Histoire et localisation du cimetière du Père-Lachaise
Niché sur les hauteurs de l’Est parisien, le cimetière du Père-Lachaise est bien plus qu’un simple lieu de repos. Ici reposent des figures illustres qui ont marqué l’histoire, la littérature, la musique et le cinéma. De Molière à Oscar Wilde, de Jim Morrison à Édith Piaf, chaque sépulture raconte une vie, une époque, une légende.
Origines du site et nomination
Appelé successivement Champ-l’Evêque, Mont-aux-Vignes puis Mont-Louis, le terrain fut occupé au 17e siècle par François d’Aix de La Chaise, dit le Père La Chaise, confesseur du roi Louis XIV. Le cimetière du Père-Lachaise tire donc son nom du confesseur du Roi-Soleil, le père François d’Aix de La Chaise, et non en tant que cimetière mais plutôt comme le domaine sur lequel son château fut bâti. Sur la pente du Mont-aux-Vignes, désormais connu sous le nom de Mont-Louis, en l’honneur du monarque Louis XIII, se trouvait un domaine éloquent, initialement une propriété rustique appartenant à l’Archevêque de Paris, qui finit par être la possession des Jésuites.
La « Folie-Régnault », anciennement connue sous le nom de « Champ l’évêque », fut transformée en un lieu de repos et de spiritualité, notamment grâce au Père François d’Aix de La Chaise, confesseur du roi Louis XIV. À la mort du père jésuite, son frère le Comte de La Chaise donna de nombreuses fêtes sur le domaine, ce qui contribua à son agrandissement et son embellissement. Mais en 1762, la Compagnie de Jésus fut contrainte de céder le terrain en raison d'une dette.
Création du cimetière et premiers aménagements
Le préfet de Paris décréta l'affectation des 17 hectares de Mont-Louis à la création du « cimetière de l'Est ». La conception du cimetière fut confiée à l'architecte néo-classique Alexandre-Théodore Brongniart en 1803. Brongniart dessinera les grands axes sous la forme, pour la première fois, d'un immense jardin à l'anglaise, aux allées accidentées, pourvues d'arbres et de plantes aux essences diverses et bordées de sépultures sculptées.
Le cimetière fut ouvert le 21 mai 1804 (1er prairial an XII), et la première inhumation, celle d'une petite fille de cinq ans, Adélaïde Paillard de Villeneuve, eut lieu dès le 1er prairial. Dès son ouverture en 1804, le « cimetière de l’Est », tel qu’il se dénommait à l’origine, a été une destination de promenades des Parisiens, curieux de découvrir leur nouveau « champ de repos ».
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Du rejet initial au « coup de publicité »
Ouvert en 1804, le cimetière a été boudé des Parisiens pendant les dix premières années de son existence. Le cimetière n'attirait guère les Parisiens : il s’agit du tout premier cimetière public de la ville et ça, les Parisiens ont bien du mal à s’y habituer… Qui dit cimetière public, dit cimetière détaché d’une paroisse ! Une aberration pour bon nombre de Parisiens qui se font enterrer depuis des siècles au coeur de leur paroisse.
Pour arrêter le désastre, on décide alors de jouer le tout pour le tout : en 1817, on décide d’y transférer, tambours battants, les corps de deux personnalités aimées et adulées des Parisiens, Molière et La Fontaine. Son idée : faire transférer au Père Lachaise les dépouilles supposées de Molière et de La Fontaine, ainsi que celles d'Héloïse et d'Abélard, célèbre couple du Moyen-Âge, qui prennent place au sein d'un mausolée. Et le pari s'est avéré payant. Bingo ! Dix ans plus tard, 33 000 personnes y étaient enterrées, ravies de pouvoir partager leur dernière demeure avec ces deux célébrités.
Les traces du corps de Molière, enterré anonymement et clandestinement au cimetière Saint Joseph, n'ont jamais été situées précisément, il est donc peu probable que le corps présent dans le tombeau, s'il y en a un, soit celui du père de Tartuffe.
Extensions, urbanisation et transformation en « ville des morts »
Le Père-Lachaise connut à cette époque cinq agrandissements : en 1824, 1829, 1832, 1842 et 1850. Fort de cette popularité grandissante, le cimetière du Père Lachaise a connu son premier agrandissement en 1824. Quatre autres lui ont succédé jusqu'en 1850. Ceci a permis au lieu de passer d'une superficie de 17 hectares à quelque 43 hectares aujourd'hui.
L'historien Guillaume Cuchet note : « Du modèle du « jardin » initial, avec ses fosses communes et ses tombes clairsemées, on est passé progressivement, avec la densification lapidaire de l'espace, à celui de la « ville des morts », avec ses rues en damier et ses chapelles standardisées, surtout sur le plateau de Charonne après l'extension de 1850 ». En 1804, le Père-Lachaise n'accueillait que 13 tombes. L'année suivante, il n'y en avait que 44, puis 49 en 1806, 62 en 1807 et 833 en 1812. En 1815, on n'en comptait encore pas plus de 2 000. En 1830, on décomptait 33 000 tombes.
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Le cimetière pendant la Commune de Paris
Lors de la Commune de Paris, en mai 1871, le Père-Lachaise fut le théâtre d'une véritable guerre civile, en raison de sa localisation stratégique sur la colline. Lors de la Commune, de farouches combats se déroulèrent au sein du cimetière, les 147 derniers combattants y furent fusillés devant ce qui allait devenir le mur des fédérés. De nombreuses fosses communes servirent à faire disparaitre les cadavres des communards. Aujourd’hui 50 tombes de communards y sont identifiées.
Architecture, monuments et sculptures
D'illustres sculpteurs et architectes feront de ce lieu un véritable musée dès le XIXe siècle : parmi eux, Guimard, Garnier, Visconti, Paillard ou Barrias. La chapelle ainsi que le portail principal (boulevard de Ménilmontant) furent conçus par Étienne-Hippolyte Godde en 1823 et 1825. L'entrée principale se présente sous la forme d'un portail hémicyclique monumental, à deux pylônes, de style néoclassique, conçu par l'architecte Étienne-Hippolyte Godde, et inauguré en 1825. Il est orné de sabliers ailés en médaillons, de flambeaux et de guirlandes de fleurs, et fermé par une lourde porte à deux battants.
Le cimetière du Père-Lachaise comporte de nombreux monuments commémoratifs. Le plus connu est sans doute le mur des Fédérés. Le plus ancien est le monument aux victimes de juin commémorant les victimes militaires de l'insurrection républicaine à Paris du 5 et 6 juin 1832 et de l'insurrection parisienne des 13 et 14 avril 1834 ainsi que les victimes civiles de la machine infernale de Fieschi du 28 juillet 1835. Les guerres de la France ont leur lot de mémoriaux (guerre franco-allemande de 1870, Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, guerre d'Algérie). Les génocides de la Shoah et du Rwanda sont également commémorés.
Columbarium, crématorium et évolutions funéraires
La crémation est autorisée en France à partir de 1887-1889. Ce n'est qu'à la fin du siècle, en 1894, que débutèrent les travaux du columbarium-crématorium, conçus en 1886 par Jean Camille Formigé. L'ensemble se compose d'une chapelle de style néo-byzantin et de quatre ailes. Le toit est composé d'un vaste dôme de briques et de grès, de trois petites demi-coupoles et de deux cheminées.
Le crématorium est le premier construit en France. La première crémation a lieu le 30 janvier 1889. Le recours à la crémation demeure peu répandu jusqu'à la fin du XXe siècle. De 49 crémations en 1889, le chiffre passe à environ 5 000 crémations au début du XXIe siècle. Dans le columbarium reposent les cendres de nombreuses célébrités dont le metteur en scène Max Ophüls ou l'humoriste Pierre Dac. Depuis 1998, le crématorium est géré par un opérateur privé dans le cadre d'une délégation de service public.
Carrés confessionnels et diversité religieuse
Au Père-Lachaise, des carrés confessionnels dédiés aux juifs et musulmans ont existé. La création d'un carré musulman est autorisée par une délibération du conseil municipal du 17 juin 1853 et d'un arrêté préfectoral du 29 novembre 1856 qui prévoit « un enclos spécial pratiqué dans les dépendances du cimetière de l’Est pour l’inhumation des personnes décédées à Paris professant la religion mahométane ». La 85e division est assignée au culte musulman. Cette partie plate et rectiligne fait partie des terrains acquis lors de la dernière extension du cimetière en 1850.
Le carré juif du Père-Lachaise ouvre le 18 février 1810 dans la division 7. Clôturé par un mur, le cimetière israélite comportait une salle de purification et un pavillon pour le gardien. De 1865 à 1882, la division 87 servira également d'enclos juif. La loi du 14 novembre 1881 interdit les carrés confessionnels. La clôture de l'enclos musulman est retirée, contrairement à la haie végétale plantée en 1873 qui est conservée.
Biodiversité et espace vert
Avec ses 44 hectares, la première nécropole intra muros de Paris est aussi l'un des plus importants espaces verts. On y dénombre 4 000 arbres de plus de 80 essences différentes. On y trouve essentiellement des érables, des marronniers, des frênes - dont le plus vieux fut planté en 1849 - des tilleuls, des thuyas, des chênes ainsi que des hêtres, noyers, platanes, robiniers, sophoras. Le cimetière contient neuf arbres remarquables.
La faune du Père-Lachaise est composée d'une quarantaine d'espèces d'oiseaux, dont des corneilles, des chouettes hulottes, des faucons crécerelles, des éperviers, des mésanges, des grimpereaux, des sittelles, des moineaux, des gobe-mouche gris et des rouge-queue à front blanc. On observe également des lézards, des chats, des chauves-souris, des fouines, des hérissons et des écureuils roux. 264 espèces de coléoptères et une centaine d'espèces de papillons ont été recensées.
Statistiques, gestion et conditions d'inhumation
Avec ses 44 hectares, ses 70 000 concessions et son million de personnes enterrées au fil des siècles, le Cimetière du Père-Lachaise est la plus importante nécropole parisienne. Il rassemble aujourd'hui plus d'un million de défunts et 70 000 concessions funéraires. Il accueille chaque année plus de trois millions et demi de visiteurs. Le cimetière du Père-Lachaise est le plus grand cimetière parisien intra muros et l'un des plus célèbres dans le monde.
Le cimetière est géré par le service des cimetières de la Ville de Paris, rattaché depuis 1986 à la direction des parcs, jardins et espaces verts (DEVE). La durée de concession est de 10, 30 ou 50 ans ainsi que perpétuelle. Pour être enterré au cimetière du Père-Lachaise, il faut être domicilié à Paris, être mort à Paris ou être placé dans un caveau existant. Cependant le cimetière est plein depuis les années 1950.
| Élément | Chiffres |
|---|---|
| Superficie | 44 hectares |
| Concessions | 70 000 |
| Personnes inhumées (approximatif) | 1 million |
| Visiteurs annuels | Plus de 3,5 millions |
| Arbres | 4 000 (80 essences) |
Accès et portes principales
Le cimetière est situé dans le 20e arrondissement. L'entrée piétonne « Porte du Repos », située au 16, rue du Repos, est desservie par la ligne 2 à la station Philippe Auguste. L'entrée « Porte Gambetta », située 55-57 rue des Rondeaux, face à l'Avenue du Père Lachaise, est desservie par les lignes 3 et 3 bis à la station Gambetta. La porte principale : 28 ter, boulevard de Ménilmontant, face à la rue de la Roquette. Coordonnées : 48.859969°, 2.389222°. Porte Gambetta coordonnées : 48.863384°; 2.397162°.
PIÉTONS UNIQUEMENT : Porte des Amandiers (ouverte de 10h00 à 17h00) : 28 quater, boulevard de Ménilmontant. Porte du Repos : 16, rue du repos. Certaines entrées présentent des marches et ne sont donc pas accessibles aux personnes à mobilité réduite.
Règles de circulation et accueil des visiteurs
Les personnes accédant au cimetière en voiture doivent se conformer aux dispositions du règlement général des cimetières parisiens. La circulation et le stationnement sont soumis aux règles du Code de la route. L’allure des déplacements est limitée dans tous les cas à vingt kilomètres à l’heure. L’usage des cycles (vélos, trottinettes ou autres...) est interdit, même tenu à la main, sauf pour les personnels municipaux dans le cadre de leur service. Le cimetière du Père-Lachaise ne propose pas de service de transport de personnes.
Monuments célèbres et personnalités
Le cimetière abrite de nombreuses personnalités célèbres : Frédéric Chopin, Honoré de Balzac, Amédéo Modigliani, Jean-François Champollion, Joseph-Ignace Guillotin, George Méliès, Sarah Bernhardt, Édith Piaf, Jim Morrison et bien d'autres. Le cimetière accueille plus de 3 millions de visiteurs par an qui viennent notamment pour des tombes célèbres comme celle de Jim Morrison, aujourd'hui cernée par des barrières.
Le Père Lachaise - Karambolage - ARTE
Le Père-Lachaise dans la culture
Le cimetière apparaît dans de nombreux ouvrages, films et jeux vidéo. 2012 : Holy Motors de Leos Carax : « Monsieur Merde » déambule entre les tombes. 2018 : Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald, vision de différents caveaux. 1913 : Karl Hans Strobl, « Das Grabmal auf dem Père Lachaise » : nouvelle fantastique dont l'action se déroule au Père-Lachaise. 2008 : Serguei Dounovetz, Les Gothiques du Père-Lachaise. 2015 : The Witcher 3: Wild Hunt, jeu vidéo : dans l'extension Blood and Wine, le nom Mère-Lachaise est utilisé pour rendre hommage à ce cimetière.
Visiter le cimetière
Un triporteur d'information touristique est présent de 11h à 17h30 (à l'exception du mardi) tout l'été à l'entrée principale du cimetière du Père-Lachaise. Les visiteurs peuvent retirer des plans en français et en anglais et peuvent scanner un QR code qui leur fournit une liste de guides officiels proposant des visites guidées du cimetière. Les visiteurs peuvent y découvrir les tombes, le mur des Fédérés, et les monuments des Déportés et des Combattants.
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