Vie et œuvre de Jean de La Fontaine
Jean de La Fontaine est né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, en Champagne, et mort à Paris le 13 avril 1695. Issu d’une famille de bourgeoise provinciale d’« officiers », son père, Charles de La Fontaine (1594-1658), était maître des Eaux et Forêts et capitaine des Chasses du duché de Château-Thierry, et sa mère, Françoise Pidoux, venait d’un milieu marchand. Il a un frère cadet, Claude, né en 1623.
Destiné d’abord au séminaire, Jean entre à l’Oratoire de Paris en 1641, mais quitte cette école dix-huit mois plus tard. Ne s’intéressant pas aux études religieuses, il entreprend des études de droit à Paris et obtient son diplôme d’avocat au parlement de Paris en 1649. En parallèle de ses études, il fréquente un salon de jeunes passionnés de littérature, les « chevaliers de la table ronde », et compose ses premiers vers. Attiré par les écrits de François de Malherbe, Isaac de Benserade et Vincent Voiture, il s’exerce d’abord au vers, épîtres et ballades.
En 1652, Jean de La Fontaine acquiert une modeste charge de maître des Eaux et Forêts à Château-Thierry ; les charges de son père s’y ajouteront à la mort de celui-ci en 1658. La Fontaine exerce sa charge pendant vingt ans avant de s’en dessaisir. Bourgeois de petite ville, propriétaire terrien, La Fontaine était déjà en contact avec la vie rurale.
Vie familiale et relations
En novembre 1647, le père de Jean organise un mariage arrangé avec Marie Héricart (1633-1709), alors âgée de quatorze ans et demi ; Jean, âgé de 26 ans, connaît donc un mariage sans amour. Malgré tout, en octobre 1653 naît leur unique enfant, Charles. L’éducation du petit Charles fut confiée à son fidèle ami, François de Maucroix. Jean et Marie se séparent de biens en 1658 et de corps en 1664 en raison de leur grande différence d’âge et de leur manque d’affinité.
La Fontaine préfère courir les jupons de Paris et se montre fidèle et libertin : il a d’ailleurs écrit dans un vers de Joconde « Marié depuis peu : content, je n’en sais rien ». Il passera une grande partie de sa vie aux dépens de protecteurs et mécènes : Nicolas Fouquet, puis la duchesse de Bouillon, la duchesse-douairière d’Orléans, Madame de La Sablière qui l’héberge de 1673 à 1693, enfin le banquier d’Hervart chez qui il mourra.
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Débuts littéraires et mécénat
Au début de sa carrière, La Fontaine écrit des poèmes et des pièces de théâtre. En 1654, il publie une pièce inspirée du poète latin Térence, L’Eunuque ; il écrit également la comédie Clymène en 1659 et un poème Adonis, qui lui vaudront la protection de Nicolas Fouquet. Introduit par Paul Pellisson, La Fontaine découvre en Fouquet un mécène prodigue qui le prend sous sa protection et lui fait une pension en échange de poèmes. Pour Fouquet, il rédige Adonis et entreprend une description du château de Vaux-le-Vicomte, le Songe de Vaux, œuvre demeurée inachevée.
En 1661, Nicolas Fouquet est arrêté sur ordre de Louis XIV et inculpé pour corruption ; sa disgrâce disperse la cour de protégés. Si beaucoup ont tourné le dos à Fouquet, certains restent fidèles, dont La Fontaine qui rédige une Élégie aux nymphes de Vaux (1661) et une Ode au roi pour M. Fouquet (1663).
Les Contes et la notoriété
Ce furent ses Contes et Nouvelles en vers qui parurent en premier ; publiés entre 1665 et 1674, ces contes licencieux, libertins et légers furent lus dans les cabinets d'amateurs et célébrés à la ville, mais réprouvés par l'Église et condamnés par la cour. Les Contes et nouvelles en vers (1665) lui apportent ses premiers succès et doivent être réédités plusieurs fois la même année. Inspirés du Décaméron, de l'Arioste, de Machiavel, autant que de Rabelais, ils sont un hommage à l'amour physique et au plaisir dérobé.
Les Nouveaux Contes (1674) seront interdits par le lieutenant de police La Reynie comme « remplis de termes indiscrets et malhonnêtes ». La résistance du public et la réprobation officielle traduisent la double face de La Fontaine : galant et libertin, à la fois célébré et suspect.
Les Fables : genèse, nature et succès
Jean de La Fontaine a marqué l’histoire par ses célèbres Fables, écrites entre 1668 et 1694. En 1668 paraît son tout premier recueil de Fables choisies mises en vers, dédié au Dauphin : les livres I à IV rassemblent 124 fables. Le premier recueil correspond aux livres I à VI des éditions actuelles ; le deuxième recueil correspond aux livres VII à XI, publiés en 1678-1679 ; le dernier recueil correspond au livre XII, publié en 1694, quelques mois avant la mort de l'auteur.
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Héritier de la tradition orale et du fabuliste grec Ésope, et inspiré aussi de Phèdre et des récits indiens (Bidpai), La Fontaine a construit une œuvre où la fable devient récit, comédie, farce, fabliau et féerie. Il s’inscrit dans la démarche classique qui attribue aux fables la vocation d’instruire : « je me sers d'animaux pour instruire les hommes. » Beaucoup de ses fables étaient adressées au prince Louis de France, le fils du roi Louis XIV et de la reine Marie Thérèse.
La Fontaine a fait preuve d’une grande maîtrise de la langue française et de la poésie. Il transpose l’ironie spirituelle et mondaine de la conversation de salon en vers irréguliers, ayant un air qui tient beaucoup de la prose. Cette manière irrégulière sert deux procédés : la narration factuelle et l’observation morale. La liberté de ton produite par cette composition irrégulière permet au moraliste d’adopter la posture de l’observateur et de confier la critique à ses animaux.
Il existe plus de 240 fables écrites par Jean de La Fontaine. La plupart d'entre elles illustrent des animaux à l’apparence humaine, mis en scène afin de faire passer une morale, au début ou à la fin. Chaque texte se termine par une morale : dans Le Corbeau et le Renard, on apprend qu’il faut se méfier de la flatterie ; « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » (Le Lièvre et la Tortue) est devenu proverbiale.
Thèmes et portée
L’œuvre de La Fontaine reste celle d’un poète qui s’est interrogé sur le monde dans lequel il vivait, sur lequel il a porté un regard lucide, nourri de philosophie. Il y voit un monde cruel et impitoyable où les rapports de force sont dominants : seules la ruse ou l’adresse permettent souvent d’inverser les situations où un plus fort s’incline face à un plus faible. Héritier d’Ésope, La Fontaine fournit un tableau à la fois cruel dans sa lucidité et comique dans sa peinture de la société. Les fables dénoncent les défauts humains à travers des animaux stéréotypés : orgueil, vanité, sotte prudence, perfidie, tyrannie ou ingratitude.
Parmi les fables qui ont marqué l’histoire figurent « Les obsèques de la lionne » et « La cour du lion » (1678). Ces fables sont de véritables satires de la cour de Louis XIV et reprochent au roi d'être un monarque sévère et autoritaire, et aux courtisans d’être faux et hypocrites. La Fontaine prend le risque de dénoncer une société corrompue par le truchement d’un discours indirect et du recours à des animaux.
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Style et innovations
La Fontaine innove en faisant de la fable un genre poétique majeur : il construit des narrations souples animées par des dialogues, des notations précises et un narrateur intermittent. Sa versification en vers irréguliers permet des variations de rythme et de ton qui donnent la liberté de la parole. La forme offre les éléments d’une mise en scène, et la vertu première des Fables est un réalisme poétique qui fait voir, toucher et sentir.
Autres genres et engagement
La Fontaine fut aussi l’auteur de contes, de nouvelles, de poèmes, de comédies, d’épitres et de discours. Il a pratiqué tous les genres : théâtre (L’Eunuque, Ragotin, Le Florentin), poèmes mythologiques (Adonis, Les Amours de Psyché et Cupidon), contes licencieux, poésies chrétiennes et hymnes. Sa variété prodigieuse reflète son tempérament curieux et touche-à-tout.
Écrivain engagé de son temps, La Fontaine observa les mœurs et la politique. Sa fréquentation de Fouquet et la disgrâce de ce dernier lui procurent une expérience des reniements et de la débâcle politique qui nourrit le pessimisme souriant de ses Fables. Il prend position pour les Anciens dans la querelle des Anciens et des Modernes.
La reconnaissance, la vieillesse et la pénitence
La Fontaine est reçu à l’Académie française en 1684, accomplissant sa plus chère ambition après des hésitations royales. À la fin de sa vie, après la mort de la duchesse de La Sablière en janvier 1693, il perd sa précieuse amie, se retire, lit les Évangiles et entame des discussions avec des prêtres. L’abbé Pouget l’oblige à une confession publique et à renier ses contes ; La Fontaine promet de n’écrire que des textes religieux et pieux, et fait pénitence devant les académiciens.
Il tombe gravement malade en 1692 ; il a soixante et onze ans lorsque la maladie l’atteint et meurt à 74 ans à Paris le 13 avril 1695.
Postérité et influence
Les Fables de Jean de La Fontaine font partie de son œuvre la plus célèbre et l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Elles ont légué d’innombrables expressions et morales à la langue française et continuent d’être enseignées du primaire au lycée. Les fables ont été reproduites et illustrées par des artistes comme François Chauveau, Jean-Baptiste Oudry, Gustave Doré, Benjamin Rabier, René Hausman, et inspirent encore la bande dessinée et l’illustration moderne.
La Fontaine restera éternellement l'auteur des Fables : en créant un monde fantastique où animaux et nature se comportent comme des humains, il met en scène la comédie humaine avec ironie, tendresse et lucidité. Source intarissable d'émerveillement, ses fables irriguent notre imagination et distillent génération après génération leur malicieuse sagesse.
Principales œuvres et dates
| Genre | Titres majeurs | Dates |
|---|---|---|
| Fables | Fables choisies mises en vers (Livres I-XII) | 1668-1694 |
| Contes et Nouvelles | Contes et Nouvelles en vers, Nouveaux Contes | 1665-1674 (plusieurs suites) |
| Poésie | Adonis, Les Amours de Psyché et Cupidon, Élégies | 1654, 1669, etc. |
| Théâtre | L’Eunuque, Ragotin, Galatée | 1654-1660 |
| Ouvrages divers | Le Songe de Vaux (inachevé), poésies chrétiennes | années 1660-1690 |
Les Fables de La Fontaine — Lecture intégrale (1h de sagesse et de poésie)
Quelques fables emblématiques
- Le Corbeau et le Renard - morale : se méfier de la flatterie.
- La Cigale et la Fourmi - réflexion sur la prévoyance et la solidarité.
- Le Lièvre et la Tortue - « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
- Le Loup et l’Agneau - représentation de l’injustice des puissants envers les faibles.
Ces textes, par leur fantaisie, leur observation et leur morale, continuent de séduire enfants et adultes et d’alimenter la mémoire collective. La Fontaine a su faire des fables une « comédie à cent actes divers », où la scène est l’univers, et où la parole poétique se dérobe à toute signification définitive pour s’offrir à une portée universelle.
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