Différences et points communs entre cryogénisation et momification

Depuis la nuit des temps, l'humanité cherche à lutter contre la décomposition et à prolonger l'existence des corps, soit par des procédés rituels, soit par des techniques scientifiques. La momification et la cryogénisation se donnent des finalités proches - préserver un corps au-delà de la mort ou de l'état clinique - mais diffèrent profondément dans leurs méthodes, leurs enjeux et leurs représentations culturelles.

Objectifs et statut du sujet conservé

La différence fondamentale entre une momie classique et un « cryoconservé », c’est que la momie est morte.

Il s’agit d’ailleurs d’un prérequis pour toutes les attentes transcendantales de type « vie après la mort ».

Or, le cryoconservé n'est pas mort, du moins pas au moment où il est placé en stase, il est « suspendu » et conservé dans une forme de coma en vue d'une résurrection future dans ce monde-ci.

Les pharaons et autres notables momifiés attendaient bel et bien de passer dans un monde spirituel où ils pourraient vivre aux côtés des dieux.

Lire aussi: Cryogénisation : entre réalité scientifique et science-fiction

Les personnes qui optent pour la cryogénisation veulent une forme de vie après la mort. Souvent, elles sont adeptes du mouvement philosophique du transhumanisme ; atteintes du cancer ou d’une maladie incurable, elles espèrent un jour être guéries.

Origines culturelles et symboliques

Contrairement aux momies des toundras norvégiennes ou des tourbières écossaises, accidentés conservés par hasard, par les conditions naturelles, la momification égyptienne antique est un fait social élevé au rang d'art religieux - et un sort considéré comme souhaitable pour les personnes momifiées.

Le rapport le plus évident entre la cryogénie et la momification rituelle du temps des pharaons réside probablement dans le décorum qui en est fait.

Tout comme les procédés de conservation des corps antiques, la cryogénie est d’ores et déjà une réalité dans ce qu’elle met en branle d’imaginaires collectifs et d’effets d’annonce - les bijoux en or et lapis-lazuli étant remplacés par des tubes à essai, des modélisations 3D et des frigos en plexiglas, plus en accord avec les critères de sérieux de l'époque.

Techniques et étapes : momification égyptienne

Telle qu'elle est décrite dans ses Histoires par Hérodote, historien grec venu visiter l'Égypte vers 450 avant J.-C. (livre II, chap. LXXXV), la momification comporte une série d'opérations succédant à un premier lavage du corps, coutume commune pratiquement à toute l'humanité.

Éviscération crânienne

Il s'agit de l'ablation du cerveau par la voie nasale au moyen d'une tige de métal (bronze) recourbée que l'opérateur enfonçait dans la narine gauche de façon à perforer le toit des fosses nasales (ethmoïde) et à accéder directement à la cavité crânienne.

Le cerveau désagrégé à l'aide de la tige métallique était progressivement extirpé du crâne.

L'opération terminée était en principe suivie du remplissage plus ou moins complet de la cavité crânienne par une « résine » d'aspect noirâtre, vitreux, rendue liquide par chauffage.

Éviscération abdominale

Elle était réalisée après ouverture du flanc gauche effectuée à l'aide d'un couteau d'obsidienne (la « pierre d'Éthiopie » d'Hérodote).

Par l'ouverture, on extirpait les poumons, l'estomac et les intestins, le foie. Ces organes étaient lavés, déshydratés à l'aide de natron, bandelettés, puis, selon les époques, déposés dans des vases (les vases canopes) ou remis dans la cavité thoraco-abdominale, ou encore placés entre les membres inférieurs du défunt.

Le cœur, considéré comme l'organe essentiel, siège des sentiments, des sensations et de l'élan vital, était laissé en place.

Bain de natron, second lavage et bandelettage

Le natron, mélange naturel de carbonate et de bicarbonate de sodium, contenant également du chlorure et du sulfate de sodium, était utilisé sous forme de cristaux dont on recouvrait le corps préalablement éviscéré.

Son action aboutissait à la déshydratation du corps ainsi qu'à la saponification des graisses. Au terme de cette opération, le poids du corps était ramené à 20 p. 100 environ du poids du sujet vivant.

Le second lavage du corps qui suivait, correspondant à une nécessité pratique, avait en même temps un sens symbolique.

Il intervenait après la dessiccation du corps afin de le débarrasser des restes de natron et symbolisait sa régénération à l'image de celle du soleil Rê émergeant des eaux. Il était suivi d'une onction à l'aide de différents baumes et huiles, destinée à rendre au corps une certaine souplesse et à lui conférer une « bonne odeur ».

Venait ensuite le bandelettage, qui assurait au corps un isolement au moins relatif par rapport à l'environnement. Cette opération était extrêmement ritualisée et s'effectuait sous le contrôle direct d'un prêtre qui lisait ou récitait, à chacune des phases du bandelettage, les formules destinées à protéger les membres du mort et à lui en restituer l'usage.

Momification naturelle et conservation par l'environnement

Une momie est un cadavre humain (ou animal) conservé naturellement ou artificiellement (par une action d'embaumement) et qui permet d'éviter (et de stopper) le processus normal de décomposition.

Ces momies sont le résultat de circonstances environnementales particulières comme le froid extrême, l'acidité ou la salinité du sol, une sécheresse, et sont donc réparties sur l'ensemble du globe.

Par exemple, c’est plus d’un millier de corps datant de l’âge du fer qui a été retrouvé dans les tourbières du nord de l’Europe.

La momification naturelle touche aussi bien les humains que les autres animaux.

Le site de Chehrabad en Iran a livré plusieurs momies de sel depuis 1993. Six corps ont été extraits d'une ancienne mine de sel, ils sont datés entre 2700 ans BP pour le plus ancien et 2100 BP pour le plus "jeune".

Les momies des glaces présentent toutefois un inconvénient majeur: dès que le corps est décongelé, les microbes reprennent leur activité et recommencent à décomposer le corps.

Technique moderne : cryogénisation - principes et pratique

La cryogénie est alors réduite à un moyen de transport qui oublie sa vocation première : passer le temps, littéralement. Plus rarement en SF, la cryogénie est présentée comme un moyen de conserver les presque-morts en vue d'une nouvelle jeunesse hypothétique dans le futur.

Selon le dictionnaire Larousse, la cryogénisation signifie l'« action d'abaisser la température d'un organisme vivant à −190 °C et de l'y maintenir dans un dessein de conservation ». Il a pour synonyme l'expression « cryonie ».

Ce traitement ne peut être effectué que sur une personne décédée ; il est pour l'instant formellement interdit par la loi de cryogéniser un être vivant.

Accepté dans des pays comme les USA ou la Russie, la cryonie est prohibée en France, suite à un arrêt du Conseil d’État en 2006 dans le cadre de l'affaire Martinot.

Procédure médicale et vitrification

D'abord, la procédure doit être réalisée le plus vite possible après le décès du client.

Pendant son transport vers le centre de cryogénisation, le corps doit recevoir des soins : circulation sanguine et oxygénation doivent être assurées pour éviter toute dégradation du cerveau.

Puis, les corps reposent tête en bas dans de grandes cuves métalliques, plongés dans un bain d'azote liquide à -196 degrés.

Une température à laquelle les cellules risquent d'être endommagées par la formation de cristaux de glace, ce qui rendrait toute résurrection impossible.

Pour éviter cela, une étape supplémentaire doit être respectée avant le grand bain d'azote : le sang est remplacé par une substance antigel à base de glycérine, puis le corps des clients est progressivement refroidi.

Le corps subit un processus appelé « vitrification » qui entraîne l'immobilisation complète des cellules.

La température du corps est ensuite abaissée graduellement à -196° tandis qu'il est refroidi dans de l'azote. Par la suite, la dépouille est placée dans un container métallique en forme de cylindre, haut de 3 mètres environ.

Acteurs, coûts et statut légal

Il existe trois entreprises leaders sur ce marché en expansion : les firmes américaines Cryonics Institute et Life foundation Alcor Kriorus en Russie.

Ces instituts sont souvent des fondations ou des associations à but non lucratif.

Néanmoins la cryogénisation a un coût : il faut compter 80 000 euros pour conserver un cerveau, 200 000 pour un corps entier. Les contrats sont signés du vivant du demandeur, et peuvent être réglés par des polices d'assurance dédiées.

Aux USA, on exige un certificat de décès.

En cas d'hypothétique réveil, qu'advient-il du statut de la personne ? De même que faire en ce qui concerne l'héritage des biens ? Les personnes ranimées récupéreront-elles leurs biens auprès de leurs descendants ?

Points techniques et biologiques comparés

Températures et matériaux

Les systèmes de froid mécanique utilisent des frigorigènes à des températures allant de -30°C à -45°C.

En revanche, le froid cryogénique atteint des températures beaucoup plus basses, avec le dioxyde de carbone liquide à -60°C à -78°C, et l'azote liquide à -100°C à -150°C.

La cryogénie scientifique utilise des températures extrêmement basses, proches de -150°C voire inférieures, comme celles obtenues avec l'azote liquide à -196°C.

L'utilisation du terme "nettoyage cryogénique" pour décrire la projection de glace carbonique peut sembler paradoxale. En effet, la glace carbonique utilisée dans ce procédé n'atteint "que" -78,5°C.

Effets sur la structure cellulaire et la conservation

Le froid mécanique congèle lentement l'eau contenue dans les aliments sous la forme de gros cristaux de glace.

Grâce au franchissement rapide du palier de congélation, la surgélation rapide du froid cryogénique favorise la formation de petits cristaux, minimisant les dommages aux membranes des cellules.

Une momie est un cadavre humain (ou animal) conservé naturellement ou artificiellement (par une action d'embaumement) et qui permet d'éviter (et de stopper) le processus normal de décomposition.

Comparaison économique et logistique (appliquée aux procédés de conservation modernes)

Les investissements initiaux pour le froid cryogénique sont plus faibles que pour le froid mécanique, réduisant ainsi les risques financiers, notamment pour les nouveaux produits ou marchés incertains.

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