Difficultés de recrutement dans le secteur de l’artisanat et rôle des CFA
Malgré une baisse générale du taux de chômage depuis 2017, le secteur de l’artisanat en France continue de faire face à des difficultés majeures pour recruter. Cette situation persiste malgré les crises successives, dont celle du Covid-19 et les tensions énergétiques liées au conflit en Ukraine. Le dernier baromètre de l’Institut supérieur des métiers (ISM) et de MAAF met en lumière une augmentation significative des offres d’emploi dans l’artisanat. Toutefois, cette progression ne parvient pas à combler le déficit de main-d’œuvre, amplifiant les tensions de recrutement dans ce secteur vital de l’économie nationale.
Contexte et état des lieux des recrutements dans l’artisanat
Les professionnels comme boulangers, charpentiers, ou réparateurs automobiles ont vu les offres d’emploi croître de manière exponentielle depuis 2019, avec des métiers spécialisés, comme celui de prothésiste, enregistrant une hausse spectaculaire de 333 % des annonces. Cette croissance est liée au développement de nouveaux marchés, notamment dans la rénovation énergétique (isolation, construction bois) et les services (réparation de cycles).
Malgré cette dynamique, les tensions restent particulièrement aiguës dans des régions comme l’Île-de-France et la Corse, où la disponibilité de main-d’œuvre est la plus faible. La demande de personnel dépasse largement l’offre, avec 46 % d’augmentation des offres d’emploi en 2024 par rapport à la période pré-Covid (491 000 offres contre 337 000). Ce déséquilibre est accentué par une réserve insuffisante de candidats, notamment parmi les jeunes choisissant la voie de l’artisanat, malgré un regain d’intérêt pour l’apprentissage depuis la réforme Pénicaud de 2018.
Les causes principales des difficultés de recrutement dans l’artisanat
- Manque de candidats qualifiés : Les entreprises artisanales peinent à trouver des profils adaptés, notamment dans les métiers traditionnels du bâtiment et de l’alimentation.
- Réserve insuffisante de jeunes talents : Le nombre de jeunes s’orientant vers l’artisanat reste insuffisant, malgré le succès des apprentissages et des formations délivrées par les Centres de Formation d’Apprentis (CFA).
- Impact des crises récentes : La crise du Covid-19 a provoqué des réorientations de carrière, certains salariés quittant l’artisanat au profit de secteurs offrant de meilleures conditions de travail.
- Image négative de certains métiers : Certains secteurs, notamment dans le bâtiment, pâtissent encore d’une image peu valorisée auprès des jeunes.
- Contexte économique et réglementaire : L’instabilité politique et les coûts en hausse (matières premières, énergie, assurances) impactent la capacité des entreprises à recruter et à former.
Le rôle des CFA et de la formation par apprentissage
L’apprentissage est un pilier fondamental pour la formation des futurs artisans : chaque année, environ 200 000 jeunes sont formés aux métiers de l’artisanat, représentant la moitié des jeunes en apprentissage dans l’ensemble des filières. Les CFA, notamment ceux des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA), jouent un rôle central en offrant près de 600 formations couvrant 250 métiers et plus de 500 activités artisanales.
Les formations vont du niveau V (CAP, CTM) au niveau II (licence professionnelle), permettant une montée en compétences et l’adaptation aux besoins évolutifs du secteur. Les Universités régionales des métiers et de l’artisanat (URMA) facilitent également la réorientation des étudiants vers l’artisanat tout en combinant formations techniques et générales.
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Pourtant, la formation par apprentissage rencontre aujourd’hui des menaces, notamment dues au financement insuffisant couvrant les coûts réels des formations, ce qui fragilise les CFA et leur capacité à fournir une formation de qualité et en proximité. En conséquence, un rééquilibrage des financements, notamment pour les niveaux 3 et 4 et pour les territoires d’Outre-mer, est indispensable afin d’assurer la pérennité de cet outil clé.
Initiatives et partenariats pour répondre aux défis du recrutement
Face à ces enjeux, des conventions nationales ont été signées entre CMA France, France Travail, l’Union Nationale des Missions Locales (UNML) et CHEOPS-Cap Emploi, visant à promouvoir un recrutement plus inclusif et élargi. Ces partenariats se traduisent notamment par :
- Une coopération renforcée sur le terrain pour répondre efficacement aux besoins de recrutement des entreprises artisanales.
- Le développement de parcours d’accompagnement pour les jeunes et les demandeurs d’emploi, intégrant apprentissage, entrepreneuriat et reprise d’entreprise.
- Un engagement accru à favoriser la diversité des talents, y compris les personnes en situation de handicap.
- Des actions de valorisation des métiers de l’artisanat auprès du jeune public et des parcours d’orientation adaptés.
Perceptions et attentes des candidats : un défi pour les employeurs
Les professionnels du recrutement, comme Linda Gallet de Navengo, soulignent que les candidats d’aujourd’hui recherchent avant tout un équilibre entre vie personnelle et professionnelle, ainsi qu’un emploi porteur de sens et d’évolution. Le salaire reste important, mais la flexibilité des horaires et la qualité des conditions de travail jouent un rôle crucial dans les choix.
Par ailleurs, un décalage persiste entre les attentes des employeurs et la réalité des candidats : ces derniers prennent le temps d’évaluer les offres parmi une abondance d’opportunités, ce qui peut se traduire par des absences aux entretiens ou des exigences accrues. Cela concerne tous les âges et n’est pas uniquement lié à la jeunesse.
Pour répondre à ces défis, les entreprises doivent améliorer la formulation de leurs offres et valoriser leur secteur. Une attention particulière est portée à la présentation claire des attentes, à la sélection rigoureuse des candidats (au-delà du seul CV) et à la mise en avant des aspects humains et relationnels.
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Les leviers pour améliorer le recrutement dans l’artisanat
Pour faire face aux difficultés de recrutement, plusieurs axes d’amélioration sont identifiés :
- Valorisation des métiers : Informer et séduire les jeunes par des actions de sensibilisation, salons et journées portes ouvertes.
- Amélioration des conditions de travail : Proposer des horaires aménagés, une meilleure rémunération, des primes et un environnement propice au bien-être des salariés.
- Optimisation du processus de recrutement : Annonces attractives, procédures claires et courtes, communication transparente avec les candidats.
- Renforcement du lien entre formation et entreprise : Faciliter les stages, l’immersion et la transmission entre chefs d’entreprise et jeunes apprentis.
- Promotion de la reprise d’entreprise artisanale : Accompagner les transmissions pour sécuriser les parcours professionnels et pérenniser les savoir-faire.
- Utilisation du numérique : Développer la visibilité en ligne via sites web, avis clients et contenus vidéo authentiques.
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Les spécificités régionales et secteurs en tension
Les difficultés de recrutement varient selon les territoires et les métiers. L’Île-de-France concentre une grande part des entreprises artisanales, notamment à Paris et en Seine-Saint-Denis, avec des pics de tensions dans les services et le bâtiment. Dans d'autres régions, la pénurie touche particulièrement les métiers traditionnels et ruraux, où l’attractivité reste faible.
Certains métiers font face à des taux très élevés de difficultés pour recruter, tels que :
| Métier | Taux de difficultés de recrutement en 2024 (%) |
|---|---|
| Bouchers | 74 |
| Ouvriers en chaudronnerie et tôlerie | 81 |
| Couvreurs | 85 |
| Carrossiers automobiles | 86 |
Perspectives et enjeux pour l’avenir
Avec près de 150 000 postes vacants dans l’artisanat et plus de 300 000 entreprises à reprendre dans la décennie à venir, le secteur est à un tournant crucial. La formation par apprentissage demeure la voie privilégiée pour garantir la relève et assurer une main-d’œuvre qualifiée.
Par ailleurs, la reconversion professionnelle des adultes, souvent soutenue par les dispositifs actuels, contribue à répondre à la demande croissante. L’engagement des acteurs du secteur, des formateurs aux chambres consulaires, doit se poursuivre pour relever les défis liés au recrutement, à la formation, à la valorisation des métiers et à la transformation numérique.
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