873). Vendu et transformé en 2016, il n'offre plus hélas, les caractéristiques d'un hôtel hors du commun. Il avait obtenu environ en 2013 sa cinquième étoile, l'assimilant à un palace. C'est là que sont descendus pendant des décennies, nombre de personnes couronnées et VIP. Son mari, était une relation de la famille paternelle de Bernadette (en fait cousin au second degré). Elle a épousé un Jean ou Yantot (et non Jean-Marie, comme parfois mentionné, prénom du petit frère de Bernadette) Soubirous, originaire comme elle, des environs de Rieulhès. Admirable femme d'affaire, Benoite a laissé utiliser son nom de Soubirous pour obtenir plus facilement d'importants crédits auprès des banquiers et attirer une clientèle européenne mondaine.
En entrant dans le Grand Hôtel Moderne, on est aussitôt transporté dans le faste de la « Belle Époque » avec sa décoration intérieure Art Nouveau comprenant de magnifiques lambris en bois, des plafonds richement décorés et des sols en mosaïque colorée. La façade est dans le plus pur style baroque de la seconde moitié du XIXe siècle, elle ne laisse aucune place au vide. La sobriété n’est pas son point fort, partout ce ne sont que pilastres superposés, médaillons et bas-reliefs, balcons de pierre et de fonte, surcharges d’ornementations. L’ensemble fait cossu. Indéniablement, elle nous fait savoir que sa propriétaire souhaite montrer aux yeux de tous, son ascension sociale.
L’une des pièces majeures réside dans la splendeur du restaurant qui porte à juste titre le nom de son créateur. L’ambiance y est chaleureuse et intime, notamment grâce à la présence de l’acajou, des motifs complexes du parquet et des moulures inspirées de la nature : plantes, feuilles et vrilles de nénuphar. « De remarquables colonnes en marbre font le tour du restaurant et jouent la carte du contraste et de la sophistication ». Reste également le bel escalier en spirale considéré comme un chef d’œuvre de l’architecture du XIXe siècle.
Lors de son ouverture, le Grand Hôtel Moderne combinait ce qui se faisait de mieux en matière de confort, en offrant notamment des salles de bains privatives disposant d’arrivées d’eau chaude, un ascenseur s’arrêtant à chaque étage et des téléphones en cabines privées. Il était l’un des premiers hôtels dans le Sud-Ouest de la France à avoir ce confort. C’était alors une référence parmi les hôtels les plus beaux et les plus sophistiqués de son temps.
Château Fort de Lourdes - Lourdes, France (HD)
Les villas d'entrepreneurs sont bien plus que de simples bâtiments. Elles incarnent des histoires de réussite, de famille, d'innovation et d'engagement social. Que ce soit les premières villas balnéaires de Pornic, l'empire industriel des Japy ou les villas de Lourdes, chaque exemple témoigne de l'impact des entrepreneurs sur leur époque et de leur contribution au patrimoine architectural et culturel.
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