Difficultés d'accès au crédit pour les TPE et PME : état des lieux, causes et dispositifs d'accompagnement
Au premier trimestre 2026, les demandes de crédits d'investissement sont en baisse pour les ETI et stables pour les PME, tandis que l'accès des entreprises françaises aux crédits d'investissement reste globalement favorable avec des taux d'obtention des crédits d'investissement toujours élevés. Les enquêtes trimestrielles témoignent d'un taux d'obtention de crédit régulièrement fragilisé pour les TPE. Ces dernières sont plus risquées à financer par des banques qui, elles-mêmes, sont sommées pour des raisons réglementaires de se montrer très prudentes dans la distribution de crédit.
Demande et obtention des crédits d'investissement
La proportion d'entreprises ayant demandé de nouveaux crédits d'investissement baisse à 24 % pour les ETI au T1 2026 et reste stable à 19 % pour les PME (cf. graphique 1). Les taux d'obtention pour ces demandes de crédits sont très élevés pour les PME comme pour les ETI : 98 % des PME et 93 % des ETI ayant demandé un prêt l'ont obtenu en totalité ou à plus de 75 %. Les demandes de crédits d'investissement sont restées stables pour les PME et en légère baisse pour les ETI par rapport au trimestre précédent.
La proportion d'entreprises ayant demandé de nouveaux crédits d'investissement diminue à 18 % pour les PME et reste stable à 28 % pour les ETI au T4 2025. Les taux d'obtention pour ces demandes de crédits sont très élevés : 96 % des PME et 97 % des ETI ayant demandé un prêt l'ont obtenu en totalité ou à plus de 75 %.
Crédits de trésorerie : stabilité des demandes mais vigilance sur l'obtention
La proportion d'entreprises ayant demandé des nouveaux crédits de trésorerie reste stable, à 6 %, pour les PME, tandis qu'elle baisse à 5 % pour les ETI. Pour ce type de crédit, les taux d'obtention en totalité ou à plus de 75 % ont baissé sur ce dernier trimestre. Les PME ont vu leur taux d'obtention passer de 85 % à 82 %, et les ETI de 85 % à 80 %.
Au T2 2025, la proportion d'entreprises ayant demandé des nouveaux crédits de trésorerie reste à un niveau bas : elle remonte légèrement, à 6 %, pour les PME, tandis qu'elle reste à 5 % pour les ETI. Pour ce type de crédit, les taux d'obtention en totalité ou à plus de 75 % augmentent pour les PME comme pour les ETI. Sur le dernier trimestre, les PME ont vu leur taux d'obtention augmenter de 84 % à 86 %, et celui des ETI a augmenté de 91 % à 95 %.
Lire aussi: Que faire en cas de difficultés à payer ses impôts ?
Lignes de crédit et mobilisation
Les demandes sont stables depuis plusieurs trimestres pour toutes les tailles d'entreprise : près d'un tiers des PME et près de la moitié des ETI ont formulé une demande de lignes de crédit au cours des 12 derniers mois. 53 % des PME ont eu recours à leurs lignes de crédit, un niveau stable par rapport à celui observé le trimestre précédent. S'agissant des ETI, 63 % ont mobilisé leurs lignes de crédit, soit une légère baisse de 1 point par rapport au T4 2025. 54 % des PME ont eu recours à leurs lignes de crédit, un niveau comparable à celui observé le trimestre précédent.
Crédits d'équipement : financement des immobilisations
Parmi les crédits d'investissement, les crédits d'équipement sont destinés à financer des immobilisations incorporelles ou corporelles, hors biens immobiliers. Le taux d'obtention pour les crédits d'équipement (entièrement ou à plus de 75 %) reste élevé pour les PME, à 94 %. Le taux d'obtention pour les crédits d'équipement demeure élevé pour toutes les tailles d'entreprises : 93 % des PME et 90 % des ETI ayant sollicité ce type de crédit l'ont obtenu. Après une baisse sur les deux derniers trimestres, il remonte pour les ETI à un niveau presque comparable au T1 2025 (92 %) avec un taux à 91 % au T4 2025.
Coût du crédit et perception des entreprises
Au T1 2026, 78 % des PME et des ETI indiquent que le coût global du crédit est resté stable ou a diminué. Au T4 2025, 86 % des PME et des ETI indiquent que le coût global du crédit est resté stable ou a diminué. Au T2 2025, 88% des PME et 90% des ETI indiquent que le coût global du crédit est resté stable ou a diminué. La proportion de PME déclarant une baisse du coût global du crédit par rapport au trimestre dernier a augmenté de 3 points et atteint 24 %.
Comportement d'autocensure et absence de demande
Un comportement d'autocensure désigne une situation où une entreprise ne sollicite pas de nouveau crédit bancaire car elle anticipe un refus des banques. Ce phénomène reste marginal au T2 2025 avec moins de 2 % des entreprises déclarant un comportement d'autocensure pour expliquer leur absence de demande de crédit. L'absence de besoin est en effet la raison principale donnée par les entreprises concernant l'absence de demande de crédit pour la trésorerie (89 % des PME et 91 % des ETI) et pour les investissements (86 % des PME et 90 % des ETI).
Situation spécifique des TPE : obstacles et lourdeurs
M. Olivier Gaillard attire l'attention sur le financement des petites entreprises. Malgré la progression des encours des prêts aux PME, et les taux d'emprunt qui restent contenus à la faveur de la politique monétaire de la BCE, la situation sur le terrain est plus inégale. Les relations entre les petites entreprises et les banques sont excessivement marquées par des obstacles, des lourdeurs administratives, des délais de réponse trop longs, qui leur font trop souvent perdre confiance en leur capacité à obtenir du financement de la part des banques.
Lire aussi: Entrepreneuriat féminin en France
Selon une étude de mars 2017 résultant d'un travail conjoint du médiateur du crédit, des cabinets Deloitte et In Extenso, encore 56 % des dirigeants de TPE ayant fait une demande de crédit auprès d'une banque rencontrent au moins une difficulté. Ils sont 18,5 % à avoir essuyé un refus total et 11,7 % un refus partiel (un crédit d'un montant inférieur à celui demandé). Surtout, ils sont 33,8 % à avoir fait face à une demande importante de garanties, de cautions personnelles. La « lourdeur administrative » mais aussi des « délais de réponse trop longs » sont respectivement cités par 29,1 % et 28,8 % des dirigeants interrogés.
Ce chiffre descend même à 44,2 % pour les TPE qui ont essuyé un refus de crédit. Un indice qui, selon l'étude, pourrait être amélioré si l'argumentation concernant le refus était mieux développée. Les enquêtes de la Banque de France sur l'accès au crédit des PME corroborent ce diagnostic. Au troisième trimestre 2017, 95 % des demandes de crédit d'investissement et 81 % des demandes de crédit de trésorerie ont été satisfaites. Cette analyse porte sur 2014-2017, où, y compris à l'aune des enquêtes de la Banque de France, l'accès au crédit bancaire était globalement satisfaisant mais moins aisé qu'il ne l'est aujourd'hui.
Dispositifs publics et initiatives bancaires pour améliorer l'accès au financement
D'ores et déjà, plusieurs initiatives en faveur du financement des TPE et des PME ont été mises en œuvre. En juin 2014, l'Observatoire du financement des entreprises (OFE) a publié un rapport recensant un certain nombre de difficultés qui a donné lieu à cinq engagements de la fédération bancaire française (FBF) pour améliorer les relations entre les banques et les TPE-PME. Ainsi, la FBF s'engage à répondre sous quinze jours ouvrés à partir du moment où le dossier est complet, à expliquer le refus de crédit aux clients TPE, à indiquer les recours possibles et signaler l'existence de la médiation du crédit, à développer une meilleure information sur les financements de court terme, enfin, à favoriser une plus grande stabilité des conseillers TPE dans leurs postes.
Ces engagements ont été évalués par l'OFE en 2015. Cette évaluation notait qu'en dépit d'une amélioration, des efforts restaient à faire, en particulier sur les délais de réponse. Depuis, la médiation reste mobilisée pour faciliter le dialogue entre les TPE et les banques et vigilante sur le respect des engagements pris par la FBF. En outre, le financement des TPE est au cœur de l'action de Bpifrance, au travers de son activité de garantie et de financement qui bénéficie également aux TPE.
La Médiation du crédit : rôle, modalités et efficacité
La Banque de France met à disposition des entreprises la Médiation du crédit. Elle intervient lorsque l'entreprise n'arrive pas à trouver un financement ou a fait face à une dénonciation de ses lignes court terme. L'entreprise qui n'arrive pas à obtenir de rendez-vous auprès de son assureur-crédit ou de son banquier peut également saisir le médiateur du crédit.
Lire aussi: Recrutement et formation : les enjeux de l'artisanat
Les principaux motifs pour saisir la Médiation du crédit sont les suivants : dénonciation de découvert ou d'une autre ligne de crédit (l'entreprise a 60 jours à partir de la dénonciation pour saisir la médiation), refus de rééchelonnement d'une dette, refus de crédit ou absence de réponse dans les 15 jours qui suivent le dépôt d'un dossier complet, refus de caution ou de garantie, refus de garantie par un assureur-crédit. À savoir : le recours à la Médiation du crédit est gratuit et confidentiel.
Pour saisir la Médiation du crédit aux entreprises, il faut déposer un dossier en ligne. L'entreprise qui a des difficultés pour remplir son dossier de médiation peut demander l'aide de tiers de confiance. Il s'agit de conseillers bénévoles dont le rôle est d'étudier les dossiers des entreprises et de vérifier que, dans leur situation, il est opportun de contacter la médiation du crédit. Leur intervention est entièrement gratuite.
La Médiation du crédit vérifie que la demande est recevable et contacte l'entreprise dans les 48 heures qui suivent la réception du dossier. Un médiateur du département va ensuite définir un plan d'action avec l'entreprise. Les banques qui ont refusé l'octroi d'un prêt à l'entreprise sont informées de l'ouverture de la médiation. Elles disposent de 5 jours ouvrés pour revoir leur position. Si à l'issue de ce délai un accord n'a pas été trouvé, la Médiation du crédit intervient pour identifier et résoudre les points de blocage du dossier. Si la médiation n'a pas abouti, l'entreprise peut demander la révision de son dossier.
Solutions alternatives et aides publiques
Pour pallier les limitations bancaires, l'État et les collectivités proposent des dispositifs d'aide aux PME, des systèmes alternatifs de crédits à moindre coût. Les solutions publiques de financement pour les petites entreprises en difficulté sont nombreuses, mais spécifiques et complexes.
- Les collectivités territoriales, les organismes nationaux et européens prévoient un panel de subventions pour soutenir les entreprises en création et en développement. Elles sont nombreuses et les critères varient d’une subvention à l’autre.
- Plus qu’une solution de financement, le médiateur de crédit, la Direction générale des finances publiques et l’URSSAF sont une aide face à une trésorerie en déficit. La Direction générale des finances publiques propose des plans de règlement de créance sur-mesure.
- Oséo (aujourd'hui intégré dans Bpifrance) finance la croissance des PME et soutient les entreprises en période de crise : prêts à taux 0, avances remboursables sur CIR, subventions.
- Le Codefi (Comité départemental d’examen des difficultés de financement des entreprises) examine la situation des entreprises de moins de 400 salariés, intervient comme médiateur entre les administrations fiscales et sociales, et les banques, et finance aussi les diagnostics, audits et plans de restructuration.
À court terme, plusieurs solutions privées de trésorerie existent : crédit bancaire additionnel, facilités de caisse, autorisation de découvert, affacturage, cession de créances, lease-back, titrisation. À court terme, le lease-back permet de dégager rapidement de la trésorerie. La titrisation permet d'augmenter ses liquidités en vendant ses créances clients à des investisseurs sur les marchés.
Contexte macroéconomique et perspectives
Le dynamisme de la distribution de crédits aux TPE-PME gagnerait à progresser, en cohérence avec le programme gouvernemental qui consiste à libérer les énergies et favoriser les investissements. Il convient pour cela d'encourager la demande de crédit, en matière de crédits d'investissement. L'octroi de crédit bancaire aux entreprises est dynamique. Il est en hausse de 5,1 % sur douze mois à fin novembre 2017 et l'encours s'établit à 955 Mds €. Les crédits à destination des TPE et des PME représentent plus de 50 % de cet encours, et suivent une évolution comparable avec une hausse de 3,8 % en novembre 2017.
Les conditions d’accès au crédit se détendent parfois : en février (selon deux études menées par Rexecode), 20 % des TPE et PME déclarent avoir rencontré des difficultés pour financer leur trésorerie, contre 22 % au trimestre précédent. L’accès au financement apparaît également plus aisé pour les grandes entreprises et les ETI : 30 % le jugent facile, et seulement 16 % rencontrent encore des difficultés. En outre, les intentions d’investissement des TPE-PME rebondissent : 45 % des dirigeants prévoient de réaliser des investissements cette année, contre 39 % au trimestre précédent.
Vidéo conférence - La médiation du crédit - Banque de France - Finance & Stratégie
Frais bancaires et pression concurrentielle
Les travaux montrent des niveaux de tarifs hétérogènes, signe d’une pression concurrentielle élevée. Les données fournies par la Fédération des Centres de Gestion Agréés (FCGA) mettent en évidence le poids en moyenne limité des frais bancaires pour les TPE-PME : ceux-ci représentent 0,45 % de leur chiffre d’affaires. Ils s'élèvent à 0,69 % en incluant les frais liés aux découverts. Le montant moyen des frais bancaires est inférieur à 1 100 euros par an. En tenant compte des frais bancaires relatifs aux découverts pour les entreprises concernées, il est de 1 700 euros. Près des trois quarts des professionnels ou TPE/PME n’ont payé aucun frais d’incidents en 2019.
Points d'amélioration identifiés
- Réduire les délais de réponse des banques et améliorer l'argumentation des refus de crédit pour aider les entreprises à mieux comprendre les motifs et à corriger leurs dossiers.
- Renforcer l'information des TPE sur les mesures de soutien et d'accompagnement dont elles peuvent bénéficier : une fiche pédagogique destinée aux entrepreneurs a ainsi été élaborée pour les aider à bien préparer leurs demandes de crédits de trésorerie auprès de leurs banques.
- Promouvoir l'utilisation de la Médiation du crédit et des tiers de confiance pour faciliter le dépôt et le traitement des dossiers.
- Favoriser l'accès aux garanties publiques et au soutien de Bpifrance pour lever les freins liés aux exigences de caution et de garanties personnelles.
Le rapport de l'OFE s'inscrit à la suite de la lettre de mission adressée en mai 2020 par le ministre Bruno Le Maire à Frédéric Visnovsky, président de l’OFE. La mission consistait à réaliser un bilan de l’offre de services bancaires à destination des TPE-PME. Les travaux menés par l’OFE mettent en avant l’existence d’une offre variée de services bancaires aux TPE et PME et soulignent l'effort des établissements bancaires pour s’adapter aux profils des entreprises et aux enjeux locaux. Ce panorama globalement positif ne doit pas faire oublier les incertitudes macroéconomiques : les membres de l’OFE s’accordent à dire qu’il est nécessaire de rester vigilant dans les mois à venir.
| Indicateur | PME | ETI |
|---|---|---|
| Demande crédits d'investissement (T1 2026) | 19 % | 24 % |
| Taux d'obtention crédits d'investissement | 98 % | 93 % |
| Demande crédits de trésorerie | 6 % | 5 % |
| Taux d'obtention crédits de trésorerie (dernière variation) | 82-86 % (selon trimestre) | 80-95 % (selon trimestre) |
| Taux d'obtention crédits d'équipement | 93-94 % | 90-92 % |
balises: #Pme
