Chiffre d’affaires Agricool : modèle économique et actualités
Agricool, acteur emblématique de l’agriculture urbaine, s’inscrit dans un contexte où le chiffre d’affaires des acteurs agricoles fait couler beaucoup d’encre. La diversité des modèles économiques agricoles et la complexité des chiffres publiés imposent d’analyser les données avec prudence : savent que la réalité est plus complexe que les chiffres mis en avant dans la presse.
Les sources statistiques et la représentation du secteur agricole
Le réseau d’information comptable agricole (Rica) est un des plus gros travaux statistiques du Ministère de l’agriculture. C’est une enquête réalisée chaque année dans tous les pays européens pour mesurer l’impact des politiques agricoles sur le revenu des agriculteurs. En France, il réunit les comptabilités de 7500 exploitations agricoles. Ce n’est pas une mince affaire car les méthodes de comptabilisation peuvent être différentes d’un cabinet comptable à l’autre alors que toutes les comptabilités du Rica doivent être harmonisées avec les mêmes normes européennes.
Les chiffres les plus récents sont ceux de l’exercice 2019, publiés en décembre 2020. Ils sont souvent utilisés pour comparer les résultats moyens par secteur de production alors que l’on sait pertinemment que les résultats économiques sont au moins tout aussi liés au capital détenu et à la forme de commercialisation qu’au type de production réalisé. Le Rica serait représentatif de 300 000 exploitations agricoles. Or les chiffres du recensement ou des enquêtes structures donnent une estimation d’environ 440 000. La différence n’est pas négligeable et mériterait un éclaircissement.
Structure des exploitations selon le Rica : chiffres clefs
Parmi les 440 000 exploitations recensées, 140 000 ont une PBS annuelle inférieure à 25 000€. Elle est en moyenne de 8 100€, soit environ 1 400€ par an de résultat courant. Il s’agit pour la grande majorité d’activités de complément pour des retraités, des doubles actifs. Cette catégorie ne produit que moins de 2 % de la PBS totale.
Sur les 300 000 exploitations couvertes par le Rica, 60 000 réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 82 800€, le seuil des micro-exploitations agricoles. Leur PBS, de 65 000€ en moyenne, représente 6,4% de la PBS française. Les 240 000 restantes se répartissent en 96 000 exploitations individuelles et 144 000 sociétés. Les premières ont une PBS moyenne de 155 000€ et assurent environ le quart de la production agricole de notre pays (24,4 %). Les 144 000 sociétés (Gaec, EARL, SA…) ont une PBS moyenne de près de 300 000€ (292 000).
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Mais on voit bien que ce ne sont pas pour autant de grandes entreprises et encore moins des firmes. Les 19 000 plus grandes exploitations ont un chiffre d’affaires moyen inférieur à un million d’euros et emploient moins de 6 unités de travail. Dans cette catégorie, il n’y aurait que 167 exploitations dont la PBS dépasserait 3 millions €.
Revenu, excédent et capital : comment interpréter le chiffre d’affaires
Par analogie avec le monde des salariés, il a semblé pertinent de considérer le résultat courant avant impôts comme un salaire et même de le mensualiser comme cela a été le cas dans le communiqué de la MSA évoquant qu’un tiers des exploitants avaient moins de 300€ par mois. C’est oublier qu’il s’agit d’entreprises qui doivent réaliser des investissements qui constituent le capital de cette entreprise. Or l’activité agricole nécessite plus de capital que la plupart des activités artisanales. Ce capital est constitué de capitaux propres et des emprunts accordés par les banques.
Dans le Rica, le résultat courant avant impôts est de 42 000€ par exploitation. Mais ce résultat n’est pas suffisant pour apprécier la situation. Il faut regarder d’abord les deux indicateurs les plus pertinents que sont l’excédent brut d’exploitation (EBE) - il est en moyenne de 76 000€ par exploitation en 2019 - et la valeur ajoutée (VA) qui est de 74 000€. Mais il faut y réintroduire les subventions de 30 000€ par exploitation qui sont en quelque sorte une reconnaissance de la société pour permettre des prix inférieurs au coût de revient. Cela permet ensuite aux exploitants de faire des prélèvements pour les besoins de la famille (39 000€ pour 1,39 unités de travail non salarié) et de nouveaux investissements (29 000€) pour améliorer la productivité.
Ces derniers expliquent l’importance des capitaux propres. Ils sont en moyenne de 268 000€ par exploitation en 2019. Mais, les terres agricoles appartenant à l’exploitant ne sont généralement pas inscrites au bilan. Cet élément de patrimoine de l’exploitant n’est donc pas compris dans ce montant. L’exploitant peut dégager un revenu non agricole (foncier) de la location de ses terres à sa société.
Capital et performances : un lien déterminant
Les exploitations qui ont les meilleures performances globales sont celles qui ont le plus de capitaux propres, ce qui leur donne souvent une capacité d’emprunt supérieure. Cela leur permet d’obtenir un EBE de 295 000€ et donc de prélever 145 000€ pour 2,1 unités de travail non-salarié et de consacrer 116 000€ aux investissements. Si l’on classe les exploitations du Rica en fonction de leur EBE, on constate le même phénomène. Les 42 000 exploitations qui ont moins de 20 000€ d’EBE ont 121 000€ de capitaux propres et un EBE moyen de 12 000€. Cela leur permet de prélever seulement 9 500€ pour 1,1 unité de travail non-salarié. En revanche, les 36 000 exploitations agricoles qui ont un EBE supérieur à 150 000€ ont 626 000€ de capitaux propres et la possibilité d’accéder à des emprunts de 372 000€.
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Comme dans toutes les entreprises des autres secteurs, ce n’est pas seulement le type de production qui détermine les résultats économiques mais également l’importance du capital et la capacité de gestion.
Modèles économiques agricoles : typologies et positionnements
La notion de modèle économique permet de comprendre le positionnement d’une entreprise sur son marché et les modalités de création de valeur. Cette notion est très largement utilisée dans de nombreux secteurs d’activités et une exploitation agricole peut, comme n’importe quelle autre entreprise, être analysée à l’aune de son modèle économique. Chaque exploitation agricole offre une proposition de valeur : produits agricoles, transformés ou non (lait, vin, viande, céréales, légumes…) et parfois des services (formations, hébergements, location de matériels…). Une exploitation sert également un ou des clients et utilise certains canaux de distribution. Certaines exploitations agricoles s’inscrivent dans des circuits longs via des relations commerciales avec des coopératives ou des industriels. Enfin, chaque exploitation supporte une structure de coûts liée à son activité de production (matières premières et intrants, matériel, salariés).
Deux éléments majeurs du modèle économique sont particulièrement structurants : la proposition de valeur et le schéma de production. La diversification de la proposition de valeur est une caractéristique historique des exploitations agricoles françaises. Elle correspond à une multiplicité de productions (lait, viande, céréales, fourrages…) qui permettait à l’exploitation agricole de diversifier les sources de revenus et d’être relativement autonome dans les entrants nécessaires à la production.
Le croisement de ces dimensions fait ressortir plusieurs positionnements possibles :
- La proposition de valeur non différenciante orientée marché de masse ;
- La standardisation de masse : spécialisation forte, optimisation des coûts et recherche de rendements (grandes exploitations laitières ou céréalières) ;
- La spécialisation de niche : produits ancrés localement (lentille verte du Puy, haricot tarbais) ;
- Le schéma de production conventionnel : forte intensification, recours aux intrants et technologies ;
- Le biologique : rejet des manipulations du vivant et des pesticides, plus de main-d’œuvre et d’exigences techniques ;
- L’agroécologie : position intermédiaire, diversification, préservation de la biodiversité et réduction des impacts environnementaux.
Le croisement de ces trois dimensions fait ainsi ressortir huit grands positionnements possibles en matière de modèle économique pour exploitation agricole.
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Quelles pistes pour les exploitations familiales en difficulté ?
L’agriculture française s’est construite historiquement sur le modèle de l’exploitation agricole familiale diversifiée. Les grandes difficultés que rencontre le modèle économique de la ferme familiale en polyculture et élevage imposent de reconsidérer leurs modèles économiques. Plusieurs voies semblent possibles :
- Valoriser via des labels idoines : sortir de la logique de différentiation par le prix et mieux valoriser la qualité ou les spécificités des produits. L’initiative Montlait ou la démarche « C’est qui le patron ? » sont des exemples.
- Rationaliser les coûts de production : mobiliser les techniques de l’agro-écologie pour améliorer les rendements et basculer vers une plus grande technicité.
- Se convertir en bio : valoriser la production sur des marchés plus rémunérateurs, malgré une transition longue et technique.
Ces approches impliquent des changements culturels et techniques importants et nécessitent un accompagnement significatif.
Distribution, transformation et coopératives : poids économique et tendances
Les modes de distribution sont multiples et permettent de diversifier les sources de revenus : marchés, réseaux de magasins de producteurs et AMAP, vente en ligne, vente en direct à la ferme, et même cueillette réalisée par les clients eux-mêmes. Dans le monde agricole, cette recherche d’optimisation ouvre aussi la voie à une diversification vers de nouvelles activités, plus éloignées du métier d’exploitant, comme l’accueil du public à la ferme et l’agrotourisme.
Sur 48 677 entreprises des industries et du commerce de gros agroalimentaires, 1 341 sont des coopératives, qui représentent 27 % du chiffre d’affaires, soit 125 milliards d’euros, et 22 % de l’emploi salarié, indiquent les derniers chiffres d’Agreste concernant l’année 2023. Leur poids économique est particulièrement important dans la fabrication de produits laitiers, puisque les coopératives représentent 45 % du chiffre d’affaires, soit 22 milliards d’euros sur 50 milliards au total, et dans la transformation de la viande (16 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur 46 milliards au total). Elles assurent également les deux tiers du chiffre d’affaires du commerce de gros de produits agricoles bruts et d’animaux vivants, avec 50 milliards d’euros.
Portées par les agriculteurs, les coopératives reposent sur un modèle économique qui combine services aux producteurs et activités commerciales, expliquant des performances économiques inférieures à celles des autres entreprises du secteur, souligne Agreste. Ainsi, elles affichent un taux de valeur ajoutée de 9 % en moyenne, contre 17 % pour les autres. Le taux de marge des coopératives est également en retrait, à 27 % contre 36 % dans les entreprises non coopératives. Par ailleurs, l’endettement des coopératives est plus élevé (ratio dettes financières sur fonds propres de 61 % contre 37 % pour les autres entreprises).
Innovations, start-up et acteurs internationaux : chiffres et exemples
Des entreprises innovantes font évoluer les modèles économiques agricoles et génèrent des chiffres d’affaires significatifs. Agriconomie avance vite, sans le crier sur les toits : la plateforme d'e-commerce pour les agriculteurs affirme avoir franchi le cap symbolique des 100 millions d'euros de chiffre d'affaires lors son dernier exercice fiscal (108 millions d'euros en juin 2023). Une performance atteinte par une poignée de pépites dans la French Tech.
Parmi les acteurs internationaux, les fabricants de matériel (AGCO, CNH Industrial, John Deere, Kubota) développent l’agriculture de précision, l’électrification et l’autonomie des machines, tandis que des sociétés de biocontrôle (Amoéba, Biotalys) et des géants de la chimie (BASF, Bayer) redessinent le paysage des intrants agricoles, avec des enjeux réglementaires déterminants. Des start-up comme Local Bounti développent des modèles basés sur la production verticale et contrôlée, visant à réduire l’usage d’eau et de terres et à rapprocher production et distribution.
Transition, politiques et accompagnement
Dans un secteur agricole français où, sans subventions, 6 exploitations sur 10 auraient un résultat courant négatif (source : AGRESTE), la nécessité de transformer les modèles économiques est une préoccupation permanente. Impactés par les préoccupations environnementales et sanitaires, les évolutions des modes de consommation alimentaire, le potentiel croissant de la technologie, les agriculteurs adaptent leur business model en continu, de la production à la distribution, en passant par la transformation, le stockage et le transport.
Valorisées par les consommateurs, encouragées par les pouvoirs publics, incitées par les politiques d’aides, le nombre d’exploitations engagées en Bio a augmenté de 13% entre 2018 et 2019. Les surfaces Bio ont doublé en 5 ans (source : Agence Bio). Cette hyper croissance est emblématique d’un secteur qui mise sur la qualité pour se différencier des produits agricoles concurrents venant du monde entier.
Pour réussir leurs transformations, les agriculteurs doivent être encouragés et accompagnés par l’ensemble de leur écosystème. Il en va d’une responsabilité collective qui va au-delà des pouvoirs publics et des consommateurs. AGIRAGRI rassemble des cabinets d’expertise comptable et d’avocats indépendants, présents sur toute la France avec plus de 3000 collaborateurs dont près des 2/3 spécialisés en agriculture et viticulture. Leur objectif : accompagner les chefs d’exploitation dans leur stratégie d’entreprise. Pour les y aider, le groupement propose les meilleures compétences réunies, des outils inédits et des partenariats innovants.
Perspectives
Contrairement à l’image véhiculée, l’agriculture française est caractérisée par une très grande hétérogénéité des pratiques. Il n’existe pas une agriculture mais des agricultures. Cette hétérogénéité se traduit par des positionnements en matière de modèle économique très contrastés. Si certains modèles économiques s’avèrent rémunérateurs, d’autres au contraire conduisent les agriculteurs dans des impasses. Les évolutions récentes - développement du bio, montée de l’agritech, recomposition des filières et poids des coopératives - modifient les équilibres et les perspectives de chiffre d’affaires pour des acteurs comme Agricool et bien d’autres.
Changer l’alimentation avec l’agriculture urbaine | Pascal Hardy | TEDxIssylesMoulineaux
| Indicateur | Valeur moyenne (RICA 2019) |
|---|---|
| Résultat courant avant impôts | 42 000 € |
| Excédent brut d’exploitation (EBE) | 76 000 € |
| Valeur ajoutée (VA) | 74 000 € |
| Subventions par exploitation | 30 000 € |
| Prélèvements familiaux | 39 000 € |
| Investissements | 29 000 € |
| Capitaux propres | 268 000 € |
Une enquête réalisée par Lucien Bourgeois grâce aux tableaux statistiques extraits par Olivier Louveau, responsable de l’équipe RICA au Ministère de l’agriculture. Les propos tenus n’engagent que son auteur.
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