Qu'est-ce que l'anarcho-syndicalisme ? explication pour un TPE
Il faut tout d’abord casser le mythe selon lequel l’AS serait un courant plongeant ses racines dans les origines du mouvement ouvrier.
L’Anarcho-Syndicalisme (AS) apparaît en 1919-1920 et il n’est pas du tout issu du mouvement libertaire.
C’est en fait une scission du syndicalisme-révolutionnaire.
Avant cette date, il n’y avait pas d’organisation AS.
Si, lors des travaux de préparation du congrès de l’Internationale Syndicale Rouge (ISR), certains dirigeants syndicaliste-révolutionnaires se démarquent de cette internationale ce n’est absolument pas pour des raisons philosophiques.
Parmi les dirigeants qui vont scissionner, on retrouve ceux-là mêmes qui, un an plus tôt, étaient les partisans les plus zélés de l’IC.
Il faut rappeler que la CNT et l’USI avaient voté leur adhésion à l’IC et qu’elles se revendiquaient alors de la « dictature du prolétariat ».
Tout cela, les dirigeants le rejettent subitement en 1920-21 et pour justifier ce revirement on met en avant la répression contre Cronstadt ou Makhno.
Tout cela n’est que prétexte.
Dans notre brochure sur l’ISR, nous expliquons en détail les manœuvres qui vont consister à empêcher la tenue du premier congrès de l’ISR puis les tentatives de sabotage sur le second.
Car il y a un point qui effraie plus que tout autre les dirigeants SR qui peu de temps après vont créer l’anarcho-syndicalisme.
Ce point c’est celui du Front Unique.
C’est une question centrale dans le congrès de l’ISR.
C’est sur le rejet du Front Unique que l’anarcho-syndicalisme se construit.
Le Front Unique est une stratégie qui consiste à pousser à l’unité syndicale dans le cadre des luttes.
Tout d’abord pour contraindre les appareils réformistes et modérés à appeler à la lutte, ce qui permet ensuite de les déborder grâce à la dynamique de mobilisation.
Le FU permet aussi de démasquer ces mêmes bureaucrates lorsqu’ils refusent justement la lutte et l’unité.
Ce débat est d’autant plus important qu’il intervient en 1919-21, au moment où le mouvement révolutionnaire commence à subir ses premiers échecs en Europe et qu’il apparaît désormais évident que de larges secteurs de la classe ouvrière restent influencés par les réformistes et les sociaux-démocrates modérés.
Le Front Unique permet justement de mettre en marche ces secteurs et d’éviter un isolement funeste au mouvement révolutionnaire.
Mais le refus du Front Unique débouche aussi sur le refus de débattre de la tactique d’intervention, elle aussi posée au congrès de l’ISR : selon les situations, est-il préférable de militer dans une confédération révolutionnaire autonome ou de créer une tendance révolutionnaire dans une confédération social-démocrate majoritaire ?
Les anarcho-syndicalistes vont refuser de mener le débat et c’est ce qui va provoquer la scission de 1922.
Parmi les partisans les plus zélés de la scission et parmi ceux qui l’organisent, on retrouve comme par hasard les dirigeants des petites centrales SR autonomes (FAUD, USI, « syndicaliste-pures » français qui se retrouveront à l’UFSA puis à la CGT-SR,….)
Et pour se donner plus de forces, les anarcho-syndicalistes s’allient avec des organisations d’Amérique Latine, elles aussi marquées par leur sectarisme : la FORA et la FORU.
Contrairement au catéchisme souvent reproduit dans les brochures politiques, la FORA ( du moins sa tendance historique dite du « Vème congrès ») n’était pas anarcho-syndicaliste mais anarcho-communiste.
La FORA était donc violemment opposée au syndicalisme sous toutes ses formes et ressemblait beaucoup plus aux Unions Ouvrières allemandes d’ultra gauche (AAUD) qu’à un syndicat.
Cette manœuvre opportuniste fait que les vraies organisations anarcho-syndicalistes argentine et uruguayenne (USA et USU) sont, elles, interdites de séjour à l’AIT car elles sont moins connues et moins sectaires.
La vision selon laquelle la création de l’anarcho-syndicalisme correspondrait à une radicalisation et à un désir d’autonomie est totalement faux.
On peut, au contraire, estimer que l’anarcho-syndicalisme se crée sur un sentiment de crainte et de repli.
En 1920-21, la poussée révolutionnaire a déjà été vaincue dans certains pays.
En Allemagne, en Asie et en Europe de l’est, de nouveaux combats historiques se préparent mais, là où l’anarcho-syndicalisme se construit, de sérieuses défaites ont déjà été subies et le syndicalisme-révolutionnaire est obligé de tirer des bilans avant de repartir à l’assaut.
Or, c’est justement à ce moment que se produit un réflexe bureaucratique au sein d’un certain nombre d’organisations SR.
La politique de l’ISR apparaît aventureuse à certains dirigeants.
L’ISR invite ses sections à repenser toute leur stratégie avec pour conséquence, parfois, la décision de se dissoudre dans des confédérations social-démocrates.
L’ISR élabore également une stratégie révolutionnaire basée à la fois sur le Front Unique (unité d’action), la Dictature du prolétariat (gestion politique) et le syndicalisme d’industrie (gestion économique).
Tout une partie des dirigeants SR, surtout ceux qui sont menacés par une éventuelle dissolution dans une confédération social-démocrate, refusent cette dynamique de construction.
Ils vont donc se replier sur leur petit appareil national au nom d’un fédéralisme qui s’apparente de fait à une logique opportuniste et à une certaine frilosité.
Le discours ultra-révolutionnaire, comme bien souvent, ne sert que de caution à une pratique quotidienne coupée de tout projet anti-capitaliste.
Ces militants préfèrent se reposer sur leur petit capital d’influence, accumulé dans les périodes précédentes.
L’AIT sert juste de caution face à l’ISR.
Elle permet simplement à chaque petit bureaucrate de conserver son indépendance, ce qui expliquera l’absence totale de vie de l’AIT.
Ce qui expliquera aussi les dérives « féodalistes » propre à l’anarcho-syndicalisme, où chaque dirigeant se replie sur son petit fief corporatiste ou local.
L’adhésion à l’anarchisme ne sert là aussi que de couverture.
L’anarchisme permet seulement de justifier le rejet de toutes les autres composantes du mouvement ouvrier et l’indépendance de la petite confédération.
Certaines composantes du mouvement libertaire, les plus sectaires, acceptent d’offrir cette caution afin de renforcer leurs forces face aux PC.
On voit donc des militants comme le français Lecoin venir jouer subitement au syndicaliste.
Il n’est pas le seul.
Rosmer, déjà présent à Moscou pour préparer la tenue du premier congrès de l’ISR, s’étonne auprès de Monatte de la composition de la délégation française à ce congrès, constituée de « syndicalistes pures » dont la pureté est bien récente.
Celui qui a été engagé dans tous les combats internationalistes lors de la première guerre mondiale en France, celui qui a participé activement à la réorganisation du SR en France, ne connaît pas la majorité des délégués supposés représenter le CSR.
Il est vrai que quelques mois plus tôt le CSR a subi le putsch d’une fraction secrète animée par Besnard, une fraction clandestine désignée sous le nom de « Pacte ».
Cette direction clandestine se lance dans une conquête d’appareil qui échouera en raison de ses pratiques sectaires, rejetée lors du premier congrès de la CGTU, d’où le repli ensuite à la CGT-SR au nom de la répression contre les anarchistes russes.
Les anarchistes russes ont beau dos !
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