Abattement forfaitaire frais professionnels (DFS) : fonctionnement et règles URSSAF

La déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels (DFS) consiste en un abattement appliqué sur la rémunération d’un salarié réduisant la base de calcul de ses cotisations de Sécurité sociale, de chômage et d’assurance des créances des salariés notamment. Certaines professions bénéficient, sur l’assiette de leurs cotisations sociales, d’un abattement, appelé « déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels » (DFS), pouvant aller jusqu’à 30 % de leur rémunération. Seuls certaines professions spécifiques sont concernés et la déduction ne peut s’appliquer que pour certains postes comme les ouvriers du BTP, les artistes, les journalistes sous réserve de justifier de frais effectivement engagés.

Conditions d’application de la DFS

Le Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale (BOSS) précise que le salarié bénéficiant d’un abattement pour frais professionnels doit effectivement supporter des frais professionnels et ne doit donc pas bénéficier du remboursement de la totalité des frais professionnels par l’employeur dans le cadre de son activité. En effet, l’Urssaf exige que le salarié supporte effectivement des frais lors de son activité professionnelle. Dès lors, la DFS ne peut pas être appliquée lorsque le salarié n’engage aucuns frais pour exercer son activité professionnelle ou lorsque ces frais sont totalement pris en charge ou remboursés par son employeur. Il en est de même lorsque le salarié est en congé ou absent de l’entreprise (arrêt de travail, par exemple).

Attention : l’employeur qui applique la DFS doit conserver les justificatifs prouvant que le salarié supporte effectivement des frais professionnels. L’application de la DFS ne s’impose pas. Sauf dans les cas où un accord collectif prévoit son application systématique, le salarié est libre de l’accepter ou non.

Le recours à une déduction forfaitaire spécifique est ainsi restreint. Avant l’entrée en vigueur du Bulletin Officiel de la Sécurité Sociale (ou BOSS) le 1er avril 2021, il était admis par l’administration que l’application d’un abattement n’était pas lié au fait que le salarié supporte des frais professionnels. Depuis le 1er avril 2021, le BOSS met fin à cette tolérance et exige désormais que le salarié supporte effectivement des frais lors de son activité pour pouvoir bénéficier de l’abattement.

Consentement du salarié et calendrier de mise en conformité

En outre, depuis le 1er janvier 2022, l’employeur doit, chaque année, recueillir le consentement du salarié pour appliquer la DFS et l’informer des conséquences de cette application notamment sur ses droits à l’assurance retraite. La DFS a pour conséquence de diminuer le volume global de charges sociales qui incombe au salarié et à l’employeur. À court terme, cela permet de dégager un net plus important. L’entreprise doit s’assurer du consentement de chaque salarié à l’application de la DFS tous les ans, et conserver la preuve de ce consentement. Cela peut se faire via un avenant au contrat de travail ou à travers la distribution d’un coupon réponse par exemple et plus généralement par tout moyen permettant de conférer une date certaine au consentement du salarié.

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Le BOSS prévoit que depuis le 1er janvier 2023, en l’absence d’accord collectif ou d’accord avec les représentants du personnel autorisant l’employeur à appliquer un abattement, l’entreprise devra s’assurer annuellement, par tout moyen, du consentement de chacun de ses salariés à la mise en place de la déduction. Jusqu’au 31 décembre 2022, les employeurs qui ne respectent pas ces nouvelles conditions font seulement l’objet, en cas de contrôle Urssaf, d’une demande de mise en conformité pour l’avenir. Mais cette tolérance prendra fin le 1er janvier 2023 : à compter de cette date, les employeurs risqueront un redressement de cotisations sociales.

Éléments à réintégrer dans l’assiette depuis 2023

Enfin, à compter du 1er janvier 2023, les employeurs devront, avant d’appliquer la DFS, intégrer dans l’assiette des cotisations sociales :

  • la prise en charge directe par l’employeur auprès d’un tiers des frais du salarié en déplacement professionnel (frais d’hébergement, de repas, de taxi…);
  • le remboursement des dépenses d’entretien des vêtements de travail;
  • le remboursement des dépenses engagées par le salarié dans le cadre de sa participation à la demande de son employeur à titre exceptionnel à des manifestations organisées dans le cadre de la politique commerciale de l’entreprise;
  • le remboursement des dépenses engagées par le salarié ou prises en charge directement par l’employeur à l’occasion des repas d’affaires dûment justifiés sauf abus manifeste.

Cas particulier : entreprises du BTP (aménagement)

Les ouvriers du bâtiment, à l’exclusion de ceux qui travaillent en usine ou en atelier, ont droit à une DFS à hauteur de 10 %. À la suite d’un accord entre le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) et le gouvernement, l’exigence, pour le salarié, de devoir supporter effectivement des frais professionnels pour bénéficier de la DFS ne s’applique pas dans ces entreprises. De plus, la DFS se cumule avec le remboursement des frais professionnels et reste applicable sur les indemnités de congés payés versées aux salariés.

Mais, en contrepartie, le taux de la DFS, qui sera maintenu à 10 % jusqu’au 31 décembre 2023, diminuera ensuite progressivement sur 8 ans jusqu’à ce que la DFS cesse de s’appliquer au 1er janvier 2032. Les fédérations patronales du secteur du BTP ont pu, toutefois, obtenir la possibilité de réduire l’assiette de cotisations sociales en y appliquant un abattement au titre des frais professionnels engendrés par certains postes occupés sur les chantiers.

Actuellement, le taux d’abattement dans le BTP est de 10%. Celui-ci sera réduit chaque année d’un point au 1er janvier 2024 et jusqu’au 1er janvier 2030, pour ensuite être réduit d’un point et demi en 2031 et 2032. À savoir : en l’absence de mention dans un accord collectif ou d’un accord des représentants du personnel, le consentement du salarié à l’application de la DFS obtenu avant le 1er janvier 2023 vaut jusqu’au 31 décembre 2031. Il n’a donc pas besoin d’être renouvelé chaque année.

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Qui peut bénéficier de l’abattement et limites

Les salariés de certaines professions qui engagent régulièrement des frais dans le cadre de l’exercice de leur activité peuvent bénéficier d’un abattement pour frais professionnels dont le taux de déduction est déterminé en fonction de la profession exercée. Le taux de l’abattement à pratiquer varie selon les professions et certaines limites doivent être respectées. Le montant de la déduction ne peut ainsi dépasser 7 600 € pour un salarié par année civile. Son application ne peut en outre conduire à faire cotiser le salarié sur une base inférieure au SMIC.

La DFS ne peut pas non plus être appliquée si l’employeur prend en charge ou rembourse des frais, sauf cas particulier. Le montant de la déduction est plafonné par salarié et par année civile à 7 600 €. Le plafond de déduction de 7 600 € est dépassé.

Incidences sur la protection sociale et le net

La déduction forfaitaire spécifique (DFS) permet de réduire l’assiette de cotisations sociales, ce qui augmente le net à payer du salarié. Par exemple, un salarié avec un salaire brut de 2 000 € et un abattement de 20 % verra ses cotisations calculées sur 1 600 €, ce qui se traduit par un salaire net plus élevé chaque mois. En revanche, la DFS a des impacts moins favorables. Elle réduit la base de calcul des indemnités journalières de Sécurité sociale en cas d’arrêt maladie, maternité ou accident du travail, ce qui peut entraîner des indemnités plus faibles.

Les allocations chômage (ARE) sont également calculées sur une base minorée, ce qui réduit le montant perçu en cas de perte d’emploi. La déduction forfaitaire spécifique minore la base de cotisations de retraite complémentaire. Ainsi, au moment de faire valoir ses droits à la retraite, les trimestres seront validés sur la base du salaire abattu.

Cas particuliers et règles de paie

En cas d’absence du salarié sur un mois complet, rémunérée totalement ou partiellement, la déduction forfaitaire spécifique ne peut pas être appliquée. Certaines dépenses, comme les indemnités de grands déplacements versées aux ouvriers du bâtiment, ne sont jamais réintégrées dans la base de cotisations. En cas d’arrêt de travail pour maladie, maternité ou accident du travail, l’indemnité journalière de Sécurité Sociale (IJSS) est calculée sur le salaire soumis à cotisations maladie donc après application de la déduction forfaitaire spécifique.

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La DFS s’applique sur l’ensemble de la rémunération soumise à cotisations, sauf exceptions prévues par les textes. Cela inclut les primes, commissions ou éléments variables liés à l’activité. L’abattement ne devrait pas être maintenu dans ce cas si la condition d’engagement effectif des frais disparaît.

Remboursement des frais professionnels : principes généraux

Les frais professionnels correspondent aux dépenses engagées par le salarié dans l’intérêt de l’entreprise. Ces dépenses, lorsqu’elles sont nécessaires à l’exécution du travail, doivent être prises en charge par l’employeur, sur présentation d’un justificatif de dépense (facture, ticket, note de frais, etc.). Il existe une grande variété de frais pouvant être considérés comme des frais professionnels : les frais de déplacement professionnel ; les frais de transport ; les frais de restauration ; les frais d’hébergement ; les frais liés au télétravail ; les frais de mobilité professionnelle.

Le remboursement des frais professionnels peut prendre la forme d’un remboursement au réel ou d’un remboursement forfaitaire. Le remboursement au réel impose la présentation de justificatifs (factures, tickets de caisse, relevés détaillés). L'employeur rembourse alors le montant exact engagé par le salarié. Le remboursement forfaitaire présente l'avantage de la simplicité administrative, sans nécessité de fournir les justificatifs détaillés si les plafonds sont respectés.

Exonérations et plafonds URSSAF

Les sommes remboursées par l'employeur au titre des frais professionnels peuvent être exclues de l'assiette des cotisations sociales, sous conditions : remboursement au réel : exonération totale, si les dépenses sont justifiées et raisonnables ; remboursement forfaitaire : exonération limitée aux plafonds URSSAF. Lorsque le forfait dépasse les plafonds, l’excédent est réintégré dans l’assiette des cotisations sociales, sauf à démontrer la réalité et l'importance exceptionnelle des frais supportés par le salarié.

Poste Plafond indicatif (exemple)
Frais de repas (grands déplacements) Jusqu’à 21,10 € par repas
Indemnité logement + petit déjeuner (Paris) 75,60 € par jour
Indemnité logement + petit déjeuner (autres) 56,10 € par jour
Mobilité professionnelle 84 € par jour
Allocation NTIC 54,50 € par mois

Contrôle URSSAF et sécurité juridique

Les employeurs doivent être en mesure de démontrer à l'URSSAF la réalité des frais engagés (en remboursement réel), le respect des plafonds d'exonération (en forfait) et la conformité des frais à une utilisation professionnelle effective. Une documentation rigoureuse est essentielle pour éviter tout redressement lors d'un contrôle. En cas de contrôle de l’URSSAF, les sommes non remboursées ou remboursées sans justificatif suffisant risquent d’être réintégrées dans l’assiette des cotisations sociales, entraînant un redressement.

Aspects conventionnels et négociation collective

Il est recommandé aux employeurs de se référer à leur convention collective, qui peut prévoir des modalités spécifiques de remboursement des frais professionnels, des montants forfaitaires spécifiques ou des dispositions en cas de télétravail. La convention collective peut fixer des règles spécifiques concernant les frais professionnels : barèmes d’indemnisation spécifiques, types de frais remboursables, modalités de prise en charge. Certaines branches professionnelles (comme le BTP) autorisent également la déduction forfaitaire spécifique (DFS), permettant à l’employeur de réduire l’assiette des cotisations sociales sous certaines conditions. L’accord du CSE peut également être requis dans certains cas.

Impacts RH / paie et recommandations pratiques

La gestion des frais professionnels qui constituent des éléments variables de paie peut rapidement devenir complexe pour une entreprise. Elle implique en effet de respecter un cadre légal strict en matière de remboursement, tout en assurant une traçabilité rigoureuse des justificatifs. Le bulletin de paie doit clairement distinguer la rémunération habituelle du salarié, soumise aux cotisations sociales, et le remboursement des notes de frais, qui correspond à une dépense engagée pour les besoins de l’activité professionnelle et n’entre pas dans l’assiette des cotisations lorsqu’il respecte les plafonds légaux.

En pratique, les employeurs recourent au remboursement aux frais réels pour les dépenses ponctuelles, et au versement d’une allocation forfaitaire lorsque les dépenses du salarié sont récurrentes. L’arbitrage entre remboursement sur justificatifs et allocations forfaitaires doit être pensé à l’aune des contraintes administratives, des possibilités d’exonération sociale, mais également des impératifs de transparence et de conformité.

FAQ synthétique

  1. Quels frais professionnels l'employeur doit-il obligatoirement rembourser ? Tous les frais engagés par le salarié dans l’intérêt direct de l’entreprise doivent être pris en charge par l’employeur.
  2. Quelles méthodes pour rembourser ? Remboursement au réel (avec justificatifs) ou allocation forfaitaire (plafond URSSAF).
  3. Les remboursements sont-ils exonérés ? Oui, si les conditions et plafonds URSSAF sont respectés, ou si le réel est justifié et raisonnable.
  4. Que risque l'employeur en cas de non-respect ? Contentieux prud’homal, réintégration des sommes et redressement URSSAF.
  5. La DFS est-elle automatique ? Non, l’employeur doit opter pour sa mise en place et, en l’absence d’accord collectif, recueillir le consentement du salarié.

L'abattement pour les frais professionnels

À retenir : les frais professionnels correspondent aux dépenses engagées par le salarié dans l’intérêt de l’entreprise. Ils peuvent être remboursés au réel, forfaitairement ou via un abattement automatique. Les remboursements sont exonérés de cotisations sociales si les barèmes Urssaf sont respectés. Une bonne gestion des frais professionnels simplifie la paie et sécurise l’entreprise contre les redressements.

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