Statistiques et tendances du recrutement dans le secteur de l’artisanat en France

L’artisanat rassemble plus de 3 millions d’actifs partout en France. Présent dans les secteurs de l’alimentation, du bâtiment, de la production et des services, l’artisanat rassemble plus de 510 activités différentes et occupe ainsi une place privilégiée dans l’économie française. Les entreprises artisanales se caractérisent par leur dimension et la nature de leur activité. Ce sont des chefs d'entreprise indépendants qui assure seul ou avec leur conjoint, la responsabilité de l'entreprise.

Chiffres globaux : taille, créations et poids économique

Le secteur de l’artisanat dépasse aujourd’hui le cap des 920 000 entreprises et représente un chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros. En 2022, plus de 197 000 entreprises artisanales ont été créées. Le Baromètre de l'artisanat, consacré à la création d'entreprise, montre, avec près de 280 000 créations d'entreprises artisanales en 2024, une hausse de 11 % par rapport à 2023. Le Baromètre de l'artisanat, consacré à la création d'entreprise, montre une hausse de 7 % des créations d'entreprises artisanales en 2022 par rapport à 2021.

Sur les 1 570 000 établissements artisanaux, 477 000 emploient 1 913 000 salariés en 2022. À 6h30, dans une boulangerie de centre-bourg, le four est déjà lancé. À quelques rues, un plombier charge son utilitaire avant sa première intervention, tandis qu’une céramiste prépare une série pour une boutique en ligne. Cette scène ordinaire dit beaucoup de l’artisanat en France en 2025 : un tissu économique dense, très concret, qui continue de faire tourner les territoires.

Emploi : dynamique récente et tensions de recrutement

Après une très forte hausse post-Covid, l’emploi dans l’artisanat marque le pas en 2024, tout en conservant des niveaux historiquement élevés. Au 31 décembre 2024, on recensait en France 1 857 000 emplois salariés dans les coeurs de métier de l’artisanat, en hausse de 4,5 % depuis 2019. Dans le détail, le secteur a massivement recruté au sortir de la période Covid avec une hausse globale des emplois de 8 % entre 2019 et 2022. Dans le contexte de la crise énergétique et des fortes tensions sur la conjoncture économique, l’emploi salarié s’inscrit en léger repli global de 3 % entre 2022 et 2024.

Malgré une baisse récente (-3 % depuis 2022), le volume d’offres d’emploi a explosé depuis 2019 (490 000 offres ; +46 % depuis 2019), tandis que le nombre de demandeurs d’emploi a chuté de 12 % dans ces métiers. Avec des offres en forte hausse et un vivier de candidats à la baisse, les difficultés de recrutement atteignent des niveaux sans précédent. Globalement dans l’ensemble des métiers, y compris hors artisanat 57 % des recrutements ont été jugés difficiles en 2024.

Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet

Métiers et secteurs les plus en tension

  • Le BTP : évolution marquante entre 2019 et 2022 (+10 % d'emplois) et regroupe en 2022 45 % des salariés de l'artisanat ; mais entre 2022 et 2024, ce secteur perd 5 % de ses salariés. C'est aussi le secteur qui a connu la progression la plus forte du nombre d'établissements employeurs (+11 %) et qui regroupe le plus grand nombre d'établissements employeurs de l'artisanat (47 %).
  • Les métiers les plus en tension : couvreurs, plombiers-chauffagistes, électriciens, menuisiers et maçons. Selon la FFB et la CAPEB, 70 000 à 80 000 postes restent vacants chaque année.
  • Dans la fabrication, difficultés de recrutement signalées dans la chaudronnerie, la mécanique générale, les métiers du bois et de l'imprimerie (61 à 80 % de difficultés selon les métiers).
  • L’alimentation : forte hausse du nombre de salariés entre 2019 et 2022 (+8 %), puis stabilité entre 2022 et 2024 ; exemples d’offres en forte progression dans les métiers de vendeur en poissonnerie et charcuterie (+ au moins 65 %).

Répartition géographique et disparités régionales

Présentes de façon relativement homogène sur l'ensemble du territoire, les entreprises artisanales forment un tissu dense d'activités au service de la population, des entreprises et de l'économie locale. L'Île-de-France concentre environ 27 % des entreprises artisanales, avec Paris (75) et la Seine-Saint-Denis (93) en tête. Les départements du Sud-Est (PACA, Corse) affichent les densités les plus élevées, tirées par le BTP et la rénovation. Les zones rurales (Creuse, Lozère) ont moins d'artisans en valeur absolue mais souvent une densité supérieure à la moyenne nationale.

La hausse du nombre de salariés entre 2019 et 2022 a été plus marquée en Ile de France, Paca et Occitanie, alors qu'elle était la plus faible en Centre Val de Loire et Bourgogne Franche Comté. Entre 2022 et 2024, la perte d'emplois a été moins sensible en Ile de France et Bretagne. Dans les départements d’Outre-mer, l’artisanat est le moteur essentiel de l’activité économique locale.

Structure des entreprises artisanales et profil des dirigeants

La taille moyenne des structures : l’entreprise artisanale française reste, très majoritairement, une TPE. Beaucoup n’emploient aucun salarié ou moins de cinq personnes. Cela explique une partie des fragilités du secteur face à la hausse des charges, aux délais administratifs ou aux tensions sur la main-d’œuvre.

L’âge moyen d'un chef d'entreprise artisanale est de 45 ans. La part de femmes salariées dans l’emploi artisanal est stable depuis 2015. Selon le recensement de la population, 24 % des chefs d’entreprise artisanale sont des femmes. La part de femmes dans l'artisanat (en hausse) est estimée à 25 %.

Les dirigeantes d’entreprise artisanale se caractérisent par un niveau de diplôme plus élevé que celui de leurs homologues masculins : 59 % des cheffes d’entreprise ont au moins un diplôme de niveau BAC (dont un quart sont diplômées de l’enseignement supérieur), une part limitée à 39 % parmi les artisans. Les femmes mobilisent un peu moins de moyens financiers que les hommes pour créer leur entreprise, surtout pour les projets très capitalistiques.

Lire aussi: Guide des Métiers d'Art Lucratifs

Formation, apprentissage et transmission

L’apprentissage reste la voie la plus directe pour entrer dans ces métiers. ~200 000 apprentis sont formés chaque année dans l'artisanat. 85 % de taux d'insertion professionnelle après un CAP/BEP artisanat. Un maître d'apprentissage confirmé est reconnu disposer des qualités pédagogiques et des compétences nécessaires pour former les apprentis.

La transmission d’entreprise constitue l’autre grand sujet. Des milliers d’ateliers, commerces artisanaux et entreprises du bâtiment devront trouver un repreneur dans les prochaines années. Pour un jeune professionnel ou un salarié expérimenté, notamment après une formation en alternance dans l’artisanat, reprendre une structure existante peut être plus sûr que créer de zéro. Avant toute installation ou reprise, il faut passer du temps en immersion. Une semaine d’observation dans l’entreprise visée, suivie d’un examen précis des marges, des charges fixes, de la saisonnalité et de l’état du matériel, vaut bien plus qu’un prévisionnel théorique trop optimiste.

Témoignages d'apprentis du bâtiment - Ton alternance dans les CFA de Nouvelle-Aquitaine

Rénovation énergétique : impact sur l’emploi et les besoins en compétences

La loi Climat et Résilience interdit progressivement la location des passoires thermiques : DPE G interdit depuis janvier 2025, DPE F interdit à partir de 2028, DPE E interdit à partir de 2034. Ce calendrier génère une demande massive d'artisans RGE certifiés, notamment : installateurs de pompes à chaleur, poseurs d'isolation (ITE, combles, planchers), menuisiers (remplacement fenêtres), chauffagistes (systèmes performants).

Les chiffres clés : ~4,8 millions de passoires thermiques en France (DPE F ou G), ~700 000 dossiers MaPrimeRénov' par an, ~65 000 artisans certifiés RGE en France, budget moyen d'une rénovation énergétique ~16 000 €.

Tarifs, prix et rentabilité

Prix moyens constatés par métier - variation annuelle moyenne : +2.5 %. 1090 € prix moyen d'une intervention artisanale. En 2025, beaucoup d’artisans travaillent beaucoup, mais pas toujours avec la marge qu’on leur imagine. La hausse du coût des matières premières, de l’énergie, du carburant, des assurances et parfois des loyers continue de rogner les résultats.

Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne

Les entreprises les plus solides connaissent précisément leur coût horaire, révisent leurs tarifs sans attendre, trient les demandes et pilotent leur trésorerie : facturation rapide, acomptes systématiques, conditions de règlement claires, suivi des impayés dès les premiers retards.

Tendances structurelles et opportunités

Pour qui cherche à comprendre où va le secteur, l’essentiel tient en trois idées : les créations d’entreprises restent élevées, les besoins de recrutement demeurent massifs, et les artisans doivent désormais composer avec la transition numérique, énergétique et réglementaire. La première tendance forte : le numérique n’est plus un sujet annexe. En 2025, un artisan qui n’est pas visible en ligne se prive d’une part importante de sa clientèle. Souvent, les leviers les plus efficaces restent simples : une fiche d’établissement bien renseignée, des avis clients traités sérieusement, un site clair avec photos réelles, des délais annoncés honnêtement et un devis rapide.

Troisième mutation : les clients attendent à la fois plus de qualité et plus de réactivité. C’est particulièrement vrai dans les services et le bâtiment. Un artisan capable de répondre vite, de poser un diagnostic précis et d’expliquer son prix conserve un avantage décisif. Le secteur voit aussi émerger des modèles hybrides (vente atelier + en ligne, stages, prestations pour scénographie ou architecture).

3 tendances qui redessinent le secteur en 2026

  • L'IA générative dans les ateliers : 32 % des artisans utilisent ChatGPT/Midjourney pour concevoir des motifs, rédiger fiches produit, moodboards.
  • RSE et matières durables : 61 % ont adopté au moins un matériau bio/recyclé.
  • Vente directe > distribution : 72 % du CA se fait désormais en direct (site propre + marchés).

Données synthétiques : panorama chiffré

Indicateur Valeur Source
Actifs dans l'artisanat 3,1 millions ISM/U2P 2024
Emplois salariés (31/12/2024) 1 857 000 ISM-MAAF 2024
Offres d'emploi 2024 490 000 (+46 % vs 2019) France Travail / ISM-MAAF
Créations d'entreprises artisanales 2024 ~280 000 (+11 % vs 2023) CMA France / Baromètre
Part du BTP dans l'artisanat ~45 % des salariés CMA/CAPEB
Apprentis formés par an ~200 000 CMA France

Recommandations pratiques pour faire face aux tensions de recrutement

  • Renforcer l’apprentissage et la formation en alternance; valoriser le rôle des maîtres d’apprentissage.
  • Travailler la visibilité numérique et la relation client (fiche établissement, avis, photos avant/après).
  • Optimiser la rentabilité : calculer le coût horaire réel, réviser les tarifs, standardiser certains process.
  • Préparer la transmission : immersion préalable, examen des marges, des charges et de l’état du matériel.
  • S’appuyer sur les réseaux locaux et prescripteurs : architectes, agents immobiliers, offices de tourisme, chambres des métiers.

L’artisanat en France en 2025 ne relève ni de la nostalgie ni d’un simple effet de mode autour du “fait main”. C’est un socle économique vivant, capable d’absorber des reconversions, de transmettre des savoir-faire et de répondre à des besoins quotidiens très concrets. Les chiffres montrent un secteur vaste et dynamique, mais les réalités de terrain rappellent que sa solidité dépend d’équilibres précis : bien former, bien transmettre, bien chiffrer, bien expliquer son travail.

balises: #Artisanat

Articles populaires: