Méthode de comptabilisation des frais de recherche et développement

De nombreuses entreprises (et notamment les start-ups ou les entreprises innovantes) supportent des frais de recherche et de développement internes importants. Quel traitement comptable doit leur être réservé ? Voici la réponse à cette question dans un article abordant les modalités de comptabilisation des frais de recherche et développement.

Définition et distinction des phases R&D

La recherche-développement est l'ensemble des travaux de recherche relatifs à la conception, à la mise au point et à la fabrication de nouveaux produits. En comptabilité, on distingue deux phases. Les frais de recherche et les frais de développement ne se comptabilisent pas de la même manière.

Les frais de recherche s’apparentent à des travaux de recherche fondamentale. Le C.N.C (Conseil national de la comptabilité remplacé depuis 2009 par l’Autorité des normes comptables A.N.C) les avait défini comme l’ensemble des travaux qui « concourent à l’analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels en vue d’organiser en lois générales, au moyen de schémas explicatifs et de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse. »

Les frais engagés dans la phase de recherche pure sont comptabilisés directement en charges. Les frais engagés dans la phase de développement peuvent être comptabilisés à l'actif du bilan sous conditions.

Comptabiliser les frais de recherche : obligation de charges

Les frais de recherche (ou de recherche fondamentale, pour reprendre l'ancienne terminologie) sont obligatoirement comptabilisés en charges, en application de l'article 212-3-1 du PCG 2014. Les frais de recherche sont obligatoirement comptabilisés en charges à cause de l'aléa qui les caractérise.

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En phase de recherche, rien ne garantit que les frais engagés aboutiront à la création d'un produit commercialisable. La probabilité d'obtenir des avantages économiques futurs est trop faible pour permettre une comptabilisation des frais de recherche, même d'un montant très élevé, en immobilisations incorporelles.

Les comptes à utiliser pour comptabiliser les frais de recherche sont les comptes suivants : le compte 617 Études et recherches lorsque l'entreprise fait appel à des tiers ; les comptes 61/62/63/64 lorsque la recherche est réalisée en interne, par le personnel de l'entreprise. Le compte 617 - Études et recherches joue un rôle crucial dans la comptabilité d'une entreprise, en particulier celles qui investissent dans le développement de nouveaux produits, services, ou dans l'amélioration des processus existants.

Comptabiliser les frais de développement : option d'activation

Les frais de recherche appliquée et les coûts de développement peuvent être inscrits à l'actif du bilan sous certaines conditions. L'entité concernée doit respecter six critères : la faisabilité technique nécessaire à l'achèvement de l'immobilisation incorporelle en vue de sa mise en service ou de sa vente ; l'intention d'achever l'immobilisation incorporelle et de l'utiliser ou de la vendre ; la capacité à utiliser ou à vendre l'immobilisation incorporelle ; la façon dont l'immobilisation incorporelle va générer des avantages économiques futurs probables ; la disponibilité de ressources (techniques, financières et autres) appropriées pour achever le développement et utiliser ou vendre l'immobilisation incorporelle ; la capacité à évaluer de façon fiable les dépenses attribuables à l'immobilisation incorporelle au cours de son développement.

La première de ces conditions est de répondre à la définition générale des immobilisations de l'article 211-1 du PCG 2014 : un actif est un élément identifiable du patrimoine ayant une valeur économique positive pour l'entité. L'entité doit notamment démontrer l'existence d'un marché pour les résultats de recherche issus de l'immobilisation incorporelle ou pour l'immobilisation incorporelle elle-même ou, si celle-ci doit être utilisée en interne, son utilité.

Les frais de développement peuvent être inscrits à l'actif, dans le compte 203 Frais de recherche et de développement, s'ils se rapportent à des projets nettement individualisés, ayant de sérieuses chances de réussite technique et de rentabilité commerciale. À partir de 2025, l'intitulé du compte 203 change et devient Frais de développement afin de mieux correspondre au contenu réel du compte.

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Mise en oeuvre comptable pratique

Lorsque les conditions d'activation sont remplies, l'entreprise concernée utilisera le compte 203 Frais de recherche et de développement au débit et le compte 722 Production immobilisée au crédit. Les frais de développement vont être inscrits à l'actif pour un montant précis appelé « coût de production ».

Les charges directes constituent toutes les dépenses directement attribuables à la production du bien, exposées pendant la phase de production et nécessaires à la mise en place et en état de fonctionner du bien. Ce sont des charges qu’il est possible d’affecter sans calcul intermédiaire. Les charges indirectes représentent des dépenses directement attribuables à la production mais qui nécessitent des calculs intermédiaires.

Si le projet échoue malgré tout, les frais seront immédiatement amortis à l'aide d'un compte de dotation exceptionnelle sur immobilisations (687). En cas d’échec d’un projet, les frais de recherche et développment sont totalement amortis.

Transfert lors du dépôt de brevet

Lorsque l'entreprise a comptabilisé ses frais de développement en immobilisation et qu'elle dépose un brevet, elle transfère le solde du compte 203 au compte 205 Concessions et droits similaires, brevets, licences, marques, procédés, logiciels, droits et valeurs similaires.

Amortissement et conséquences

Une fois immobilisés, les frais de développement doivent être amortis sur leur durée réelle d'utilisation. Les frais de développement inscrits à l'actif du bilan peuvent être amortis soit sur la durée d'utilisation estimée du projet, soit sur une durée maximale de cinq ans. La durée maximale de cinq ans s'applique lorsque la durée d'utilisation ne peut pas être estimée avec suffisamment de fiabilité.

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Fiscalement, les frais de développement doivent être amortis sur la durée prévisible d’utilisation des résultats de la recherche et des développements immobilisés dans la limite de 5 ans (sauf quelques rares exceptions). Par ailleurs, la date de départ des amortissements est la date d’inscription des dépenses à l’actif (différente de la date « comptable »). La date de début d'amortissement ne sera pas la date de comptabilisation à l'actif mais la date à laquelle l'entreprise commencera à consommer les avantages économiques attachés à l'actif.

Comme pour les frais d'établissement et les frais d'augmentation de capital, l'existence de frais de développement non amortis à l'actif interdit les distributions de dividendes aux actionnaires. La seule exception à l'interdiction de distribuer des dividendes concerne les entreprises qui ont constitué des réserves libres d'un montant au moins égal à la fraction non amortie des frais de développement.

Traitement fiscal et choix de gestion

Fiscalement, aux termes de l'article 236-I du CGI, les dépenses de fonctionnement exposées dans les opérations de recherche scientifique ou techniques peuvent être déduites des résultats de l'année ou de l'exercice au cours duquel elles ont été exposées. L'immobilisation est possible au choix de l'entreprise, qui pourra alors les amortir sur une durée maximale de cinq ans.

Le choix entre la déduction immédiate et l'amortissement est une décision de gestion mais le mode de comptabilisation des frais de recherche et développement conditionne leur traitement fiscal. Sur le plan fiscal, les mêmes définitions qu’en comptabilité seront retenues. Le choix entre la déduction immédiate et l'immobilisation des dépenses de fonctionnement correspondantes appartient à l'entreprise et peut avoir des conséquences fiscales importantes.

Règles de permanence et contrôle

La comptabilisation à l’actif représente la méthode préférentielle. Par ailleurs, l’option est globale c’est-à-dire qu’une entreprise qui active ses coûts de développement doit homogénéiser ce traitement comptable à l’ensemble des projets qui remplissent ces conditions. Dans le cadre de la mise en place du règlement n°2022-06 de l'ANC, le compte 2903 Dépréciations des frais de développement fait son entrée dans le PCG en 2025.

À l’issue d’une vérification de comptabilité, l’Administration oppose à la société le principe de permanence des méthodes comptables et considère que l’ensemble des dépenses afférentes à ce projet de recherche devaient suivre le même traitement comptable et fiscal (activation des dépenses versus charges). Il a toutefois jugé que si cette option devait s’exercer pour l’ensemble des dépenses des projets de recherche de l’entreprise, encore faut-il s’assurer, au cas par cas, que chacun de ces projets satisfait bien aux critères d’immobilisation prévus à l’article R.

Cas pratiques et exemples d'application

Une entreprise pharmaceutique engage des frais pour l'étude des propriétés de nouveaux composés chimiques. Avant de lancer un nouveau produit, une entreprise effectue une étude de marché pour évaluer le potentiel de vente et les préférences des consommateurs. Un fabricant de matériel électronique développe une nouvelle technologie de batterie. Les coûts de recherche jusqu'à la preuve de concept peuvent être enregistrés dans le compte 617.

La comptabilisation d'un prototype par exemple peut se faire en charges ou à l'actif du bilan. Lorsque les frais engagés lors de la phase de recherche ne répondent pas aux critères d'immobilisation posés par le droit comptable, ils doivent être comptabilisés en charges, alors même que la société les ayant supportées a opté pour l’activation des dépenses de fonctionnement de recherche scientifique.

Les frais de recherche et de développement - Définition et comptabilisation

Points de vigilance pour l'entreprise

  • Documenter clairement la séparation entre les phases recherche et développement et justifier la qualification des dépenses.
  • S'assurer que chaque projet individualisé satisfait aux critères d'activation avant de capitaliser des coûts.
  • Homogénéiser le traitement comptable au sein de l'entreprise en cas d'option pour l'activation.
  • Tenir compte des conséquences fiscales et de la règle de permanence des méthodes comptables en cas de contrôle.
  • Prévoir l'amortissement adapté et l'information en annexe lorsque la durée d'utilisation excède 5 ans.

Tableau récapitulatif - Principes clés

Élément Traitement comptable Commentaires
Frais de recherche Comptabilisés en charges (compte 617 ou comptes 61/62/63/64) Obligation : aléa technique et commercial empêchant activation
Frais de développement Option : activation (compte 203) ou déduction immédiate Activation si 6 critères cumulés sont remplis ; amortissement ensuite
Projet échoué Amortissement immédiat (dotation exceptionnelle) Annulation de l'actif si pas d'avantages futurs
Durée d'amortissement Durée d'utilisation estimée ou max 5 ans Fiscal : amortissable dans la limite de 5 ans sauf exceptions

Maîtriser ces règles permet aux entreprises innovantes de choisir une stratégie comptable et fiscale adaptée, de sécuriser leurs positions en cas de contrôle et de présenter des états financiers conformes aux textes du PCG et aux attentes des autorités fiscales.

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