L'Artisanat des Poilus : Exemples et Histoire
Entre les grandes offensives et les ordres d'assaut, les Poilus pouvaient passer beaucoup de temps dans les tranchées ou dans leurs cantonnements. Pour passer le temps, certains poilus se mettent à fabriquer, avec des matériaux communs ou de rebut, des objets usuels, des bijoux ou des artefacts décoratifs qu’ils donnent à leur famille, à leurs amis ou vendent pour compléter leur solde.
Cette situation inédite donna naissance à un art populaire singulier : l’artisanat de tranchée. Jamais auparavant une catastrophe humanitaire d’une telle ampleur n’avait été créée par l’homme. La IIIe République, fondée en 1870, est sortie victorieuse de la Grande Guerre. La vie quotidienne dans les tranchées ou dans les campements de l’arrière est plutôt monotone.
Les artistes des tranchées 1914-1918
Au départ très spontané, l’artisanat de tranchée prit rapidement beaucoup d’ampleur. L’engouement qu’il suscite à l’arrière, parmi les civils, conduit à la création d’une véritable industrie. Des ateliers dédiés à la fabrication de ces objets sont mis en place dans les campements en seconde ligne, les centres de rééducation professionnels pour les mutilés de guerre produisent des artefacts similaires, des bijoutiers vendent des copies réalisées par des civils. Des expositions et des ventes sont également organisées pour montrer le travail des poilus et soutenir des actions caritatives.
Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre. Avoir sous les yeux des artefacts réalisés avec les matériaux entourant les poilus, et surtout ceux directement liés au combat - munitions, projectiles, armes - leur donne l’impression de partager une partie de l’expérience des combattants. Claire LE THOMAS, « L'Artisanat de tranchée », Histoire par l'image.
Poilu faisant de l'artisanat de tranchée pendant la Première Guerre mondiale.
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Les Matériaux et Techniques
Des douilles d'obus par milliers... et donc du métal à profusion, entassé près des lignes de front. Cette matière première si abondamment fournie, c’était l’aluminium, l’un des métaux servant à la préparation des munitions. L’aluminium pur est cassant, son point de fusibilité est de 1000° ; le plomb auquel il est mélangé lui donne la souplesse et abaisse son point de fusion. Par contre, l’aluminium pur, inaltérable à l’air et brillant, prend sous cette forme d’alliage une couleur terne et noircit la peau.
Certains ont utilisé du papier calque pour mettre le motif sur la douille, d’autres plus doués le faisait directement et ensuite les gravaient ou poinçonnaient, avec leurs outils. Pour que cela soit plus facile, ils remplissaient la douille de sable, de terre. Ils ont aussi utilisé du bitume, ou du plomb, qu’ils coulaient à l’intérieur de la douille, et une fois le travail de ciselure, gravure terminée, ils chauffaient la douille afin d’en évacuer la matière.
Certains soldats étaient dans la vie civile des artisans très qualifiés - orfèvres, graveurs, dinandiers, mécaniciens de précision, etc. - ou des paysans faisant preuve d’une grande habileté manuelle dans la fabrication d’objets d’art populaire. Le bois facile à trouver et ne nécessitant qu’un outillage rudimentaire est un matériau de prédilection. Il permet la création de nombreux objets comme des plumiers, des tabatières, des boîtes à bijoux, des jouets, des cadres à photos, des bas-reliefs, etc.
Exemples d'Objets Fabriqués
- Bagues en aluminium: Les bagues en aluminium en particulier, ont eu un réel succès; elles étaient très demandées.
- Briquets de tranchée: Le briquet de poilu, ou briquet de tranchée, fut l’une des premières fabrication des soldats sur le front.
- Douilles d'obus décorées: Le laiton des douilles est repoussé et gravé. Celle de 75 mm est la plus souvent détournée.
Douilles d'obus décorées, un exemple typique de l'artisanat de tranchée.
L'Artisanat comme Moyen de Subsistance et de Lien Social
Au début, un simple passe-temps, lorsque les troupes étaient au cantonnement, et même jusque dans les tranchées quand il ne se passait rien. Ce sont des objets utilitaires qui ont été fabriqués dans un premier temps. Ce savoir-faire s'est vite répandu, on apprenait vite au contact des camarades qui pratiquaient cet art.
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Très vite les soldats en permission ramenèrent « aux copains » le nécessaire de base : une molette et une pierre à briquet (ou ferrocérium) aisément trouvable chez tous les commerçants. Les Poilus pouvaient également faire du troc : échanger leur production contre des denrées ou ce dont ils avaient besoin. Envoyés à l'arrière, en cadeau, ces objets faisaient le lien avec les soldats engagés sur le front.
A tel point qu'après la signature de l'armistice, ces objets forts recherchés ont été produits industriellement pour répondre à la demande, en particulier pour les familles et les touristes qui se rendaient en excursion sur les lieux de batailles.
L'Art des Tranchées Aujourd'hui
Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné lieu à un regain d’expositions mais l’art des tranchées survit principalement aujourd’hui grâce aux collectionneurs et experts qui, inlassablement, retracent et répertorient des œuvres souvent modestes, manquant parfois de virtuosité technique mais toujours émouvantes.
Et ce que nous disent encore les poilus est tellement fort que "À travers ces oeuvres […] c’est l’art lui-même qui retrouve sa puissance de subversion" comme le remarque l’écrivain-essayiste Jean-Claude Guillebaud. Certains doutent de la valeur artistique de ces oeuvres mêlant artisanat et art.
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